Romook, ectoplasme bloguique

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jeudi 24 janvier 2008

KaiYe - Larry

C'est un homme au physique tranquille, plein de bonhomie. Son air parfois sévère - et ces remarques qu'il sait rendre acerbes - n'est rien d'autre que son amour de l'autre et sa peur de n'être pas compris. Il frappe vite au coeur de son adversaire pour éviter d'être lui-même désarçonné. Il camoufle sous des airs parfois bourrus une profonde sensibilité. Kai Ye est un artiste. Toutefois, il n'a pas encore trouvé le chemin qui mène à lui-même : non pas que ce soit inaccessible, mais plutôt par ce qu'il n'a pas pris conscience qu'il est déjà sur ce chemin et croit encore qu'il faut aller le chercher ailleurs. Il touche du bout du doigt tout ce qu'il lui permettrait d'être ce "lui-même" qu'il voudrait être. Bref.

C'est aussi un humaniste, comme on en faisait au XVIIIème siècle, qui traverse le XXIème siècle en se demandant pourquoi les gens trouvent étrange de s'intéresser à plusieurs choses différentes, pourquoi les gens regardent avec suspicion quelqu'un qui n'a pas de fil conducteur apparent dans sa vie, pourquoi les gens sont aveugles alors qu'ils pensent avoir un oeil d'aigle, prenant pour maxime " la première impression est la bonne." Deux autres de ses interrogations : pourquoi faut-il avoir un bon "job"? Pourquoi faut-il avoir des enfants? C'est donc mon ami.

Pour conclure sur cet homme incompris dont l'intelligence et la sensibilité sont au-delà de l'entendement de ceux qui le "critiquent", je vous donnerais une image. Kai Ye est sur son vélo rose, une épée chinoise en bandoulière, en chantant "I'm a poor lonesome cow boy..." avançant droit vers le soleil couchant parce que les gens disent qu'il y a quelque chose d'intéressant à voir du côté où le soleil se lève...

Romook, coup de blues

jeudi 17 mai 2007

Portrait de Romook

En fouillant dans mon ordinateur, j'ai retrouvé cette photo. Je vous la délivre.



J'ai remarqué que la plupart de mes visiteurs apprécient mes photos. Dans ces conditions, je vais vous dévoiler quelques secrets de fabrication, notamment sur cette photo. Un joli contre-jour (à mon goût).

J'ai utilisé mon appareil Canon Eos 20D, avec un zoom 28-80 USM de chez Canon, sur lequel il y avait un filtre polarisant. Le réglage était directement réalisé en N&B, avec un virage vert. Pour les autres détails, genre focale, vitesse, etc... Je vous avouerai que je fais dans l'artisanal et que je note jamais ces détails. Souvent, je travaille en mode P (en choisissant le "bon" rapport focale/vitesse en fonction de l'effet recherché), en utilisant parfois Av ou Tv si besoin est. Dans quelques rares cas, je travaille en A-Dep (priorité profondeur de champs) ou M. Je n'utilise quasiment jamais les modes de programmes "automatiques" (portrait, paysage, sport, etc...). Pour être parfaitement sincère, je les utilise en cas d'urgence. Genre : on n'a que quelques secondes pour prendre la photo et pas le temps de s'embêter avec autres choses que le cadrage (portrait que l'on vient d'apercevoir dans la foule par exemple).

En fait, je m'aide de la machine pour tous ce qui peut être fait par elle. Après, le reste, tout est de ma faute. La recherche du bon cadrage imposant certains sacrifices et rendant parfois les personnes qui m'accompagnent perplexes. Pour vous donner un exemple, dans ce lieu précis, j'ai pris la branche que vous voyez ci-dessus et aucune autre photo. La photo a été prise à la Cité interdite. Me voici donc en train de prendre la photo.



Vous me voyez donc en photo. Tant pis pour l'anonymat.

Romook, à découvert...

lundi 22 janvier 2007

DANIEL

C’est un drôle de petit bonhomme sans âge. Venu d’ailleurs, c’est certain. Il a des yeux bleus, profond comme l’océan, et des cheveux en bataille. Dynamique et vif, l’œil rieur, avec le sourire en coin. Lorsque l’on cherche une définition pour « amène », aussitôt nos pensées se tournent vers lui. Et on n’a plus qu’à le décrire pour faire comprendre la signification de ce mot.

