Romook, ectoplasme bloguique

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lundi 30 octobre 2006

Comment débute l'écriture...

Suite à mes longues conversations avec mon ami beijingois sur l'écriture et la mise en oeuvre de ce processus créatif, j'ajoute une pierre à cet ensemble de discussions (que vous ne trouverez pas sur ce blog, il faut avoir le bonheur de me connaître pour avoir l'IMMENSE privilège d'en parler avec moi...), pierre spécialement destinée à Kai Ye (si vous êtes un apprenti écrivain, ce passage devrait toutefois être utile à vaincre les premières peurs qui guettent le début de tout travail d'écriture du non-initié).

"Samedi.

L'histoire de mon évolution, c'est l'histoire de mon accommodation incessante à mes oeuvres littéraires, qui me surprenaient toujours par leur naissance imprévisible, comme si elles ne venaient pas de moi... Mes livres résultent en quelque sorte de ma vie - mais ma vie s'est en grande partie formée à partir d'eux et grâce à eux. Comment ça s'est passé pour Trans-Atlantique ? Une nuit que je rentrais à pied de Cabalito, je me mis, par jeu, à ordonner sur un mode grandguignolesque les souvenirs de mes premiers jours à Buenos Aires et, ce faisant, par la force du passé même, je me suis senti anachronique, drapé d'un style archaïque, empêtré dans une sclérose presque préhistorique et cela m'a tellement réjoui que je me suis mis tout de suite à écrire quelque chose qui devait constituer mes mémoires préhistoriques de cette époque. Qu'elle est énervante, cette phrase préliminaire où il faut extraire de soi le premier jet de l'oeuvre, si maladroit, encore dépourvu de toutes ces petites inspirations que la plume ne rencontrera que plus tard. Seule l'obstination permet de percer l'abominable nébuleuse du commencement. Mais naturellement - comme toujours - l'oeuvre, une fois entamée, s'est échappée et a commencé à s'écrire d'elle-même : ce que j'avais conçu comme chronique de mes premières initiatives, à peu de frais, Dieu sait comment, sans doute par la voie de ces mille concessions faites sur la forme, en un conte bizarre sur les Polonais, avec le puto, le duel, et même la promenade en traîneau. Plus d'un an après, je me suis rendu compte que j'étais l'auteur de Trans-Atlantique. Mais qu'est-ce que c'était que ce Trans-Atlantique? Une bizarrerie, une drôlerie "prise sous mon bonnet", tissée de dix mille excitations, une oeuvre fantastique.(...)"

W. Gombrowicz, extrait du Journal, 1957, Folio

S'il était utile de le rappeler, le Journal de Gombrowicz est une mine d'or pour ceux qui veulent se forger leur âme d'artiste. Quelques autres ouvrages dont je recommande la lecture sont : "L'homme du commun à l'ouvrage" de Jean Dubuffet, "Ainsi parlait Zarathoustra" de Nietszche, "Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier" de Kandinsky. Voilà une bibliographie minimale, une trousse à outil destinée à vous forer l'esprit et à tremper vos conceptions dans l'acide afin d'en ressortir un homme (femme) nouveau (nouvelle), n'ayant pas peur d'affronter les préjugés environnants de tout artiste qui débute, ou se sent "débutant".

Il est un fait que l'on est toujours un débutant en art - à mon sens - sinon, on arrêterai d'écrire, de peindre ou tout autre chose. L'homme est en perpétuelle évolution et l'artiste puise au fond de lui-même la matière de son art. Dès lors, il y a un conflit permanent entre la technique qui se forme et permet d'acquérir les codes nécessaires à l'élaboration des oeuvres et la personnalité profonde de l'artiste, source de l'art. Celui qui trouve son "style" et s'y maintient est bien souvent celui qui n'évolue plus, qui va chercher la source de la vie dans la sève d'une branche morte. Bref.

Je n'aime pas le foot. Et ça aussi, il était important que ce fut écrit.

Romook, donneur de leçon - vieux con ?

samedi 28 octobre 2006

Des femmes...

