Romook, ectoplasme bloguique

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mercredi 13 janvier 2016

Wuhan, un exemple d'un futur monde ultra pollué ?

Je suis arrivé à Wuhan depuis maintenant cinq jours. Je tousse de plus en plus. Mon nez est complètement encombré et impossible à dégager. Un étau enserre mon crâne. De toute évidence, mon corps lutte contre l'environnement. Je suis épuisé et incapable de me reposer. Encore trois jours avant de quitter définitivement Wuhan. Je suis en train de faire mes adieux aux personnes que je connais depuis onze années. J'ai vécu beaucoup de beaux moments, j'ai même demandé en mariage une femme (c'est dire les expériences incroyables auxquelles j'ai dû faire face!), mais je crois que ma santé sera touchée profondément si je reste ici. Je suis évidemment triste. La Chine a été pour moi un révélateur de beaucoup de chose. J'y reviendrai dans d'autres billets. Samedi, je serai à Hong Kong, avec une connexion internet normale. Il me tarde d'être dans l'avion.

Romook, triste

samedi 9 janvier 2016

A peine arrivé, déjà dégoûté...

Cher(e), lecteur(rice),

En suivant mes aventures depuis des années tu as eu le temps de connaître une part importante de ma vie : j'aime la Chine.

  • J'y voyage très régulièrement et j'en parle la langue;
  • J'y apprécie la nourriture et la culture ancienne;
  • Je suis intrigué par les nombreux paradoxes qui traversent sa culture actuelle;
  • Je me bats régulièrement avec une connexion internet "instable";
  • J'y apprécie les femmes où mon cœur a su se laisser prendre plusieurs fois dans les délices de leurs charmes;
  • J'y ai vécu quelques-unes des plus belles aventures que je puisse imaginer dans une vie.


En un mot, j'aime la Chine.

Malgré cette amour, je pense que je m'y rends pour la dernière fois. Je prends la décision de ne plus y retourner. En effet, ce matin, en descendant à l'aéroport, j'ai eu un choc. Au mois d'avril 2015, j'avais été suffoqué par la pollution. "Suffoquer" est à lire aussi au sens propre. Problème respiratoire, visibilité réduite, maux de tête, nausée... uniquement à cause de la pollution. Wuhan est une grande ville qui n'a jamais été considérée comme belle à mes yeux, mais je reconnais que des efforts ont été réalisés depuis ces dix dernières années pour rendre cette ville plus attractive.

Lorsque je suis descendu de l'avion, l'odeur de la pollution liée à l'absence de visibilité m'ont effrayé. Nous sommes loin d'imaginer ce qu'est aujourd'hui devenue la Chine. La discussion que j'ai eue avec mon étudiant m'a informé qu'aujourd'hui était un jour de pollution moyenne, que cela lui était arrivé de ne pas voir le soleil pendant plus d'un mois consécutif (en raison uniquement de la pollution), ni même de ne pas voir à dix mètres dans la rue (en raison du brouillard de pollution)... Qu'avons-nous fait à notre monde ? Que s'est-il produit ?

Il y a deux ans, la Chine était polluée mais j'allais faire un jogging dans la rue et dans l'université avec plaisir. Depuis le mois d'avril 2015, il est tombé sur les grandes villes de la Chine un brouillard profond et mortifère. Non seulement, je suis angoissé à l'idée de développer des maladies telles que des cancers, mais en plus je crains pour notre planète.

Sans vouloir faire de fatalisme, ni être alarmiste, je pense qu'il est trop tard et que l'humanité ne pourra pas redresser la situation.

Romook, les bras par terre' et le cœur brisé

samedi 28 janvier 2012

L'italien de Hong Kong

Dans toute ville, il y a ces petites places, endroits rares et uniques, où l'on découvre des merveilles. A Hong-Kong, dans le quartier Soho, à Elgin Street, il y a un restaurant italien : "Sole Mio". Cet endroit est intimiste, ressemblant vraiment à ces petits restaurants de quartier de l'Italie.

L'endroit est tenu par Alfredo. Ne vous méprenez pas sur son nom, il ne s'agit pas d'un italien. Visuellement, il pourrait être considéré comme bénéficiant d'une "a-nationalité". Il ne ressemble ni à un chinois, ni à un asiatique en général, encore moins à un italien ou à un américain. C'est très troublant. Il parle un anglais avec un accent à couper au couteau. L'origie de cet accent : indéterminée. Il semble parler le cantonais. Ma méconnaissance de cette langue ne me permet pas de l'assurer avec conviction. En tout cas, s'il parle cantonais, il semble que ce soit également avec un accent.

Une chose est certaine, lorsque vous pénétrez ce lieu, il y règne une ambiance sympathique. Les plats sont extrêmement bien préparés et sont les meilleurs plats italiens que j'ai mangé de par le monde, même en Italie. C'est donc avec une sorte de respect religieux que je me rends systématiquement, lors de mes passages à Hong Kong, dans ce lieu différent et hors de la vie trépidante que l'on rencontre dans la rue.

Comme tout bon commerçant hongkongais, Alfredo vous dit "bonjour" comme si vous veniez tous les jours, s'enquérant parfois des dernières news, alors qu'il ne sait même pas si vous êtes déjà venu ou non. Pour être honnête, c'était la 5ème fois en trois ans que je venais et il m'a accueilli comme si je venais chaque jour. Vu le nombre de clients qu'il doit avoir par an, il est peu probable qu'il se souvienne de moi, même si je dois être un des clients l'un des plus sympathique qu'il put rencontrer.

Enfin, le repas se termine toujours avec un lemoncello de l'amitié. Rien à dire, ce restaurant est vraiment super. Alors si vous passez par Hong Kong, n'hésitez pas à vous rendre dans ce charmant petit restaurant, que ce soit seul pour le plaisir gustatif, ou accompagné pour offrir à l'élu de votre coeur un repas intimiste avec de bons produits.

Romook, on the road again

samedi 21 mai 2011

Strauss-Khan perçu par les chinois de la rue

Les français bénéficient d'une popularité en Chine qui reste forte, malgré notre Président qui a réussi le pari presqu'impossible de rendre les chinois méfiants à son égard... J'ai même rencontré un chauffeur de taxi qui, dans ses propos habituels sur la France (énumération des sites touristiques français : la tour Eiffel, Versailles et des grandes personnalités françaises : Chirac et Zidane) a ajouté :"Le président Sarkozy, c'est un fou, non?". J'ai été atterré par cette phrase.

D'une part, parce que l'on ne critique pas un pays - ou ses institutions -, lorsqu'on est chinois, en compagnie d'un ressortissant de ce pays. C'est impoli. C'est une marque d'irrespect. Bref, ça ne se fait absolument pas.

D'autre part, parce qu'il s'agissait d'un jugement de valeur sur un individu, ce qui ne se fait pas non plus en Chine, sauf entre très bons amis - et du bout des lèvres. Vous imaginez ma stupeur. Vous imaginez également ce que cela peut représenter de la part d'une personne qui trouve que les français sont les "meilleurs amis" des chinois (merci Jacques Chirac). Cette faculté de distinguer le Président du peuple m'a vraiment surpris. Comme quoi, ce pays ne finira jamais de m'étonner.

Depuis deux jours environ, les télévisions chinoises parlent de l'affaire DSK. Avec reconstitution en image de synthèse, de ce qui a pu se produire dans la chambre, le peuple chinois est donc informé. Hier, deux chinois m'ont parlé de "Kan" (puisque c'est son nom chinois), en souriant. Les rapports que j'ai eu avec les chinois étaient toujours aussi sympathiques: ils avaient l'air d'être plutôt amusés par la situation que choqués. Ma stupeur est d'autant plus grande que "Kan", au milieu de la tourmente (en même temps, je pense qu'il n'était pas connu en Chine par le peuple avant cette affaire), semble être plus apprécié que "SaRKoQi".

Bien sûr, il est difficile de faire des généralités sur deux personnes avec lesquelles le sujet "Kan" a été abordé. D'autant plus que toute la journée d'hier a été ponctué d'autres rencontres où ce sujet n'a pas été abordé bien que l'on sache que je sois français... Soit les personnes n'étaient pas au courant, soit elles préféraient taire un sujet "polémique" avec un ressortissant du pays, soit elles ne souhaitaient pas s'exprimer sur un sujet qui les choquait. Bref, une seule chose est sûre parce que c'est une constante quotidienne: le capital "sympathie" pour les français n'est pas tari par l'affaire "Kan".

Romook, en direct de la ligne du front

samedi 12 mars 2011

Tremblements de terre au Japon, départ pour Seoul

Au moment où j'écris ces lignes, c'est avec une semi inquiétude que je m'apprête à me rendre à l'aéroport de Beijing (où je suis actuellement) pour prendre un avion qui me conduira en Corée du Sud. Cette nuit, vers deux heures du matin (heure chinoise), je pense qu'il y a eu une secousse quasi imperceptible. Néanmoins, les baromètres naturels que sont les animaux (notamment les oiseaux en l'occurence) se sont mis à crier au point de me réveiller. Sur le moment, je me suis dit : "on dirait des cadeaux qui se battent pour une charogne." Puis, toujours dans mon sommeil, je me suis dit que ce n'était pas possible car je n'avais jamais vu de corbeaux à Beijing. De toute évidence, le bruit venait de vautours...

Un peu plus réveillé, et toujours pas trop rassuré, je checke les news pour savoir si la situation est toujours "critique", non pas tant pour les conséquences qui le sont de manière évidente, mais sur la possibilité d'une nouvelle secousse. La Corée du Sud est juste en face du Japon. A l'échelle d'un tel tremblement de terre, 2000 kilomètres ne représentent pas grand chose. Paraît-il que des employés de bureau l'ont ressenti à Beijing. Tout comme un autre tremblement de terre qui avait eu lieu, je n'ai rien senti. Que voulez-vous, on ne peut pas être hypersensible à tout, mon corps a choisi d'être hypersensible aux charmes féminins, il ne reste plus rien pour les tremblements de terre.

En parlant de charmes féminins d'ailleurs, outre la mission diplomatique qui m'anime, je vais en profiter pour revoir une camarade de classe qui apprenait le chinois avec moi à Beijing. Notre langue de conversation sera le chinois. Visiblement, mon passage en classe l'a marqué étant donné tous les souvenirs qu'elle m'a relaté de notre expérience commune de l'apprentissage de la langue chinoise. Du coup, j'ai débuté l'apprentissage de la langue coréenne : cela ne fait que la sixième langue étrangère que je vais appprendre. C'est difficile, beaucoup plus à mon sens que le chinois, à cause d'une grammaire qui est extrêmement différente de nos langues occidentales. Je n'ai pas fini d'apprendre à lire le coréen, ce qui en soi n'est pas grave car cela ne sert à rien de savoir prononcer des mots dont on ne comprend pas le sens. Je suis à Seoul jusque mardi pour un séjour "retrouvaille - découverte - mission diplomatique". Si ça bouge là-bas, vous pourrez vous dire que je suis aux premières loges - en m'enviant j'espère bien.

Si Internet ne se coupe pas, je devrais avoir des choses à dire, pour une fois qu'il y a des évènements nouveaux à relater, je ne vais pas me gêner. Bien entendu, si je ne donne pas de nouvelles, en fonction des news internationales, vous serez en droit d'imaginer le pire. Dans ce cas, je lègue mon blog à JC, à charge pour lui d'en entretenir la ligne éditoriale.

Allez, je vous laisse, je dois aller finir ma valise.

Romook, au coeur de l'actualité

samedi 8 janvier 2011

L'intrus III

Il y a des moments où la vie suit son cours et où les jours se ressemblent. Il y a des moments où l'on se dit que la fatalité c'est être soi, et n'être que ça. Il y a des moments où on aimerait prendre son lance-roquette personnel et tout faire péter, juste pour vérifier que, oui c'est vrai, on a un pouvoir sur son environnement et on peut changer le cours de l'univers. Voilà, c'est vrai, il faut avoir le courage de l'admettre, il y a des moments comme ça. Imaginez-vous seulement ce qui a pu se produire.

Je suis sorti de ma chambre en retard, non sans lui avoir laissé un dernier regard réprobateur. Je suis arrivé en retard dans le hall de l'hôtel où la voiture de mon chauffeur bloquait l'entrée de l'hôtel, vu que j'étais en retard. Il m'attendait impatiemment et m'a prié de bien vouloir le suivre, vu qu'on était en retard. Me voici donc dans la voiture, sans avoir eu le temps d'expliquer à la réception que la cochonnerie de plante verte dans ma chambre était en train de foutre en l'air ma vie, en commençant par (dans l'ordre s'il vous plaît) : mal être dans ma chambre, risque d'asphyxie, réveil en sursaut, privation de sommeil, humiliation, perte de confiance en moi, atteinte à ma crédibilité, re asphyxie, réveil prématuré, insomnie, humiliation, retard.

Vous semblez dubitatif pour le retard. Oui, le retard est entièrement imputable à cette plante. Comme je n'ai pas réussi à me rendormir, à 6h30, j'ai commencé à me préparer. Les minutes s'écoulaient et j'avais de plus en plus l'envie de me rendormir. Mes actes sont devenus une bi activité : se préparer tout en luttant pour maintenir l'esprit en éveil. Sournoisement encore, c'est une évidence et je me demande même pourquoi je l'écris, encore une tentative d'asphyxie... Résultat : devant faire face à deux activités au lieu d'une, j'ai perdu du temps. D'où le retard. CQFD. Faut vraiment tout vous expliquer. Passons.

Je passe sur le cours que je donne à mes étudiants, tout en nuance subtile et poétique dans la distinction à faire entre l'erreur sur les qualités substantielles et la fausse cause... Faut reconnaître qu'ils ont de ces questions... En France, les étudiants en droit écoutent et notent. Pas de question, tout est toujours clair. Ici, en Chine, il y a toujours des évidences à expliquer. Sauf que le problème, c'est que ce n'est pas toujours simple à expliquer l'évidence. Surtout qu'on n'est pas habitué à ça. Résultat, des fois on doute de l'évidence, en se disant que le caractère scientifique de la matière juridique n'est pas si établi que ça. Remarquez, quand on voit que le Conseil d'Etat peut décider que les principes de la Convention européenne des droits de l'homme ne sont pas applicables à la commission de discipline en prison sous prétexte que ce n'est pas une juridiction (sur l'autorité investie du pouvoir disciplinaire à l'égard des détenus), ça laisse rêveur... Premier cours de première année, introduction du droit, on étudie la hiérarchie des normes. Faudrait penser à réviser les fondamentaux. Bref.

Tout ça pour constater que le droit n'a rien de scientifique. Même, j'irai jusqu'à dire que ce n'est qu'une vaste mascarade. Enfin, non, pour ce qui touche de l'économique, ça a une forme de réalité. Mais dès qu'on part dans les droits fondamentaux, on a juste envie de rire. Mais non je ne suis pas aigri... Ce n'est pas comme si j'avais eu affaire personnellement à des institutions qui ne respectent pas le droit. Rassurez-vous.

Je ronchonne, évidemment, mais c'est à cause de ce manque de sommeil allié à ce retard et à ces questions évidentes qui finissent par ne pas l'être que j'en suis arrivé là. Vous me connaissez, normalement, c'est Romook le jovial. La plante verte, dès le cours terminé, je m'en vais lui donner du jovial, au napalm même. Je finis le cours et vais déjeuner avec mes étudiants (c'est classique). Puis, retour à l'hôtel.

J'oublie de passer par la réception pour la simple et bonne raison que j'ai oublié comment on dit "plante verte" en chinois. Je ne sais que 植物 qui signifie "plante". J'arrive dans la chambre. Quel idiot! Il n'y en a qu'une. Je n'aurais donc eu aucune difficulté à la désigner. Elle me regarde, les feuilles légèrement tombées. Je crois qu'elle a soif. Encore un stratagème. C'est évident. N'empêche qu'elle est attendrissante avec ses oreilles qui tombent. Le doute s'installe dans mon esprit.

