Romook, ectoplasme bloguique

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samedi 8 janvier 2011

L'intrus III

Il y a des moments où la vie suit son cours et où les jours se ressemblent. Il y a des moments où l'on se dit que la fatalité c'est être soi, et n'être que ça. Il y a des moments où on aimerait prendre son lance-roquette personnel et tout faire péter, juste pour vérifier que, oui c'est vrai, on a un pouvoir sur son environnement et on peut changer le cours de l'univers. Voilà, c'est vrai, il faut avoir le courage de l'admettre, il y a des moments comme ça. Imaginez-vous seulement ce qui a pu se produire.

Je suis sorti de ma chambre en retard, non sans lui avoir laissé un dernier regard réprobateur. Je suis arrivé en retard dans le hall de l'hôtel où la voiture de mon chauffeur bloquait l'entrée de l'hôtel, vu que j'étais en retard. Il m'attendait impatiemment et m'a prié de bien vouloir le suivre, vu qu'on était en retard. Me voici donc dans la voiture, sans avoir eu le temps d'expliquer à la réception que la cochonnerie de plante verte dans ma chambre était en train de foutre en l'air ma vie, en commençant par (dans l'ordre s'il vous plaît) : mal être dans ma chambre, risque d'asphyxie, réveil en sursaut, privation de sommeil, humiliation, perte de confiance en moi, atteinte à ma crédibilité, re asphyxie, réveil prématuré, insomnie, humiliation, retard.

Vous semblez dubitatif pour le retard. Oui, le retard est entièrement imputable à cette plante. Comme je n'ai pas réussi à me rendormir, à 6h30, j'ai commencé à me préparer. Les minutes s'écoulaient et j'avais de plus en plus l'envie de me rendormir. Mes actes sont devenus une bi activité : se préparer tout en luttant pour maintenir l'esprit en éveil. Sournoisement encore, c'est une évidence et je me demande même pourquoi je l'écris, encore une tentative d'asphyxie... Résultat : devant faire face à deux activités au lieu d'une, j'ai perdu du temps. D'où le retard. CQFD. Faut vraiment tout vous expliquer. Passons.

Je passe sur le cours que je donne à mes étudiants, tout en nuance subtile et poétique dans la distinction à faire entre l'erreur sur les qualités substantielles et la fausse cause... Faut reconnaître qu'ils ont de ces questions... En France, les étudiants en droit écoutent et notent. Pas de question, tout est toujours clair. Ici, en Chine, il y a toujours des évidences à expliquer. Sauf que le problème, c'est que ce n'est pas toujours simple à expliquer l'évidence. Surtout qu'on n'est pas habitué à ça. Résultat, des fois on doute de l'évidence, en se disant que le caractère scientifique de la matière juridique n'est pas si établi que ça. Remarquez, quand on voit que le Conseil d'Etat peut décider que les principes de la Convention européenne des droits de l'homme ne sont pas applicables à la commission de discipline en prison sous prétexte que ce n'est pas une juridiction (sur l'autorité investie du pouvoir disciplinaire à l'égard des détenus), ça laisse rêveur... Premier cours de première année, introduction du droit, on étudie la hiérarchie des normes. Faudrait penser à réviser les fondamentaux. Bref.

Tout ça pour constater que le droit n'a rien de scientifique. Même, j'irai jusqu'à dire que ce n'est qu'une vaste mascarade. Enfin, non, pour ce qui touche de l'économique, ça a une forme de réalité. Mais dès qu'on part dans les droits fondamentaux, on a juste envie de rire. Mais non je ne suis pas aigri... Ce n'est pas comme si j'avais eu affaire personnellement à des institutions qui ne respectent pas le droit. Rassurez-vous.

Je ronchonne, évidemment, mais c'est à cause de ce manque de sommeil allié à ce retard et à ces questions évidentes qui finissent par ne pas l'être que j'en suis arrivé là. Vous me connaissez, normalement, c'est Romook le jovial. La plante verte, dès le cours terminé, je m'en vais lui donner du jovial, au napalm même. Je finis le cours et vais déjeuner avec mes étudiants (c'est classique). Puis, retour à l'hôtel.

