Romook, ectoplasme bloguique

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lundi 22 janvier 2007

DANIEL

C’est un drôle de petit bonhomme sans âge. Venu d’ailleurs, c’est certain. Il a des yeux bleus, profond comme l’océan, et des cheveux en bataille. Dynamique et vif, l’œil rieur, avec le sourire en coin. Lorsque l’on cherche une définition pour « amène », aussitôt nos pensées se tournent vers lui. Et on n’a plus qu’à le décrire pour faire comprendre la signification de ce mot.

Lorsqu’il parlait, il y avait des étoiles dans les yeux des gens qui l’écoutaient. L’instant était projeté dans l’apesanteur du temps, suspendu au-dessus du cours de la vie. Une parenthèse philosophique se transformait en rêve éveillé. D’un discours sur le théâtre émergeait la féerie de l’art. Au milieu de la scène, nous nous sentions grandir. Il n’y avait plus de différence entre les grands et les petits artistes : tous étaient à la recherche de leur image. Et, dans ses yeux, dans ses propos, nous la rencontrions. Nous nous tenions droit face à nous-même, nos tics, nos embarras... Bien sûr, nous étions des esprits plus empotés que nos corps, mais la magie opérait son charme : la liberté se posait sur nous.

Et puis, il est devenu l’un de mes pères spirituels – il fallait bien au moins ça pour créer Romook. De préjugé en préjugé, de discussion en discussion, de lecture en lecture, l’érosion de l’esprit s’est faite jusqu’à donner progressivement à la pierre brute qui s’y trouvait sa première forme. Naturellement, les liens de l’amitié se sont tissés.

Et un jour, ces propos : « Tu sais, Romook, nous ne sommes pas obligés d’être en accord philosophiquement pour être amis. Mais, il est possible qu’on le soit réellement. Il faut réfléchir dessus. Et puis, un jour, je serai vieux. Ca me ferait plaisir que tu me dises que je suis devenu un vieux con si je me suis ramolli. » Message bien reçu. Et ce fut la dernière pierre posée par quelqu’un pour mon développement intellectuel. C’était il y a 15 ans. Sa parole m’a rendu autonome. Je me suis aperçu que j’avais les mêmes opinions philosophiques et artistiques que lui, parce que je les avais construites en solitaire. Par moment, comme un maître, il contrôlait simplement le cours de l’évolution, prenait la température philosophique, sans rien faire d’autre que de conseiller la lecture qui contrecarrait l’idée neuve du moment.

Ainsi, sur la pointe des pieds, il avançait à pas de loup dans la pénombre de l’esprit humain. Pour chaque idée, sa culture lui faisait correspondre une lecture adaptée à chacun, destinée à empoisonner les certitudes qui naissaient. Et elles mourraient vite. Lui donnant les clés pour ouvrir les portes fermées par les règles sociales ou l’éducation, chaque être pouvait accéder à l’indépendance.

« Comment fais-tu pour savoir ce qui passe dans la tête des gens ?

- Mais je n’en sais rien. C’est pour ça que je pose des questions. »

Et les questions vous conduisaient inévitablement dans votre for intérieur. De là, vous pouviez découvrir les arcanes cachés de votre psychologie. Ainsi, l’art est le support du développement intellectuel sous toutes ses formes. Daniel est un artiste accompli. Il y a des aigles qui sont au-delà de la puérile compétition artistique et qui ont compris que la valeur des uns ne dévalorise pas les talents de leur propre personne. Puisant sa force hors du terreau de la jalousie, l’altruisme croît naturellement – et l’altruisme, chez un nihiliste, c’est son instrument de reproduction.

Autonome, je me suis envolé, seul, pour suivre ma course. Accompagné de Bilbo, il est reparti d’un pas tranquille semer de la poésie autour de lui dans un autre lieu…

Romook, quelques phrases qui changent une vie...

samedi 20 janvier 2007

Tth

Présent. Absent. Présent. Passé. Présent. Parti. Présent.