D'un seul coup, je passe de la détermination meurtrière la plus intense à la culpabilisation de mes intentions belliqueuses à l'égard de cet être qui souffre. Mon dieu que l'on est peu de chose! Évidemment, elle se fait toute petite, l'ombre de mon ombre. Elle sait bien que ce matin elle a dépassé les bornes, Vais-je céder ?

"Driiiiiiing!"

Voilà la sonnette qui y met du sien maintenant. J'ouvre la porte.

- 你好... 我错了 - 对,再见

Évidemment qu'il s'est trompé. Bon, que va-t-on faire de toi ma grande? J'entends dans le couloir l'individu qui, de tout évidence, s'adresse à quelqu'un de l'hôtel. Ni une, ni deux, je sors de ma chambre et je vais chercher le garçon d'étage. Je lui explique la situation. Il y a une plante qui squatte ma chambre depuis deux jours et qui n'arrête pas de me manquer de respect, si ce n'est plus... Je n'en veux plus. Quelques minutes plus tard, je suis seul. Seul dans ma chambre. Le vide trône à la place où elle était. Je suis débarrassé d'elle. Je ne lui ai pas donné d'eau avant qu'elle ne parte. J'aurais peut-être dû.

Romook, la libération est une jouissance comme une autre

vendredi 7 janvier 2011

L'intrus II

On a beau être un homme et être entraîné par la vie à ça, y a des fois où on y arrive pas. Vraiment, honte sur moi : l'échec total. Romook nihiliste... romook surhumain... Romook le salaud... Romook l'antimatière... Romook, mon cul oui! Une tafiote qui a peur son ombre. Voilà la vérité. Je me réveille avec la ferme intention de virer cette plante verte. Je pars faire mes cours et, en revenant, en début d'après midi, je la vois devant moi, les feuilles complètement redressées, pleine d'énergie, elle a trouvé sa place. Devant tant de vitalité, fini les bonnes résolutions, un vieux relent de gentillesse chrétienne remonte à la surface et hop! je lui pardonne. Je lui pardonne. Et je poursuis mon petit travail de préparation de cours, sans me poser de question.

Un peu plus tard, j'ouvre ma boîte en carton "nouilles aux bœufs", dans laquelle la plus grande partie du bœuf doit être constituée par la sauce lyophilisée, verse un peau d'eau chaude comme indiqué dans le mode d'emploi chinois et attend patiemment que ça cuise. Mon regard se porte sur elle. Rien à dire : elle est imposante. Exactement le genre de plante que l'on est fier de présenter à ses amis, preuve vivante que l'on a la main verte. Sauf que :

  • J'avais décidé de la virer et je ne l'ai pas fait;
  • Je me suis laissé embobiner par elle car elle s'est imposée et je ne l'ai pas choisie;
  • Elle me pique mon oxygène quand je dors;
  • Elle me réveille la nuit car, dans la pénombre, elle a un côté extrêmement impressionnant;


Compte tenu de ce qui précède, force est de constater que sa présence ne me plaît pas. Je préfère être seul. Quand je viens en Chine, ce n'est pas pour partager mon intimité avec des inconnus, fussent-elles de sexe féminin. Je m'entretiens donc silencieusement avec elle pendant mon repas (mes nouilles étant prêtes) et nous convenons ensemble qu'à la fin du repas, elle devra faire ses bagages et que j'appellerai le groom pour l'aider à quitter la chambre.

Vous savez comment sont les plantes vertes... Incapable de tenir une promesse, ni de respecter un engagement. Perfidement, elle décida de se mettre à me pomper l'oxygène, ce qui eut pour effet immédiat de me pousser à me réfugier au creux de mon lit, par une fatigue que j'aurai pu expliquer par le décalage horaire si je n'avais pas su que c'était là son œuvre. Me sentant dépassé par les évènement, au péril de ma vie, je décidais de me reposer un peu avant d'envisager d'expliquer en chinois à la réception que j'allais leur foutre un procès au cul pour avoir tenté de m'éliminer par l'intermédiaire de leur tueur à gage déguisé en plante verte. Je m'effondrais dans le sommeil.

Quelques heures plus tard, je suis réveillé en sursaut. La chambre est complètement plongé dans l'obscurité. En face de mon lit, je devine le rire sarcastique de la plante verte qui sait qu'elle a encore gagné la partie. Je remonte la couette, pour me protéger d'une éventuelle agression, et allume la lumière. Il n'y a alors aucun doute possible. Elle se marre: elle se fout carrément de ma gueule ! Je suis là, pitoyable au fond de mon lit, recroquevillé sous la couette pendant qu'elle trône fièrement à la place qu'elle aurait déjà dû quitter. Là encore, je n'ai pu constater que l'on était bien peu de chose face à la perversité incarnée, que les bonnes résolutions s'effondrent toujours devant une belle plante et qu'on leur pardonne tout pour peu qu'elles sachent se faire oublier quelques instants.

Je vais m'en tenir au marché initial. Dehors la sale gosse qui fait l'effronté. Pas de quartier pour la salope face à moi, feuilles écartées, tronc dressé, arrogante, tentatrice. Etre aguicheuse maintenant ne sert à rien : dehors, dehors! Je jette un œil à ma montre : 3h45. Un répit de quelques heures t'attend, mais crois-moi, je vais te mettre à la porte. Si ce n'était ton poids qui nécessite tout de même d'être deux pour te transporter, je te glisserai jusqu'à la porte, quelques soient tes jérémiades. Je prends mon livre de Clive Barker et commence à lire. Impossible de me calmer. L'angoisse que génère cette plante m'empêche de me rendormir. Un café pour me détendre. Rien n'y fait.

6h30. Allez, faut aller se préparer maintenant. Les étudiants attendent leur professeur, complètement inconscient des risques qu'il encourt à se rendre auprès d'eux, logeant dans un hôtel où le surnaturel règne. Oui, il s'agit bien de Sur - naturel. Une plante qui se personnifie, c'est du surnaturel. Dès que je me retourne, je l'entends ricaner. J'ai bien envie de lui effilocher les feuilles un peu, moi, histoire qu'elle comprenne que je ne ris pas de cette situation, moi. Tout à l'heure, ce sera "Rideau". "Fin du sketch". Dehors la plante.

Romook, un vrai homme

jeudi 6 janvier 2011

L'intrus

Revoilà le Romook revenu en Chine... Epuisé par le voyage, le second jour, je me rends au salon de massage vers 20h. Deux objectifs : le premier est celui de m'empêcher de dormir trop tôt (sinon l'acclimatation au décalage horaire en est retardée), le second est bêtement celui de permettre à mon corps de se reposer. Laissant donc une chambre d'hôtel bien chaude et douillette, me voici en train de marcher dans la nuit, avec un vent froid et sec pour compagnon. Il fait glacial.

Je rentre du salon de massage (22h). J'arrive dans la chambre, que je retrouve allumée avec le chauffage qui fonctionne. Je suis donc un peu surpris puisque, pour que tout fonctionne, il faut insérer un passe magnétique qui fait office de clé et de commutateur électrique central. Comme c'est une chambre refaite à neuf, je ne m'inquiète pas outre mesure... Je me dis évidemment qu'ils ont amélioré leur système (ou tout au moins que la rigueur de l'hiver étant ce qu'elle est, il laisse fonctionner l'électricité dans les chambres lorsque nous sommes sortis).

Je pose mes affaires. Je sens une présence. Je fais le tour de la chambre, de la salle de bain… et ne trouve rien. Pourtant, je sens bien que quelque chose ne va pas pas. Je mets ça sur le compte de la fatigue. Je me mets en pyjama (glamour quand tu nous tiens!) puis commence à bouquiner dans le fond de mon lit. Là, j'ai vraiment très nettement la sensation d'être observé. Je suis dans mon lit, adossé au mur. Je fais face à toute la pièce. De l'autre côté, il n'y a que le mur d'en face avec un meuble supportant la télévision et le bureau avec mon ordinateur. Juste à côté, une petite commode qui supporte ma valise. Comment est-ce possible de me sentir dans une situation aussi étrange?... Évidemment, la fatigue plus mon livre « Le royaume des devins », je me dis qu'il faut que je me couche et que j'arrête de me faire des idées. Pourtant, il y a vraiment quelque chose qui me travaille.

Malgré l'absurdité de la situation (il y a des situations comme ça où on est seul et où on peut se permettre ce que l'on n'oserait pas raconter), je me lève et vais vérifier si personne n'est caché dans ma valise. Bien entendu, cette dernière est fermée par les cadenas. J'ouvre les cadenas et inspecte son intérieur. Effectivement, quelqu'un avait bien pénétré dans ma chambre. De manière discrète, c'est vrai, mais ma perception de mon environnement ne m'avait pas trompé. L'intérieur de ma valise, comme je m'y attendais, ne présentait aucun signe particulier. Mais, en l'ouvrant, j'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait pas. Cette valise était l'instrument par lequel le coupable, toujours présent dans la pièce, était démasqué. Entre le mur d'angle et ma valise, une gigantesque plante verte était posée. Ses feuilles retombaient sur ma valise. Il m'a fallu quelques efforts pour comprendre qu'elle n'était pas là lorsque j'avais quitté ma chambre. Mais la situation était claire : elle était maintenant mon hôte. Enfin, un hôte qui s'invite seul est un intrus. Regardons la situation en face et appelons un chat, un chat.

Je la regarde et commence, avec la curiosité scientifique qui me caractérise, par me demander si elle est vraie. Le nombre de feuilles en mauvais état m'indique rapidement que c'est une vraie plante. Je retourne dans mon lit, avec un sentiment contradictoire, à la fois soulagé et inquiet. Je reprends mon livre. Elle me regarde. Je lui jette un rapide coup d'œil, espérant qu'elle comprendrait que je n'allais que la tolérer et qu'elle devait rester tranquille dans son coin. Rien n'y fait, elle s'obstine par sa présence à me fixer. Je la fixe aussi. Je me dis que je vais téléphoner à la réception pour qu'ils viennent rechercher ce colis incongru. Je n'ai pas l'intention de partager ma chambre. C'est chez moi ici. Elle me regarde toujours, ostensiblement. Quel caractère! Quel toupet! J'éteins la lumière. Comme ça, elle ne pourra plus conserver cette arrogance. J'essaie de m'endormir, mais cette présence m'inquiète. Et si c'était des extra terrestres qui s'étaient incarnés dans cette plante ? Si c'était un feond venu directement des Ombres d’esteren pour me manger ? Vais-je être dévoré pendant mon sommeil ? Asphyxié ? C'est sur ces réflexions angoissées que je me suis endormi...

Ce matin, je me réveille, elle trône fièrement. Elle a redressé ses feuilles. Visiblement, elle se sent bien. Sa présence continue de me déranger sans que je puisse savoir pourquoi. Elle a passé la nuit avec moi et entend rester là. Je suis assez désemparé car je vois bien qu'elle se sent bien. Elle va être discrète, je le sens. Mais une nuit, ce n'est tout de même pas suffisant pour que j’accepte n’importe quoi venant d’elle. Surtout une nuit arrachée de force, de cette manière... Je ne suis pas prude, mais tout de même. Il me reste encore une heure avant de descendre dans le hall. Je crois que je n'ai pas confiance en elle. Même si ses feuilles ne touchent plus ma valise, dès que je l'ouvrirais ou la fermerais, elle ne pourra pas s'empêcher d'aller les fourrer dedans. Je crois que je vais être salaud, mais je vais demander à la réception de la virer de ma chambre. Non mais c'est vrai, quoi, sans blague. C'est qui le patron?

Romook, intimité violée par une plante verte

jeudi 30 juillet 2009

Tribulations d'un ch'ti au pays des montagnes

La 6000D

Racontée, après avoir été vécue, par Sieur Romook

Mais, pourquoi donc ?

Choisir une course parmi toutes celles qui existent suppose de faire des choix dont les paramètres sont nécessairement – et uniquement – subjectifs. Est-ce pour retrouver des amis ? Est-ce pour avoir la possibilité de faire la visite d’un lieu que l’on ne connaît pas ? Ou encore réaliser un exploit ? Bref, les critères sont multiples et propres à chacun, sachant que, pour le plus grand bonheur de tous, ils ne sont pas exclusifs les uns des autres.

La 6000 D, faut-il avoir des raisons particulières pour la choisir ? Course mythique, une classique du genre. En soi, cela pourrait suffire. Mais mon envie de la courir est raisonnée par un objectif plus lointain. J’ai envie de me frotter à l’UTMB en 2010. J’ai obtenu 2* en faisant le Grand Trail du Nord (GTN) au mois d’octobre 2008. Cette année, j’y retourne. La longueur a été revue officiellement à 142 km… ce qui correspond très exactement à ce que j’avais calculé, en occultant mes détours, et celui imposé par l’organisation, qui avaient mené ma distance « personnelle » à 145 km. Ce faisant, l’organisation de l’UTMB lui a attribué 3*. En le courant cette année, j’aurais donc officiellement la possibilité de m’inscrire à l’UTMB en 2010, si bien entendu je le finis…

Une grande inconnue demeure pourtant. Je n’ai jamais été courir en montagne et n’ai aucune idée de ce qui m’attend comme difficulté. Il faudrait donc que je trouve une course de montagne qui me permette de « sentir » la difficulté. Compte tenu du calendrier et de sa difficulté supposée, ainsi que de son côté mythique – et de la petite * supplémentaire pour l’UTMB – la 6000 D me semble toute indiquée.

Quelques CR lus plus tard, je prends mon inscription, convaincu du bien-fondé de ma démarche. Je discute avec quelques amis qui attirent rapidement mon attention sur le problème de l’essoufflement du à l’altitude. Une première difficulté est donc mise en lumière. Je prends une semaine dans un appartement sur place pour découvrir les lieux et pouvoir m’acclimater à ce problème d’altitude. Concernant le dénivelé, j’ajoute des escaliers dans mon programme d’entraînement et fais quelques trails en sortie « off » pour apprendre à mieux maîtriser les sentiers techniques. Tout pourrait paraître correct dans la préparation…

Mais, depuis le mois d’octobre 2008, je n’ai quasiment pas couru, espérant que mes chevilles fortement endommagées par les sentiers boueux du GTN se remettent d’aplomb. Finalement, c’est en avril que je déciderai – un peu tardivement certes – de voir un kiné qui, en trois séances, me réparera les chevilles et les pieds. C’est ainsi que je reprends la course à pied en mai, dans un hôtel chinois où j’irai grimper et descendre les 19 étages par les escaliers de service, en alliant un petit programme de gainage et de corde à sauter…

Et j’enfile alors de nouveau les kilomètres comme des perles, en totalisant pour mon mois de juin 180 kilo… Une montée en charge progressive qui doit me permettre de retrouver un bon niveau pour le mois d’octobre. Début juillet, je fais un 10 km en 44’43, qui me permet de savoir que mon niveau n’est pas trop mauvais, après six semaines d’entraînement, malgré 6 mois d’arrêt complet de course à pied. J’aborde donc la 6000D comme un test, sans autre souci que de terminer la course. Je pensais alors faire la course en 8h, complètement inconscient de l’effort qu’il faudra faire sur place…

Quelques jours avant, une préparation plus psychologique que physique…

Me voici arrivé à Aime la plagne, à 2000 mètres d’altitude. L’objectif avoué est de découvrir les effets de l’altitude sur l’organisme. Mes séjours en montagne (Les Vosges et au Guatémala) ne m’ayant pas laissé de souvenir particulier sur ce point, je dois travailler cette « nouvelle » sensation. Je fais une première sortie, en courant, de 9 kilomètres dans les sentiers autour de la station. Première découverte : la technicité des sentiers. Sur mes trails « off », les parties vraiment techniques ne représentaient que 25 à 40 % du trajet total… Là, je suis sur des sentiers où la moitié – au minimum - du trajet peut être technique, voire très technique. Je commence à être inquiet. Deuxième découverte : mes battements cardiaques sont extrêmement élevés alors que je suis à une vitesse d’endurance réduite… Troisième découverte : les dénivelés sont importants – ce que je supposais – et très longs à grimper – ce dont je n’avais pas pris conscience.

