Romook, ectoplasme bloguique

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dimanche 27 août 2006

Le futur antérieur

Très jeune, je me suis installé dans mon passé. Non dans un passé réel que je ne pouvais pas encore posséder, mais dans la vision anticipée de mon destin, comme si ma vie s'était déjà déroulée jusqu'au bout, comme si je la contemplais du haut de ma mort, dans la mélancolie du souvenir. Peu à peu, le vrai passé recouvre cette sorte d'image antérieure, à la façon d'une ombre de nuage épousant les contours et les volumes d'une montagne. Le passé prévu et le passé vécu se rejoignent lentement : la zone encore claire, pressentie, reconnue, ''acceptée'', diminue chaque jour. Elle n'est qu'une illusion de liberté et de découverte.
Ainsi quand viendra la mort, elle ne trouvera personne: il y a longtemps, très longtemps que j'ai cessé de vivre et que je me contemple avec une infinie tristesse, dans la paix des temps accomplis.

J. Tardieu, tiré de "La part de l'ombre"

mercredi 9 août 2006

Dédicace à Larry

Comme je suis loin et que la communication avec mon ami de guerre est incertaine, je me permets de lui adresser cette dédicace numérique qui restera gravée dans le marbre virtuel de mon blog. Alleluia!

Tiré du "Parti pris des choses", de Francis Ponge, un extrait de son oeuvre qui devrait donner à tous l'envie de vous y plonger. Il était temps que romook donne du grain à réfléchir, littérairement parlant on s'entend, à ces lecteurs dépités de constater l'état de latence obstiné dans lequel se trouve plongé ce blog depuis mon retour de Chine. Un extrait, donc, avais-je dit.

"Le Gymnaste

Comme son G l'indique le gymnaste porte le bouc et la moustache que rejoint presque une grosse mèche en accroche-coeur sur un front bas.
Moulé dans un maillot qui fait deux plis sur l'aisne il porte aussi, comme son Y, la queue à gauche.
Tous les coeurs il dévaste mais se doit d'être chaste et son juron est BASTE!
Plus rose que nature et moins adroit qu'un singe il bondit aux agrès saisi d'un zèle pur. Puis du chef de son corps pris dans la corde à noeuds il interroge l'air comme un ver de sa motte.
Pour finir il choit parfois des cintres comme une chenille, mais rebondit sur pieds, et c'est alors le parangon adulé de la bêtise humaine qui vous salue."
Bon, il n'y a pas de bicyclette, mais c'est bien quand même une prouesse intéressante.
Dans ma dernière phrase, ne cherchez pas à comprendre, c'est trop profond, vous ne comprendrez pas : même moi je ne vois pas où est le rapport.

Romook, retour aux sources