Lorsqu’il parlait, il y avait des étoiles dans les yeux des gens qui l’écoutaient. L’instant était projeté dans l’apesanteur du temps, suspendu au-dessus du cours de la vie. Une parenthèse philosophique se transformait en rêve éveillé. D’un discours sur le théâtre émergeait la féerie de l’art. Au milieu de la scène, nous nous sentions grandir. Il n’y avait plus de différence entre les grands et les petits artistes : tous étaient à la recherche de leur image. Et, dans ses yeux, dans ses propos, nous la rencontrions. Nous nous tenions droit face à nous-même, nos tics, nos embarras... Bien sûr, nous étions des esprits plus empotés que nos corps, mais la magie opérait son charme : la liberté se posait sur nous.

Et puis, il est devenu l’un de mes pères spirituels – il fallait bien au moins ça pour créer Romook. De préjugé en préjugé, de discussion en discussion, de lecture en lecture, l’érosion de l’esprit s’est faite jusqu’à donner progressivement à la pierre brute qui s’y trouvait sa première forme. Naturellement, les liens de l’amitié se sont tissés.

Et un jour, ces propos : « Tu sais, Romook, nous ne sommes pas obligés d’être en accord philosophiquement pour être amis. Mais, il est possible qu’on le soit réellement. Il faut réfléchir dessus. Et puis, un jour, je serai vieux. Ca me ferait plaisir que tu me dises que je suis devenu un vieux con si je me suis ramolli. » Message bien reçu. Et ce fut la dernière pierre posée par quelqu’un pour mon développement intellectuel. C’était il y a 15 ans. Sa parole m’a rendu autonome. Je me suis aperçu que j’avais les mêmes opinions philosophiques et artistiques que lui, parce que je les avais construites en solitaire. Par moment, comme un maître, il contrôlait simplement le cours de l’évolution, prenait la température philosophique, sans rien faire d’autre que de conseiller la lecture qui contrecarrait l’idée neuve du moment.

Ainsi, sur la pointe des pieds, il avançait à pas de loup dans la pénombre de l’esprit humain. Pour chaque idée, sa culture lui faisait correspondre une lecture adaptée à chacun, destinée à empoisonner les certitudes qui naissaient. Et elles mourraient vite. Lui donnant les clés pour ouvrir les portes fermées par les règles sociales ou l’éducation, chaque être pouvait accéder à l’indépendance.

« Comment fais-tu pour savoir ce qui passe dans la tête des gens ?

- Mais je n’en sais rien. C’est pour ça que je pose des questions. »

Et les questions vous conduisaient inévitablement dans votre for intérieur. De là, vous pouviez découvrir les arcanes cachés de votre psychologie. Ainsi, l’art est le support du développement intellectuel sous toutes ses formes. Daniel est un artiste accompli. Il y a des aigles qui sont au-delà de la puérile compétition artistique et qui ont compris que la valeur des uns ne dévalorise pas les talents de leur propre personne. Puisant sa force hors du terreau de la jalousie, l’altruisme croît naturellement – et l’altruisme, chez un nihiliste, c’est son instrument de reproduction.

Autonome, je me suis envolé, seul, pour suivre ma course. Accompagné de Bilbo, il est reparti d’un pas tranquille semer de la poésie autour de lui dans un autre lieu…

Romook, quelques phrases qui changent une vie...

samedi 20 janvier 2007

Tth

Présent. Absent. Présent. Passé. Présent. Parti. Présent.

Tth n’est pas simplement un sigle : il s’agit avant tout d’une originalité qui s’affirme discrètement. Tout en sensibilité, sincère, généreux…Et il faut insister sur ce trait de générosité : le don du temps. Mais aussi de la compréhension, de la patience : peut-être même une forme de génie. « Tout simplement de l’amitié » diraient certains. Mais, même pour les gens bons, la survie impose des limites à toute forme de sentiment, même la plus profonde amitié… Et je n’ai pourtant jamais rencontré cette frontière où l’on sent que l’on devient l’inopportun.

Absent.

Centré sur moi-même, mes lectures, mes désirs, mes choix, ai-je été seulement l’ami qui aurait dû être présent ? Et aujourd’hui, quelle relation ? Quel rapport avec mon ami ? N’ai-je pas été le vampire, celui qui suce tout de l’amitié de son « ami » ? Ai-je été assez présent lorsque les pires évènements se sont produits dans sa vie ? Le faire rire, était-ce suffisant ? Il y a des douleurs qui ne se taisent pas. L’habitude nous rend le malheur quotidien : il fait alors partie de l’environnement comme une carte postale accrochée à un mur, que l’on finit par ne plus voir. Peut-être que, sans moi, tout se serait passé de la même façon.