J’ajoute à mon régime alimentaire au moins 100 grammes de lentille un repas sur deux minimum. Cet aliment contient une forte concentration de fer, idéal pour acclimater le corps à l’altitude par la production de globules rouges, opération qui requiert notamment du fer. Je ne sais pas si une semaine est suffisante pour arriver à être en forme pour attaquer la course, au niveau oxygénation, mais, en tout cas, j’ai gagné 1 km/h sur une semaine en terme de battement cardiaque par rapport à la vitesse… L’essoufflement était moindre à ma troisième sortie « course à pied ». La mise ne confiance était réalisée sur ce point.

Pour appréhender l’environnement, je décide de faire de la marche. Activité idéale pour aider le corps à se préparer sans trop se fatiguer. Je grimpe ainsi à la Grande Rochette et à la Roche de Mio durant mon séjour. Cela me permet de découvrir une partie du parcours de la 6000D. J’irai faire un tour au glacier, histoire de « sentir la température. »

Enfin, mes petites sorties (la plus longue faisait 14 km) m’ont permis d’appréhender la technique de la descente sur des sentiers très techniques. J’en suis très heureux car mon angoisse de la vitesse, ajoutée à celle de la peur de me fouler la cheville, me rendait très « timide. » Or, je constate que le fait de « refuser » la descente est bien plus difficile pour les cuisses que le fait de se laisser porter par la vitesse naturelle. Je gagnerai donc en vitesse et en confiance pour la descente sur des sentiers très accidentés, mélangeant rocher, pierres et racines en tout genre, sur sol dur irrégulier...

Je suis de plus de en plus angoissé et excité à l’idée de faire cette course. Je le précise : tous ces éléments mis bout à bout ne me permettent pas de prendre conscience de la réalité et de la difficulté de l’épreuve, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Ca allait être beaucoup plus difficile que ce que j’avais imaginé.

Le jour J, les préparatifs

Le réveil est prévu à 6h00. Couché à 23h la veille, réveillé plusieurs dans la nuit, à 5h15, je décide de me lever. Un rapide et court café plus tard (pour éviter de me retrouver au stand « arrêt-pipi » du début de la course), je vérifie le sac que j’ai déjà préparé la veille. Je regarde le temps dehors. La veille au soir, il pleuvait. J’avais donc prévu un coupe-vent pour la course. Les prévisions météo faisaient état d’une très belle journée à venir.

Je regarde à l’extérieur et constate que ça vaut le coup de prendre le risque de se passer des 400 gr que représente cet abri anti-pluie. Et puis, quand on est un ch’ti, normalement on a sa fierté : on court sans filet. A-t-on déjà vu rechigner à la course un gars du nord parce que les intempéries semblent vouloir prendre d’assaut le chemin à parcourir ? Malgré les conseils vespéraux de ma mère, je décide donc de partir plus léger.

Le rituel du matin de course se met en place. Crème NOK aux endroits stratégiques : sternum, pieds et entrecuisses. Sparadrap sur les tétons. Les snickers dans les poches du sac, préparation de la boisson énergétique. L’intérêt d’un tel rituel est qu’il permet de se mettre en condition. L’enchaînement régulier, dans le même ordre, de chaque geste, maintes fois répétés pour chaque sortie longue, donne à la tâche un côté initiatique qui plonge l’esprit dans les conditions de la course, doucement, comme un submersible atteint progressivement les profondeurs. S’y ajoute, pour un esprit mal réveillé comme le mien, la possibilité de repérer l’acte manquant par la désorganisation du rituel. J’enjoins donc régulièrement mes amis à me rejoindre dans la secte du rituel pré-course, à choisir chacun leur voie dans l’ordre dans lequel ils effectueront leurs préparatifs. Je n’aime pas le prosélytisme, mais là, chacun y trouve son compte. A défaut de quoi, il reste le café noir et le stand « arrêt-pipi » du début de course. A vous de choisir.

Tout est prêt : il est 7h00, l’heure de se mettre en route. Pour une fois, je ne monte pas dans ma voiture en retard, je suis même plutôt en avance. Ca n’augure pas forcément quelque chose de bon. L’avantage d’être en retard, c’est de détourner l’attention de la vraie source du stress. Rappelons au passage mon départ avec 5 minutes de retard sur le peloton du Grand Trail du Nord alors que l’organisation était déjà en train de plier bagage…

Aime la vallée, sur le seuil du départ, 07h52, 673 m

Après 40 minutes de voiture, je trouve à me garer sans encombre. Le départ est à 8h00. J’ai plus d’un quart d’heure pour rejoindre la ligne de départ. Je suis à 800 mètres. Inutile de dire que j’ai rarement été aussi en avance, sauf pour quelques contraintes professionnelles bien précises. On a tous des défauts, l’un des miens est celui de ne pas savoir arriver à l’heure, sauf sur la ligne d’arrivée lorsque je suis le lièvre de quelqu’un.

Comme il fait un peu frais, je me rends sur la ligne de départ en trottinant. Des coureurs, bien au chaud dans leur véhicule, m’interpelleront en me rappelant que le départ n’est que dans dix minutes. J’ai tellement l’habitude de ne pas être on time que j’ai certains réflexes qui sont acquis. Je cours pour me rendre à l’arrivée car je ne peux pas accepter consciemment l’idée que je suis à l’heure.

Une fois dans le peloton. Et bien je n’ai rien à faire. Je ne connais personne. Ce n’est pas non plus le moment de lier amitié avec des inconnus, ce que d’ordinaire j’aurais sûrement fait. Pas la peine de draguer non plus car, avec les féminines, on peut craindre le pire. Soit on tombe sur la petite frêle qui cache un moteur de sport et qui va nous laisser sur place – et on a l’air minable et lourd. Soit elle est à la ramasse et l’abandonner à son sort devient une faute de galanterie, doublée d’un goujaterie sans nom. Bref, je suis seul au monde, ce qui prélude déjà à la course qui va bientôt démarrer.

C’est le départ qui est donné et le peloton s’étire doucement. Je prends mon rythme rapidement. Un ami m’avait indiqué qu’il fallait arriver assez tôt au début de la première côte sous peine de se voir condamner à être disqualifié car l’arrière train est tellement lent qu’on ne peut pas survivre aux contraintes horaires. Dubitatif sur cette explication peu plausible, j’avais décidé dès le début de la course de courir en fonction de mon cardio avec des pulsations entre 150 et 160. Avec l’altitude, je sais que ça ralentira ma course, mais au moins, je n’aurais pas de fatigue prématurée.

Je fais donc les 5 premiers kilomètres en 25’, sur un bitume quasiment plat. Une cloche retentit, quelques coureurs tentent de se frayer un chemin, rapidement… Je comprends : nous sommes à l’orée d’un chemin forestier qui grimpe, il n’y a la place que pour une seule personne à la fois. Je prends le train en marche. Je grimpe.

Que dis-je « je grimpe » ? Je commence par marcher. Puis, je monte une marche, puis deux, puis trois. Je regarde les pieds de devant. J’écoute mon souffle. Je gravis la pente. Je fais face au mur. Je commence à sentir des entailles dans mes jambes. Le cœur s’emballe et pourtant je ne fais que marcher. Un petit virage et on continue. Je lève les yeux et une procession ininterrompue d’adepte de la grimpette se déroule à perte de vue. Alors, je continue verticalement à dérouler des mètres. Dans le rythme obsédant de mon voisin de devant, me permettant ainsi de trouver le sien à celui qui me suit, je suis le maillon d’une longue chaîne humaine qui relie le bas du sentier à une sortie en altitude imaginée. Chaque pas est une marche sur laquelle j’assieds ma victoire prochaine. Chaque pied posé donne la sensation que mes jambes finiront par lâcher et que mon objectif de terminer est un doux rêve que j’ai caressé. Une heure que j’ascensionne, que je m’élève dans le dénivelé, et la forêt environnante me cache tout ce qui pourrait m’insuffler un peu d’espoir dans la fin de cette lente et interminable marche vers les cieux.

Parfois, un répit s’accorde et le chemin s’élargit. Mais c’est de la descente que l’on nous sert ! Certains poursuivent leur marche, d’autres trottinent. Je survole littéralement ces passages, gagnant à chaque fois une bonne vingtaine de place. Je ne fais pas tant ça pour gagner du temps ou des places. Retenir le corps dans la descente me semble bien plus fatiguant que de se laisser porter par la pente. Je suis frais : j’en profite pour m’écarter prestement des pierres et des branches qui sont de véritables pièges à entorse. Parfois, j’entends une réflexion dans mon dos « ben dis donc, il a des jambes le gars en jaune... » Aucun persiflage, plutôt une forme de reconnaissance dubitative de la part de coureurs dont les jambes semblent avoir déjà beaucoup soufferts.

Puis, on reprend l’ascension et le rythme est déjà moins soutenu. Je tiens ma place parmi les wagons qui mènent à la sortie. Parfois, quelques ovnis doublent sur le côté, comme s’ils avaient perdus quelque chose, le temps sûrement, et cherchaient à le rattraper. Je suis tout à la fois admiratif et suspicieux. Je croiserais certains d’entre eux, un peu plus loin dans la course, les dépasserais et ne les reverrais plus. Pour d’autres, leurs semelles et leurs maillots resteront un souvenir. Je souhaite que ce soit parce qu’ils ont passé la ligne d’arrivée sans encombre, devant moi.

« C’est la première fois que tu la fais ? » m’adresse un de mes compagnons d’infortune. Je ne lui cacherai pas que c’est effectivement ma première fois. « Je l’ai faite plus d’une douzaine de fois. Crois-moi, le secret c’est d’arriver frais au glacier. Après, ça roule tout seul. » Il n’y a qu’à arriver frais au glacier donc. Un faux plat se dresse devant nous. Je suis à 157 pulsations. Je le laisse donc partir en attendant d’être plus frais pour trottiner moi aussi. Je ne le reverrai plus non plus. Je peux le remercier, en tout cas, de m’avoir livrer un secret en forme d’énigme.

Que veut dire « rester frais » lorsqu’on vient de gravir 3000 mètres de dénivelé positif ? Un rapide coup d’œil à mon GPS et je suis informé que je n’ai fait que 800 mètres depuis le début de la course. Bien sur, les cuisses sont tendues et prêtes à se déchirer. Mais la douleur reste suffisamment supportable pour continuer à gravir la pente. En tout cas, si cette énigme ne m’avait pas été posée très tôt dans la course, j’en aurais rapidement posé une autre : qu’est-ce que je fous là ?

On sort la tête de la forêt et un rapide coup d’œil vers le bas m’informe sur le fait que mon GPS ne m’a pas trompé. La vallée a l’air bien lointaine. Et devant moi se dresse un mur d’herbes et de boue. Les grimpeurs dérapent, glissent, cherchent leurs appuis : c’est à mon tour de tenter la montée sans faillir. Arrivé en haut de cette petite pente d’un bonne vingtaine de mètre, je suis face au premier point de contrôle.

Contrôle 1 : Télésiège des Coqs, 10h00, 12 km, 1800 m

Quelle vision ! Devant moi, un plat d’une petite cinquantaine de mètre avec des coureurs qui se font bipés. Et sur la gauche, une pente herbeuse, recouverte d’une cohorte de coureurs en train d’entreprendre son ascension. Alea jacta est ! Il faut retrousser ses chaussettes et serrer ses lacets, il y a du dénivelé au programme. Je savais en m’engageant - en « m’enrôlant », devrais-je noter – dans la 6000 D que j’allais souffrir. Et bien allons-y ! Souffrons !

Et je recommence à grimper. Sans envie. Sans plaisir. Avec une douleur respectable, sans être aigue pour autant. Les pieds s’alternent sans difficulté. Les jambes s’élèvent vers le ciel et supportent mon poids sans trembler. Je ne ressens pas de fatigue particulière. J’ai envie de courir, mais ce sera visiblement pour après… Mais après quoi ?

Puis, je vois la résidence Aime 2000. Je sais que j’arrive bientôt à Plagne - centre. Effectivement, après une montée assez abrupte, je débute la descente le long de la résidence. Le sentier est technique, mais je l’ai fait plusieurs fois. Je le déroule, sans difficulté particulière, comme un musicien exécute sa partition maintes fois répétée.

En arrivant près de l’aire de jeux pour enfant, je croise ma mère et ma fille. Elles sont là toutes les deux à me faire des signes. Je m’arrête pour faire le baiser matinal puis reprend mon chemin pour aller jusqu’au ravitaillement où elles me rejoignent très rapidement.

Contrôle 2 : Plagne centre, 10h36’, 16 km, 1993 m

Le ravitaillement est fourni : coca, eau, boisson énergétique, bananes, dattes, barres de céréale, quartier d’orange. Je me restaure rapidement. Une petite photo souvenir avec ma fille. Au moment de me relancer, je croise un coureur qui était dans la même résidence que moi, qui avait déjà fait deux fois la 6000D en 7h30 environ. Je lui demande si ça va pour lui. « Pour le moment, ça ne va pas trop mal. »

Et je repars vers la Roche de Mio. Je suis sur une partie du parcours que je connais puisque la veille, j’ai grimpé la Roche de Mio en randonnée en partant de Bellecôte. Psychologiquement, le fait d’être sur une partie du parcours que je connais me fait beaucoup de bien. L’environnement est familier et je gère très bien mon effort, connaissant d’avance les parties roulantes et celles qu’il faudra grimper.

A partir de 10 km, pour une course et quelque soit la distance, je saucissonne les objectifs. Le tronçon de base minimal est 5 km. Ici, le problème est que l’on n’a pas de kilométrage précis entre les différents points de ravitaillement ou de contrôle. La carte du parcours est extrêmement imprécise et il est impossible de savoir précisément où on se situe par rapport au prochain point de contrôle. C’est très désagréable, même s’il faut reconnaître que le nombre de kilomètre ne donne pas d’indication précise sur la vitesse avec laquelle on va évoluer... En connaissant le terrain, je suis en confiance et je me lâche un peu.

Sur la route du balcon, je trace droit sur la route – en respectant ma limite à 160, pas d’excès de vitesse bien sûr. Comme cela a été mon terrain d’entraînement pour deux de mes sorties, je maîtrise bien les chemins. Je navigue pendant environ vingt minutes en parfaite connaissance de cause. Ce passage me rafraîchit le corps et l’esprit. Puis, on attaque la grande montée vers la Roche de Mio.

La lente ascension vers le lac des Blanchets commence. « Droit dans le pentu. » Plusieurs fois, je me demanderais si je ne devais pas faire un crochet par les chemins de côté plutôt que de prendre de front ses pentes qui semblent de plus en plus interminables au fur et à mesure qu’elles se succèdent. Mouton de Panurge, je suis le mouvement.

Enfin, le lac des Blanchets se découvre devant nous. Une petite descente technique rapide avant de reprendre un chemin de pierre où la prudence est de mise. Je sais qu’au sommet, un petit couloir de course se profile. Je prends donc mon temps pour escalader. Mes pulsations restent autour de 150 lorsque j’atteins le sommet. Je me permets donc encore une petite accélération pour la descente, laissant mes pulsations monter jusqu’à 165 environ.

On arrive alors près d’un petit ruisseau, au pied de la Roche de Mio. Il reste une lente et laide montée de chemin caillouteux, grisâtre, à monter. Si ce qui se profile devant n’est pas beau, en revanche, le panorama derrière est superbe. L’ayant déjà fait la veille, je reste calme et ne cherche pas à gagner du temps dans une montée qui est bien moins pentue que les précédentes. Je sais qu’à la sortie de cette montée : le point de contrôle m’attend, suivi vraisemblablement d’une grande descente de plusieurs centaines de mètres. Il s’agit de continuer à fonctionner à l’économie.