J'oublie de passer par la réception pour la simple et bonne raison que j'ai oublié comment on dit "plante verte" en chinois. Je ne sais que 植物 qui signifie "plante". J'arrive dans la chambre. Quel idiot! Il n'y en a qu'une. Je n'aurais donc eu aucune difficulté à la désigner. Elle me regarde, les feuilles légèrement tombées. Je crois qu'elle a soif. Encore un stratagème. C'est évident. N'empêche qu'elle est attendrissante avec ses oreilles qui tombent. Le doute s'installe dans mon esprit.

D'un seul coup, je passe de la détermination meurtrière la plus intense à la culpabilisation de mes intentions belliqueuses à l'égard de cet être qui souffre. Mon dieu que l'on est peu de chose! Évidemment, elle se fait toute petite, l'ombre de mon ombre. Elle sait bien que ce matin elle a dépassé les bornes, Vais-je céder ?

"Driiiiiiing!"

Voilà la sonnette qui y met du sien maintenant. J'ouvre la porte.

- 你好... 我错了 - 对,再见

Évidemment qu'il s'est trompé. Bon, que va-t-on faire de toi ma grande? J'entends dans le couloir l'individu qui, de tout évidence, s'adresse à quelqu'un de l'hôtel. Ni une, ni deux, je sors de ma chambre et je vais chercher le garçon d'étage. Je lui explique la situation. Il y a une plante qui squatte ma chambre depuis deux jours et qui n'arrête pas de me manquer de respect, si ce n'est plus... Je n'en veux plus. Quelques minutes plus tard, je suis seul. Seul dans ma chambre. Le vide trône à la place où elle était. Je suis débarrassé d'elle. Je ne lui ai pas donné d'eau avant qu'elle ne parte. J'aurais peut-être dû.

Romook, la libération est une jouissance comme une autre

vendredi 7 janvier 2011

L'intrus II

On a beau être un homme et être entraîné par la vie à ça, y a des fois où on y arrive pas. Vraiment, honte sur moi : l'échec total. Romook nihiliste... romook surhumain... Romook le salaud... Romook l'antimatière... Romook, mon cul oui! Une tafiote qui a peur son ombre. Voilà la vérité. Je me réveille avec la ferme intention de virer cette plante verte. Je pars faire mes cours et, en revenant, en début d'après midi, je la vois devant moi, les feuilles complètement redressées, pleine d'énergie, elle a trouvé sa place. Devant tant de vitalité, fini les bonnes résolutions, un vieux relent de gentillesse chrétienne remonte à la surface et hop! je lui pardonne. Je lui pardonne. Et je poursuis mon petit travail de préparation de cours, sans me poser de question.

Un peu plus tard, j'ouvre ma boîte en carton "nouilles aux bœufs", dans laquelle la plus grande partie du bœuf doit être constituée par la sauce lyophilisée, verse un peau d'eau chaude comme indiqué dans le mode d'emploi chinois et attend patiemment que ça cuise. Mon regard se porte sur elle. Rien à dire : elle est imposante. Exactement le genre de plante que l'on est fier de présenter à ses amis, preuve vivante que l'on a la main verte. Sauf que :

  • J'avais décidé de la virer et je ne l'ai pas fait;
  • Je me suis laissé embobiner par elle car elle s'est imposée et je ne l'ai pas choisie;
  • Elle me pique mon oxygène quand je dors;
  • Elle me réveille la nuit car, dans la pénombre, elle a un côté extrêmement impressionnant;


Compte tenu de ce qui précède, force est de constater que sa présence ne me plaît pas. Je préfère être seul. Quand je viens en Chine, ce n'est pas pour partager mon intimité avec des inconnus, fussent-elles de sexe féminin. Je m'entretiens donc silencieusement avec elle pendant mon repas (mes nouilles étant prêtes) et nous convenons ensemble qu'à la fin du repas, elle devra faire ses bagages et que j'appellerai le groom pour l'aider à quitter la chambre.

