En conduisant, j'écoutais du fado (une sorte de flamenco portugais). Je ne comprenais rien, bien évidemment, ce qui ne m'empêchait pas de deviner qu'il s'agissait pour la plupart de chansons d'amour... Et puis, comme une musique en entraîne une autre, je me suis interrogé sur mes goûts musicaux. Bien entendu, ils sont variés. Mais j'apprécie particulièrement les musiques authentiques : flamenco, fado, chansons corses, musique du moyen-orient et la musique chinoise traditionnelle... Rien de bien étonnant pour un individu comme moi, me direz-vous. Certes.

Je passerai sur mon goût particulièrement prononcé pour la musique classique, qui me rend presqu'autiste de la musique pop de notre société. Je n'évoquerai également pas ma perversion musicale qui se traduit en une quasi adoration de la musique d'Ohana (flamenco oblige!) et de Ligeti. Mis bout à bout, tous ses goûts musicaux me plongent dans un univers sonore qui, globalement, est assez original compte tenu des goûts moyens actuels. Bref.

En m'interrogeant sur tout ça, et notamment sur le caractère authentique - voire rustique - de ces musiques qui me font vibrer je me suis aperçu que, finalement, ce qui est beau en général, d'un point de vue romantique, est la négation de la Vie. La vie est "évolution" par essence. En effet, un bel amour, c'est un amour qui triomphe de dfficulté, mais surtout, qui après n'évolue plus. Il stagne. Les deux invidus entrent dans une bulle littéraire dans laquelle leurs personnalités respectives semblent ne plus évoluer. Leur amour devient infini, car ne finissant jamais. Larmes, svp, c'est beau.

De même, les amis pour la vie, ce sont des individus qui se connaissent jeunes et qui poursuivent ensemble leurs chemins tout au long de leur existence, sans faille. Magnifique. Et pourtant, là encore, on ne prend pas en compte le fait qu'ils ont des personnalités qui évoluent et qui, surtout, peuvent finir par avoir des divergences de point de vue philosophiques ou politiques. Bien que ces divergences ne soient pas nécessairement des motifs de divorces amicaux (heureusement sinon je n'aurais plus d'amis depuis longtemps je pense), rien ne prouve que l'un ou l'autre d'entre eux ne peut pas en faire une cause de rupture de la relation amicale...

Or, il n'y a rien de plus vrai et de plus fondamental que l'évolution permanente d'une personnalité, de ses désirs, de ses objectifs de vie, de sa morale ou de ses principes philosophiques. Finalement, les possibilités que deux êtres, qu'ils soient amants ou amis, qui se sont rencontrés à 15 ans puissent encore être en relation à 30 ans sont infimes. Les exemples autour de chacun d'entre nous sont nombreux. Et pourtant, l'esthétique d'une histoire d'amour ou d'amitié repose sur la négation de ce fait. Probablement parce que cela fait partie des rêves de notre inconscient collectif.

Afin de contrecarrer mon propre raisonnement, qui laisse sous-entendre que tout ça c'est du pipeau et que ça ne marche jamais, sachez que ma plus vieille amie (on ne va pas faire rentrer là dedans les relations familiales car c'est évidemment un sujet tabou), je la connais depuis l'âge de 12 ans. Comme quoi, ça peut toujours arriver comme dans les films ou dans les livres. Voilà. Mais si on fait le compte de toutes les personnes que j'ai rencontrées avant elle ou dans les dix années qui ont suivi...

Romook, plongé dans les limbes du romantisme