Romook, ectoplasme bloguique

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lundi 17 novembre 2008

Face à face

Don Juan, Dom Juan, Don Giovanni… Tous ces noms enflamment l’imaginaire des hommes comme des femmes. Archétype de la séduction, Don Juan est devenu l'un des symboles de la liberté. En tant que jouisseur de la vie, on pourrait le qualifier d’hédoniste si ce n’était réduire là la portée de son libertinage. Pourfendeur de l’ordre moral, il utilitarise ses idées au service de la satisfaction de ses désirs.

Héros imaginaire de l’Occident, pénétrant l’inconscient collectif au point de devenir chez Jung un modèle psychologique, il est le pendant d’un Diable qui ne fait plus fortune auprès des fidèles au fur et à mesure que la science avance. Se dressant face à Dieu, comme la clé de la libération de la philosophie des faibles, il enjoint chacun à le rejoindre dans sa recherche du plus pur, c’est-à-dire du plus « vivant. »

Animal supérieurement civilisé et dégagé de la cangue sociale, sa liberté d’action déconcerte, agace ou attire. Les règles du jeu sont redéfinies : gare à celui ou celle qui, engoncé(e) dans sa vertu, attend de lui le fair-play du gentleman. Ce n'est pas qu'il triche... Pour tricher, il faut d'abord reconnaître l'existence de règle. Or, en dehors de son univers, rien ne subsiste. Les règles, qu'elles soient sociales ou morales, des autres ne sont tout simplement pas dans son champ de vision... Rappelons-le, Don Juan n’est pas seulement un homme, il est aussi un prédateur. Ses proies, toujours isolées par leur incapacité à se sublimer, n’ont aucune chance de lui échapper. Hommes et femmes, idées, morales, ou encore Dieu. Don Juan est l’aboutissement même du nihiliste avant l’heure, le précurseur téléologique de notre société…

Et pourtant, dans le mythe, Don Juan échoue face au surnaturel, mais toujours avec panache. Il ne reniera pas sa vie. De manière paradoxale, il apparaît comme celui qui est doué du sens de l’honneur puisqu’il s'interdira le parjure de lui-même jusqu’aux enfers… A la différence de l'apôtre Pierre... Et pourtant, la scène du commandeur dans « Don Juan » de Molière - ou dans le « Don Giovanni » de Mozart - n’est pas le triomphe de la morale (ou de Dieu) sur l’insolent.

Contrairement à la morale chrétienne qui voudrait que Dieu triomphe malgré tout de cet insupportable individu, l’appel au surnaturel montre bien que rien ne peut arrêter Don Juan sur cette terre – et que, sans l’intervention du ciel, il se jouera tous de nous. Nulle compassion de la part de notre bourreau n’est envisageable. Infatué de lui-même et dans la solitude de cette vie choisie égoïste, il demeure comme une pierre, intangible, insensible aux mouvements de l’autre en tant qu’individualité. Il nie en permanence l’existence de l’autre. Face à lui, les issues sont la fuite ou l’affrontement. Nulle protection, ni secours ne sont à attendre, nous serons immanquablement ses victimes, puisque d’abord victime de notre incapacité à dépasser nos vertus.

Mais, en définitive, cette scène est celle du face à face avec nous-même. Car, à l’heure de notre mort, saurons-nous rester droit dans nos bottes, celles qui auront été chaussées toute une vie ? Serons-nous libre de tout regret et de tout remord ? Voilà bien la question posée par cette scène. Don Juan aux prises avec la statue est le symbole même de l’interrogation que nous portons en nous, dans le silence de la nuit, isolé et abandonné de tous, exilé au fond de nous-même… Lorsqu’au milieu de notre sommeil, réveillé par l’angoisse de l’existence, nous sortons de la torpeur apaisante du « bien-pensant » et du quotidien fait convention sociale, le doute s’insinue.

Aiguillonnant l’esprit de l’homme, telle la question, l’attitude de Don Juan se dressant face à la statue est le contrepoint de notre être. Un doigt vengeur pointé sur notre front, il se moque de nos rires qui viennent à peine de s’éteindre. « Qui es-tu, toi qui me juges ? Crois-tu être capable de te maintenir dans tes idéaux si on venait à t’annoncer que ces derniers sont une hérésie ? Crois-tu que l’Histoire te donnera raison ? N’as-tu pas peur de t’étouffer dans ta complaisante bêtise en acceptant le monde tel qu’il se propose à toi ? N’es-tu pas en permanence en train de renier ce qui te fait homme en acceptant une religion, une morale, un ordre du bon et du bien que tu n’as pas choisi ? Tous les héritages ne sont pas bons à accepter… Est-ce toi qui me condamne, ou les êtres qui t’ont moulé ? N’est-ce pas ta propre incapacité à te suffire à toi-même que tu condamnes chez moi ? Réfléchis encore une fois avant de me condamner... »

Romook, ...Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,
Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

mardi 28 octobre 2008

Réfléchir et partager

Une introduction, et une question

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mardi 5 août 2008

La négation de la vie

En conduisant, j'écoutais du fado (une sorte de flamenco portugais). Je ne comprenais rien, bien évidemment, ce qui ne m'empêchait pas de deviner qu'il s'agissait pour la plupart de chansons d'amour... Et puis, comme une musique en entraîne une autre, je me suis interrogé sur mes goûts musicaux. Bien entendu, ils sont variés. Mais j'apprécie particulièrement les musiques authentiques : flamenco, fado, chansons corses, musique du moyen-orient et la musique chinoise traditionnelle... Rien de bien étonnant pour un individu comme moi, me direz-vous. Certes.

Je passerai sur mon goût particulièrement prononcé pour la musique classique, qui me rend presqu'autiste de la musique pop de notre société. Je n'évoquerai également pas ma perversion musicale qui se traduit en une quasi adoration de la musique d'Ohana (flamenco oblige!) et de Ligeti. Mis bout à bout, tous ses goûts musicaux me plongent dans un univers sonore qui, globalement, est assez original compte tenu des goûts moyens actuels. Bref.

En m'interrogeant sur tout ça, et notamment sur le caractère authentique - voire rustique - de ces musiques qui me font vibrer je me suis aperçu que, finalement, ce qui est beau en général, d'un point de vue romantique, est la négation de la Vie. La vie est "évolution" par essence. En effet, un bel amour, c'est un amour qui triomphe de dfficulté, mais surtout, qui après n'évolue plus. Il stagne. Les deux invidus entrent dans une bulle littéraire dans laquelle leurs personnalités respectives semblent ne plus évoluer. Leur amour devient infini, car ne finissant jamais. Larmes, svp, c'est beau.

De même, les amis pour la vie, ce sont des individus qui se connaissent jeunes et qui poursuivent ensemble leurs chemins tout au long de leur existence, sans faille. Magnifique. Et pourtant, là encore, on ne prend pas en compte le fait qu'ils ont des personnalités qui évoluent et qui, surtout, peuvent finir par avoir des divergences de point de vue philosophiques ou politiques. Bien que ces divergences ne soient pas nécessairement des motifs de divorces amicaux (heureusement sinon je n'aurais plus d'amis depuis longtemps je pense), rien ne prouve que l'un ou l'autre d'entre eux ne peut pas en faire une cause de rupture de la relation amicale...

Or, il n'y a rien de plus vrai et de plus fondamental que l'évolution permanente d'une personnalité, de ses désirs, de ses objectifs de vie, de sa morale ou de ses principes philosophiques. Finalement, les possibilités que deux êtres, qu'ils soient amants ou amis, qui se sont rencontrés à 15 ans puissent encore être en relation à 30 ans sont infimes. Les exemples autour de chacun d'entre nous sont nombreux. Et pourtant, l'esthétique d'une histoire d'amour ou d'amitié repose sur la négation de ce fait. Probablement parce que cela fait partie des rêves de notre inconscient collectif.