Vous savez comment sont les plantes vertes... Incapable de tenir une promesse, ni de respecter un engagement. Perfidement, elle décida de se mettre à me pomper l'oxygène, ce qui eut pour effet immédiat de me pousser à me réfugier au creux de mon lit, par une fatigue que j'aurai pu expliquer par le décalage horaire si je n'avais pas su que c'était là son œuvre. Me sentant dépassé par les évènement, au péril de ma vie, je décidais de me reposer un peu avant d'envisager d'expliquer en chinois à la réception que j'allais leur foutre un procès au cul pour avoir tenté de m'éliminer par l'intermédiaire de leur tueur à gage déguisé en plante verte. Je m'effondrais dans le sommeil.

Quelques heures plus tard, je suis réveillé en sursaut. La chambre est complètement plongé dans l'obscurité. En face de mon lit, je devine le rire sarcastique de la plante verte qui sait qu'elle a encore gagné la partie. Je remonte la couette, pour me protéger d'une éventuelle agression, et allume la lumière. Il n'y a alors aucun doute possible. Elle se marre: elle se fout carrément de ma gueule ! Je suis là, pitoyable au fond de mon lit, recroquevillé sous la couette pendant qu'elle trône fièrement à la place qu'elle aurait déjà dû quitter. Là encore, je n'ai pu constater que l'on était bien peu de chose face à la perversité incarnée, que les bonnes résolutions s'effondrent toujours devant une belle plante et qu'on leur pardonne tout pour peu qu'elles sachent se faire oublier quelques instants.

Je vais m'en tenir au marché initial. Dehors la sale gosse qui fait l'effronté. Pas de quartier pour la salope face à moi, feuilles écartées, tronc dressé, arrogante, tentatrice. Etre aguicheuse maintenant ne sert à rien : dehors, dehors! Je jette un œil à ma montre : 3h45. Un répit de quelques heures t'attend, mais crois-moi, je vais te mettre à la porte. Si ce n'était ton poids qui nécessite tout de même d'être deux pour te transporter, je te glisserai jusqu'à la porte, quelques soient tes jérémiades. Je prends mon livre de Clive Barker et commence à lire. Impossible de me calmer. L'angoisse que génère cette plante m'empêche de me rendormir. Un café pour me détendre. Rien n'y fait.

6h30. Allez, faut aller se préparer maintenant. Les étudiants attendent leur professeur, complètement inconscient des risques qu'il encourt à se rendre auprès d'eux, logeant dans un hôtel où le surnaturel règne. Oui, il s'agit bien de Sur - naturel. Une plante qui se personnifie, c'est du surnaturel. Dès que je me retourne, je l'entends ricaner. J'ai bien envie de lui effilocher les feuilles un peu, moi, histoire qu'elle comprenne que je ne ris pas de cette situation, moi. Tout à l'heure, ce sera "Rideau". "Fin du sketch". Dehors la plante.

Romook, un vrai homme

jeudi 6 janvier 2011

L'intrus

Revoilà le Romook revenu en Chine... Epuisé par le voyage, le second jour, je me rends au salon de massage vers 20h. Deux objectifs : le premier est celui de m'empêcher de dormir trop tôt (sinon l'acclimatation au décalage horaire en est retardée), le second est bêtement celui de permettre à mon corps de se reposer. Laissant donc une chambre d'hôtel bien chaude et douillette, me voici en train de marcher dans la nuit, avec un vent froid et sec pour compagnon. Il fait glacial.

Je rentre du salon de massage (22h). J'arrive dans la chambre, que je retrouve allumée avec le chauffage qui fonctionne. Je suis donc un peu surpris puisque, pour que tout fonctionne, il faut insérer un passe magnétique qui fait office de clé et de commutateur électrique central. Comme c'est une chambre refaite à neuf, je ne m'inquiète pas outre mesure... Je me dis évidemment qu'ils ont amélioré leur système (ou tout au moins que la rigueur de l'hiver étant ce qu'elle est, il laisse fonctionner l'électricité dans les chambres lorsque nous sommes sortis).

