Romook, ectoplasme bloguique

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dimanche 22 octobre 2006

Repentir ou La conscience et le poète

LA CONSCIENCE, solennelle, l'index levé. - Tu ne sépareras plus de l'abeille son bourdonnement, ni de la prairie ses couleurs, ni d'une femme son image, ni de ta misère ses larmes!

Tu rentreras avec force dans le monde unique et plein - et si la source te délègue un vain bruit détaché de ses cailloux et de sa vallée, tu le reconduiras gentiment là où ta mémoire l'a cueilli!

Si tu entends le crissement de la faux dans l'herbe, tu diras : voici le moissonneur.

Répète cette prière :
"Je confesse humblement que l'erreur antique de l'esprit m'a égaré loin des choses et que toutes les images que j'ai dérobées pour ma solitude orgueilleuse se lamentent dans leur exil.

Je leur rendrai la liberté. Ô descente miraculeuse de l'oiseau sur le lac à la rencontre de son reflet qui des profondeurs monte!..."

LE POETE. - Mais alors, les mots, les mots? Plus rien à faire, quoi?

J. Tardieu, extrait de "Le démon de l'irréalité", 1946

dimanche 15 octobre 2006

Les Stupra

Sonnet du Trou du Cul

Obscur et froncé comme un oeillet violet
Il respire, humblement tapi parmi la mousse
Humide encor d'amour qui suit la fuite douce
Des Fesses blanches jusqu'au coeur de son ourlet.

Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré sous le vent cruel qui les repousse,
A travers de petits caillots de marne rousse
Pour s'aller perdre où la pente les appelait.

Mon Rêve s'aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coît matériel jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.

C'est l'olive pâmée, et la flute câline,
C'est le tube où descend la céleste praline:
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos!


***

Nos fesses ne sont pas les leurs. Souvent j'ai vu
Des gens déboutonnés derrière quelque haie,
Et, dans ces bains sans gêne où l'enfance s'égaie,
J'observais le plan et l'effet de notre cul.

Plus ferme, blême en bien des cas, il est pourvu
De méplats évidents que tapisse la claie
Des poils; pour elles, c'est seulement dans la raie
Charmante que fleurit le long satin touffu.

Une ingéniosité touchante et merveilleuse
Comme l'on ne voit qu'aux anges de saints tableaux
Imite la joue où le sourire se creuse.

Oh! de même être nus, chercher joie et repos,
Le front tourné vers sa portion glorieuse,
Et libres tous les deux murmurer des sanglots ?

Arthur Rimbaud