Romook, ectoplasme bloguique

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lundi 17 novembre 2008

Face à face

Don Juan, Dom Juan, Don Giovanni… Tous ces noms enflamment l’imaginaire des hommes comme des femmes. Archétype de la séduction, Don Juan est devenu l'un des symboles de la liberté. En tant que jouisseur de la vie, on pourrait le qualifier d’hédoniste si ce n’était réduire là la portée de son libertinage. Pourfendeur de l’ordre moral, il utilitarise ses idées au service de la satisfaction de ses désirs.

Héros imaginaire de l’Occident, pénétrant l’inconscient collectif au point de devenir chez Jung un modèle psychologique, il est le pendant d’un Diable qui ne fait plus fortune auprès des fidèles au fur et à mesure que la science avance. Se dressant face à Dieu, comme la clé de la libération de la philosophie des faibles, il enjoint chacun à le rejoindre dans sa recherche du plus pur, c’est-à-dire du plus « vivant. »

Animal supérieurement civilisé et dégagé de la cangue sociale, sa liberté d’action déconcerte, agace ou attire. Les règles du jeu sont redéfinies : gare à celui ou celle qui, engoncé(e) dans sa vertu, attend de lui le fair-play du gentleman. Ce n'est pas qu'il triche... Pour tricher, il faut d'abord reconnaître l'existence de règle. Or, en dehors de son univers, rien ne subsiste. Les règles, qu'elles soient sociales ou morales, des autres ne sont tout simplement pas dans son champ de vision... Rappelons-le, Don Juan n’est pas seulement un homme, il est aussi un prédateur. Ses proies, toujours isolées par leur incapacité à se sublimer, n’ont aucune chance de lui échapper. Hommes et femmes, idées, morales, ou encore Dieu. Don Juan est l’aboutissement même du nihiliste avant l’heure, le précurseur téléologique de notre société…

Et pourtant, dans le mythe, Don Juan échoue face au surnaturel, mais toujours avec panache. Il ne reniera pas sa vie. De manière paradoxale, il apparaît comme celui qui est doué du sens de l’honneur puisqu’il s'interdira le parjure de lui-même jusqu’aux enfers… A la différence de l'apôtre Pierre... Et pourtant, la scène du commandeur dans « Don Juan » de Molière - ou dans le « Don Giovanni » de Mozart - n’est pas le triomphe de la morale (ou de Dieu) sur l’insolent.

Contrairement à la morale chrétienne qui voudrait que Dieu triomphe malgré tout de cet insupportable individu, l’appel au surnaturel montre bien que rien ne peut arrêter Don Juan sur cette terre – et que, sans l’intervention du ciel, il se jouera tous de nous. Nulle compassion de la part de notre bourreau n’est envisageable. Infatué de lui-même et dans la solitude de cette vie choisie égoïste, il demeure comme une pierre, intangible, insensible aux mouvements de l’autre en tant qu’individualité. Il nie en permanence l’existence de l’autre. Face à lui, les issues sont la fuite ou l’affrontement. Nulle protection, ni secours ne sont à attendre, nous serons immanquablement ses victimes, puisque d’abord victime de notre incapacité à dépasser nos vertus.

Mais, en définitive, cette scène est celle du face à face avec nous-même. Car, à l’heure de notre mort, saurons-nous rester droit dans nos bottes, celles qui auront été chaussées toute une vie ? Serons-nous libre de tout regret et de tout remord ? Voilà bien la question posée par cette scène. Don Juan aux prises avec la statue est le symbole même de l’interrogation que nous portons en nous, dans le silence de la nuit, isolé et abandonné de tous, exilé au fond de nous-même… Lorsqu’au milieu de notre sommeil, réveillé par l’angoisse de l’existence, nous sortons de la torpeur apaisante du « bien-pensant » et du quotidien fait convention sociale, le doute s’insinue.

Aiguillonnant l’esprit de l’homme, telle la question, l’attitude de Don Juan se dressant face à la statue est le contrepoint de notre être. Un doigt vengeur pointé sur notre front, il se moque de nos rires qui viennent à peine de s’éteindre. « Qui es-tu, toi qui me juges ? Crois-tu être capable de te maintenir dans tes idéaux si on venait à t’annoncer que ces derniers sont une hérésie ? Crois-tu que l’Histoire te donnera raison ? N’as-tu pas peur de t’étouffer dans ta complaisante bêtise en acceptant le monde tel qu’il se propose à toi ? N’es-tu pas en permanence en train de renier ce qui te fait homme en acceptant une religion, une morale, un ordre du bon et du bien que tu n’as pas choisi ? Tous les héritages ne sont pas bons à accepter… Est-ce toi qui me condamne, ou les êtres qui t’ont moulé ? N’est-ce pas ta propre incapacité à te suffire à toi-même que tu condamnes chez moi ? Réfléchis encore une fois avant de me condamner... »

Romook, ...Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

dimanche 16 novembre 2008

Don Giovanni, Mozart : Scène du commandeur



LA STATUA

Don Giovanni a cenar teco m’invitasti e son venuto! (Don Giovanni, à souper avec toi tu m’as invité et je suis venu !)