Afin de contrecarrer mon propre raisonnement, qui laisse sous-entendre que tout ça c'est du pipeau et que ça ne marche jamais, sachez que ma plus vieille amie (on ne va pas faire rentrer là dedans les relations familiales car c'est évidemment un sujet tabou), je la connais depuis l'âge de 12 ans. Comme quoi, ça peut toujours arriver comme dans les films ou dans les livres. Voilà. Mais si on fait le compte de toutes les personnes que j'ai rencontrées avant elle ou dans les dix années qui ont suivi...

Romook, plongé dans les limbes du romantisme

mardi 27 mai 2008

Pris au piège de son propre métasystème de référence

Depuis quelques temps, je suis assez peu loquace sur mon blog, tout le monde l'aura remarqué. Ce n'est pas dû à un surcroît d'activité professionnelle. Non, c'est simplement qu'en ce moment, je me recharge les batteries en explorant de nouvelles contrées que moi-même. Oui, écrire est avant tout un acte d'exploration de soi-même... Je suis repassé depuis quelques temps de l'autre côté du miroir, celui du lecteur. Dans cet univers, j'ai découvert des choses que je ne connaissais pas et qui vont m'aider à mieux appréhender l'écriture : les jeux de rôle.

Lorsque je faisais de la mise en scène, je devrais d'ailleurs dire de la direction d'acteurs car, en tant qu'assistant de metteur en scène, c'était plutôt ça mon activité, il était primordiale pour la bonne construction d'un personnage que l'acteur détermine son background, ses goûts, etc... C'est ainsi que le personnage se crée et prend du "corps". Ainsi, dans les jeux de rôle, je découvre des univers ayant leur propre cohérence et à l'image de la construction d'un personnage au théâtre, il apparaît que tout exercice d'écriture et avant tout la création d'un cadre dans lequel l'histoire se déroulera. Evidemment, c'est un truisme que d'écrire ma réflexion, mais j'aime à constater que "tous les chemins mènent à Rome." Bien avant de rencontrer les jeux de rôle, j'avais eu l'intuition de cette idée, puis elle s'était confirmée en lisant des livres sur l'écriture et, enfin, elle vient à nouveau d'éclater dans le champ de ma conscience par le biais des jeux de rôle.

Dans les jeux de rôle que je suis en train d'étudier - le terme "étude" ne me semble d'ailleurs pas galvaudé - il y en a un qui s'appelle "Cthulhu". Il se déroule dans l'univers de Lovecraft. Etonnamment, je n'avais jamais rien lu de cet auteur jusqu'à il y a deux semaines. Comme à mon habitude, je ne sais pas faire les choses à moitié et me voici donc rapidement l'heureux possesseur du premier tome, dans la collection "Bouquins", de l'oeuvre de Lovecraft. J'aime beaucoup, comme ça, c'est dit.

Hier soir, je tombe sur un passage faisant partie des essais de Lovecraft sur l'écriture et comment écrire des récits d'épouvante (quoique là, le terme me semble un peu fort, sauf si je fais partie de ces individus qui sont insensibles à tout). Son passage m'a tout de suite inspiré ce billet qui j'y ai vu la consécration de la négation d'un système de pensée par lui-même. Probablement que je vais trop loin dans ma réflexion, mais cela expliquera aussi pourquoi je ne m'aventure que très rarement sur le terrain de "l'opinion". Je devrais expliquer un peu plus ce terme car il résonne de beaucoup d'ambiguités, mais il me semble très difficile à expliciter. Disons que je suis un chercheur de Vérité, et comme celle-ci est plurielle, je ne préfère pas en faire prévaloir l'une sur l'autre, me disant que tout est équivalent en terme de système de pensée. Bref, voici le passage.

"Que Lord Dunsany, sans doute le plus exceptionnel, le plus original et le plus richement imaginatif des écrivains contemporains soit jusqu'à présent relativement peu reconnu, est en soi une amusante illustration de la stupidité naturelle du genre humain. Les conservateurs le regardent avec condescendance car il ne se préoccupe pas des lourds sophismes et des poses qui constituent les valeurs suprêmes. Les radicaux l'ignorent car son œuvre ne reflète pas ce défi chaotique au goût, qui pour eux, représente la seule marque distinctive de l'authentique désillusion moderne. Et pourtant, on ne se tromperait guère en affirmant que les uns comme les autres devraient lui rendre hommage; car assurément, si quelqu'un a su extraire et combiner la quintessence de l'art véritable des écoles antiques et modernes, c'est bien ce singulier géant en qui les traditions esthétiques, classiques, hébraïques, nordiques et irlandaises sont si curieusement et si admirablement associées.", Lovecraft, Lord Dunsany et son oeuvre, 1922

Que peut-on reprocher à ce passage? Un jugement de valeur, non pas tant que ça, sinon, mon blog déborderait de ce type de passage. Ce qui m'amuse dans ce passage est que Lovecraft commence par fustiger l'ensemble des "critiques", et là mon esprit s'envole en se disant "encore un artiste qui conspue toute forme d'appréciation sclérosée de l'art", en restant sur le même terrain... Ils se trompent car, au regard de leur propre système de référence (qui est décrit avec une répulsion évidente pour ces systèmes), ils ne voient pas que cet auteur est brillant. Magnifique. Lovecraft se place un cran au-dessus de ces systèmes pour critiquer. Néanmoins, il leur objecte un autre système de référence. Sans avoir conscience que la question des systèmes doit être résolue avant de confronter leur contenu, le voici qui se jette dans la mêlée.

Ca me permet d'ailleurs de constater que c'est souvent là le point d'achoppement des discussions un peu, comment dire, "nerveuses" entre les individus. L'un prône une opinion logique, l'autre la contrecarre avec une opinion logique. Tous deux semblent avoir logiquement raison et pourtant leur position reste inconciliable. Pourquoi? Parce que les points de départ des réflexions étant différents, elles se concluent inévitablement par des réponses différentes... Opposer les conclusions n'a donc aucun sens. C'est ainsi que certains, pour manipuler l'opinion, vont choisir la conclusion, remonter le raisonnement jusqu'à sa source et vont présenter les choses, comme si elles étaient naturelles, en prenant pour base de réflexion la source découverte pour parvenir à leur fin...

En tombant sur ce passage - alors que j'étais en train de me dire que lire revient finalement à discuter avec de grands esprits - je me suis encore convaincu de toute la relativité des opinions qui nous entourent et de l'inutilité d'en parler. D'où mon silence la plupart du temps sur les sujets polémiques, même si parfois je me laisse emporter par une passion ou un sentiment... On a beau être Romook, on en reste pas moins humain...

Romook, en vadrouille dans les livres

vendredi 11 avril 2008

Les JO, jeux de barbares?

Pour de multiples raisons, l'ethnologie a toujours eu chez moi un fort pouvoir d'attraction. Il est probable que si je n'avais pas envisagé le droit comme un moyen d'étudier les arcanes secrètes de l'inconscient collectif de notre société, j'eus fini par emprunter un bâton et serais parti sur les chemins à la découverte de l'Autre.

Sur ce chemin intellectuel, j'ai rencontré Lévi-Strauss. Il m'a conforté, dans une forme de nihilisme philosophique dans la mesure où l'acceptation d'une autre culture culture, d'une autre civilisation, c'est avant tout se défaire de l'idée que ses propres habitudes ou normes sociales ne sont que des comportements réflexes qui, bien que très évolués parfois dans leur construction, n'apparaissent être que des préjugés et /ou des valeurs arbitraires. Le bien et le mal n'existe pas en soi, ce ne sont que deux guides de vie dans une société historiquement constituée.

