Romook, ectoplasme bloguique

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vendredi 17 août 2007

Les vaches

"Si le peuple auquel j'appartiens a senti un jour qu'il différait, dans son essence, du cheval, c'est seulement parce que l'Eglise lui a enseigné l'immortalité de l'âme humaine. Mais qui a créé cette âme ? Dieu. Et qui a créé le cheval? Dieu. Ainsi donc l'homme et le cheval se fondent dans l'harmonie de cette origine. On peut surmonter leur différence.

J'arrive au bout du chemin bordé d'eucalyptus. Il commence à faire nuit. Question : moi, qui n'ai pas de Dieu, suis-je en cela plus proche ou plus éloigné de la nature ? Réponse : plus éloigné. Et cette déchirure entre la nature et moi devient même, sans Lui, impossible à raccomoder. Il n'y a aucun tribunal supérieur auquel faire appel.

Et même si j'arrivais à croire en Dieu, je ne pourrai pas avoir face à la nature une attitude catholique, qui serait en contradiction complète avec ma conscience, avec ma façon de ressentir. A cause du problème de la douleur. Le catholicisme a fait peu de cas de toutes les créatures autres que l'homme. On peut difficilement imaginer une indifférence plus olympienne à "leur" douleur - "leur", c'est-à-dire celle des aniaux et des plantes. L'homme qui souffre a eu son libre arbitre : sa douleur, c'est le châtiments de ses péchés et la vie future compensera plus équitablement les maux de cette vie. Mais le cheval ? Le ver? On les a oubliés. Dans leur souffrance il n'y a pas de justice. C'est un fait nu, un désespoir absolu qui se déverse à flots. Je passe sur la dialectique compliquée des saints docteurs. Je parle du catholique moyen qui, se promenant dans la lumière d'une justice qui lui distribue tout ce dont il a besoin, reste sourd devant l'abîme incommensurable de cette autre douleur, injustifiée. Qu'ils souffrent! Cela ne le regarde as du tout. Ils n'ont pas d'âme. Qu'ils souffrent donc, absurdement. Oui, il est difficile de ytrouver une doctrine qui fasse moins de cas du monde extra-humain; c'est une doctrine orgueilleusement humaine, cruellement aristocratique. Il n'est pas étonnant qu'elle nous ai plongés dans un état d'inconscience sereine et de sainte innocence devant la nature telle qu'elle se manifeste dans nos descripptions idylliques d'aubes et de couchers de soleil."

Witold Gombrowicz, extrait du Journal, 1958, Trad. par D. Autrand, C. Jezewski et A. Kosko, Folio

dimanche 12 août 2007

Justice doit être rendue : le 13 juillet est officiellement restauré

J'avais clamé haut et fort que cete année le 13 juillet n'aurait pas lieu. Et pourtant, bien malgré moi, je me suis retrouvé la veille de mon départ en vacances (le 13 juillet) au restaurant avec quelques amis qui avaient insisté pour que l'on se voit avant mon départ.

Le mythique "13 juillet de Romook", qu'est-ce donc? C'est une idée très simple selon laquelle Romook, une fois par an, réunissait les personnes les plus importantes de son entourage (importante en terme purement relationnel, rien à voir avec une étiquette sociale) afin qu'elles se rencontrent et qu'il leurs donne une marque forte d'amitié. Il faut avouer qu'étant assez solitaire et ayant un emploi du temps chargé, le nombre de fêtes que je peux donner (qui me donne l'occasion de voir mes amis) sur une année se compte sur les doigts d'une seule main. Ainsi, le 13 juillet est devenu un rendez-vous annuel incontournable. Comme ça, il y en avait au moins un.

Certains de mes amis considèrent également que cette soirée est une sorte de laboratoire psychologique au sein duquel je ferai des expériences en mettant les personnes entre elles et où j'observerai les réactions, un peu comme un chimiste étudie les réactions de sa solution. Meuh non... Je ne suis pas comme ça, allons, allons...

C'est ainsi qu'à cette soirée spéciale, dont la date n'est un secret pour personne, les personnes invitées connaissent l'importance de cette présence et que seuls des motifs légitimes (guerre mondiale, invasion de martiens...) peuvent être pris en considération pour justifier une absence de dernière minute. Or, le fait est que les deux dernières fêtes avaient été l'objet d'une cuisante déception puisque plus de vingt personnes avaient décommandé le jour même, à moins de trois heures de l'heure fatidique. C'est ainsi que j'avais tout simplement décidé de supprimer cette fête impériale du calendrier. En considération de quoi, le 13 juillet ne devait plus avoir lieu.

Or, mon ami William et sa belle et douce compagne, ainsi que mon ami JC, m'ont "obligé" à venir passer cette soirée avec eux. Soirée particulièrement réussie, il faut bien l'avouer. Ces personnes auraient été invitées si le 13 juillet avait eu lieu, JC étant de toute fois un habitué de la première heure. Ainsi, les ingrédients de cette belle soirée étaient réunies : des personnes que j'aime, estime et admire, dans toute leur complexité humaine, étaient réunies avec moi ce soir-là. Il en manquait, bien sûr, mais cette soirée était improvisée. Le fait est que ces amis présents m'ont rappelé mes obligations "treize juillétiennes".

Dès lors, je décrète impérialement restauré le 13 juillet, avec probablement une sélection encore plus drastique que celle qui avait lieu auparavant.

J'y inviterai d'ailleurs le Sieur Kai Ye dont l'absence fait cruellement défaut à ma vie. J'étendrai mon invitation au-delà des frontières en espérant que cette période estivale permettra aux individus hors de nos frontières de pouvoir réaliser un séjour en France à cette occasion. La liste des invités sera communiquée aux intéressés en temps utile.

Il était bon que ce fût dit.

Romook Ier

jeudi 2 août 2007

Morceaux de Journal

Un français qui ne prend rien en considératiion en dehors de la France est-il plus français ? Ou moins français? En fait, être français, c'est justement prendre en considération autre chose que la France.

Trans-Atlantique ne se déglingue pas. J'ai réussi sa construction, avec cette pénétration progressive, grduelle, dans le fantastique, ce développement d'une réalité propre et autonome qui fait justement qu'une oeuvre n'est rien d'autres qu'elle-même. Ce n'est pas une satire. Ce n'est pas un réglement de compte avec la conscience nationale. Ce n'est pas de la philosophie. Ce n'est pas une réflexion sur l'Histoire. Qu'est-ce donc ? Un récit que je fais. On y trouve, entre autres, la Pologne. Mais elle n'en est pas le sujet. Le sujet, comme toujours, c'est moi, moi seul; ce sont mes aventures, pas celles de la Pologne. Mais il n'en reste pas moins que je suis polonais.
C'est une satire dans la mesure où mon existence dans ce monde est une satire.


Witold Gombrowicz, Journal, 1957