DON GIOVANNI

Non l’avrei giammai creduto; ma farò quel che potrò. Leporello, un altra cena fa che subito si porti! (Jamais je ne l’aurais cru ; mais je ferai ce que je pourrai. Leporello, un autre couvert fais que l’on apporte bien vite !)

LEPORELLO

Ah padron! Siam tutti morti. (Ah, patron ! Nous sommes tous morts.)

DON GIOVANNI

Vanne dico! (Va, te dis-je !)

LA STATUA

Ferma un po’! Non si pasce di cibo mortale chi si pasce di cibo celeste! Altre cure più gravi di queste altra brama quaggiù mi guidò! (Arrête-toi ! Il ne se repaît de nourriture terrestre celui qui se repaît de nourriture céleste ! D’autres soucis plus graves que ceux-là, un autre désir ici même m’a guidé !)

LEPORELLO

La terzana d’avere mi sembra, e le membra fermar più non so. (Il me semble avoir la fièvre tierce, et je ne puis empêcher mes membres de trembler.)

DON GIOVANNI

Parla dunque! Che chiedi? Che vuoi? (Parle donc ! Que demandes-tu ? Que veux-tu ?)

LA STATUA

Parlo; ascolta! Più tempo non ho! ecc. (Je parle, écoute ! Je n’ai plus le temps ! etc.)

DON GIOVANNI

Parla, parla, ascoltando ti sto, ecc. (Parle, parle, je reste là et t’écoute, etc.)

LEPORELLO

E le membra fermar più non so, ecc. (Et je ne puis empêcher mes membres de trembler, etc.)

LA STATUA

Tu m’invitasti a cena, il tuo dover or sai, rispondimi: verrai tu a cenar meco? (Tu m’as invité à souper, or tu sais quel est ton devoir, réponds-moi : viendras-tu souper avec moi ?)

LEPORELLO

Oibò; tempo non ha, scusate. (Fi donc ! C’est qu’il n’a pas le temps, excusez.)

DON GIOVANNI

A torto di viltate tacciato mai sarò. (À tort de lâcheté accusé jamais ne serai.)

LA STATUA

Risolvi! (Décide-toi !)

DON GIOVANNI

Ho già risolto. (J’ai déjà décidé.)

LA STATUA

Verrai? (Tu viendras ?)

LEPORELLO

Dite di no! (Dites que non !)

DON GIOVANNI

Ho fermo il core in petto. Non ho timor: verrò! (Un coeur vaillant bat en ce sein. Je n’ai pas peur : je viendrai !)

LA STATUA

Dammi la mano in pegno! (Donne-moi la main en gage !)

DON GIOVANNI

Eccola! (La voici! Il donne sa main )
Ohimè! (Hélas !)

LA STATUA

Cos’hai? (Qu’as-tu ?)

DON GIOVANNI

Che gelo è questo mai? (Comme celle-ci est glacée !)

LA STATUA

Pentiti, cangia vita, è l’ultimo momento! (Repens-toi, change de vie, c’est l’instant suprême !)

DON GIOVANNI ( Il veut se dégager )

No, no, ch’io non mi pento vanne lontan da me! (Non, non, je ne me repens pas, va-t-en loin de moi !)

LA STATUA

Pentiti, scellerato! (Repens-toi, scélérat !)

DON GIOVANNI

No, vecchio infatuato! (Non, vieil orgueilleux !)

LA STATUA

Pentiti! ecc.

DON GIOVANNI

No! ecc.

LA STATUA

Sì!

DON GIOVANNI

No!

LA STATUA

Sì!

DON GIOVANNI

No!

LEPORELLO

Sì! Sì!

DON GIOVANNI

No! No!

LA STATUA

Ah! tempo più non v’è! (Ah ! Il n’est plus temps!)
La statue disparaît. De tous côtés surgissent des flammes et la terre commence à trembler sous les pieds de Don Giovanni

Don Giovanni : Werner van Mechelen;
Leporello : Huub Claessens;
La statua : Harry van der Kamp

Collegium Compostellanum
La petite bande

Sigiswald KUIJKEN

lundi 3 novembre 2008

Bander à Dunkerque

Emmené par des dockers moustachus,
jamais dans la bande joyeuse je ne chus.
Bâton du Major, voilà un chahut !
Jean Bart, dans ces coeurs, à jamais élu.

JC, Figueman