Et pourtant, il semble que la diversité des cultures soir rarement apparue aux hommes pour ce qu'elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale; dans ces matières, le progrès de la connaissance n'a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d'une plus exacte qu'à l'accepter ou à trouver le moyen d'y résister. (Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, De l'ethnocentrisme)

Le choc des cultures existe, il n'est parfois pas besoin d'aller au bout du monde pour le rencontrer. Les difficultés d'intégration que rencontrent nos jeunes des banlieues proviennent en partie de ce choc des cultures. Il ne faut d'ailleurs pas voir dans mes propos une stigmatisation d'une religion ou d'un groupe ethnique. Non, seules les habitudes de vie sont ici en question. La banlieue a ses codes et ses langages qui ne correspondent pas aux normes que la société française accepte dans son ensemble. D'où le conflit qui naît. Il n'est évidemment pas non plus question, sous prétexte de respect de la culture de l'autre, de déconsidérer le caractère déstabilisateur de cette autre culture. La vie en société suppose des règles acceptées par tous. Néanmoins, il faut reconnaître qu'au sein d'une même communauté, plusieurs cultures peuvent cohabiter. C'est cette rencontre de différents mondes qui provoquent les étincelles que l'on connaît.

L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles qui nous sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. "Habitudes de sauvages", "cela n'est pas de chez nous", "on ne devrait pas permettre cela", etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangers. (Cl. Lévi-Strauss, idem).

Ainsi, quoique puissent être nos réactions épidermiques face à des faits que nous réprouvons au fond de notre être, que ce soit par sensibilité ou par raisonnement intellectuel, l'observateur forcé de la culture d'autrui, dans un monde pétri d'universalisme, reste un maillon identifiant avant tout sa propre culture. Nous sommes un révélateur des valeurs de notre société en nous élevant contre les aberrations d'un "monde pas encore civilisé" ou qui mérite encore d' "évoluer", que nous devons faire "progresser" à l'image des colonisateurs qui apportaient la civilisation aux "sauvages". Or, la notion même de progrès dans ces domaines sociaux nie les fondements même de la culture d'autrui en déclarant la supériorité de la sienne sur celle - forcément imparfaite, mauvaise et inachevée - de l'autre.

En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitudes typiques. Le barbare, c'est avant tout celui qui croit à la barbarie. (Cl. Lévi-Strauss, idem)

Faire des JO un enjeu de la liberté universelle, n'est-ce pas finalement en faire des jeux de barbares?

Romook, café du matin

samedi 3 novembre 2007

La connaissance

La logique mathématique n'est pas le fondement absolu de la connaissance.

Romook, he he he...

dimanche 28 octobre 2007

Tour de Babel : une conséquence

"Ô homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses." Epître de Paul aux Romains, Chapitre 2.

Bah quoi ? J'ai bien le droit de citer la Bible ? On est dimanche, non?

Dans le Nord de la France, on traduit ce passage par "L'bac y fini toudi par s'retourner su'l'pourchiau" (= le bac finit toujours par se retourner sur le cochon).

Romook, religieux

lundi 15 octobre 2007

Individualité

Comment puis-je affirmer mon individualité si ce n'est à travers l'autre ?

Romook, alors?

dimanche 14 octobre 2007

Sujet d'examen en Chine

Enseigner à Chine provoque chez moi un plaisir que je ne peux pas camoufler. Il faut le reconnaître. Bien sûr parce que ça me donne l'occasion d'améliorer ma langue chinoise, mais aussi parce que la confrontation culturelle nécessite une adaptation profonde de la manière d'enseigner. Dans la mesure où l'on est soucieux d'être compris par les étudiants, ce qui est mon cas.

Sous ces aspects rigolo, Romook est aussi un être sensible et responsable. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, l'enseignement pour moi est une activité que je conçois dans un tout plus global. L'intérêt d'enseigner le droit est qu'il s'agit d'une réalité en lien avec la vie, tout en étant déconnectée de celle-ci.

Pour un français, c'est parfois difficile de le comprendre car les mots "bonnes moeurs" ou "contrat" sont des mots communs au langage français courant et au juridique. Car, là se pose la difficulté, apprendre à parler et comprendre une autre langue en utilisant le même vocabulaire. Certains français n'y arrivent pas. Pour ma part, les étrangers y arrivent assez facilement. Probablement parce que toute la dimension affective qui peut habiter une langue maternelle n'est pas présente.

Sujet d'examen clôturant un de mes cours, dissertation : "A votre avis, quel est le droit de l'homme le plus important?"

Voici la plus belle copie :

"Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la société et de leurs droits égaux et inaliénables contitue le fondement de la liberté et de la justice, la Déclaration Des droits de l'Homme est très importante. Je crois que l'article 11 est le plus important pour moi.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. Ce qui veut dire que tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions.

Si il n'y a pas de nouvelles pensées et opinions, il n'y a pas de progrès dans la société. L'objection est toujours une chose qui donne à penser.

La libre communication des pensées et des opinions est une manifestation de la démocratie. Cette liberté doit être protégée afin que la société maintienne l'harmonie, sinon l'indignation populaire s'accumule. C'est vraiment grave.

En France, les lois garantissent cette liberté. Mais, en Chine, cette liberté est une fausse apparence en réalité. Les Français font la grève chaque jour. Mais, en Chine, cest impossible les chinois doivent présenter une demande au gouvernement s'ils veulent faire une manifestation. C'est vraiment risible.

Bref, je crois que l'article 11 est le plus important. Cette déclaration émane de la France, mais elle peut contribuer à la Chine aussi. L'article 11 est notamment important pour la Chine."

L'étudiant(e) qui a rédigé cette copie étudie le français depuis deux ans. Pendant l'examen, il était possible de conserver certains documents de cours.

Au delà de la prouesse linguistique, il y a la prouesse culturelle. Pour un chinois, il n'est pas envisageable de critiquer un "supérieur hiérarchique", quelque soit la nature de cette hiérarchie : citoyen / Etat, étudiant / professeur, salarié / patron... Et normalement cette règle morale confucéenne s'applique en dehors même de la relation directe. Ainsi, un étudiant ne dira pas de mal de son professeur en public, que cet étudiant soit en présence de personne qui n'ont aucun lien avec l'enseignant n'aura aucune incidence... Ainsi est faite la mentalité de ce pays.

Je suis d'ailleurs parfois perçu comme un grossier personnage quand je critique un homme politique français au détours d'une conversation avec un chinois. C'est une grosse faute de goût. Je le sais, mais j'explique toujours qu'en France, si on parle de cette manière, ce n'est pas "réprimé" par les conventions sociales. Je bénéficie du doute laissé à l'étranger et au fait que je suis quelqu'un qui à d'autres égards est bien adapté à la culture chinoise et à ses conventions sociales (y compris celle-là à laquelle je me plie sans difficulté). Pas de place pour le nihiliste Romook en Chine.

Mis dans cette perspective, vous apprécierez d'autant mieux cette copie, dans laquelle je n'avais pas demandé de comparaison entre la France et la Chine... Cinq ou six étudiant(e)s se sont risqué(e)s à produire de telles copies. Signe que je suis toujours un catalyseur intellectuel pour les esprits. J'applique le principe de la fission nucléaire dans les cerveaux. Mais je ne sais pas si c'est une opération nuisible pour l'environnement. On verra sur le long terme, surtout vu les perspectives de carrière de mes étudiants...

Romook, agent transformateur de la société chinoise...

mercredi 26 septembre 2007

Perception du monde

Le concept lié à l'hypothèse du "continu" est une réalité "naturelle". Le monde n'est jamais perçu comme saccadé.

