Romook, ectoplasme bloguique

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mercredi 26 septembre 2007

Perception du monde

Le concept lié à l'hypothèse du "continu" est une réalité "naturelle". Le monde n'est jamais perçu comme saccadé.

Romook, aucune angoisse face à la réalité

lundi 24 septembre 2007

Piège logique

Tout le monde connaît le piège logique concernant la poule et l'oeuf. Dans le cadre de la déstructuration intellectuelle estudiantine que je pratique régulièrement en Chine, je me suis permis d'interroger mes petits étudiants sur un sujet que je trouve cocasse. Certains y reconnaîtront fatalement la filiation génétique intellectuelle du sujet en question, mais peu importe.

Sujet : Interpréter le droit, est-ce créer le droit ?

Ce sujet est posé dans le cadre d'un cours d'introduction au droit français, après 15 heures de cours. Un peu à la manière d'un moine zen, je questionne en espérant provoquer l'illumination chez mes étudiants. Que l'on ne se méprenne pas sur la portée de l'illumination que j'attends d'eux, le simple fait qu'il puisse éprouver des difficultés à répondre à la question est de nature à les obliger à creuser en eux-même, comprendre les obstacles qui sont sur leur passage afin qu'ils les transcendent. Etre mon étudiant, c'est accepter de laisser en chemin des morceaux de préjugés, des idées reçues, des complexes... Avant tout, c'est accepter un changement : devenir différent. En l'occurence, mon objectif est la liberté naturelle de l'esprit. Je veux briser les cadres de pensée que le système leur impose naturellement.

Et je ne ménage pas ma peine pour égratigner les esprits les plus obtus, les individus les plus robustes, les pensées aux fondements les plus établis. Jeu dangereux ? Mais, ce n'est pas un jeu, c'est là que se trouve la génèse de toute vie intellectuelle... Sans ces petites explosions conceptuelles - peut-être devrai-je parler d' implosion ? - mes étudiants vont rester des personnes enfermées dans un système pervers qui leur donne l'illusion que la réalité et la vérité sont définissables, les définitions restant l'apanage des autorités consacrées pour les exposer. En français de tous les jours, on pourrait dire que l'on a la grande liberté de disserter sur tout ce qui a déjà été défini par les autres, dès lors que l'on respecte leurs définitions.

J'ai appris, avec beaucoup de tristesse, auprès d'anciens de mes étudiants, l'étendue de l'incompréhension qui pouvait exister entre moi et les étudiants, souvent les moins brillants malheureusement, qui n'attendent que des réponses utiles à des futures et potentielles questions d'examen, plutôt que de découvrir comment se débrouiller eux-même pour trouver des réponses à des questions vraiment complexes. Ils n'avaient pas compris l'intérêt de leur faire faire des travaux d'une difficulté réelle, sans réponse "oui" / "non" immédiate... Pourtant, je leur ai donné, bien malgré eux, des outils de recherche qu'ils ont su utiliser, sans même s'en rendre compte.

Une ancienne étudiante me demande alors, quelques années plus tard, : "Mais à quoi cela a-t-il servi de nous faire faire ces recherches? C'était pour des travaux personnels que vous aviez ? Vous nous avez utilisé?" Evidemment, ça m'a fait rire. Réponse : "Le but était simplement de faire le chemin. La difficulté du sujet, c'était pour être sûr que vous soyez obligé de suivre le bon chemin." Incompréhension. Dans ce cas là, je me demande toujours si j'ai pas un peu abusé de la philosophie asiatique.

Les étudiants avaient un manque totale de confiance en eux pour la plupart et vivaient comme une tare le fait de ne pas être dans une université d'une grande ville. En réalisant leurs recherches, ils avaient la possibilité de prendre confiance en eux sur la possibilité de réaliser une étude convainquante sur un sujet difficile. La plupart ont réussi à faire quelque chose de bien. Certains en ont retiré la force et la confiance d'aller au-delà et plus loin. Malheureusement, trop peu.

Tout est histoire de mesure, c'est certain. Mais, dans mon univers de la démesure, évidemment, un enseignement "classique" est impensable. Je ne suis pas une machine à répéter des livres qui ont un parti pris et qui sont rédigés par des personnes dont la seule inquiétude est de ne pas sortir des rangs d'un système établi. Pour moi, tout système est un ennemi à abattre. Chaque système représente un monde totalitaire d'où la créativité semble éteinte, ou tout au moins contrôlée dans son expression.

« Un système d’idées possède un certain nombre de caractères auto – éco – re - organisateurs qui assurent son intégrité, son identité, son autonomie, sa perpétuation ; ils lui permettent de métaboliser, transformer et assimiler les données empiriques qui relèvent de sa compétence ; il se reproduit à travers les esprits/cerveaux dans les conditions socio – culturelles qui lui sont favorables. Il peut prendre assez de consistance et de puissance pour rétroagir sur les esprits humains et les asservir. » (Morin (E.), La Méthode, Tome 4, Edition du Seuil, 1991, p.137)

Evidemment, ma matière, le droit, semble peu propice à la créativité. Pourtant, n'est-ce pas Giraudoux qui écrivait que "le droit est la plus puissante des écoles de l'imagination. Jamais poète n'a interprété la nature aussi librement qu'un juriste la réalité." ? Paradoxalement, je me suis senti plus libre en informatique et en mathématiques, domaine qui semble prêter moins de liberté, moins de place à l'interprétation. Mais ce sont les hommes plus que les domaines qui sont en cause me semble-t-il...

Les enseignants qui m'ont appris le plus dans mon existence n'ont jamais été des enseignants qui se sont contentés d'évoquer les questions du programme officiel. L'un d'entre eux a été mon modèle de fabrication de ma méthode d'apprentissage. Entièrement autodidacte, je me suis parfois heurté à des inconguités liées à une conception très étroite d'un système éducatif qui pense un cadre valable pour une majorité d'individu, mais qui ne sait pas laisser la place à l'expression de personnalités différentes. L'épanouissement personnel et intellectuel ne se stakhanovise pas. Toute taylorisation du système éducatif ne peut conduire qu'à l'assèchement progressif des talents.

L'exercice n'avait, officiellement, pour but que de mesurer leur capacité à rédiger en français et à construire un raisonnement. En dix lignes minimum. Je vais commencer le dépouillement. Je vous tiens au courant, bien entendu, des plus jolies choses que je vais rencontrer dans ma lecture. J'espère y voir pousser de mauvaises graines que j'irai arroser régulièrement.

Chinoisement vôtre,

Romook, catalyseur intellectuel