Présent.

Ainsi, Romook n’était pas sage, ni sérieux. Mais il a rencontré, par hasard, les bonnes personnes sur son chemin. Des esprits tentent de se jouer de leur malchance en évoquant le fait que la chance se provoque. Probablement qu’ils ont raison en partie. Mais, être né sous une bonne étoile, ça compte aussi. Je suis tombé dans la marmite étant petit, c’est sûr. Et dans cette marmite, il y avait Tth.

Passé.

Pendant une partie de sa scolarité, Romook - le joueur - faisait de la guitare : plus de 8 heures par jour. Et c’était bon. Et il composait de la musique. Et écrivait aussi. Et lisait beaucoup, beaucoup… Et s’ennuyait terriblement dans le système éducatif français. D’autant plus ennuyeux que les facilités étaient nombreuses. Alors, le temps était utilisé à faire autre chose, toutes autres choses… Et Tth était l’ami fidèle, bon élève, qui veillait sur le Romook. Qui lui photocopiait les cours pour qu’il puisse apprendre les veilles d’interrogation. Qui remplaçait le professeur jusqu’à deux heures du matin au téléphone, alors qu’il se levait à 5 heures pour prendre son bus, simplement pour aider son ami à se maintenir à un niveau correct dans le système éducatif. Pour quel résultat ? D’après lui, simplement parce que le Romook lui semblait « exceptionnel » et qu’il devait être pris en charge pour ce « bête » niveau éducatif.

Présent.

Puis, Romook ne pouvant pas faire de sa vie la carrière musicale qu’il aurait rêvé : le voici voulant devenir chercheur en mathématiques. Grâce à Tth, le niveau n’était pas trop insuffisant pour le devenir, mais il y avait quand même du retard à rattraper, beaucoup de retard… Beaucoup de travail, Tth était encore présent : 6 ans plus tard, sa présence n’avait pas faibli. Puis ce fût la classe de « mathématiques supérieures »… Comparaison des moyennes. Nous avons ri ensemble de cet écart de moyenne qui laissait supposer que Romook devrait renverser les rôles et devenir l’enseignant. Peut-être un retour des choses envisageable ? Ce ne fût pas le cas.

Parti.

La vie en a décidé autrement. Romook s’est dirigé vers un nouveau domaine. Pour d’obscures et – peut-être - regrettables raisons. Le fait que l’un était dans le Nord, l’autre dans le Sud. Et la vie a séparé les inséparables. Alors que le Romook s’est dirigé vers une branche sans rapport avec les sciences, Tth lui a ouvert des portes dont le rayonnement s’étant jusqu’à aujourd’hui. Il n’y a probablement pas de rencontre fortuite dans la vie.

Présent.

A quand le juste retour des choses ?

Romook, qu'est-ce que l'amitié ?

vendredi 13 octobre 2006

Salle A105

Il y a des symboles qui marquent une vie. Un cahier de texte de classe qui vole, des craies qui fusent, des phrases qui résonnent dans un cours de mathématiques. Combien d'entre nous ont eu cette terrible sensation de vivre des moments qui vont transformer votre vie en vous inculquant des pensées indélébiles.

J'ai été marqué au fer rouge par mon prof de math de 6ème, 5ème et terminale C. Le même enseignant. Jean B*. Pour mon plus grand plaisir et mon plus grand bien. Il m'a inculqué la volonté d'en savoir un peu plus. D'aller toujours un peu plus loin. Sur le terrain déjà fertile de ma curiosité naturelle, il a fait germer en moi la petite graine du chercheur avec cette phrase devenue l'étendard de mes recherches intellectuelles : "Derrière les choses les plus simples se cachent parfois des choses compliquées."

Peut-être étais-je particulièrement disposé à l'écouter. En 4ème, alors que je découvrais ce que j'avais perdu comme enseignant de mathématiques, il me croise dans un couloir et me demande :

" Alors Romook, cette année, ça se passe comment les mathématiques ?
- Rien d'intéressant, la prof veut que l'on fasse des figures soi-disant 'justes'. C'est même comme ça qu'elle nous met des notes, c'est n'importe quoi.
- Ah les programmes... Mais, ça ne vous empêche pas de réfléchir sur d'autres problèmes.
- Bah, c'est pas possible : on a déjà tout fait avec vous l'année dernière, c'est très ennuyeux les cours.
- Hmm... Vous n'avez pourtant pas tout compris.
- Si, si... On a tout fait avec vous. Cette année, c'est très facile.
- Dans ce cas, expliquez moi pourquoi on ne peut pas diviser par zéro.
- C'est facile, c'est parce qu'on peut pas.
- Vous trouvez vraiment que c'est la réponse mathématiques ?
- Ben... Euh... Oui?
- Et bien vous allez réfléchir et quand vous aurez compris pourquoi, vous viendrez me revoir et vous m'expliquerez pourquoi.
- ..."