Romook, aucune angoisse face à la réalité

lundi 24 septembre 2007

Piège logique

Tout le monde connaît le piège logique concernant la poule et l'oeuf. Dans le cadre de la déstructuration intellectuelle estudiantine que je pratique régulièrement en Chine, je me suis permis d'interroger mes petits étudiants sur un sujet que je trouve cocasse. Certains y reconnaîtront fatalement la filiation génétique intellectuelle du sujet en question, mais peu importe.

Sujet : Interpréter le droit, est-ce créer le droit ?

Ce sujet est posé dans le cadre d'un cours d'introduction au droit français, après 15 heures de cours. Un peu à la manière d'un moine zen, je questionne en espérant provoquer l'illumination chez mes étudiants. Que l'on ne se méprenne pas sur la portée de l'illumination que j'attends d'eux, le simple fait qu'il puisse éprouver des difficultés à répondre à la question est de nature à les obliger à creuser en eux-même, comprendre les obstacles qui sont sur leur passage afin qu'ils les transcendent. Etre mon étudiant, c'est accepter de laisser en chemin des morceaux de préjugés, des idées reçues, des complexes... Avant tout, c'est accepter un changement : devenir différent. En l'occurence, mon objectif est la liberté naturelle de l'esprit. Je veux briser les cadres de pensée que le système leur impose naturellement.

Et je ne ménage pas ma peine pour égratigner les esprits les plus obtus, les individus les plus robustes, les pensées aux fondements les plus établis. Jeu dangereux ? Mais, ce n'est pas un jeu, c'est là que se trouve la génèse de toute vie intellectuelle... Sans ces petites explosions conceptuelles - peut-être devrai-je parler d' implosion ? - mes étudiants vont rester des personnes enfermées dans un système pervers qui leur donne l'illusion que la réalité et la vérité sont définissables, les définitions restant l'apanage des autorités consacrées pour les exposer. En français de tous les jours, on pourrait dire que l'on a la grande liberté de disserter sur tout ce qui a déjà été défini par les autres, dès lors que l'on respecte leurs définitions.

J'ai appris, avec beaucoup de tristesse, auprès d'anciens de mes étudiants, l'étendue de l'incompréhension qui pouvait exister entre moi et les étudiants, souvent les moins brillants malheureusement, qui n'attendent que des réponses utiles à des futures et potentielles questions d'examen, plutôt que de découvrir comment se débrouiller eux-même pour trouver des réponses à des questions vraiment complexes. Ils n'avaient pas compris l'intérêt de leur faire faire des travaux d'une difficulté réelle, sans réponse "oui" / "non" immédiate... Pourtant, je leur ai donné, bien malgré eux, des outils de recherche qu'ils ont su utiliser, sans même s'en rendre compte.

Une ancienne étudiante me demande alors, quelques années plus tard, : "Mais à quoi cela a-t-il servi de nous faire faire ces recherches? C'était pour des travaux personnels que vous aviez ? Vous nous avez utilisé?" Evidemment, ça m'a fait rire. Réponse : "Le but était simplement de faire le chemin. La difficulté du sujet, c'était pour être sûr que vous soyez obligé de suivre le bon chemin." Incompréhension. Dans ce cas là, je me demande toujours si j'ai pas un peu abusé de la philosophie asiatique.

Les étudiants avaient un manque totale de confiance en eux pour la plupart et vivaient comme une tare le fait de ne pas être dans une université d'une grande ville. En réalisant leurs recherches, ils avaient la possibilité de prendre confiance en eux sur la possibilité de réaliser une étude convainquante sur un sujet difficile. La plupart ont réussi à faire quelque chose de bien. Certains en ont retiré la force et la confiance d'aller au-delà et plus loin. Malheureusement, trop peu.

Tout est histoire de mesure, c'est certain. Mais, dans mon univers de la démesure, évidemment, un enseignement "classique" est impensable. Je ne suis pas une machine à répéter des livres qui ont un parti pris et qui sont rédigés par des personnes dont la seule inquiétude est de ne pas sortir des rangs d'un système établi. Pour moi, tout système est un ennemi à abattre. Chaque système représente un monde totalitaire d'où la créativité semble éteinte, ou tout au moins contrôlée dans son expression.

« Un système d’idées possède un certain nombre de caractères auto – éco – re - organisateurs qui assurent son intégrité, son identité, son autonomie, sa perpétuation ; ils lui permettent de métaboliser, transformer et assimiler les données empiriques qui relèvent de sa compétence ; il se reproduit à travers les esprits/cerveaux dans les conditions socio – culturelles qui lui sont favorables. Il peut prendre assez de consistance et de puissance pour rétroagir sur les esprits humains et les asservir. » (Morin (E.), La Méthode, Tome 4, Edition du Seuil, 1991, p.137)

Evidemment, ma matière, le droit, semble peu propice à la créativité. Pourtant, n'est-ce pas Giraudoux qui écrivait que "le droit est la plus puissante des écoles de l'imagination. Jamais poète n'a interprété la nature aussi librement qu'un juriste la réalité." ? Paradoxalement, je me suis senti plus libre en informatique et en mathématiques, domaine qui semble prêter moins de liberté, moins de place à l'interprétation. Mais ce sont les hommes plus que les domaines qui sont en cause me semble-t-il...

Les enseignants qui m'ont appris le plus dans mon existence n'ont jamais été des enseignants qui se sont contentés d'évoquer les questions du programme officiel. L'un d'entre eux a été mon modèle de fabrication de ma méthode d'apprentissage. Entièrement autodidacte, je me suis parfois heurté à des inconguités liées à une conception très étroite d'un système éducatif qui pense un cadre valable pour une majorité d'individu, mais qui ne sait pas laisser la place à l'expression de personnalités différentes. L'épanouissement personnel et intellectuel ne se stakhanovise pas. Toute taylorisation du système éducatif ne peut conduire qu'à l'assèchement progressif des talents.

L'exercice n'avait, officiellement, pour but que de mesurer leur capacité à rédiger en français et à construire un raisonnement. En dix lignes minimum. Je vais commencer le dépouillement. Je vous tiens au courant, bien entendu, des plus jolies choses que je vais rencontrer dans ma lecture. J'espère y voir pousser de mauvaises graines que j'irai arroser régulièrement.

Chinoisement vôtre,

Romook, catalyseur intellectuel

vendredi 17 août 2007

Les vaches

"Si le peuple auquel j'appartiens a senti un jour qu'il différait, dans son essence, du cheval, c'est seulement parce que l'Eglise lui a enseigné l'immortalité de l'âme humaine. Mais qui a créé cette âme ? Dieu. Et qui a créé le cheval? Dieu. Ainsi donc l'homme et le cheval se fondent dans l'harmonie de cette origine. On peut surmonter leur différence.

J'arrive au bout du chemin bordé d'eucalyptus. Il commence à faire nuit. Question : moi, qui n'ai pas de Dieu, suis-je en cela plus proche ou plus éloigné de la nature ? Réponse : plus éloigné. Et cette déchirure entre la nature et moi devient même, sans Lui, impossible à raccomoder. Il n'y a aucun tribunal supérieur auquel faire appel.