Tth n’est pas simplement un sigle : il s’agit avant tout d’une originalité qui s’affirme discrètement. Tout en sensibilité, sincère, généreux…Et il faut insister sur ce trait de générosité : le don du temps. Mais aussi de la compréhension, de la patience : peut-être même une forme de génie. « Tout simplement de l’amitié » diraient certains. Mais, même pour les gens bons, la survie impose des limites à toute forme de sentiment, même la plus profonde amitié… Et je n’ai pourtant jamais rencontré cette frontière où l’on sent que l’on devient l’inopportun.

Absent.

Centré sur moi-même, mes lectures, mes désirs, mes choix, ai-je été seulement l’ami qui aurait dû être présent ? Et aujourd’hui, quelle relation ? Quel rapport avec mon ami ? N’ai-je pas été le vampire, celui qui suce tout de l’amitié de son « ami » ? Ai-je été assez présent lorsque les pires évènements se sont produits dans sa vie ? Le faire rire, était-ce suffisant ? Il y a des douleurs qui ne se taisent pas. L’habitude nous rend le malheur quotidien : il fait alors partie de l’environnement comme une carte postale accrochée à un mur, que l’on finit par ne plus voir. Peut-être que, sans moi, tout se serait passé de la même façon.

Présent.

Ainsi, Romook n’était pas sage, ni sérieux. Mais il a rencontré, par hasard, les bonnes personnes sur son chemin. Des esprits tentent de se jouer de leur malchance en évoquant le fait que la chance se provoque. Probablement qu’ils ont raison en partie. Mais, être né sous une bonne étoile, ça compte aussi. Je suis tombé dans la marmite étant petit, c’est sûr. Et dans cette marmite, il y avait Tth.

Passé.

Pendant une partie de sa scolarité, Romook - le joueur - faisait de la guitare : plus de 8 heures par jour. Et c’était bon. Et il composait de la musique. Et écrivait aussi. Et lisait beaucoup, beaucoup… Et s’ennuyait terriblement dans le système éducatif français. D’autant plus ennuyeux que les facilités étaient nombreuses. Alors, le temps était utilisé à faire autre chose, toutes autres choses… Et Tth était l’ami fidèle, bon élève, qui veillait sur le Romook. Qui lui photocopiait les cours pour qu’il puisse apprendre les veilles d’interrogation. Qui remplaçait le professeur jusqu’à deux heures du matin au téléphone, alors qu’il se levait à 5 heures pour prendre son bus, simplement pour aider son ami à se maintenir à un niveau correct dans le système éducatif. Pour quel résultat ? D’après lui, simplement parce que le Romook lui semblait « exceptionnel » et qu’il devait être pris en charge pour ce « bête » niveau éducatif.

Présent.

Puis, Romook ne pouvant pas faire de sa vie la carrière musicale qu’il aurait rêvé : le voici voulant devenir chercheur en mathématiques. Grâce à Tth, le niveau n’était pas trop insuffisant pour le devenir, mais il y avait quand même du retard à rattraper, beaucoup de retard… Beaucoup de travail, Tth était encore présent : 6 ans plus tard, sa présence n’avait pas faibli. Puis ce fût la classe de « mathématiques supérieures »… Comparaison des moyennes. Nous avons ri ensemble de cet écart de moyenne qui laissait supposer que Romook devrait renverser les rôles et devenir l’enseignant. Peut-être un retour des choses envisageable ? Ce ne fût pas le cas.

Parti.

La vie en a décidé autrement. Romook s’est dirigé vers un nouveau domaine. Pour d’obscures et – peut-être - regrettables raisons. Le fait que l’un était dans le Nord, l’autre dans le Sud. Et la vie a séparé les inséparables. Alors que le Romook s’est dirigé vers une branche sans rapport avec les sciences, Tth lui a ouvert des portes dont le rayonnement s’étant jusqu’à aujourd’hui. Il n’y a probablement pas de rencontre fortuite dans la vie.

Présent.

A quand le juste retour des choses ?

Romook, qu'est-ce que l'amitié ?