Sans douleur particulière, ni fatigue supplémentaire, j’arrive enfin au sommet. Comme dans tous les ultras que j’ai fait, la douleur s’est stabilisée autour d’un certain seuil et semble ne plus pouvoir évoluer. A ce moment-là, au vu de mes sensations, je sais que je finirai la course. Un rapide calcul me fait penser que je peux finir en dessous des 9h30’.

Contrôle 3 : Roche de Mio, 12h04’, 24 km, 2675 m

Juste après le point de contrôle, se profile une longue descente… J’en ai assez de marcher comme un forcené, en file indienne, à la manière des bagnards dans l’île de Cayenne. J’ai besoin de dérouiller les quilles et de m’enfiler quelques centaines de mètres à bonne vitesse tout à la fois pour me dégourdir et pour vérifier mon état de fatigue.

Me voici lancé à pleine vitesse dans cette descente, sautant au dessus des obstacles et évitant sans aucune difficulté les pierres et les accidents du terrain. Je remonte pas mal de concurrents à ce moment-là. Je suis alors rempli d’une sorte d’euphorie intérieure car je mesure rapidement mes progrès en très peu d’entraînement, depuis mon premier trail (octobre 2008). En effet, quelques accidents aux chevilles m’ont rendu très sourcilleux quant à leur utilisation sur terrain accidenté. Plusieurs sorties en trail « off » m’ont galvanisé et les trois dernières que j’ai faite cette semaine, sur des sentiers techniques de montagne, m’ont permis d’énormément progresser. Je n’ai plus peur de chuter, ni de descendre à pleine vitesse. J’évite ainsi de retenir ma vitesse dans la descente, ce qui aurait pour effet de fatiguer les jambes plus rapidement.

Je ne sais pas combien de temps dure la descente, mais elle me semble rapide. Au bout de cette dernière, c’est un ravitaillement qui nous attend : le dernier avant le glacier. Nous somes au col de la Chiaupe (2492 m). Les bénévoles sont tout aussi sympathiques qu’à Plagne centre. C’est un « bi-ravitaillement » puisque l’endroit est commun aux coureurs de la montée du glacier et à ceux de la descente. Je fais remplir ma poche à eau, qui était initialement faite avec un mélange d’eau pure et de « powerade » citron. Très légèrement sucrée, elle était parfaitement adaptée à mon goût du jour.

Je regarde mon cardio et constate que je suis à 170 environ. Je ne suis pas vraiment essoufflé, mais j’ai comme une gêne, comme si on m’avait amputé de la partie inférieure des poumons, un quart environ. Mes jambes sont douloureusement fraîches, le moral semble bon. Tous les voyants sont au vert. Et j’attaque la grimpette finale vers le glacier.

Je suis tout d’abord frappé, en levant les yeux, par la longueur de cette chaîne humaine qui fait penser à ces longues traînées de fourmis. Il semble n’y avoir ni début, ni fin. En parallèle, des coureurs descendent à toute allure. Le contraste est saisissant entre la lenteur des uns et la vitesse des autres. Cette vision, dans un décor chaotique fait de pierre, me frappe profondément l’esprit : « qu’est-ce que je suis venu faire là ? »

En un instant, mes jambes me paraissent lourdes, mon souffle court et sans aucun enthousiasme intérieur. Tout tourne dans ma tête et je quitte le ravitaillement sans appétit de poursuivre l’aventure. Quelques dizaines de mètres plus loin, un spectateur – à qui j’attribuerai un don de lecture des personnes particulièrement surprenant – me lance : « Il faut juste prendre un rythme et le tenir jusqu’au bout, et ça va passer tout seul. »

Evidemment, lobotomisé par ma frayeur grandissante, je suis le conseil sans réfléchir. J’aligne alors mes pas les uns derrière les autres, comme des petits soldats. Mes pieds avancent sans consulter mon esprit et je prends même la liberté de m’écarter plusieurs fois du chemin des autres concurrents pour chercher des appuis plus fermes dans ses caillasses qui se dérobaient sans cesse sous nos pieds.

Je me surprends aussi à encourager la plupart des concurrents que je sens souffrir. L’un d’entre eux, posté sur le côté, complètement dépité à l’idée de ce qu’il restait à gravir, les yeux perdus vers le glacier, m’annonce : « j’ai les jambes lourdes. » Je comprends l’excuse, le motif que l’on recherche pour retarder le moment de continuer. Moi aussi, mon esprit à chercher à trouver des justifications pour m’écarter des souffrances de cette course. « On a tous les jambes lourdes, mais c’est avec la tête que tu vas finir. Allez, on continue. » Il est repartit. Je ne sais pas si c’est ma phrase qui l’a convaincu ou s’il serait reparti de lui-même, mais en tout cas, tout me porte à croire qu’il est passé par la ligne d’arrivée.

Je maintiens donc mon rythme et me retrouve de plus en plus en difficulté pour respirer. Je maintiens le rythme, ne me préoccupant plus de mon cardio. Me voici d’ailleurs en train de dépasser des concurrents… Un peu obstiné dans sa démarche, le Romook, lorsque la souffrance grandit et qu’il faut s’accrocher aux branches pour ne pas succomber aux milles petites excuses qui pourraient faire abandonner. Depuis que je me suis mis à l’ultra, mon idole est le métronome. On prend une cadence et on la garde le plus longtemps, aussi régulièrement que possible. Beaucoup de réflexions négatives sont ainsi écartées. Je suis trop intelligent pour ne pas arriver à me convaincre du bien fondé de mes réflexions dans un moment de fatigue – et aussi assez con pour me laisser berner par mes propres raisonnements. La dialectique est un piège dans lequel je ne dois pas me laisser embarquer lors de ces épreuves. Le remède est l’action. Agir plutôt que réfléchir. Garder le cap.

J’entends des cris au-dessus de moi : du public ! Ils sont nombreux à être venu nous acclamer sur le glacier. Souvent là pour un proche, notre prénom est inscrit sur le dossard, ce qui leur permet d’être le supporter anonyme d’un instant – et de nous donner la sensation d’être une star reconnue. Je prends alors conscience que la montée du glacier se termine dans quelques mètres. Je me relâche un peu. Je n’hésite d’ailleurs pas à montrer que je serre les dents depuis un moment. C’en est fini de la grimpette pour aujourd’hui. Je vais pouvoir attaquer la descente en toute sérénité.

Contrôle 4 : Glacier de Bellecôte, 13h19’, 30 km, 3055 m

Le ravitaillement est fort sympathique. J’en profite pour retirer la boisson énergétique que l’on m’avait mise à mon insu dans ma poche à eau au dernier ravitaillement, au col de la Chiaupe. Ce n’est pas tant que je suis contre ce type de boisson, d’autant plus que je reconnais le goût neutre de celle que j’utilise habituellement, mais elle est vraiment surdosée... Je la remplace entièrement par de l’eau fraîche, sans sucre.

Je bois du coca, prends quelques quartiers d’orange et des bouts de banane. Au moment de repartir, je vide mes chaussures des micro graviers à l’intérieur et les serre bien pour faire une descente éblouissante. Je vérifie le trajet et je découvre qu’il faut d’abord traverser un bout de glace et un petit ruisseau qui s’en écoule. Ca me contrarie. Et juste après, il faut escalader des rochers un peu glissants pour poursuivre la course. On grimpe encore ? J’ai le moral qui dégringole. Je n’ai plus envie de monter. C’est comme si on me retirait l’énergie avec une seringue. Allez, puisqu’il faut y aller…

Arrivé en haut, ça continue à monter un peu. Deux coureurs discutent en marchant et l’un d’entre eux explique que, juste derrière le sommet de la côte, commence la descente du glacier. J’en suis heureux. Mais cette toute petite partie (moins de cent mètres de longueur !) de montée m’a vraiment atteint au moral. La descente, soudain, s’offre devant moi : j’ai un regain d’énergie immédiat et, très rapidement, je m’élance.

Une douleur me pique derrière le talon alors que j’ai fait deux cent mètres. Juste le temps de prendre la vitesse dans ce chemin de pierre… Je m’arrête et m’assieds : ce n’est qu’un gravier qui est entré dans la chaussure. Plusieurs coureurs me demandent si tout va bien, si j’ai des ampoules… La descente commence bien : à peine commencée, je suis déjà arrêté.

Au fond de moi, en toute honnêteté, je sais que je suis déjà entamé au niveau du moral et que le temps que je mets à relacer mes chaussures est significatifs de mon manque d’entrain à descendre le glacier, c’est-à-dire à finir la course. Je délace et relace donc, sans me délasser. En effet, je commence à accuser une fatigue plus intellectuelle que physique, une forme de lassitude probablement due à quelques paramètres : le soleil (je n’aime pas trop le soleil), le froid, la simili montée qui m’a laissé croire qu’on allait continuer à grimper, et l’inévitable douleur musculaire qui rend les jambes un peu moins habiles dans la descente. Le tout cumulé assombrit mon moral car je pense que les trois heures que j’avais imaginé pour la descente vont être beaucoup plus longues que je l’imagine.

Je me relève et repars. Ca descend vite et je rattrape quelques coureurs. J’ai vraiment une manière de courir symptomatiquement irrégulière. Je m’arrête. Je repars vite. Je m’arrête. Je repars vite. Quand je cours vite, je suis régulier. Cela doit être bizarre pour les coureurs qui sont plus réguliers dans leur course. Ca arrive souvent que sur un tronçon, je les double deux ou trois fois… Je n’ai pas encore bien compris comment je fonctionne. Je crois que plus la fatigue avance, plus le nombre de pause est important. Une forme de course à la « cyrano », sans être gérée de manière consciente…

Une petite montée et je me remets à marcher. Un coureur que j’ai rejoint me donne une information capitale. Après la descente du glacier, il y a le col de l’Arpette à franchir avant qu’il n’y ait que de la descente jusqu’à Aime. Au moins, me voilà prévenu. Cette anticipation est capitale pour moi car je sais que je n’aurai plus que de la descente à partir de Bellecôte et qu’il faut encore que je m’économise. Je repars dans la descente.

Arrivée en bas, il faut descendre un éboulis de pierre qui mène à de la glace à traverser. C’est visiblement très dangereux. Les pierres glissent car elles sont abruptes et humides pour certaines. J’avance précautionneusement. « J’avance » est un bien grand mot, car je me fais doubler trois ou quatre fois pendant ces cent mètres de descente. Puis, je continue à descendre.

Je retrouve de la fraîcheur en descendant, sûrement due à la baisse d’altitude. Le ravitaillement du col de la Chiaupe se profile déjà. Je n’y reste que le temps de prendre de l’eau et je poursuis ma descente dans le Dérochoir. Mon sac pèse une tonne… Je regarde à l’intérieur : ma poche à eau est pleine à ras bord. Le bénévole qui me l’a rempli dans mon dos, a dû penser qu’il était indispensable qu’elle soit pleine complètement. Je suis obligé d’en vider une partie tellement c’est lourd… J’en ai honte car l’eau est un bien précieux et être obligé d’en vider une partie m’attriste. Je le fais en poursuivant ma course, pour ne pas perdre trop de temps. Ainsi, mon tuyau goutte tout le long de mon trajet.

Transformé en petit poucet hydraulique, on peut suivre ma trace tout le long du chemin. Je crois que je suis encore bien frais dans ma tête et j’arrive à descendre rapidement. Je rattrape quelques coureurs, que je dépasse encore. Trois ou quatre me doublent et j’essaierai de les suivre. Mais leurs appuis sont plus sûrs que les miens, et je n’arriverai pas à tenir leur rythme.

On doit franchir plusieurs ruisseaux avec des « roches » mouvantes. Quelle sensation étrange… Vous avez des cailloux et des pierres qui laissent apparaître un mince filet d’eau. Quand le pied se pose, il s’enfonce comme dans de la boue. Le terrain descend régulièrement, même si le chemin forme des ondulations. Lorsque les montées ne sont pas très importantes, l’élan prit dans la descente permet d’arriver au sommet sans aucune difficulté. Je ne marche quasiment pas et suit une course assez régulière. Le point de contrôle se présente au détour d’un virage.

Contrôle 5 : Chalet du Carroley, 14h47’, 35 km, 2053 m

Comme je commence à accuser la fatigue, je décide de ne pas m’attarder au point de contrôle – ravitaillement. Il y a une dizaine de coureurs qui se reposent. Je prends un verre de coca et repars. Le soleil est très haut et j’ai peur d’attraper des coups de soleil. La crème solaire que j’ai mise le matin n’a pas encore été renouvelée. J’en mettrai à Bellecôte.

Dès la sortie du point de contrôle, on recommence à grimper. Cela ne me dérange pas car j’ai été informé par un coureur sur le glacier de cette dernière montée. Le chemin est d’abord herbeux, avant de se transformer en pierrier. Je ne lève pas les yeux vers les hauteurs, de peur d’être impressionné par l’effort qu’il reste à fournir avant d’enfin débuter une descente rapide et bien méritée.

Je prends un rythme et avance sans réfléchir. Je bois régulièrement car la chaleur est montée depuis la descente du glacier. Je suis de plus en plus inquiet pour ma peau que je sens brûler sur mes avant-bras, se dardant progressivement d’une teinte rouge vif inhabituelle…

Je double quelques coureurs qui font quelques pauses pendant la montée. Je tiens mon rythme sans défaillir. Je ne pense même plus à mes jambes : ils me semblent qu’elles ne me font plus mal. Je me dis donc que je suis « encore frais. » Ou tout au moins que je l’étais encore au glacier et que cette descente dans le Dérochoir ne m’a pas trop entamé.

Assez rapidement, j’arrive au sommet de la côte. C’est agréable de voir que tout se passe bien. Les bénévoles du point de contrôle nous encourage tous par notre prénom. Cela donne du courage. La plupart insistent sur le fait qu’il n’y aura plus de montée et que l’on peut être tranquillisé pour la suite.

Contrôle 6 : Arpette, 15h17’, 38 km, 2340 m

Commence alors une très longue descente dans les prés, assez abruptes, dans laquelle je vais mettre un peu de temps à prendre mes marques. J’ai peur de ne pas voir une déformation du chemin et de me casser la figure. Très vite, mon appréhension s’évapore et la vitesse augmente. Je double pas mal de concurrent qui court plus lentement. Le chemin est très étroit et ne laisse la place que pour un seul coureur à la fois. Doubler est donc soit un acte de courage – on est obligé de s’aventurer dans les herbes folles, soit un acte de bonne volonté de celui qui est devant, qui se laisse alors déporter quelques instants sur le côté, le temps nécessaire pour que l’on passe.

Très rapidement, Belle Plagne est en vue et on entre dans le village, acclamé par des tas de visiteurs qui ne sont pas avares de mots d’encouragement et de félicitation. C’est génial, des ailes me portent, même si je sais que la course n’est pas encore finie. La certitude de terminer la course est maintenant fermement établie dans mon esprit.

Après la traversée du village, on voit Bellecôte en contrebas et le chemin rocailleux qui y conduit n’est qu’une formalité. C’est en « romain » conquérant que j’entre au point de contrôle, quasiment sous des applaudissements.

Contrôle 7 : Plagne Bellecôte, 15h38’, 43 km, 1940 m

Pendant le ravitaillement, j’en profite pour jeter un coup d’œil autour de moi. Ma mère et ma fille ne sont pas au rendez-vous. Le système d’alerte par SMS semblait ne pas fonctionner m’avait prévenu ma mère à Plagne Centre. Je suppose donc qu’elle n’est pas au courant de mon évolution de course. J’en profite pour m’interroger intérieurement sur le fait que des amis suivent ma course par le biais du site internet.