Inutile de vous raconter dans quel dédale de réflexion cette petite question m'a plongé. Pendant 15 jours, je me suis demandé pourquoi on ne pouvait pas diviser par zéro. Avant, pour moi, c'était dans la nature des choses. Une espèce de tabou mathématique auquel il ne fallait pas toucher. D'un seul coup, je prenais conscience que, probablement, il y avait des raisons plus obscures et que la morale n'avait rien à voir avec cette science.

"Derrière les choses les plus simples se cachent parfois des choses compliquées."

15 jours plus tard, je venais revoir mon prof de math pour lui exposer le fruit de mes réflexions.

"En fait, c'est très simple. Si on prend x * 0 = 0. On a l'opération de base concernant la multiplication avec le chiffre 0. Or, la division est l'opération inverse de la multiplication. On a bien 0 / x = 0. Tout va bien. Mais, on a aussi 0 / 0 = x. Pardon ?? zéro divisé par lui-même donne x, soit n'importe quel nombre ? Oups! Voilà bien quelque chose d'étrange. Et pourtant, c'est bien le sens de cette opération puisque 0 * x = 0. Mais ça n'explique toujours pas pourquoi on ne peut pas diviser par zéro.

Raisonnons par l'absurde. Soit x et y deux entiers naturels différents de zéro. Prenons x * y = 0. Cette opération signifie l'on a x = 0 / y ou que y = 0 / x. Ce qui signifie que 0 divisé par un entier donne un nombre différent de 0. Bref, que rien divisé en plusieurs parts donne quelque chose. Hein ?!

Ou encore, on peut prendre l'opération inverse. On suppose qu'il existe un nombre x / 0 que l'on appelle y. Dans ce cas, y * 0 = (x / 0) * 0 = x. Or, la définition de la multiplication par rapport à 0 est que tout nombre entier naturel multiplié par 0 soit égale à 0. Ce qui est contraire à la définition. Comme on ne peut pas trouver de nombre qui, une fois multiplié par 0, donne autre chose que 0, la division par 0 est impossible."

Voilà comment j'ai compris à 13 ans pourquoi on ne pouvait pas diviser par 0.

S'en est suivi une explication sur la représentation des nombres sur une ligne qui était en fait un cercle infini puisque à l'endroit 0 / 0 l'infini des grand nombres positifs et l'infini des grands nombres négatifs se rejoignent. J'étais émerveillé.

Evidemment, quelques années après, après avoir compris ça plus en profondeur, je me suis dit, lorsqu'on étudiait les limites de fonction, qu'il suffirait de créer un ensemble des nombres divisibles par zéro pour simplifier mes exo de terminales. Après quelques semaines de recherches, j'ai abouti à une incohérence et j'ai donc stoppé mon activité créatrice de nombres qui n'avait pour objet que de me simplifier mes exos de terminales. De toute façon, ça ne faisait pas partie du programme de l'Education Nationale. J'aurais sûrement été considéré comme un terroriste mathématique. C'était pas bon pour le bac.

"Les mathématiques, c'est remplacer du compliqué par du simple."

Voilà une phrase qui a résonné un nombre de fois incalculable sur 3 ans de cours.

Cet enseignant était aussi philosophe. Comment ne pas se souvenir de ce moment où il a écrit au tableau : 1 + 1 = 2. Nous étions en terminale C. Il s'arrête et regarde songeur le tableau.

"Il ny a rien qui vous choque ?"

Silence.

"1 est le symbole de l'unité, de l'unique. S'il est unique, comment puis-je l'écrire deux fois ?"

Romook : "C'est la représentation graphique du symbole de l'unité, ce n'est pas l'unité elle-même. C'est pour ça qu'on peut l'écrire deux fois.

- Mais, Romook, comment pouvais concevoir la multiplicité et l'unité en même temps dans votre esprit ? On ne peut pas avoir simultanément ces deux idées présentes à l'esprit : elles sont contradictoires."

Perplexité kantienne.