Et même si j'arrivais à croire en Dieu, je ne pourrai pas avoir face à la nature une attitude catholique, qui serait en contradiction complète avec ma conscience, avec ma façon de ressentir. A cause du problème de la douleur. Le catholicisme a fait peu de cas de toutes les créatures autres que l'homme. On peut difficilement imaginer une indifférence plus olympienne à "leur" douleur - "leur", c'est-à-dire celle des aniaux et des plantes. L'homme qui souffre a eu son libre arbitre : sa douleur, c'est le châtiments de ses péchés et la vie future compensera plus équitablement les maux de cette vie. Mais le cheval ? Le ver? On les a oubliés. Dans leur souffrance il n'y a pas de justice. C'est un fait nu, un désespoir absolu qui se déverse à flots. Je passe sur la dialectique compliquée des saints docteurs. Je parle du catholique moyen qui, se promenant dans la lumière d'une justice qui lui distribue tout ce dont il a besoin, reste sourd devant l'abîme incommensurable de cette autre douleur, injustifiée. Qu'ils souffrent! Cela ne le regarde as du tout. Ils n'ont pas d'âme. Qu'ils souffrent donc, absurdement. Oui, il est difficile de ytrouver une doctrine qui fasse moins de cas du monde extra-humain; c'est une doctrine orgueilleusement humaine, cruellement aristocratique. Il n'est pas étonnant qu'elle nous ai plongés dans un état d'inconscience sereine et de sainte innocence devant la nature telle qu'elle se manifeste dans nos descripptions idylliques d'aubes et de couchers de soleil."

Witold Gombrowicz, extrait du Journal, 1958, Trad. par D. Autrand, C. Jezewski et A. Kosko, Folio

dimanche 12 août 2007

Justice doit être rendue : le 13 juillet est officiellement restauré

J'avais clamé haut et fort que cete année le 13 juillet n'aurait pas lieu. Et pourtant, bien malgré moi, je me suis retrouvé la veille de mon départ en vacances (le 13 juillet) au restaurant avec quelques amis qui avaient insisté pour que l'on se voit avant mon départ.

Le mythique "13 juillet de Romook", qu'est-ce donc? C'est une idée très simple selon laquelle Romook, une fois par an, réunissait les personnes les plus importantes de son entourage (importante en terme purement relationnel, rien à voir avec une étiquette sociale) afin qu'elles se rencontrent et qu'il leurs donne une marque forte d'amitié. Il faut avouer qu'étant assez solitaire et ayant un emploi du temps chargé, le nombre de fêtes que je peux donner (qui me donne l'occasion de voir mes amis) sur une année se compte sur les doigts d'une seule main. Ainsi, le 13 juillet est devenu un rendez-vous annuel incontournable. Comme ça, il y en avait au moins un.

Certains de mes amis considèrent également que cette soirée est une sorte de laboratoire psychologique au sein duquel je ferai des expériences en mettant les personnes entre elles et où j'observerai les réactions, un peu comme un chimiste étudie les réactions de sa solution. Meuh non... Je ne suis pas comme ça, allons, allons...

C'est ainsi qu'à cette soirée spéciale, dont la date n'est un secret pour personne, les personnes invitées connaissent l'importance de cette présence et que seuls des motifs légitimes (guerre mondiale, invasion de martiens...) peuvent être pris en considération pour justifier une absence de dernière minute. Or, le fait est que les deux dernières fêtes avaient été l'objet d'une cuisante déception puisque plus de vingt personnes avaient décommandé le jour même, à moins de trois heures de l'heure fatidique. C'est ainsi que j'avais tout simplement décidé de supprimer cette fête impériale du calendrier. En considération de quoi, le 13 juillet ne devait plus avoir lieu.

Or, mon ami William et sa belle et douce compagne, ainsi que mon ami JC, m'ont "obligé" à venir passer cette soirée avec eux. Soirée particulièrement réussie, il faut bien l'avouer. Ces personnes auraient été invitées si le 13 juillet avait eu lieu, JC étant de toute fois un habitué de la première heure. Ainsi, les ingrédients de cette belle soirée étaient réunies : des personnes que j'aime, estime et admire, dans toute leur complexité humaine, étaient réunies avec moi ce soir-là. Il en manquait, bien sûr, mais cette soirée était improvisée. Le fait est que ces amis présents m'ont rappelé mes obligations "treize juillétiennes".

Dès lors, je décrète impérialement restauré le 13 juillet, avec probablement une sélection encore plus drastique que celle qui avait lieu auparavant.

J'y inviterai d'ailleurs le Sieur Kai Ye dont l'absence fait cruellement défaut à ma vie. J'étendrai mon invitation au-delà des frontières en espérant que cette période estivale permettra aux individus hors de nos frontières de pouvoir réaliser un séjour en France à cette occasion. La liste des invités sera communiquée aux intéressés en temps utile.

Il était bon que ce fût dit.

Romook Ier

jeudi 2 août 2007

Morceaux de Journal

Un français qui ne prend rien en considératiion en dehors de la France est-il plus français ? Ou moins français? En fait, être français, c'est justement prendre en considération autre chose que la France.

Trans-Atlantique ne se déglingue pas. J'ai réussi sa construction, avec cette pénétration progressive, grduelle, dans le fantastique, ce développement d'une réalité propre et autonome qui fait justement qu'une oeuvre n'est rien d'autres qu'elle-même. Ce n'est pas une satire. Ce n'est pas un réglement de compte avec la conscience nationale. Ce n'est pas de la philosophie. Ce n'est pas une réflexion sur l'Histoire. Qu'est-ce donc ? Un récit que je fais. On y trouve, entre autres, la Pologne. Mais elle n'en est pas le sujet. Le sujet, comme toujours, c'est moi, moi seul; ce sont mes aventures, pas celles de la Pologne. Mais il n'en reste pas moins que je suis polonais.
C'est une satire dans la mesure où mon existence dans ce monde est une satire.


Witold Gombrowicz, Journal, 1957

jeudi 24 mai 2007

J'ai rencontré Lao-Tseu (老子)



Il y était une fois un jeune garçon. Il aimait la philosophie, mais ne trouvait pas ce qu'il cherchait. Comme la plupart des individus, il recherchait une philosophie de type "prête à porter". Mais, il pensait que l'impermanence des choses et des idées était une donnée fondamentale dans la vie. La philosophie occidentale qu'il avait éudié jusqu'alors l'avait charmé par l'élégance des raisonnements et, parfois, même par la profondeur des vues du monde qui l'entourait. Néanmoins, la cristallisation d'une pensée lui laissait un goût amer d'inachevé qui ne le satisfaisait pas. Les oppositions entrent les différents auteurs s'expliquaient toujours par les prémisses des raisonnements, mais quasiment tous les prémisses sont acceptables... Donc, toutes les idées étaient "justes" d'un point de vue logique. En en parlant avec son ami Daniel, celui-ci lui parla de la philosophie du Yin et du Yang, qui prônaient le mouvement de la vie, l'impermanence des choses et l'adaptation nécessaire des êtres à leur environnement... Il fut convaincu et se mis à étudier le livre fondateur de cette école de pensée : le Tao te King (Dao De Jing). Il fit ainsi connaissance avec un individu mythique, déjà rencontré dans sa jeunesse, Tintin et le Lotus Bleu, c'est-à-dire Lao-Tseu, ou encore Lao Zi.



Une première étape venait d'être franchie. C'est toujours le premier contact qui détermine les choses. Un peu comme s'il existait une physique mécanique du relationnel, l'impulsion du départ donnant une énergie cinétique à la volonté des êtres. Le contact peut être mutiple, c'est avec une idée qu'il avait eu lieu cette fois. La philosophie du mouvement, qui ne prône rien au niveau moral car étant au-dessus de la moral, voilà la découverte qu'il avait faite. Aucun jugement sur ce qui est ou ce qui n'est pas, simplement l'existence ou la non-existence sont admises comme des faits. Fort d'une telle découverte, ce jeune garçon, qui deviendrait plus tard Empereur, commença à s'intéresser à cette philosophie et à son environnement culturel et historique. Lao Zi a-t-il existé, voilà l'une des questions qui était posée. Par ailleurs, la répétition des notes des traducteurs sur l'intraductibilité du "Dao De Jing" creusait aussi un autre objet de recherche : comment un texte pouvait-il être intraduisible au point même que, pour les chinois, il s'agirait d'un texte difficile ?