"(...) Pourquoi s'en prendre aux hommes de ce que les femmes ne sont pas savantes? Par quelles lois, par quels édits, par quels rescrits leur a-t-on défendu d'ouvrir les yeux et de lire, de retenir ce qu'elles ont lu, et d'en rendre compte ou dans leur conversation ou par leurs ouvrages ? Ne se sont-elles pas au contraire établies elles-mêmes dans cet usage de ne rien savoir, ou par la faiblesse de leur complexion, ou par la paresse de leur esprit ou par le soin de leur beauté, ou par une certaine légèreté qui les empêche de suivre une longue étude, ou par le talent et le génie qu'elles ont seulement pour les ouvrages de la main, ou par les distractions que donnent les détails d'un domestique, ou par leur éloignement naturel des choses pénibles et sérieuses, ou par une curiosité toute différente de celle qui contente l'esprit, ou par un tout autre goût que celui d'exercer leur mémoire? Mais à quelque cause que les hommes puissent devoir cette ignorance des femmes, ils sont heureux que les femmes qui les dominent par tant d'endroits, aient sur eux cet avantage de moins.
On regarde une femme savante comme on fait une belle arme : elle est ciselée artistiquement, d'une polissure admirable et d'un travail fort recherché; c'est une pièce de cabinet, que l'on montre aux curieux, qui n'est pas d'usage, qui ne sert ni à la guerre ni à la chasse, non plus qu'un cheval de manège, quoique le mieux instruit du monde.
Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire; et si vous me dîtes qu'une femme sage ne songe guère à être savante, ou qu'une femme savante n'est guère sage, vous avez oublié ce que vous venez de lire, que les femmes ne sont détournées des sciences que par de certains défauts : concluez donc vous même que moins elles auraient de ces défauts, plus elles seraient sages, et qu'ainsi une femme sage n'en serait que plus propre à devenir savante, ou qu'une femme savante, n'étant pas telle que parce qu'elle aurait pu vaincre beaucoup de défauts, n'en est que plus sage. (...)"

La Bruyère, extrait de "Les Caractères"

vendredi 27 octobre 2006

Prévisibilité, quand tu nous tiens!

La prévisibilité est la source de ce qui forme l'ennui, surtout à propos des personnes.

Il était bon que ce fut dit.

Romook, "Insipide n'est qu'une conséquence!!"

mercredi 25 octobre 2006

Un homme pauvre...

"(...) Veux-tu savoir ce qu'est un homme vraiment pauvre ?

Celui-là est vraiment pauvre en esprit qui supporte d'être privé de ce qui n'est pas nécessaire. C'est pourquoi celui qui était assis nu dans son tonneau dit au grand Alexandre, maître du monde entier : "Je suis beaucoup plus grand seigneur que toi, car j'ai dédaigné plus que tu n'as possédé. Ce que tu estimais grand à posséder, je le considère comme trop petit, même pour le dédaigner." Celui qui peut se passer de toutes choses et n'en a pas besoin est bien plus heureux que celui qui a pris possession de toutes choses, parce qu'il en a besoin. L'homme le meilleur c'est celui qui peut se passer de tout ce dont il n'a pas besoin. Celui qui sait dédaigner le plus de choses et supporter leur privation, voilà celui qui a laissé le plus.(...)"

Extrait des Traités, Entretiens spirituels de Maître Eckhart, trad. Alain de Libera, GF Flammarion

lundi 23 octobre 2006

Qui est le vent ?

"Ce n'est pas en s'exerçant à la fonction de plume portée par le vent qu'on se perfectionnera dans la fonction du vent."

Jean Dubuffet

vendredi 20 octobre 2006

Lève toi et marche

Avant d'ouvrir les yeux, écoute une dernière fois ma parole.

Tu trouveras au-delà des dunes l'océan des hommes. Marche vers eux, comme vers un soleil, mais prends garde à l'aveuglement, prends garde à ne pas te brûler.
Ecoute mon conseil, et fais ton choix.