Je me restaure et mets de la crème solaire. Un des bénévoles me regarde et me demande si ça se passe bien. « Oui, il n’y a qu’un problème, c’est au niveau des animations. – Quel problème ? Et bien, je suis monté jusqu’au glacier et il n’y avait pas de visite de la Grotte prévue. Je trouve ça dommage. Alors, je retourne dans la Vallée. J’aurais fait ça pour rien. » Et le voilà qui part d’un grand éclat de rire. Si vous ne l’aviez pas deviné, Romook adore faire des petites blagues. Visiblement, on ne lui avait jamais faite celle-là. Il a donc ajouté qu’il fallait que je revienne l’année prochaine pour voir si ma remarque avait été prise en compte. J’acquiesce sans hésiter.

Je sors du ravitaillement et resserre mes lacets. Maintenant, c’est la grande descente. Comme mes pieds ont tendance à glisser dans mes chaussures dans les pentes, je cherche à les stabiliser. Pour le moment, pas d’ampoule : la crème NOK semble fonctionner miraculeusement bien cette fois. Ou alors, ce sont les chaussures. Ou les chaussettes. Ou la coordination des trois. Peu importe, ça fonctionne.

Je m’assieds sur un banc avec un spectateur pour m’occuper de mes destriers. Je discute un peu et explique un peu la course. Mon interlocuteur est visiblement très impressionné. Je reste, évidement, modeste sur ma performance tout au long de mes explications. D’autant plus que la course n’est pas encore terminée. Même s’il me paraît inconcevable de ne pas terminer : tout reste possible…

Je me remets en route, bien décidé à en terminer rapidement. Cela fait 7h50’ que je suis en course. Il reste 16 kilomètres théoriquement. Donc, comme ce n’est que de la descente, je sais que ça devrait aller vite. D’autant plus que plusieurs coureurs ont dit tout au long du parcours que c’était « roulant ». J’estime finir en 1h30 à partir de cet endroit. Cela me fera finir avant les 10h, deux heures avant la limite horaire. Allez ! Cours, Romook, cours !

Je sors de Plagne Bellecôte et la poursuite du parcours se fait sur du bitume. Un vrai régal pour délier les jambes. J’amorce ma descente. Cela ne dure que quelques centaines de mètres et on dévie vers la gauche dans un chemin rocailleux. Il est tellement accidenté que je suis obligé de me freiner dans la descente, de peur de tomber.

On entre alors dans un chemin forestier. L’alternance des passages ensoleillés et de l’ombre due aux arbres donne au chemin un aspect très agréable… Mais aussi, très difficile à pratiquer. En effet, ma fatigue rend ma vision moins précise et les yeux mettent du temps à s’adapter à cette alternance. J’ai du mal à distinguer le relief. Je cours donc en optant pour un enlevé de lunette dès que le chemin est sombre… Rien n’y fait. Mon moral s’effondre d’un coup après un petit kilomètre car je m’aperçois que ma vitesse est loin d’être aussi bonne que prévue. La crainte de chuter prend le dessus et me voilà bientôt en train de marcher.

Je repère des coureurs un peu plus loin devant moi. Je les suis à distance en alternant la course (dès que c’est « possible ») et la marche. Je sens que ma moyenne horaire ne va pas remonter. Mes chaussettes se gonflent alors car mon moral vient de tomber dedans. Conséquence physique inévitable : les pieds sont lourds, et même marcher devient très difficile. Ce qui s’ajoute au fait que je ne suis pas un bon marcheur. Après avoir couru, et c’est là aussi un autre de mes gros défauts, ma marche se fait aux alentours de 2 ou 3 km / h. C’est ridiculement lent.

Pour m’occuper, je calcule donc le temps qu’il va me falloir pour arriver à Aime en marchant. Ca devient vertigineux, voire cauchemardesque. Je me remets à courir en trottinant, sachant que ma vitesse de croisière dans ce cas est aux alentours de 8 km/h. Il n’empêche que la perspective de ne pas finir « vite » entame chaque minute davantage mon moral. C’est d’ailleurs, encore une fois, mon seul problème. Je n’ai mal nulle part. Pas de problème de cheville, de pied, d’ampoule ou de jambe. Rien de rien. Alors qu’est-ce que tu fous Romook à te plaindre, bon sang !

« Allez, Romook, du nerf ! » Et voilà que je m’encourage seul à voix haute dans la forêt. Y a des fois, comme ça, on se dit que si nos amis étaient cachés dans un petit trou de souris, il nous trouverait bien pitoyable. Que voulez-vous… Le luxe, c’est aussi de pouvoir se plaindre quand tout va bien. Je me suis offert un moment de luxe. Je rechausse mes lunettes, retrousse mon moral et me voici, à nouveau, en descente rapide.

Les kilomètres ne sont pas longs, mais le dénivelé est important avec plein de lacets. Impossible de se laisser emporter par une vitesse constante. Les accidents du terrain, alliés à la fatigue générale, m’obligent à être précautionneux. J’envie ceux qui sont capables de descendre en marchant, à bonne allure, de manière régulière. Il est certain qu’à ce moment de la course, j’aurais adopté cette méthode sans hésiter, pour plus de confort. J’arrive, enfin, au point de contrôle suivant.

Contrôle 8 : Les Tuiles, 16h38’, 46 km, 1530 m

Je ne m’arrête pas. Ma poche à eau est suffisamment pleine pour faire les trois kilomètres qui me séparent du prochain ravitaillement. Cette proximité des ravitaillements m’étonne d’ailleurs. Trois en ravitaillement en cinq kilomètres…Cela permet de se voir avancer si on n’a pas de GPS.

Le parcours est sorti de la forêt pendant une petite centaine de mètres et replonge dans la forêt. Le sentier est encore plus accidenté qu’auparavant, avec un fort dénivelé négatif. Je poursuis mon chemin du mieux que je peux dans un groupe de coureurs : je suis au centre. Je suis motivé pour ne pas perdre celui qui me précède tout en voulant assurer ma vitesse suffisamment pour ne pas ralentir ceux qui me suivent…

Malheureusement, un délaçage me force à m’arrêter et je les perds tous instantanément. Je me retrouve seul et ma vitesse chute alors considérablement. Je n’essaie pas de les rattraper. J’avance tout simplement, avec une course lente qui s’entrecoupe de morceaux marchés de plus en plus longs.

L’ombre de la forêt est importante et je trottimarche sans lunette de soleil. J’en ai vraiment marre. Je sais que je ne vais pas vite et le fait de me retenir dans les descentes commence à se faire vraiment sentir dans les cuisses. Mais, après tout ce que j’ai entendu sur le fait que redescendre du glacier est la partie la plus difficile de la course, je me dis que je suis encore bien frais. Ca n’a rien d’insupportable. C’est le moral qui ne va pas car je ne me vois pas avancer... Je réalise que je fais mon premier trail puisqu’il y a plus de 90% hors bitume. C’est le contraire de mon entraînement où je suis à 90% sur le bitume…

Je n’ai qu’un objectif en tête : terminer cette course au plus vite. Je sais que le prochain ravitaillement n’est pas loin et je continue à descendre, à descendre, à descendre... Je rêve d’un grand morceau de bitume pour pouvoir m’élancer, ou d’un sentier dégagé qui puisse me porter sans que je n’aie à regarder mes pieds.

Il est évident que, depuis le début de la course, je prends la terre de haut. Comment faire autrement ? La tête perchée à 1,70m du sol, les yeux rivés vers le bas, je comprends que le terrain m’en veuille, se sentant méprisé. Bientôt, j’entends de la musique au loin et une clairière se découvre. Une pente abrupte et cabossée nous amène dans un village. Je suis accueilli par une fanfare. C’est le dernier point de contrôle avant l’arrivée. Je suis content. Plus que onze kilomètre et demi. Si le terrain s’améliore, je peux encore arriver avant les 10h00 de course.

Contrôle 9 : Montchavin, 17h09’, 48,5 km, 1230 m

J’arrive au ravitaillement, prends quelques bananes et deux verres de coca. Je remplis ma poche à eau. Je ne peux pas m’empêcher de faire quelques blagues aux bénévoles. J’ai un moral ondulatoire, et là je suis dans le côté positif. J’en fais profité tout le monde. Hop ! Je repars…

Vers la sortie du village, deux hommes m’encouragent et me demandent d’où je viens. Je m’arrête un instant pour bavarder. « Evidemment, pour un ch’ti mi, j’imagine que c’est le demi qui vous guette à l’arrivée. » J’explique que j’ai l’habitude de m’hydrater plutôt avec de l’eau gazeuse en entrant dans des considérations techniques, complètement hors de propos à ce moment-là – mais fallait pas me parler… Je conclus évidemment mon exposé de deux minutes par « Mais, par ce temps, un bon demi pression, c’est super. » Effet réussi. Je fais rire les deux. Je crois que j’aimerai bien me rencontrer, par hasard, de temps en temps, pour vérifier que je suis aussi sympa que les gens me le laisse supposer…

« Et vous en êtes où de la course ? » Rapide coup d’œil au GPS. « Ca fait 48 kilomètres et demi que je cours. Je sais, vous allez trouver que le fait d’ajouter un demi, c’est ridicule. Mais vous savez, à la fin, le demi ça compte. » Clin d’œil. Ils rient de bon cœur et je repars avec du bitume qui se déroule devant moi. Je suis remonté à bloc. C’est parti. Je m’en vais t’écraser ces minables onze petits kilomètres en un rien de temps. Je me donne une heure.

Je traverse la rue et le parcours bifurque sur la gauche et ça commence par un sentier broussailleux et rocailleux, assez technique. Je ne vole pas, je tente juste de ne pas me casser la figure en avançant le plus vite possible, c’est tout. L’arrivée n’est pas loin, il faut que je garde ça en tête…

Puis le chemin se fait plus roulant. Je finis par rattraper et doubler des marcheurs. Je jette un coup d’œil à mon cardio : 133 ! Pourtant, j’ai l’impression de courir plus vite que ça. Je n’avance pas aussi vite que mon corps me le laisse croire… Je constate également que depuis le glacier, je cours avec un quart de mes poumons en moins. Si j’essaie d’inspirer à fond, ça me brûle. C’est comme si j’étais complètement essoufflé et que je n’arrivais plus à stabiliser ma respiration.

Après quelques chemins champêtres assez agréables et roulants, on pénètre à nouveau dans la forêt. L’ombre ne me permet toujours pas de distinguer clairement les racines qui sont parfois présentes en grands nombres sur le chemin. Je dois ralentir encore une fois... Le chemin n’est pourtant pas technique. C’est vraiment désespérant de ne pas avancer… En plus, le paysage devient uniforme pendant des kilomètres. Rien ne change vraiment, aucun point extérieur pour se raccrocher à quelque chose. Peut-être que c’est ça le chemin vraiment « roulant » dont parlaient les coureurs… L’absence de bâton rend mes appuis peu sûrs et c’est donc à une allure prudente que j’avance.

Je suis enfin clairvoyant dans mon problème. C’est ma fatigue cérébrale qui m’empêche d’avancer correctement. Est-ce un manque de sucre ? Je ne crois pas. La fatigue accumulée depuis le matin en est fort probablement la cause. Le fait est que le chemin pourrait se dérouler sous mes pieds rapidement. Il n’y a pas de difficulté particulière. Il y a juste que je ne vois pas bien le chemin si j’accélère…

Le terrain se met à onduler. On monte pendant dix mètres, on descend pendant dix mètres, puis on remonte, puis on redescend, puis on reremonte, puis on reredescend... Le dénivelé ne diminue plus ou quasiment plus. Je commence à fantasmer sur la fin de la course… Du pseudo plat pendant 8 km, puis d’un seul coup, une descente quasi abrupte de deux kilomètres… Ou encore on perd 1 mètres de dénivelé tous les 100 mètres, en faisant ces ondulations… Je ne sais pas ce que je préfère. Après quelques minutes à me poser des questions, je me mets à marcher. J’essaie de garder un bon pas, ce sera au moins ça. Je me fais doubler par quelques coureurs puis par un marcheur. Enfin, une jolie blonde me double d’un bon pas, suivi d’un coureur que j’avais déjà croisé plus haut entre Bellecôte et les Tuiles…

Pour ne pas finir seul, dépressif, abandonné de tous au milieu de cette forêt, loin de toute civilisation, je leur emboîte le pas. Ils marchent vite tous les deux, enfin c’est surtout elle qui donne le rythme. Je suis content car cela me fait une compagnie, même si elle est silencieuse. Troisième sur la liste, je mange la poussière qui se soulève derrière eux. Peu importe, je vais suivre.

Le rythme est trop rapide pour moi. Mauvais marcheur, je m’épuise à les accompagner. Je leur laisse un peu d’avance, puis les rattrape en courant. Je les suis à nouveau en marchant, me laissant progressivement distancé… Puis, un petit coup de semelles et je suis déjà sur les leurs. Ce manège dure une bonne vingtaine de minute avant que, pour une raison que j’ignore, je me retrouve second sur les pas de la demoiselle qui va bon train.

Nous nous faisons doubler plusieurs fois. Elle me propose de la dépasser plusieurs fois, sentant probablement que j’arrivais encore à courir alors qu’elle avait décidé de tout finir en marchant. « Non, je vous suis. Ne vous occupez pas de moi. » Ca doit être désagréable pour elle de me sentir juste derrière, qui se laisse distancé, puis qui arrive en courant et au dernier moment se remet à marcher…

Désolé, mais sans vous, mademoiselle, je serai en train de me traîner... N’ayons pas peur de l’avouer, il y a de l’orgueil masculin à refuser de se laisser ensevelir sous la poussière par une marcheuse. Peu importe, le fait est que je maintiens une vitesse de croisière un peu plus rapide que si j’étais seul. Et le profil qui s’offre à moi n’est pas le plus déplaisant. Je sens mon moral qui remonte.

On entend des voitures qui roulent et un peu de bruit. Je me dis alors que c’est bientôt fini. Je décide de la doubler et me voici reparti en trottinant plus rapidement que sa marche. J’avance régulièrement avec la ferme attention de ne pas me laisser rattraper. Mon souffle n’est pas terrible, mais les jambes fonctionnent toujours. Peu après je sors de la forêt et je trouve du bitume. « Il reste deux kilomètres pour l’arrivée m’annonce les bénévoles. »

Je lâche les chevaux qui sont retenues depuis le début de cette longue et interminable descente. Je suis un « bitumard », vraiment c’est une évidence. Et je remonte alors pas mal de coureur qui se traînent (Quoi ?! Hey Romook, tu veux qu’on te rappelle comment tu avançais dans la forêt ?!)… J’avance régulièrement. Tout va bien. Ce n’est pas la performance de l’année, je le sens bien. Mais je finirai en courant.

Arrivé à l’entrée d’Aime, je me trompe et prends le chemin sur la gauche, avec les voitures et une petite côte plutôt qu’un chemin qui passait par un tunnel plat d’après ce que j’ai remarqué par la suite. Peu importe, je rallie le centre de la ville. Je suis surpris par un portique qui me bipe à l’entrée d’une rue commerçante. C’est comme ça que ça se termine ? Pas d’accueil, de bouteille d’eau, rien de rien ? Les terrasses, pleine de coureurs et de public, se mettent à me hurler de continuer que l’arrivée est dans 100 mètres.