La volonté d'apprendre le chinois se faisait progressivement jour et la philosophie du Tao devint un acquis intellectuel "naturel", qui se mettait en lien avec l'épistémologie des sciences, qui se retrouvait dans la philosophie de Nietszche, au fondement même de toute analyse psychologique contemporaine, dans les principes de la physique quantique et du chaos... Et les années passèrent.



Arrivé à BeiJing pour améliorer son chinois, il constata que la difficulté "mystique" de la traduction du "Tao Te King" ne tenait pas à des obstacles intellectuels où l'esprit serait impuissant à appréhender une réalité qui le dépasse, mais était liée à un problème linguistique tout simple. La langue utilisée est du "GuDai HanYu", c'est à dire de l'ancien chinois. Ainsi, la difficulté tient essentiellement dans une compréhension linguistique que ses propres enseignants ont su lever (pour certains) ayant étudié le GuDai HanYu. Dans ces conditions, il est effectivement délicat de se pencher sur l'étude de l'ancien chinois car les caractères ne se prononcent pas de la même façon, les règles grammaticales sont différentes, donc les concepts différents et le sens des caractères différents parfois. Evidemment, il est possible de lire le "Tao Te King" dans des versions modernes, un peu comme on lit Rabelais en version "remasterisée". Mais cette "traduction" en langage moderne confine soouvent aux commentaires et n'a rien d'attrayant au niveau intellectuel... Déception. Seule la vieille version conserve sa portée poétique, et la poésie est liée à une forme de magie...

Des circonstances professionnelles hasardeuses le conduisent à devenir enseignant dans une université chinoise, au milieu de la Chine, à WuHan (prononcez "wourane"). Au choix, une autre ville aurait été préférée. Le climat y est insupportable, la langue chinoise qui y est parlée est très "rustique" et pleine de régionalisme (ce serait un peu comme le ch'ti en version chinoise), peu de lieux touristiques... Bref, l'endroit où l'on ne rêve pas d'aller lorsque l'on va en Chine. Ainsi va la vie...



Chemin faisant, il constate que le chemin est parsemé d'étape qui sont autant de tremplins pour d'autres choses. Des rencontres professionnelles intéressantes, des nouveaux amis, la découverte de beaucoup de choses dans la vie quotidienne des chinois. Il finit par prendre ses marques, s'acclimater au climat au point de trouver ShangHai "a little bit boring" par rapport à WuHan. Au détour d'une fenêtre du 14ème étages de son hotel wuhannais, l'envie lui prend d'aller sur une colline qui, à vol d'oiseau, doit être au plus à 4 ou 5 Km. Après s'être enquis des renseignements nécessaires auprès du staff de l'hôtel, il découvre qu'il s'agit de l'ancienne ville de WuHan. La ville où l'ethnie des "Chu" avait posé la capitale, il y a plus de 2500 ans... Sans faire de relation direct avec d'autres points de l'histoire, il se dit qu'une petite séance de photo pourrait lui aérer l'esprit d'un séjour qui est, encore une fois, éprouvant physiquement.

Le voici donc sorti, avec son appareil photo comme baton de pélerin, fermement décidé à ramener quelques beaux clichés afin d'agrémenter son journal bloguesque. Il était encore loin d'imaginer que cette aventure n'était rien d'autre qu'un retour à des origines dont il avait toujours ignoré l'existence...

En arrivant, une désagréable surprise, le taxi s'arrête au niveau d'une vieille chinoise qui commence à expliquer au chauffeur qu'elle peut proposer un "arrangement" si le chauffeur de taxi s'arrête là et explique qu'il ne peut pas aller plus loin et qu'on est obligé d'avoir un guide pour visiter la vieille ville. Qu'un américain comme ça, ça a plein d'argent et qu'à eux deux, ils peuvent se faire beaucoup d'argent, qu'elle lui donnera la moitié de ce qu'elle va gagner...

Le chauffeur de taxi hésite un instant, notre étranger intervient donc dans la conversation pour expliquer qu'il préfère se promener seul mais que c'est gentil de proposer de "l'aide". L'interlocutrice ne comprend visiblement pas ce qui vient d'être dit, mais le chauffeur de taxi se retourne et répond qu'il comprend bien. Il transmet donc l'information à l'interlocutrice qui insiste un instant lorsque "l'américain" à l'arrière du véhicule lui signifie dans un chinois un peu plus brutal qu'il n'est pas intéressé. Cette fois, elle comprend parfaitement qu'il parle en chinois. Visiblement, aucun problème d'interprétation des phrases n'est à relever. L'effet escompté est totalement réussi. Elle se déplace tout de suite vers un autre taxi qui vient d'arriver...

Le voici donc arrivé devant la première porte qui mène à la vieille ville. La colline lui semble familière et ce type de porte correspond tout à fait aux images qu'il a en tête sur la Chine. Il se sent chez lui et les fleurs qui l'accueillent tout autour de lui semblent être une fête chatoyante qui lui est dédiée. Un peu plus loin, se dresse devant lui un morceau de muraille, reste ancien probablement d'un édifice plus grand. La lumière de fin d'après midi est idéal pour les photos.



Après avoir contourné la muraille et emprunté un vieil escalier oublié, le voici sur la muraille. Et au loin, il aperçoit un édifice qui surnage au dessus de la forêt. Il est simple, majestueux, pas très grand, semble seul au milieu de nulle part. On ne lui avait pas menti : la vieille ville promettait d'être un "trésor". Cet édifice, dont il ne sut jamais si c'était un temple ou une tour de garde, constituait en soi un motif suffisant pour venir visiter cette petite partie de la ville, perdu au milieu de la partie Est du Lac.

Quelques pas le conduisirent à s'avancer vers une sorte de tourelle d'où il dominait le lac et le rempart. La hauteur de l'édifice le conduit à imaginer les combats qui existaient pendant une période de l'histoire chinoise, où les seigneurs se faisaient des guerres continuellement entre eux avant que la Chine ne soit réunifiée par un empereur... Période de l'histoire formidablement retracée par le film "Hero". Bien avant, le peuple des Chu avait acquis une connaissance du bronze qui est restée inégalée dans l'histoire. Aujourd'hui encore des équipes de recherche travaillent sur des outils, des instruments fabriqués en bronze à cette période pour tenter de comprendre comment, avec les moyens de l'époque, de tels chefs d'oeuvre étaient produits.



Nul doute que cette ère du bronze a pu donner au peuple Chu une avancée technique significative en terme de civilisation. En effet, avec des outils plus performants, il était probablement muni d'instrument de guerre beaucoup plus efficaces que les autres peuples. Dans cette perspective, et vu le contexte historico-culturel de l'époque, des armes efficaces permettaient de se défendre, ou d'attaquer d'autres peuples afin d'étendre sa domination, tout en envisageant son développement interne sereinement. Le bronze a constitué une révolution en son temps qui peut être comparée à notre révolution industrielle ou encore celle d'internet. Ces changements techniques influent sur les structures de pensées, les organisations sociales et le mode de vie de ceux qui les vivent...



Quittant la muraille, il arrive aux portes de la vieille ville proprement dite. Inutile d'ajouter que cela a été transformé en un village artisanale touristique dans lequel le badeau trouvera tout, de la cabine où l'on tire à l'arbalète sur des ballons jusqu'au robe traditionnelle chinoise de la région... Quelques cartes postales pourraient, bien entendu, agrémentées votre sac... En traversant ce petit village où quelques phrases de chinois permettent de faire comprendre à l'entourage commerçant qu'il est inutile d'insister, le touriste n'est pas "traditionnel".

