Romook, ectoplasme bloguique

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vendredi 22 septembre 2006

Le cow boy de Wu Han

"你想死了嘛!!!"

C'est le troisième vélo dont je pensais voir terminer sa carrière dans un hôpital ferrailleur afin de désosser l'armature en métal qui aurait pû habiller son conducteur. Et bien non... Mon chauffeur est très sympathique. Comment vous le présenter ? "Okaye, okaye!!" avec un large sourire lorsqu'il a compris l'endroit où je voulais. Après deux essais infructueux, je suis heureux de trouver un taxi. Le premier prenait sa pause. Le second m'a dit que c'était l'autre route qu'il fallait prendre et que donc ça allait prendre trop de temps de faire demi-tour, qu'il fallait que je traverse et prenne un taxi de l'autre côté de la route. Ce qu'il a néanmoins fait devant moi, partant ainsi dans la direction vers laquelle il venait de refuser de m'emmener. Je ne cherche pas à comprendre, vous l'aviez compris : je suis en Chine, à WuHan de surcroît.

你是那国人?

- Je suis français... et le flot intarissable démarre sur - je cite pêle-mêle - Platini, Chirac, La Tour Eiffel, Zidane... Il m'a même annoncé que la France était plus belle que la Chine, qu'il y avait plus de chinois dans le monde que de français et ... - Je ne sais la combientième raclation gorgienne vient de se produire, laissant un souvenir verdâtre du passage du taxi sur la chaussée - ... que les français sont très sympathiques, ce à quoi je réponds du tac au tac que les chinois sont très accueillants.

出不了!!出不了!!

Un taxi tente de nous barrer la route. Vu le volume sonore qui emplit la voiture des paroles en dialectes wuhanais, je suppose qu'il n'y a pas que des paroles douces et amicales qui sortent de sa bouche. Le regard un peu effrayé du chauffeur de taxi adverse qui a stoppé net sa manoeuvre au bruit des exclamations sonores du mien me fait penser que les pires châtiments ont été envisagés. Nous passons donc. Inutile d'imaginer que quelqu'un entravera le chemin décidé par mon chauffeur. Il n'est pas homme à se laisser impressionner.

Une heure de taxi, entrecoupée par les hurlements de mon taximan ("要死了!!"), qui m'a permis de prendre conscience que mon niveau de chinois n'est vraiment pas trop mauvais puisque je comprends les gens de WuHan lorsqu'ils sont "lâchés" dans leur discussion. Ma micro discussion d'un quart d'heure, tous les matins, avec le chauffeur de l'Université n'est pas pour peu de chose dans ma compréhension des choses.

Pour reprendre un mot célèbre, "J'adore ce pays."

Romook, La langue est le premier contact avant d'approfondir l'univers de l'autre

mardi 19 septembre 2006

Le Tiers monde de la Blogosphère

Tout ethnologue doit savoir déterminer et circonscrire un objet d'étude singulier, de nature à mettre à jour les arcanes secrètes du tissu social d'un univers. Choisir son terrain d'étude, apprendre la langue et les coutumes de ce nouvel univers, analyser les renseignements préalables sur l'histoire des individus que l'on abordera dans un souci d'objectivité constante, en tentant d'éviter les approximations et les réflexes ethnocentristes : voilà le programme du spéléologue de la société humaine.

Evidemment, tout étudiant en ethnologie rêve aujourd'hui de s'habiller d'une renommée d'un Pierre Clastre et autre Lévi Strauss. Paul Emile Victor un peu moins, et si on s'aventure à énoncer Pierre Bourdieu, alors, nom de nom!, on dépasse les bornes. La sociologie n'est pas l'ethnologie. D'ailleurs, il ne faut pas non plus confondre l'anthropologie et l'ethnographie avec l'ethnologie. En fait, derrière le nom audacieux d'ethnologue, se cache la secrète envie de vivre des choses mystérieuses, bref, ce qui fait rêver l'étudiant ethnologue, c'est l'ethnographie. Et c'est alors qu'il se plaindra d'être obligé de travailler sur des sociétés non primitives et encore ça reste à prouver, moins mystérieuses comme la banlieue du Caïre.

Pire, on lui proposera d'aller faire une étude dans le café du coin. L'ethnographe barman, voilà un cursus qui n'a jamais été envisagé. Et pourquoi? Est-ce moins noble de reconnaître que la culture de son propre pays, ses coutumes, ses relations sociales (au sens ethnologique du terme) nous sont tout aussi inconnus que l'on était dans leur temps les Jivaros ?

Un ouvrage d'ethnologie se doit de se dépouiller de sa propre culture pour pouvoir décerner la réalité sociale telle qu'elle se vit, quoi qu'en dise les autochtones. C'est pourquoi, si on prenait la peine de faire de l'ethnographie, on ne sortirait jamais de sa rue qui est en soi un univers suffisant pour étudier les relations sociales des individus. Si on ne sait pas voir où est le mystère, cessons de faire les hypocrites : on n'est pas ethnographe, on est à la recherche d'une excuse pour voyager.

C'est pourquoi je propose aujourd'hui une nouvelle science. Je vais en poser les fondements pour être cité dans le sdictionnaires quand je serai mort, mais il est hors de question que je réalise une étude dans cette lignée. Parce que je ne suis pas ethnographe, mais ethnologue. Je laisse la collecte des données aux autres, pour ma part, je me réserve la part la plus difficile : l'analyse des données récoltées.

Cette nouvelle science je l'appelle l'ethnoblographie, qui pourra également se résumer comme étant la blogographie, récolte des données destinée à nourrir la réflexion du blogologue.

Il s'agit de plonger, au péril de son niveau de français et de son QI qui risquent de fondre comme neige au soleil, dans le tiers-monde de la blogosphère, c'est-à-dire le blog des jeunes de 12 ans 15 ans mais en fait il n'y a plus de différence me semble-t-il de nos jours et plus et d'en tirer la substantifique moelle et de comparer à travers les âges pour vérifier si le niveau d'idiotie n'a pas singulièrement évolué depuis une vingtaine d'année... dans le sens positif, c'est-à-dire croissant. Un terrain de choix semble être Skyblog qui semble être prisé par cette population mo am'gambesque dans l'esprit.

Ce n'est pas dans ce terreau peu fertile que l'on rencontrera, me semble-t-il, un individu qui dira au seuil de sa vie : "La mort est une escroquerie qui ne me fait pas peur. C'est d'arrêter de vivre qui m'ennuie. Tout simplement."

Affaire à suivre...

Romook, blogologue