Je repars, un peu éberlué, et arrive enfin à l’arrivée. Une belle petite place, avec des coureurs qui m’applaudissent devant une bonne bière pression. Il fait chaud : j’ai immédiatement envie de me joindre à eux. Ca, c’est vraiment de l’accueil de fin de course. J’en ai les larmes qui montent aux yeux. Je me dirige vers un café et c’est alors que tous les coureurs présents me font des signes de continuer. Hein ? C’est pas là l’arrivée ? Il faut descendre et passer sous l’arche où il est écrit « Arrivée. » Pffff !! Et je repars en courant, avec l’attitude de « Bozo le coureur » et là, enfin de enfin, j’entends le présentateur qui annonce mon arrivée avec une foule en délire, « Romook, dossard 678, le voilà ! » C’est tout juste s’il n’y a pas des cotillons qui tombent du ciel avec un feu d’artifice pour m’accompagner…

Arrivée Aime : 18h41’03", 61,5 km, 673 m

Je franchis donc, pour la troisième fois en moins de deux minutes (tout au moins psychologiquement), la ligne d’arrivée en courant. On m’arrache la puce électronique, me donne une toute petite bouteille d’eau et une boîte en carton, m’indiquant tout aussi rapidement le ravitaillement sur le côté.

Voilà, ça y est, c’est fini. J’arrête mon GPS et vais boire un coca. « Alors, papa, t’as gagné ? » Finalement, je prends un seven-up. Ca fait longtemps que je n’en ai pas pris et j’ai l’impression que ça va être meilleur. « Alors, c’est fini ? » D’un seul coup, je réalise que ma petite fille est là, qu’elle me tire le tee-shirt... J’en suis tout ébaubi. Je ne m’y attendais pas puisque les liaisons Aime – la plagne centre ne sont pas bonnes en bus et que j’ai pris ce matin la seule voiture…

Un bus de l’organisation a descendu ma mère et ma fille vers la vallée. Quelle surprise ! J’en ai les larmes aux yeux. Je m’assieds sur le bord du trottoir, boit ma boisson et écoute les jérémiades d’une vieille dame qui explique que son mari est complètement fou d’avoir fait cette course, qu’elle avait sûrement une place moins enviable à l’attendre ici alors que lui, pendant ce temps, s’amusait à faire la course… « S’amuser », à cet instant, je me suis rendu compte que les petits désagréments que j’avais rencontré dans la course m’ont été bien plus pénibles qu’il n’y paraissait. En fait, j’ai passé une journée en enfer. Ma fille doit le sentir puisqu’elle me caresse le bras affectueusement.

Grimper lentement de manière continuelle était désespérant et douloureux. Descendre sur des chemins où j’étais obligé de retenir la vitesse était horrible. L’absence de variété de paysage dans la forêt, sur la portion la plus longue, était fatigante. Sans compter l’absence de souffle… Bref, j’annonce à ma mère que c’était la dernière fois que je la faisais celle-là. Faut être cinglé pour « courir » ça. Il n’y a pas de doute : si j’avais pris la mesure de ce qu’il y avait à faire comme effort physique, j’aurais probablement été tétanisé par la peur et je n’aurais pas su finir.

Epilogue

Après avoir dormi une bonne nuit, j’ai pris la voiture pour rencontrer la Tortue et participer à la remise des prix. Quelques petites courbatures, aucun gonflement de cheville : je suis en bon état. Quelques échanges avec la Tortue me remettent définitivement les idées en place. J’ai vécu un moment génial et je suis heureux d’avoir fait cette course. Les indications de la Tortue sur l’UTMB m’ont motivé plus que jamais.

Il faut que j’apprenne à maîtriser les techniques de « hors sentiers » pour me sentir définitivement à l’aise, même en cas de fatigue. Ce sera la première grande leçon de la course. La seconde, et il faut que je me la grave dans la tête, sur l’os du cerveau s’il le faut, c’est que pour une course de montagne ou de trail, le chrono n’est pas important… Il vaut mieux courir aux sensations. J’ai respecté ma limite de 160 au cardio. A la fin de l’épreuve, mon instrument de mesure indiquait 144 de moyenne. Si je ne m’étais pas morfondu sur le fait de ne pas pouvoir aligner rapidement les kilo que j’avais imaginé… Mon moral aurait été meilleur et j’aurai fini plus « facilement », c’est-à-dire sans me dire que j’en avais marre, etc…. Promis juré, je fais un effort pour ne pas recommencer…

Je pense avoir revu la coureuse blonde lors de la remise des prix, une kikoureuse. J’ai failli aller la voir pour « m’excuser » de l’avoir pistée dans la forêt… Mais je n’étais pas sûr que ce fût elle. Et puis, elle m’aurait peut-être trouvé étrange de m’excuser de l’avoir prise pour lièvre... Bref, si elle me lit, elle se reconnaîtra sûrement. Désolé d’avoir couru sur les talons pendant si longtemps…

C’était ma première course en montagne. Je l’ai fini. C’est une course mythique. Après une période d’octobre à mai, sans jamais chausser les chaussures (sauf pour remarquer que j’avais toujours mal au pied gauche), on peut dire que le retour se fait plutôt bien. J’aborde donc avec sérénité le Grand Trail du Nord au mois d’octobre.

Enfin, je re-signe pour l’année prochaine, c’est sûr. L’impression d’enfer vécue pendant la course n’était qu’une image fugitive dans ma tête, due à la frustration de ne pas donner tout ce que je pensais donner dans la course. Il faut donc que je prépare les choses autrement. Ô joie de l’expérience ! Peut-être un mp3 m’aurait fait du bien. L’isolement dans la course, sans musique, alors qu’habituellement je cours avec, est probablement aussi à l’origine de mes fluctuations fréquentes de moral.

Un grand Grand bravo et remerciement pour ce public extraordinaire, ainsi que pour cette organisation incroyable qui rend les choses simples et agréables malgré les efforts. J’ose le dire : c’est une course incontournable.

Romook

jeudi 4 décembre 2008

Souvenir du Japon

Ce n'est pas parce que je semble absent du blog que la vie de Romook s'est arrêtée... Conformément aux termes du contrat qui me lie avec Ania, voici deux photos d'Himeji (avec des arbres).





Romook, présent : plus vivant que jamais

samedi 25 octobre 2008

Romook au pays des merveilles

Romook arriva, comme d'habitude, à son cours du matin. Le fait de faire cours au pays des merveilles commence à ne plus l'étonner et c'est sans émotion particulière qu'il avait quitté la France. Ce matin-là, il demanda à ses étudiants s'ils pensaient qu'il était possible de faire des choses avant d'exister... "Mais, monsieur, ça revient à dire qu'un enfant a été à l'école avant d'être né. Ca n'a pas de sens !?" Il se dit alors que les étudiants, de nos jours, n'avaient plus la poésie et la fantaisie qu'il avait connu au temps où il était lui-même étudiant. Il leur expliqua alors ce qu'était une société en formation et le principe de la reprise des engagements conclus par les associés pendant la période de formation de la société.

Puis, dès la fin du cours, il se rendit au restaurant où, comme chaque jours, il déjeunait avec deux étudiants et son chauffeur. Pendant le repas, un étudiant passionné de musique vint lui offrir un disque : "The Butterfly Lovers". Il lui demanda de le rejoindre dans sa chambre après le déjeuner. Romook n'avait pas d'autre choix que d'accepter.

A la fin du repas, il rejoignit le jeune étudiant. Il découvrit alors un portrait de Mao Zi Dong, encadré par un de Bach et un de Li Fang, le chinois qui aidait tout le monde. Il s'interrogea alors sur le fait de pouvoir faire cotoyer ces trois personnes ensemble sur un même mur. La vie est parfois extrêmement surprenante. Après avoir écouté en compagnie de son étudiant la musique des "butterfly lovers", il partit voir son chauffeur qui le conduisit chez un tailleur. En trois minutes, deux costumes sur mesures étaient commandés pour la semaine suivante.

Une fois rentré à l'hôtel, direction le salon de massage pour faire soigner cette cheville qui n'en finit pas de ne pas vouloir dégonfler, comme chaque jour. Il est donc accueilli par la masseuse qui a décidé de faire dégonfler cette cheville coûte que coûte. Aujourd'hui, elle a acheté un médicament exprès pour lui. C'est une crème à base de camphre probablement. Ca brûle, mais ça a l'air efficace. Un peu plus d'une heure plus tard, le voici dans la rue, il fait nuit.

Le ciel est constellé de cerfs-volants. Si c'est la nuit, comment les voit-on, vous demandez-vous ? Les questions contiennent parfois leur propre réponse. Tout simplement parce que les cerfs-volants sont comme des arbres de noel suspendus dans le ciel, enrubannés de guirlandes clignotantes ou de lumières en tout genre. Le ciel est ainsi constellé d'étoiles artificielles qui sont autant de défi à la pesanteur qu'au bon sens. Finalement, il n'y a pas de limite à l'amusement. Alors pourquoi s'étonner que l'on puisse faire des choses avant d'exister ? On peut bien continuer à influencer le monde après sa mort alors pourquoi pas avant sa naissance ?

Mais, il était temps de rejoindre le dernier rendez-vous de la journée : un enseignant français sur place ad vitam aeternam... Quelques pas et les deux amis se retrouvaient dans un petit restaurant où ils décidaient, en toute connaissance de cause, de commander du vin rouge pour accompagner leur fondue chinoise. De vin, il avait l'étiquette et la bouteille. Quant au contenu, bien que ce soit le Chang cheng, The Great Wall, la cuvée, non millésimée et premier prix visiblement, avait choisi de ressembler à aucun autre vin. Dommage, ils auraient préféré. L'ivresse sera malgré tout - peut-être devrait-on dire : en conséquence ? - au rendez-vous.

Un dernier café dans un bar où un cafard s'échoua sur la table... Romook et son camarade philosophe ne seront ni bouddhistes, ni advaïtistes ce soir-là. C'est un kleenex, prédateur méconnu, qui fût nourri du cafard. Mais il était tard et il était temps de se séparer. Romook repartit à pied le long du lac. Il écouta le vent fabriquer des vagues sur cette grande étendue d'eau et un paquebot déchira la nuit avec un son tonitruant bien que lointain.

Un paquebot ? Romook se rapprocha du bord du lac et rechercha dans la nuit l'énorme embarcation capable d'un tel bruit. Cela recommença mais cela venait d'à côté de lui. Une voiture. Un porte-partition. Un violoncelle. Cachée derrière le violoncelle, à 23h45, une violoncelliste. Elle déchiffrait une partition. Note par note. Il était tard et, pendant ce temps, le lendemain se reposait pour offrir à Romook une nouvelle journée au pays des merveilles...

Romook, en voyage

vendredi 2 mai 2008

Mon 1er mai chinois

Hier, c'était le 1er mai en Chine, jour de fête. C'était aussi le jour où les Carrefours chinois devaient être pris pour cible d'un boycott... Certains amis chinois m'avaient même conseillé de ne pas trop sortir, au cas où. Mais hier était une journée magnifique où je n'ai pas eu cours. Résultat : j'ai oublié les conseils qui m'avaient été donnés et me suit aventuré dans la ville.

Je me suis baladé dans un jardin public pendant plusieurs heures sans rencontrer la moindre hostilité. Bien au contraire, alors qu'à mon arrivée j'avais ressenti, à Beijing essentiellement, des regards peu habituels (du genre interrogatif et méfiant, voire suspicieux), les "hello" ont fusé de toutes parts pendant mes pérégrinations de l'après-midi.

Je suis passé devant un Carrefour en fin d'après-midi. Rien à signaler d'étrange. Des personnes entraient et sortaient sans problème, muni de sacs remplis de provision. Pourtant, Wuhan avait été l'une des ville qui avait parmi celles qui ont le plus protesté il y a dix jours.

Le soir, achetant des pansements pour un pied endolori par une trop longue marche, on me félicitait pour mon niveau de chinois. La question fuse alors : "Et vous venez d'où?- Je suis français." Là, mon interlocutrice se met à rire et à dire quelque chose en chinois sur le fait que je sois français. Mais je n'ai rien compris. Ça n'avait pas l'air méchant en tout cas.

Je n'écris pas beaucoup car je suis (encore) fatigué, ce qui semble devenir le pain quotidien de mes voyages en Chine. Pas le courage d'en raconter plus, surtout qu'il n'y a rien de palpitant pour le moment. Ah si, demain j'ai un cours de ErHu. Faudrait que je travaille un peu mon instrument... Pfff...

Romook, les bras ballants

samedi 26 avril 2008

Bien arrivé malgré un départ difficile...

Hier, comme chaque jour, ce fut la course avant le départ. Dernières formalités professionnelles à exécuter en tous genre, récupération des dossiers administratifs des étudiants pour pouvoir les emmener dans ma valise, préparation de la valise, coups de fil ultra-urgents-même-si-hier-c'était-déjà-trop-tard-mais-tant-pis-j'appelle-quand-même, et autres délices des choses à réaliser à la dernière minute.

Me voici donc parti à la gare avec ma valise à roulette et je marche d'un bon pas. J'ai le temps nécessaire pour prendre mon TGV qui va me conduire à Roissy, sauf imprévu of course. Un appel ultra important qui ne peut pas attendre m'oblige à ralentir mon pas. Résultat : j'arrive à la gare exactement à l'heure où part le train. Je raccroche évidemment brutalement au nez de mon interlocuteur afin de démêler mon petit problème. Il est 16h55 : je suis à Lille, l'embarquement de l'avion commence à 18h10.

Si vous ne me connaissez pas, sachez que je suis plutôt d'un naturel pas inquiet et que cette situation avait plutôt tendance à m'amuser. Deux jours auparavant, je ne savais toujours pas si j'allais obtenir un visa pour la Chine... Là, c'était plus complexe, puisque je ne savais comment j'allais me rendre en Chine le cas échéant.

J'arrive donc au comptoir TGV Air. On me donner un autre billet pour un train partant à 17h29. On m'indique qu'étant enregistré sur le vol, pas de souci. Je ne m'inquiète que moyennement, sauf lorsque j'ai découvert dans le train que j'arrivais à l'aéroport à 18h20, soit 10 minutes après le début de l'embarquement. Etant précisé que le décollage était prévu à 18h55. Et que je n'aurais bien entendu pas "déposé" mon bagage, ni passé le contrôle de police...

Me voici donc au pas de course. J'ai très exactement mis 18 minutes pour : trouver l'emplacement de dépôt de bagage, passer en zone internationale, prendre le train me menant à la zone d'embarquement et m'y rendre physiquement (évidemment, E74, l'avant-dernière). J'ai été félicité par les membres de l'équipage qui y ont vu une performance extraordinaire. Remarquons tout de même que courir avec 25 kg de bagage à main à une moyenne de 10 km/h pendant 12 minutes est effectivement un petit exploit.

Le fait est que l'avion est parti à l'heure. Et j'étais présent à son bord. Certes, j'étais en sueur et je ne devais pas être très présentable, mais ayant anticipé la situation, j'avais donc un tee shirt de rechange et tout le nécessaire pour me rendre socialement acceptable. Comme quoi, je suis bien quelqu'un d'organisé.

Il fait beau, grand soleil, 18°C. Les arbres et les femmes sont en fleurs. Tout va bien.

Romook

mardi 22 avril 2008

Vendredi, direction Chine?

Chers lecteurs,

Ces derniers temps, la Chine a été au centre de l'actualité. Tant et si bien que le contrôle à l'entrée de ce pays a été restreint. J'attends donc mon visa "affaires" avec impatience, et, en même temps, avec une certaine angoisse. En tant que français, j'espère que les relations avec les autochtones se dérouleront comme toujours avec chaleur. Seulement, je crains fort que la situation actuelle ne soit pas idéale. Qu'à cela ne tienne, vous pourrez compter sur les nouvelles du front en provenance des provinces romookiennes si tant est que mon blog est toujours accessible de là-bas.

Tout ça pour vous dire que si vous n'avez aucune nouvelle de moi entre le 25 avril et le 13 mai (date de mon séjour si je pars), vous pourrez en tirer les conséquences qui s'imposent.