La visite se poursuit donc, tranquillement, chaque photo pouvant être prise sans désagrément. L'architecture de bois est simple, élégante et beaucoup de détail ne rentre pas dans l'objectif. Peu de photo possible, mais une bonne sensation. Le voyage dans le temps se fait sans encombre. 'Veuillez attacher votre ceinture, le temps s'est arrêté. Vous êtes dans un monde sans âge maintenant'...



Une fois la vieille ville quittait. La recherche vers ce bel édifice au milieu de la forêt va pouvoir débuter. A peine quelques centaines de mètres dans un sentier de forêt sinueux et semblant perdu au milieu de nulle part conduit au chemmin conduisant à ce dernier. Encadré de deux Phénix, ce sentier est une invitation mystique au voyage. Comment pourrait-il en être autrement ? Le phénix, renaissant de ces cendres, n'est-il pas le symbole même de la vie psychologique ? N'y a -t-il pas un être nouveau qui ressort de toutes les épreuves qui l'ont abattu ? Surmonter une épreuves, n'est-ce pas supprimer en soi des parties mortes qui ont été remplacées par des nouvelles forces, des énergies nouvelles ? La vitalité de la vie n'est-elle pas dans le principe même du renouvellement de son origine ?





Suivant un chemin sinueux, la vie se trouve toujours un chemin et on ne peut aller contre sa volonté. Attirés comme une aiguille par un aimant, les êtres sont guidés par elle vers leur destin. A chacun son chemin, celui de notre ancien jeune garçon de seize ans était aujourd'hui sous les arbres. Dans un lieu dont il n'avait jamais imaginé l'existence il y a quatorze ans... Et, à ce moment-là, celui précisément où chacun de ses pas semblait être un effort surhumain du fait des 40°C à l'ombre qu'il subissait, il se remémorait le chemin qui l'avait conduit à poser les pieds sur chacune de ses marches.

Une rencontre avec un homme qui lui fait découvrir la philosophie du Yin et Yang, un ami qui lui assure que la langue chinoise va lui ouvrir des portes intellectuelles qu'il ne soupçonne pas, ses débuts d'apprentissage de la langue, confortée par une justification historico-économique qui permet d'en faire un outil de développement professionnel, un recrutement dans une université par un heureux concours de circonstance lié à l'informatique, des personnes qui lui font confiance, l'arrivée dans une université pour un premier "cours" qui se transforme en coopération à long terme, un métier qui lui permet de trouver dans ce type de voyage des opportunités de développement, un regard par une fenêtre et une envie de faire des photos. Si le déterminisme inconscient était à l'oeuvre, on aurait pu dire qu'il recevait - encore une fois - sa consécration ce jour-là.



La vie est jalonnée de petits riens qui, mis bouts à bouts, construisent de grandes choses. Certains diraient, avec un pessimisme et une philosophie protestantiste sous-jacente, que "rien n'arrive par hasard" et que l' "on n'a rien sans rien". Avait-il seulement prévu ou mérité le fait de gravir les marches ? Rien ne permet de l'affirmer. En véritable taoïste, il a toujours fait les choses parce qu'elles étaient belles, plaisantes, mais jamais pour parvenir à tel ou tel autre objectif. Les justifications apparaissent toujours a posteriori, lorsque l'on doit justifier ses actes auprès du juge Autrui, impitoyable dans une société libérale économique où les clés des raisonnements sont l'investissement, la rentabilité...

N'avait-il pas évoqué la possibilité, à une période de partir faire de l'apiculture en Chine ? Juste parce qu'il voulait vivre un peu en Chine et que seules ses compétences dans ce domaine permettaient d'envisager un séjour de longue durée sur place (en excluant l'autofinancement) ? Projet avorté pour d'obscures raisons économiques et rationnelles...



L'éifice se dressait, enfin, devant lui, trônant royalement au bout du chemin. Encore quelques pas, pour pouvoir savourer le plaisir d'être arrivé, pour pouvoir peut-être se rafraîchir de la température que la longue ascension des marches a rendu insupportable. Pas un souffle d'air ne vient adoucir cette chaleur accablante. La boisson fraîche acheté quelques vingt minutes auparavant s'est mise à transpirer également... Elle n'est maintenant qu'une boisson à température ambiante. Chaque gorgée n'est plus un rafraîchissement, ni un plaisir, simplement un acte dicté par le bon sens...



Des marches, il y en avait encore... Après être arrivé au pied de l'édifice, notre individu s'est aperçu que son cerveau fonctionnait au ralenti puisqu'il n'avait pas encore pris conscience que pour, surplomber la forêt, cet immeuble était nécessairement haut. Grimpe, voyageur, grimpe vers l'inconnu et les découvertes qui t'attendent.

Après avoir pénétré dans l'atmosphère rafraîchissante, plusieurs pièces sombres se présentaient à lui. L'une était déoré d'instrument de musique, l'autre de parure folklorique... Et des étages à grimper, encore. La question surgit : pourquoi faire tous ces efforts alors que ce qui est à l'intérieur est moins intéressant que l'extérieur. Mû par une énergie sourde et inconsciente, notre voyageur laisse ses jambes le porter vers les étages supérieurs...

Arrivé à l'avant-dernier étage, il est accueilli par des statues de cire habillés avec des vêtements folkloriques. Et des "vrais" chinois, c'est-à-dire vivants, au milieu de ces personnages, qui posent dans des habits traditionnels pour des photos. La scène est cocasse. L'incompréhension submerge le visiteur qui reste étranger à la scène, sur tous les plans. Et, sur le côté, deux hommes trônent l'un à côté de l'autre.






Aimant à connaître ses interlocuteurs, l'ancien jeune homme interroge un militaire présent sur place, juste à côté. Ce dernier commence à tenter une réponse en anglais, mais, s'apercevant que le "lao wai" s'est adressé à lui en chinois, il se met à sourire et entame une petite discussion en chinois. (Pour des raisons techniques et informatiques, nous ne retranscrirons ici que la traduction française des propos) :

Le Garde : Ah, mais vous parlez chinois ?!

Lao Wai : Non, non, comme ci comme ça.

Le Garde : Ah! Ah! Comme ci, comme ça. Votre chinois est vraiment très bon (Les autres chinois se mettent à rire en entendant 马马虎虎, enfin, "comme ci comme ça"...). Et bien, il suffit de regarder les écriteaux tout est expliqué. Mais peut-être vous ne savez pas lire le chinois.

Lao Wai : Vraiment comme ci comme ça...

La Garde : Votre chinois est vraiment excellent. Je vais vous lire ce qui est écrit.




Lao Wai, lisant le premier écriteau qu'il n'avait pas remarqué auparavant : Mais, c'est Lao zi Et l'autre, c'est Zhuang Zi
Le Garde : Oui. C'est ça. Vous savez lire le chinois ?
Lao Wai : Juste un peu. Ca alors, Lao Zi et Zhuang Zi. Que font-ils là ?
Le Garde : Lao Zi est Chu. Regardez, c'est écrit là. En fait, il krrrr... krrr.. La voie du Dao... krrr... et krrr... et Krrr... Zhuang Zi, bien après... philosophie... krr... écrire des livres... krrr... Temps anciens. C'est pour ça.
Lao Wai (tout à son émerveillement) : J'ai commencé à apprendre le chinois pour pouvoir traduire le Dao De Jing.
Le Garde : Vous connaissez le Dao De Jing ?