Sur la plus haute dune, surplombant la grève, tu verras cet océan infini et ses multiples remous.
Ton coeur sera impatient, tu seras troublé.

Tu voudras courir les rejoindre dans leurs danses joyeuses. Mais tu devras te rappeler qu'il y aussi des musiques tristes, qu'il y a des airs qui font pleurer. Que certains airs, une fois entendus, te rendront à jamais mélancoliques.

Tu voudras te frotter à tes congénères, parce qu'ils sont beaux, parce qu'ils sont amusants et, parfois même, envoûtants. Mais n'oublie pas qu'il y en a aussi de laids, de mauvais, de méchants. Que certaines rencontres briseront à jamais la confiance que tu pouvais porter aux hommes naturellement et te rendront pour toujours méfiant.

Il faudra t'interroger, sur ce que tu as à perdre, ce que tu as à gagner.
Une fois ton choix fait, n'oublie pas encore une chose: si les hommes sont prompts à aimer celui qui va vers eux, comme leur semblable, tu devras y laisser ton identité sous peine d'être le mal aimé.

Du haut de ta dune, il faudra faire ton choix. Si ce que tu as aimé en moi était cette forme d'originalité que tu ne vois pas dans l'écume de cette mer humaine. Si ce que tu as aimé en moi, c'est une forme d'indépendance et de liberté. Alors, prends garde à toi. Entre le désir de te plonger dans les hommes et la morsure qu'ils t'infligeront si tu te détournes d'eux ensuite, il n'y a pas de commune mesure. Jamais les hommes te pardonneront d'avoir été parmi eux un temps et de t'en être allé. Ils se vexeront et te prendront pour quelqu'un de dédaigneux. Ils ne sont pas aptes à comprendre qu'on puisse les comprendre sans épouser leurs manières. Ils ne sont pas capable d'entendre qu'on les aime si on refuse leurs jeux. Ce sont des enfants. Et tu n'en es pas un. Alors, regarde bien cet océan, et réfléchis bien avant d'y plonger.

Ce n'est pas à la solitude, ni à regarder l'océan et à poursuivre ton chemin sans fin à travers les dunes que je te condamne. Parfois, du haut d'une autre dune, tu apercevras un autre toi, qui s'interroge face à cet océan. Et qui hésite. Faîtes donc vaciller ensemble vos doutes comme une flamme indécise. Et poursuivez votre chemin ensemble. Parfois, vous plongerez ensemble dans l'océan. Il est bon d'avoir quelqu'un à tes côtés pour t'empêcher de te noyer. Et vous pourrez repartir ensemble, sans craindre l'opprobre des hommes. Car, à plusieurs, on est un groupe différent. Seul, on reste un marginal. Et c'est le marginal que les hommes détestent après l'avoir adoré. Ils ne lui pardonnent pas d'avoir réalisé leur souhait.

Si tu comprends mes propos, si tu t'interroges, n'hésite pas et fais comme moi. Retourne sur tes pas.

Il est beau de reconnaître ses pas dans le sable et d'y distinguer son chemin au lointain. Même si personne n'est là pour les regarder. Ce dédale solitaire te conduira vers la jouissance de la liberté. Mais, un jour, tu seras triste de ne pas la partager. Peut être rencontreras-tu quelqu'un qui, de l'océan t'apercevant en haut de la dune, voudra te rejoindre. Accueille le comme un frère car il perdra beaucoup. Et il ne le sait pas. Si tu lui expliques, il ne le comprendra pas.

Il faudra veiller sur lui pour qu'il ne se perde pas, si tu acceptes qu'il t'accompagne sur ton chemin jusqu'au jour où il saura trouver, seul, le sien dans les dunes. Mais, jamais, jamais il ne pourra retourner dans l'océan. Car il aura oublier comment nager. Et il est criminel de laisser l'homme se perdre dans les dunes. Dès lors, lorsque tu acceptes que quelqu'un t'accompagne, tu te charges de veiller sur lui.

Maintenant que tu m'as écouté, maintenant que tu sais, ouvre les yeux, lève-toi et marche.

Romook, une île