Je pose mes affaires. Je sens une présence. Je fais le tour de la chambre, de la salle de bain… et ne trouve rien. Pourtant, je sens bien que quelque chose ne va pas pas. Je mets ça sur le compte de la fatigue. Je me mets en pyjama (glamour quand tu nous tiens!) puis commence à bouquiner dans le fond de mon lit. Là, j'ai vraiment très nettement la sensation d'être observé. Je suis dans mon lit, adossé au mur. Je fais face à toute la pièce. De l'autre côté, il n'y a que le mur d'en face avec un meuble supportant la télévision et le bureau avec mon ordinateur. Juste à côté, une petite commode qui supporte ma valise. Comment est-ce possible de me sentir dans une situation aussi étrange?... Évidemment, la fatigue plus mon livre « Le royaume des devins », je me dis qu'il faut que je me couche et que j'arrête de me faire des idées. Pourtant, il y a vraiment quelque chose qui me travaille.

Malgré l'absurdité de la situation (il y a des situations comme ça où on est seul et où on peut se permettre ce que l'on n'oserait pas raconter), je me lève et vais vérifier si personne n'est caché dans ma valise. Bien entendu, cette dernière est fermée par les cadenas. J'ouvre les cadenas et inspecte son intérieur. Effectivement, quelqu'un avait bien pénétré dans ma chambre. De manière discrète, c'est vrai, mais ma perception de mon environnement ne m'avait pas trompé. L'intérieur de ma valise, comme je m'y attendais, ne présentait aucun signe particulier. Mais, en l'ouvrant, j'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait pas. Cette valise était l'instrument par lequel le coupable, toujours présent dans la pièce, était démasqué. Entre le mur d'angle et ma valise, une gigantesque plante verte était posée. Ses feuilles retombaient sur ma valise. Il m'a fallu quelques efforts pour comprendre qu'elle n'était pas là lorsque j'avais quitté ma chambre. Mais la situation était claire : elle était maintenant mon hôte. Enfin, un hôte qui s'invite seul est un intrus. Regardons la situation en face et appelons un chat, un chat.

Je la regarde et commence, avec la curiosité scientifique qui me caractérise, par me demander si elle est vraie. Le nombre de feuilles en mauvais état m'indique rapidement que c'est une vraie plante. Je retourne dans mon lit, avec un sentiment contradictoire, à la fois soulagé et inquiet. Je reprends mon livre. Elle me regarde. Je lui jette un rapide coup d'œil, espérant qu'elle comprendrait que je n'allais que la tolérer et qu'elle devait rester tranquille dans son coin. Rien n'y fait, elle s'obstine par sa présence à me fixer. Je la fixe aussi. Je me dis que je vais téléphoner à la réception pour qu'ils viennent rechercher ce colis incongru. Je n'ai pas l'intention de partager ma chambre. C'est chez moi ici. Elle me regarde toujours, ostensiblement. Quel caractère! Quel toupet! J'éteins la lumière. Comme ça, elle ne pourra plus conserver cette arrogance. J'essaie de m'endormir, mais cette présence m'inquiète. Et si c'était des extra terrestres qui s'étaient incarnés dans cette plante ? Si c'était un feond venu directement des Ombres d’esteren pour me manger ? Vais-je être dévoré pendant mon sommeil ? Asphyxié ? C'est sur ces réflexions angoissées que je me suis endormi...

Ce matin, je me réveille, elle trône fièrement. Elle a redressé ses feuilles. Visiblement, elle se sent bien. Sa présence continue de me déranger sans que je puisse savoir pourquoi. Elle a passé la nuit avec moi et entend rester là. Je suis assez désemparé car je vois bien qu'elle se sent bien. Elle va être discrète, je le sens. Mais une nuit, ce n'est tout de même pas suffisant pour que j’accepte n’importe quoi venant d’elle. Surtout une nuit arrachée de force, de cette manière... Je ne suis pas prude, mais tout de même. Il me reste encore une heure avant de descendre dans le hall. Je crois que je n'ai pas confiance en elle. Même si ses feuilles ne touchent plus ma valise, dès que je l'ouvrirais ou la fermerais, elle ne pourra pas s'empêcher d'aller les fourrer dedans. Je crois que je vais être salaud, mais je vais demander à la réception de la virer de ma chambre. Non mais c'est vrai, quoi, sans blague. C'est qui le patron?

Romook, intimité violée par une plante verte