Romook, sur la brèche

vendredi 21 mars 2008

Vie décalée

A l'heure où je vous écris, je devrais dormir - ou veiller. En fait, avec le décalage horaire tout s'embrouille et la réalité se dilue dans une sorte de rêve semi-éveillé permanent. D'une préparation de cours à un dossier, d'un roman à un blog, toutes mes divagations reflètent une perte de repères temporels, un quotidien disparut à recréer.Le corps s'obstine à conserver ses mécanismes antérieurs alors que l'esprit lui ordonne de se soumettre à cette nouvelle réalité. Il n'y a pas là de conflit entre la Raison et la Passion, si communément enseigné, mais entre la vie d'un monde opposée à celle d'un autre.

Une part de moi continue son chemin en restant viscéralement attachée à cette ancienne position, diamétralement située de l'autre côté de la Terre. L'autre part tente de s'acclimater. Mon esprit se situe à la croisée de ces deux antagonismes et constate son incapacité à faire fusionner les deux en un temps relativement court. Il est 22h20 en France, il est 5h20 en Chine.J'ai dormi 4 heures, comme hier, comme probablement demain. Que peut-on faire contre ses veillées forcées qui tiennent l'esprit en haleine ? Tenir un blog : j'y suis :-)



Dans ma nuit blanche, je me contemple donc me contempler. Ma conscience n'est même pas agacée par l'un des néons de ma chambre, qui a décidé de ne veiller sur moi que par intermittence, avec un petit claquement irrégulier. Ce genre de détail m'horripile habituellement. Presqu'anesthésié par une brume de sommeil qui ne veut pas s'étendre, je subis sans subir, mes forces d'énervement étant probablement endormies.

Dans une heure, je devrais me lever pour préparer mon cours - c'est-à-dire le relire, afin d'éviter les mauvaises découvertes de dernière minute, lorsqu'on s'aperçoit qu'il manque deux pages en plein milieux d'un paragraphe technique sur l'exigibilité de la TVA. Aller se recoucher, pour ne pas dormir, n'a aucun sens. Rester debout en étant incapable de ne rien faire n'a pas beaucoup plus de sens.

L'expérience du va et vient du sens au non-sens me conduit à toucher la réalité sensible de l'être et du non-être. Je ne suis pas vraiment moi, écrasé par une fausse torpeur, tout en n'étant pas un autre, trop conscient de mon univers pour pouvoir me leurrer moi-même.

Romook, perdu, quelque part, entre jour et nuit

samedi 15 septembre 2007

I'm arrived in Shanghai

I'm arrived in shanghai today. Weather is a litle bit hot (around 27°C), but that's ok. All is perfect : my flight neighbor was a spanish woman, who didn't speak french, neither english or chinese... Unfortunately, she stank a lot and didn't understand she and her child needed to sleep to be dynamic at the arrival. So, I couldn't sleep. That upsets me a lot because I would have the reste all the afternoon... But, essential is I'm arrived. So, you know the true. Don't be surprise if I blog something about China.

mercredi 15 août 2007

La petite salope

"La petite salope", groupe nominale riche de la langue française puisqu'il ne permet pas, sorti de son contexte, de déterminer s'il s'agit d'une insulte ou d'un compliment. Cette subtile variation que l'on retrouve dans le mot "salope" qui, de lui même, traduit la majeure partie de cette ambiguité. D'où la nécessité de d'abord répondre à la question : qu'est-ce qu'une salope ?

La définition du petit Robert est très simple : femme qui recherche le plaisir sexuel.

Dans toute sa simplicité et sa nudité, cette définition ne donne aucune connotation positive ou péjorative, si ce n'est le fam. et le vulg. qui laisse effectivement sous-entendre que ce n'est pas bien... Bon, je crois qu'il faut donc décortiquer le mot. Rappelons qu'il ne s'agit pas d'un adjectif mais d'un nom commun - et oui la salope est un nom commun - et donc le terme "salaud" qui pourrait laisser à penser qu'il s'agit du pendant masculin de la salope n'est pas l'équivalent masculin. Et non, ce n'est rien d'autres qu'un salaud, c'est à dire un homme méprisable, moralement répugnant (toujours le petit Robert qui cause).

La nuance est de taille. Vous remarquerez qu'il n'y a aucune connotation sexuelle dans la notion de "salaud", sauf s'il s'agit d'un homme (mais y en existe-il vraiment des hommes comme ça?) qui a menti sur ses intentions à une belle afin qu'elle lui permette de jouer avec ses appâts... Je m'offusquerai bien entendu de découvrir que certains hommes pourraient être suffisament vils pour tenir des discours dont la seule finalité est de voir tomber la culotte. Si tel était le cas,je ne cacherai pas mon indignation plus longtemps et leur lancerai un "bande de salauds!".

On remarque que l'injure se prête bien à la situation. Ceci signifie probablement que derrière ce terme de "salaud", on peut également y trouver une connotation sexuelle également, mais à la différence de la première acception relevée dans la "salope", les domaines d'application sont bien plus étendus... En fait, le terme de "salaud" peut être le pendant de la "salope" si on prend en compte une autre acception du mot : "terme d'injure, pour désigner une femme qu'on méprise pour sa conduite."

Nous sommes bien en présence de deux concepts équivalents dont l'un est le féminin de l'autre, le "salaud". A n'en pas douter, notre recherche scientifico-linguistique a fait avancer les choses. Mais qu'en est-il de la "salope", la vraie? Et bien, force est de constater qu'on ne trouve pas l'équivalent masculin de ce concept. Les mots "vicelard, vicieux, bon vivant, salace" ne rendent que très mal la notion d'homme lubrico-sensuel. Mais pourquoi?

A cause d'Eve bien sûr! Elle a croqué dans le fruit défendu et a découverte seule la vérité sur la nudité et tout ce qui s'ensuit. La première salope était donc Eve, après avoir mangé le fruit défendu. Avant, elle vivait dans la nudité, sans souci de distinction du bien et du mal, comme dans les sociétés primitives où les règles morales ne sont pas encore inscrites dans le développement de la société. D'ailleurs, les règles morales sont avant tout un luxe né de la civilisation. Tant que l'on doit trimer pour survivre, aucune raison de se demander ce qui est bon, bien ou mal. La seule chose qui compte est survivre.

Relisons ensemble ce passage où Eve rend le plaisir sexuel défendu.

"Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort. Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne pourrez pas! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.

Ils entendirent le pas de Yavé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l'homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l'homme : Où es-tu? dit-il. J'ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l'homme; j'ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. Il reprit : Et qui t'a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger! L'homme répondit : C'est la femme que tu as mise auprès de moi qui m'a donné de l'arbre, et j'ai mangé! Yahvé Dieu dit à la femme : Qu'as-tu fait là ? et la femme répondit : C'est le serpent qui m'a séduite, et j'ai mangé. (La Bible de Jérusalem, trad. ss la direct. L'école biblique de Jérusalem, Les éditions du Cerf, 1988)

Déplorable, Eve est déplorable. Bref. Que se passe-t-il donc dans ce texte? Faisons un peu d'exégèse ésotérique pour nous rafraîchir les neurones. Dans le jardin du Paradis, l'homme et la femme sont donc nus, sans conscience de cette nudité. A l'image des sociétés primitives, ils ne connaissent pas leur état de nudité. Pourquoi ? Parce que l'état de nudité ne peut arriver à la conscience d'un autre que lorsque cet état provoque des modifications de la réalité. Le premier état de modification est l'attirance sexuelle provoquée par la vue de l'autre. Mais, en soi, cet état n'est pas suffisant. Tant que la sexualité reste une activité saine et naturelle - c'est-à-dire sans contrainte sociale, morale et autres futilités - il n'y a pas de raison de se défier de la nudité. Ce qui rend la chose différente, le deuxième état de modification de la réalité est l'intrusion d'un tiers dans la relation. Ainsi, couvrir sa nudité est simplement le refus de l'autre sexuellement parlant. Dans une société qui serait "ouverte" sexuellement, où chaque individu pourrait faire l'amour avec un autre, sans contrainte de relations amoureuses à long terme (notre concept du "couple"), il est probable que les individus vivraient nus. Sur ce point, on pourrait étudier la doctrine de Robert d'Abryssel.

Il ne m'a pas été possible de retrouver dans mes ouvrages d'ethnographies et d'ethnologies un quelconque renseignement sur cette hypothèse. J'en suis scientifiquement désolé. Mais, donc, le point important de l'allégorie du paradis est bien que le fruit défendu est l'acte sexuel dans le paradis, dans lequel l'homme est une victime, séduit par la femme. Et de là, tout s'enchaîne, entraînant derrière ce passage des millénaires de machisme religieux, puis moral.

En effet, la faute repose sur la femme. Dans cette perspective, la femme qui recherche du plaisir sexuel - alors qu'il semble assez naturel de faire des choses qui plaisent et de rechercher à maximiser son plaisir (principe de base de toute science économique) - est devenu une femme qui n'est pas appréciée par la société. Elle devient une salope. L'homme qui recherche le plaisir sexuel, quant à lui, n'est qu'un homme. C'est toute la distinction entre l'homme et la femme qui résulte de la faute originelle.

Mais qu'en est-il aujourd'hui que les traditions religieuses chrétiennes sont en déclin, que le nettoyage moral de mai 1968 a eût lieu, que le SIDA est arrivé ? Ben, dans l'ensemble, rien de bien particulier n'a changé car l'ennemi à abattre n'est pas dans la religion chrétienne mais son héritage dans les mentalités françaises. Nous sommes gouvernés par des principes chrétiens, que ce soit les droits de l'homme ou encore la notion de couple. Des choses ont changé, mais la salope reste majoritairement admise comme étant une femme condamnable dans la société française. Pourtant, moi, à choisir, je préfère rencontrer une salope, que ce soit bien clair entre nous.

La vérité est que si on passe sur le côté péjoratif du terme dans son acception sociale majoritaire, entre hommes, mesdames sachez-le, bien souvent c'est avec respect et envie que l'on parle des salopes. Parce qu'elles sont plus libres et que cela s'accompagne généralement d'une ouverture d'esprit appréciable, parce que le plaisir est retiré de sa gaine mystico-amoureuse et que les relations sont plus franches.

Ainsi, si ce terme est souvent une injure, il peut prendre une tournure affective, en forme de compliment détourné, la salope étant forcément - d'un point de vue strictement masculin - une femme qui fait bien l'amour. En conséquence, le terme "petite salope" devient naturellement le sobriquet affectueux que certains hommes utilisent pour indiquer à leur compagne de jeux toute la reconnaissance et le plaisir qu'ils ont de partager avec elle des moments intimes. Rarement, l'utilisation de l'adjectif "petit" a pour conséquence de renforcer le terme de salope dans un sens injurieux...

Et bien il faut savoir qu'il existe une marque de vêtement appelée "petite salope". Anna, m'interrogeant sur les subtilités linguistiques de ce terme, m'a donc avoué qu'il s'agissait pour elle de comprendre comment une marque de vêtements chics pouvait utiliser ces mots. Tout d'abord, incrédule, je pensais qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Ensuite, j'ai crû qu'il s'agissait d'une marque de sous-vêtements qui serait vendue dans les boutiques spécialisées, avec une haute tenue en vulgarité et uniquement dans des sacs opaques.

Et bien que nenni! Les vêtements sont beaux et je peine à croire que la marque puisse être "petite salope". Vous n'avez qu'à en juger par vous-même : http://www.lapetitesalope.com/. Le site est en anglais, mais on comprend bien...

J'imagine tout de suite les françaises très chics qui font leurs courses à Londres et qui diraient : "Oh, moi, vous savez, je ne m'habille qu'en petite salope à Londres." Ou, dans les dîners en ville, les discussions : "Et vous ? Quelle est votre style ? - J'ai une nette préférence pour la petite salope, vous savez. - C'est vrai que cela vous va à ravir. Et quand on trouve son style, il ne faut plus en changer, n'est-ce pas chéri ?" Et, enfin, Monsieur s'adressant à Madame : "Pourriez-vous vous habiller en petite salope ce soir ? Nous avons un dîner chez le Préfet, chérie."

Romook, cherchez l'erreur...

lundi 30 juillet 2007

Complementary reflexion about driving behaviours

Yesterday, I told you about specific unwritten rules in Poland. So, I could give you an explanation found in a book called "Watching the English", from Kate Fox (I liked this book). In page 7, the author explained in a paragraph titled "Trust me, I'm an anthropologist", something very interesting. All the book is interesting and amuzing, so you need to reach it if you haven't.

"Trust me, I'm an anthropologist

By the time we left England, and I embarked on a rather erratic education at random sample of schools in America, Ireland and France, my father had manfully shrugged off his disappointment over the chimp experiment, and begun training me as an ethnographer instead. I was only five, but he generously overlooked the slight handicap : I might be somewhat shorter than his other students, but that shouldn't prevent me grasping the basic principles of ethnographics research methodology. Among the most important of these, I learned, was the search for rules. When we arrived in any unfamiliar culture, I was to look for regularities and consistent patterns in the natives' behaviour, and try to work out the hidden rules - the conventions or colective understandings - governing these behaviour patterns.

Eventually, this rule-hunting becomes almost an uncouncious process - a reflex, or, according to some long-suffering companions, a pathological compulsion. Two years ago, for example, my fiancé Henry took me to visit some friends in Poland. As we were driving in an English car, he relied on me, the passenger, to tell him when it was safe to overtake. Whithin twenty minutes of crossing the Polish broder, I started to say : 'Yes, go now, it's safe.' even when there were vehicles coming towards us on a two-lane road.

After he had twice hastily applied the brakes and aborted a planned overtake at the last minute, he clearly began to have doubts about my judgement. 'What are you doing ? That wasn't safe at all! Didn't you see that big lorry ??' 'Oh yes' I replied, 'but the rules are different here in Poland. There's obviously a tacit understanding that a wide two-lane road is really three lanes, so if you overtake, the driver in front and the one coming towards you will move to the side to give you room.'

Henry asked politely how I could possibly be sure of this, given that I had never been to Poland before and had been in the country less than half an hour. My response, that I had been watching the Polish drivers and they all clearly followed this rule, was greeted with perhaps understandable scepticism. Adding 'Trust me, I'm an anthropologist'. probably didn't help much either, and it was some time before he could be persuaded to test my theory. When he did, the vehicles duly parted like the Red Sea to create a 'third lane' for us, and our Polish host later confirmed that there was indeed a sort of unofficial code of etiquette that required this.

My sense of triumph was somewhat diluted, though, by our host's sister, who pointed out that her countrymen were also noted for their reckless and dangerous driving. Had I been a bit more observant, it seemed, I might have notices the crosses, with flowers around the base, dotted along the roadsides - tributes placed by bereaved relatives to mark the spots at wich people had been killed in road accidents. Henry magnanimously refrained from making any comment about the trustworthiness of anthropologists, but he did ask why I could not be content with merely observing and analysing Polish customs : why did I fell compelled to risk my neck - and, incidentalluy, his - by joining in ?

I explained that this compulsion was partly the result of promptings from my Inner Participant, but insisted that there was also some methodology in my apparent madness. Having observed some regularity or pattern in native behavioour, and tentatively identified the unspoken rule involved, an ethnographer can apply various 'tests' to confirm the existence of such a rule. You can tell a representative selection of natives about your observations of their behaviour patterns, and ask them if you have correctly identified the rule, convention or principle behind these patterns. You can break the (hypothetical rule), and look for signsof disapproval, or indeed active 'sanctions'. In some cases, such as the Polish third-lane rule, you can 'test' the rule by obeying it, and note whether you are 'rewarded' for doing so."

So, I need to add I haven't seen these flowers bordered the road. Thus, You need to know these rule is not apply on every road. The main road - national perhaps - have some urgent lane. So, the roads are more bigger than ours. It could explain this particular rule of driving behaviour.

Romook, ethnologist driver ?

dimanche 29 juillet 2007

Comportements autoroutiers

Après avoir passé plus de vingt heures sur les autoroutes françaises, belges, allemandes, luxembourgeoises et polonaises ces deux dernières semaines, je m'interroge sur la notion de sécurité routière. Point n'est besoin de rappeler que les lois sont influencées par l'environnement social, ainsi que l'avait démontré Montesquieu dans l'Esprit des Lois.