Et lui de poursuivre : "Et l'infini, par hypothèse, on ne peut pas l'appréhender. Comment peut-on l'évoquer ? Ou alors ça voudrait dire que l'on parle toujours sans savoir de quoi on parle. D'ailleurs, ça me fait penser que, dans vos copies, vous devriez écrire moins. D'abord, ça fait de l'économie d'encre et de papier. Ensuite, vous écririez moins de bêtise ou de choses fausses. Et même parfois, ce n'est pas faux, c'est pire que faux, ça n'a aucun sens."

Et le cours reprenait son cours après l'intermède philosophico-didactique.

"Parfois, j'en vois qui passe un temps important à faire une figure sur leur copie ou leur brouillon. Mais vous n'avez rien compris. Vos figures sont fausses, archi-fausses. Ce ne sont jamais des représentations mathématiques. Un point, c'est une étendue sans surface. Alors, rien que le fait de le voir signifie qu'il est trop gros. Le vrai point, c'est celui que l'on ne voit pas. Et vos parallèles, elles sont forcément fausses. Y a l'épaisseur du trait. La pointe de votre crayon n'est pas régulière alors votre trait ne l'est pas, sans compter que vos instruments de mesure sont tous faux. Si vous croyez qu'ils sont justes, c'est que vous n'avez rien compris aux mathématiques. Donc vos parallèes se rencontrent forcément à l'infini. De toute façon, l'infini vous ne savez pas ce que c'est. Et vous ne comprendrez jamais de toute façon. Et moi non plus d'ailleurs. Mais prenez Romook par exemple. C'est le plus intelligent. Et vous savez pourquoi. C'est parce que dans ces copies, il n'y a jamais de figures. Comme ça, je crois qu'il a compris les mathématiques. Mais, en fait, sur son brouillon il trace quand même une figure. Comme ça, il peut travailler quand même. Mais il n'utilise pas d'équerre pour faire ces angles droits. Il utilise un morceau de papier qu'il plie en 3. Comme j'ai déjà expliqué. De loin, comme ça, je crois qu'il travaille sans équerre et qu'il a compris que toutes les figures sont fausses. Et pourtant, il fait les mêmes figures que vous. Peut être que s'il ne recopie pas les figures sur sa copie, c'est aussi parce qu'il est fainéant. Mais, quand on fait des mathématiques, on devrait tous être fainéant. Comme ça, on aurait à chaque fois des démonstrations mathématiques plus courtes, plus simples. Moins fausses. Surtout pour vous. Vous en écrivez toujours trop. Faux pour faux. Autant en écrire moins."

Voilà le discours de 6ème et de 5ème qu'il nous tenait. Alors, évidemment, arrivé en 4ème, quand l'enseignante mettait dans son interro : "Tracer un carré de 4 cm de côté (3 points)". Je refusais de tracer ledit carré. Et je lui expliquais que je ne voulais pas perdre de point.

"Mais si tu traces la figure, tu auras les points, ce n'est quand même pas difficile.
- Mais comment voulez-vous que je trace un carré de 4 cm de côté.
- Avec ta règle et ton équerre.
- Mais les instruments de mesure sont faux.
- Pardon ?!
- Bah, les instruments sont imparfaits, mes yeux sont imparfaits, l'épaisseur de mon crayon rend la figure encore plus fausse et votre représentation du monde n'étant pas identique à la mienne, probablement que l'on aura une figure qui nous satisfera tous les deux, mais qui sera profondément fausse. Ce que je peux faire, c'est vous dessiner une figure à 4 côtés avec le symbole de l'angle droit dans 3 des angles. Comme ça, on aura la représentation symbolique parfaite d'une figure à 4 angles droits. Ensuite, sur deux côtés consécutifs, je trace un petit trait qui permet de savoir que les côtés sont de longueur identique. Comme ça, vous aurez un carré. Mais, je suis désolé, 4 cm, c'est au dessus de mes forces. Je peux justes mettre dans la marge que la figure représente idéalement un carré dont l'un des côtés par hypothèse vaut 4 cm. Ca vous va?
- Allez, prends tes affaires, tu vas dans le bureau du principal."

Et c'est comme ça que je me suis fâché contre les sciences qui n'avaient pas les mêmes principes d'un enseignant à un autre. Surtout que je ne comprends toujours pas comment l'Education Nationale peut recruter des enseignants de mathématiques qui ne savent même pas qu'une figure de mathématiques est forcément fausse.

Voilà, il était bon que cet hommage soit rendu. Et il est sincère.

Romook, toujours en admiration