La limitation de vitesse est l'un de ces facteurs que nous pouvons étudié, même s'il est évident que Montesquieu n'avait jamais pensé qu'un jour cela puisse être l'objet d'un débat dans l'Union Européenne.

- En France, les autoroutes sont limitées à 130 Km/h, parfois à 110 km/h. Les infrastructures permettent de rouler en général sans danger à 180/200 km/h (c'est-à-dire si l'on est seul sur la route)

- En Belgique, les autoroutes sont limitées à 120 Km/h, mais du fait de l'état des routes, quelques rares portions (3 voies) - permettent de rouler sereinement à 180 km/h (hypothèse où l'on est seul). La plupart du temps, que l'on soit seul ou non, 140/150 km/h restent la limite sécuritaire à ne pas franchir (chaussée déformée, trous, aquaplanning possible, pente entre 4 et 7 %)

- En Allemagne, les autoroutes ne sont pas limitées en théorie, certaines portions sont conseillées à 130 Km/h, d'autres limitées à 120 Km/ h ou 100 km/h. Le cas est donc très intéressants à étudier. Lorsque les portions sont sans limitations de vitesse, il s'agit d'une question évidemment de bon sens. Cela dépend essentiellement de sa voiture. Une Twingo qui roulerait à 180 km/h est évidemment un danger vu l'environnement automobile (grosse berline avec système de freinage très supérieur). L'état général des routes fait qu'une autoroute sans limitation permet de rouler sans problème (courbure des virages notamment) à 220 km/h, régulateur de vitesse enclenché, peut-être plus mais ma voiture ne me permet pas d'aller au-delà. Lorsque les portions sont limitées à 120 km/h, en général, les courbures des virages ne permettent pas d'aller au-delà de 160 km/h sans danger. Avec une limitation à 100 km/h, il vaut mieux rouler à 100 km/h. Outre les contrôles radar possibles, les courbures de virage ainsi que l'état des routes ou la géographie des lieux (fortes descentes entre 4 et 7 %) ne permettent pas de rouler vite (au-delà de 120 km/h) sans danger.

- Au Luxembourg, les autoroutes sont limitées à 120 km/h. Tout se passe bien à 160 km/h (si l'on est seul sur la route).

- En Pologne, l'autoroute que j'ai utilisée (Görlitz - Wroclaw) est un beau ruban à 2 voies où 180 km/h (si l'on est seul) est absolument sans danger.

Une fois cet état des lieux fait, on peut s'interroger sur la notion de limitation de vitesse. A priori, hormis le cas particulier de l'Allemagne où les limitations de vitesse sont véritablement conditionnées par l'état des routes, les limitations de vitesse semblent essentiellement conditionnées par un autre facteur. Lequel est-ce?

Tout d'abord, la limitation de vitesse, règle non modulable par définition, dépend du trafic routier présent. Si l'on est en présence d'une deux voies ou d'une trois voies, la question se pose donc en d'autres termes.

Je tiens d'ailleurs à faire remarquer que j'ai utilisé une autoroute allemande à deux voies, non limitée, sur laquelle le trafic était relativement faible (une voiture tous les cinq cents mètres, roulant généralement à 140 km/h), qui était un vrai danger. Fort de mes 1000 kilomètres d'analyses d'autoroutes allemandes, voyant la non limitation, je m'élance donc sans véritablement m'interroger sur la nécessité d'adapter une vitesse, confiant dans l'appréciation portée par le gouvernement sur cette portion d'autoroute. Or, il s'est avéré qu'après deux ou trois virages, la vitesse constante la plus adéquate était 160 km/h. Au-delà, il était dangereux de passer les virages sans mordre sur la voie d'à côté, ce qui n'est pas tolérable. Probablement une autoroute sur laquelle le gouvernement locale allemand (ou fédérale, je ne sais pas qui est compétent pour réguler la limitation sur les autoroutes) devrait mettre une limitation à 120 km/h. Bref.

Donc, cela dépend du trafic routier. Par principe, la régulation de la vitesse, si elle peut être adaptée par rapport au phénomène météorologique (en France, une autoroute limitée à 130 km/h est automatiquement limitée à 110 km/h en cas de pluie) ne peut pas s'adapter à l'état du trafic routier. Forte densité, une limitation inférieure, moindre densité, une limitation supérieure. Tout au moins, cela suppose des usagers une certaine discipline et une signalisation adaptée.

En allemagne, au Luxembourg et en Pologne, la signalisation se fait beaucoup par l'utilisation de panneaux lumineux. Ainsi, du fait de la vidéo surveillance des autoroutes, la vitesse se module en fonction de l'état du trafic routier. Evidement, cela est mieux respecté en Alemagne. Pourquoi ? Tout simplement parce que si l'on vous limite alors que vous aviez la possibilité de rouler à une vitesse de 200 km/h, c'est qu'il y a une bonne raison. En France, si la vitesse passe de 130 km/h à 110 km/h par panneau lumineux, or le cas d'une pluie qui oblige à un ralentissement, cela provoque plutôt de l'énervement chez la plupart des conducteurs. "Déjà que ça n'avance pas, pourquoi il nous oblige encore à ralentir ? On est quand même assez grand pour savoir adapter notre vitesse tout seul."

Ainsi, l'adaptation aux variations du flux routier va être culturellement perçu d'une manière différente. Un autre point est à mettre en exergue, pour avoir rencontré diverses nationalités sur toutes ses autoroutes. La pire que j'ai rencontrée en terme de comportement autoroutier : les néerlandais.

Que signifie le comportement auroutier dans le cadre de ma présente étude ? Tout simplement, l'ensemble des comportements récurrents qui permettent d'anticiper a priori les comportements au volant rien qu'à la reconnaissance de la plaque d'immatriculation. Bien entendu, il s'agit de caricature et de description générale. Comme pour tout, on trouve tous les styles de conduites.

Les belges, d'une manière générale, sont bon enfant. Ils doublent relativement vite, n'encombrent pas les voies inutilement et ont une allure modérée à rapide (entre la limite permise jusqu'à 40 km/h au-dessus de la vitesse autorisée). Aucun comportement dangereux n'a été relevée sur aucune de ces cinq autoroutes avec un conducteur belge - que ce soit par la vitesse supérieure autorisée ou une vitesse plus lente.

Les luxembourgeois roulent généralement vite (entre 140 et 180 km/h environ) et semblent impatients (se collent derrière les voitures pour "mettre la pression" sur le gêneur), sauf avec un autre luxembourgeois. Ils se montrent généralement très courtois avec ceux qui adoptent le même style de conduite d'une autre nationalité. Méfiance donc si on est dans la norme (respect des limitations de vitesse de manière imperturbable).

Les polonais conduisent sur l'autoroute comme sur les routes : il n'y a pas de limitations de vitesse. Le plus rapide et le plus gros moteur a priorité sur les autres véhicules. Il n'y a pas de comportements dangereux en soi puisque ces règles non écrites sont bien établies.En revanche, le respect des limitations de vitesse (et des voies!) rend la route dangereuse pour tout le monde. En effet, ces normes non écrites, socialement acquises, sont respectées sans discussion. Ainsi, le polonais qui arrive à 180 km/h sur l'auroute lorsque vous roulez à 130 km/h risque de vous rentrer dedans si vous ne vous rangez pas. Il ne rétrograde pas puisqu'il sait que vous allez lui laisser le passage vide. Sauf lorsqu'il s'aperçoit que vous n'êtes pas polonais. Sur les routes étrangères à la Pologne, le principe de la vitesse reste acquis jusqu'en France. Dans notre pays, le respect des limitations de vitesse se fait naturellement par ces étrangers. Je ne me l'explique pas encore. Le polonais sur la route belge est à 180 km/h (limitation à 120 km/h sur des routes dangereuses en terme de sécurité), il passe la frontière française et roule à 130 km/h alors que l'état des routes est incomparablement meilleur. Comme dirait Pierre Desproges dans la minute de Monsieur Cyclopède...

Les allemands sont disciplinés, prudents, attentifs et courtois. Disciplinés car le respect des limitations de vitesse est fort bien répandu, encore plus à l'étranger qu'en Allemagne. Prudents car ils adaptent leur vitesse à toutes les circonstances. Attentifs car ils voient devant et derrière leur véhicule. Courtois car ils laissent naturellement la place aux véhicules plus rapides, aux plus gros moteurs et attendent avant de doubller lorsqu'ils voient arriver un bolide. Il est vrai que l'on rencontre plus de Porsches à plus de 240 km/h en Allemagne que dans les autres pays, les autoroutes n'y étant pas pour peu de choses.

Les néerlandais sont normés à l'extrême, avec une inadaptation patente qui les rend dangereux sur certaines routes (je ne parle pas des caravanes dont les problématiques sont différentes). Si la route est limitée à 120 km/h, ils roulent à 120 km/h. Ils doublent à 120 km/. Ils déboitent sans se préoccuper des voitures derrières et bloquent les files tant qu'ils n'ont pas fini de doubler, même si en se rangeant - en maintenant leur vitesse constante de 120 km/h - ils pourraient laisser passer deux ou trois véhicules derrière eux. Sur les autoroutes allemandes, sans limitation de vitesse, ils doublaient généralement à 160 km/h sur la troisième voie. Généralement, la répartition se fait de la manière suivante, première voie : véhicule avec une vitesse comprise entre 120 et 150 km/h (principalement 150km/h), deuxième voie : véhicule entre 140 et 170 km/h, troisième voie : doublement de la deuxième voie et véhicule au-dessus de 180 km/h en permanence. Ainsi, dans les rares cas où j'ai vu un néerlandais doubler sur une troisième voies allemande, à cahque fois j'ai cru qu'il y allait avoir un accident. Lorsqu' un conducteur roule à 200 km/h ou plus, l'anticipation sur tous les évènements de la route est évidemment extrêmement importante. Avec un conducteur allemand qui met son clignotant pour doubler, tut le monde sait avec certitude qu'il a vu le véhicule derrière lui, a évalué sa vitesse et le laissera passer s'il sait que cette vitesse ne permet pas un ralentissement rapide. Le néerlandais met son clignotant et une seconde plus tard déboite, sans se soucier de ce qu'il se passe derrière lui. Evidemment, ce comportement surprend car il est dangereux autant pour celui qui déboite que pour celui qui arrive...

Par ailleurs, le respect des limitations de vitesse connaît en France une tolérance particulière concernant le doublement qui - en toute subjectivité - est de 20 km/h à la vitesse du véhicule que l'on double.

D'après l'article R414-4 du Code de la Route :

"I. - Avant de dépasser, tout conducteur dit s'assurer qu'il peut le faire sans danger.
II. - Il ne peut entreprendre le dépassement d'un véhicule que si :

1° Il a la possibilité de reprendre sa place dans le courant normal de la circulation sans gêner celle-ci;
2° La vitesse relative des deux véhicules permettra d'effectuer le dépassement dans un temps suffisament bref;
3° Il n'est pas lui-même sur le point d'être dépassé.
III. - Il doit, en outre, avertir de son intention l'usager qu'il veut dépasser. (...)"

L'application de cet article est donc une sorte de fait justificatif légal de dépassement de la vitesse autorisée. Evidemment, il s'agit d'un dépassement et non pas d'un dépassement généralisé et permanent de tous les véhicules qui dès lors est simplement un dépassement de la vitesse autorisée... Toutefois, force est de constater que les néerlandais ne respecte pas notre code de la route lorsqu'il dépasse à 125 km/h sur une autoroute une voiture qi rule à 119 km/h. Le temps de dépassement est relativement long surtout s'il y a trois ou quatre véhicules qui roulent à cette vitesse. Par rapport aux autorooutes allemandes, le 3° n'es jamais respecté non plus. Je ne sais pas s'il s'agit d'une règle légale allemande, mais elle me semble dictée par le bon sens. En tout état de cause, peut-être que les Pay-Bas ne connaissent pas d'exception sur ce point et que, de ce fait, les conducteurs néerlandais appliquent strictement une règle en vigeur chez eux. En tout cas, méfiance lorsque l'on en rencontre un sur la route.

Les français, quant à eux, sont bipolaires. Il y a deux types de conducteurs. Il y a ceux qui adoptent le comportement allemand, avec une adaptation totale à l'environnement automobile, que ce soit en Pologne ou en Allemagne (puisque ce sont les pays les plus exotiques en termes de comportement autoroutier par rapport à la France). Et puis, il y a les pseudo- justiciers de la route à tendance néerlandaise. Qui sont-ils ? Ce sont ceux qui font respecter le Code de la Route aux autres. Au mépris souvent des règles élémentaires de sécurité et du Code de la Route (article R414-16 du Code de la Route). Ainsi, vous avez un français qui va déboiter au dernier moment où il va être doublé - ou va accélérer sa vitesse pour empêcher le dépassement - et se mettre à bloquer la voie juste à la vitesse maximale autorisée pendant un temps qui sera indéfini. Le dépassement sur la gauche étant interdit, les bons conducteurs derrière lui resteront sur la file de droite en attendant le dégagement de l'individu. Bien sûr, certains véhicules dépasseront sur la gauche, ce qui peut conduire, dans certains cas extrêmes, à avoir le premier véhicule se déplace de telle manière à être à cheval sur les deux voies (!), afin d'empêcher le dépassement des deux côtés à la fois.

Ainsi, je ne sais pas si ce sont les règles de circulations autoroutières qui induisent les comportements ou les mentalités qui obligent les hommes politiques à réglementer la circulation de cette manière. En général, ce n'est pas induit par la structures des routes (on parle bien d'autoroute).

Je me suis interrogé sur la possibilité de créer des autoroutes sans limitation de vitesse en France. Et finalement, je me suis dit que ce n'était pas possible du fait de la seconde catégorie française de conducteur. Par ailleurs, les français sont généralement des citoyens qui raisonnent en terme de "droit à". Ainsi, il y a fort à penser que s'il existait des autoroutes sans limitation de vitesse en France, il y aurait des accidents à cause de la non discipline naturelle des français. Les uns considérant qu'ils ont le droit de rouler à 200 km/h sans personne qui devrait les en empêcher sur la route. Les autres condirant que c'est une vitesse excessive et qu'ils ont tout autant le droit de rouler à 160 km/h sur la troisième voie. Evidemment, c'est sans compter sur certains conducteurs qui n'ont aucun respect des règles de sécurité.

Kant, dans sa Doctrine du Droit écrivait que les règles de droit étaient nécessaires parce que les citoyens n'étaient pas assez vertueux - c'est-à-dire ne savaient pas raisonner en sachant faire taire leur intérêt privé par raport à l'intérêt collectif.

Romook, conducteur sociologue

mardi 24 juillet 2007

La Pologne, mea culpa...

Il y a quelques années, j'étais allé en Pologne. J'avais été très déçu par les femmes que j'avais vu. C'était il y a quatre ans. La Pologne me paraît n'avoir pas beaucoup évolué depuis ce temps. Néanmoins, il ne s'agit que d'une vue superficielle puisque je n'y ai vu que des autoroutes et une vile : Wroclaw. Un peu plus de construction moderne, mais rien de vraiment différent à mon sens. La vie y est à peu près équivalente à celle de la France en terme de modernité.



Là où mon appréciation aura été modifiée, c'est surtout à propos des polonaises.



A mon sens mieux habillées qu'il y a quatre ans, ces femmes font ressortir de leur être de très jolies choses.



Et le charme opère naturellement.



Mon voyage ne m'aura pas permis d'oeuvrer photographiquement autant que je l'aurai voulu. Toutefois, je vous glisse ici quelques rapides clichés pris sur la place de Wroclaw un soir.



Quelques autres suivront, plus conventionnels, comprendre touristiques...

Romook, déjà de retour de Pologne