Lao Wai : oui, oui. Mais, Lao Zi a existé ?
Le Garde : Bien sûr. Il est devant vous. Il était né dans cette ville. Il vient de WuHan en quelque sorte. Pourquoi croyez-vous qu'il n'a pas existé ?
Lao Wai : En Europe, on ne croit pas avec certitude qu'il a existé.
Le Garde : Quelle drôle d'idée.
Lao Wai : Oui. Quelle drôle d'idée.
Il sortit un peu sur le balcon qui surplombait le lac et la forêt. Une petite brise légère soufflait et le soleil se couchait, avec ses teintes si particulières que la Nature semble devenir enchantée. Pour lui, en tout cas, elle l'était. Et la vie avec.



Le Garde : Je suis capitaine. Mon unité est au nord du Krrr..., près de la Corée. Je suis en détachement ici.
Lao Wai : Ah oui ?!
Le Garde : Il n'y a pas beaucoup de personnes qui viennent ici. Votre chinois est vraiment excellent. Je vois des étrangers. Ils disent qu'ils parlent chinois, mais on ne comprend pas ce qu'ils disent. Ils ne comprennent d'ailleurs pas lorsque ... krr... donc votre niveau est vraiment excellent.
Lao Wai : Parfois, je ne comprends pas vous savez. Mon niveau est vraiment insuffisant. Je dois travailler beaucoup pour seulement parler mal.
Le Garde : Non, non. Je vous assure. Et là, ...krrr... la route mène à un autre ...krrr.. ("devant nous, c'est le lac Est" était le début de la phrase vient de comprendre le Lao Wai) ...krrr... déjà allé ?
Lao Wai : Euh... ("à un autre 'édifice?', y êtes vous déjà allé ?" est probablement ce qu'il vient de dire...) non, pas encore.
Le Garde : C'est un bel endroit. Vous êtes français (Faguo ren)?
FaGuo Ren : Oui. Comment vous le savez ?
Le Garde : Il y a beaucoup de français à WuHan. Souvent, les étrangers sont des français ici...

Le français en exil pris congé de cet homme sympathique. Toute la maison savait qu'il parlait chinois. A chaque étage, quelqu'un lui adressait un mot gentil sur le fait qu'il parlait couramment ou très bien ou de manière excellente le chinois, ce qui signifie clairement, pour un chinois, que vous parlez moyennement le chinois. Lorsqu'un chinois n'essaie pas de parler en anglais à un étranger et lui répond uniquement en chinois, sans le complimenter plus d'une fois sur le niveau de son interlocuteur, là se trouve le vrai compliment. "Mon niveau baisse", songea donc notre français...

Juste à la sortie, une boutique à touriste, pleine de livres. Evidemment, il acheta sa quatrième version du Dao De Jing en chinois, pour compléter ses cinq versions françaises et une anglaise, qu'il ne lit jamais bien évidemment... Mais, c'est le lot des livres qui sont passionnément aimés, qui ont déjà été lus, relus, rerelus... S'y ajoutèrent naturellement quelques autres volumes jugés indispensables par la petite vendeuse. Avec pas moins d'une vingtaine de livres en chinois, notre apprenti lecteur du chinois en a pour une vie de lecture...



Laissant derrière lui ses émotions, ses rêves d'adolescent, de Chine, de philosophie lui revinrent en mémoire. C'était effectivement ce climat qu'il avait imaginé, bien des années auparavant. Et le chemin du retour se fit tranquillement. A mi chemin entre les rêveries et la réalité. Voici donc la muraille qu'a connu Lao Zi... Peut-être a-t-il joué sur les bords de ce lac lorsqu'il était enfant. N'est-ce pas le cours du lac, la proximité du Yang Tsé qui ont inspiré sa philosophie ? Des milliers de pensées s'entrechoquaient dans une impression de sérénité totale...

Avant de quitter définitivement les lieux, il leva les yeux, une dernière fois, sur le panneau indicateur du nom de la ville. "Cheng Chu", lisa-t-il. Indication écrite dans l'autre sens, GuDai HanYu oblige.



"Chu" signifie le peuple Chu. "Cheng" signifie la ville, la muraille. Normalement, il aurait du être écrit "Chu Cheng", pensa-t-il. Mais non, qui définissait dans quel ordre devait-on lire les caractères ? Pour un chinois, c'est évident que ça se lit dans le sens inverse du sens habituel... Le temps passe.

Les souvenirs accompagnent l'existence comme des amis fidèles. Ils étaient nombreux, ce jour-là, à l'accompagner dans sa visite impromptue. Et il retourna au monde moderne.

Romook

lundi 9 avril 2007

Religion, voile de la réalité

Force est de constater que le monde religieux s'est éloigné de moi de manière certaine. Alors qu'à une époque, j'envisageais très sérieusement de devenir moine (plutôt pour me retrouver face à moi-même et entamer une réflexion sur l'existence plutôt que par conviction religieuse), je suis aujourd'hui complètement surpris lorsque je rencontre une personne qui a des convictions religieuses.

Il est certain que mes lectures nietszchéennes et religieuses n'y sont pas pour peu de chose. Par ailleurs, depuis que j'ai "découvert" que le dénominatif commun de tous les systèmes de pensées moraux, qu'ils soient religieux ou athées, était la confiance, je ne me suis plus beaucoup préoccupé de chercher de nouvelles valeurs.

Aujourd'hui, seule la confiance en tant que valeur me paraît acceptable. Et je la partage, dans la mesure du possible, en suivant l'économie du Don dégagé par Marcel Mauss à propos du potlach.

Ainsi, je fais systématiquement confiance aux gens que je rencontre, à charge pour eux de ne pas la perdre. Néanmoins, je dois reconnaître qu'une partie de Poker que j'ai faite, au fond d'une cave, avec environ dix personnes, où je ne connaissais qu'une personne, de vue, dans l'assemblée, m'a conduit à m'interroger pendant les premiers tours à la validité de mon système philosophique. Juste quelques tours, car il m'est vite apparu que tout allait bien se passer. CQFD.

La confiance est - bien sûr - qu'elle que chose de variable dans mon système. Je conserve ma confiance en une personne dès lors qu'elle est conforme à l'image qu'elle promet, ou si je sens que ce qu'elle promet est supérieur à ce que l'on peut attendre d'elle, qu'elle soit conforme à l'image que je m'en suis faite. Bien sûr, l'erreur est toujours possible.

Il est important de signaler que le voile moral posé sur le monde est un prisme par lequel le bien et le mal peuvent s'exprimer. A travers mon système basé sur la confiance, le Bien et le Mal deviennent inconsistants. Toutefois, j'ai conscience d'avoir remplacé un voile commun, par un autre qui l'est un peu moins...

Voilà, il était bon que ce fût dit.

Romook, Méditation de Pâques

lundi 2 avril 2007

Intelligence...

"L'intelligence (et donc l'action de connaître) ne débute ainsi ni par la connaissance du moi, ni par celle de leur interaction; c'est en s'orientant simultannément vers les deux pôles de cette interaction qu'elle organise le monde en s'organisant elle-même." (J. Piaget, 1937)

jeudi 29 mars 2007

Bienfaiteur de l'humanité

Je constate avec bonheur que mon blog contribue à l'épanouissement de la culture sous toutes ses formes - ce qui me remplit de joie et d'allégresse.

On savait que la plupart de mes visiteurs viennent s'éduquer sexuellement, la quasi-totalité des découvertes de mon blog se faisant par l'intermédiaire de Google sur des mots-clé tels que : vagin, fellation, cul, sexe - sans compter les mots-clé accessoires qui complètent la recherche : étroit ou profondeur, 'comment faire une bonne' et autres 'salope', beau, asiatique...

Aujourd'hui, je viens de constater que l'un de mes visiteurs a découvert mon oeuvre spirituelle en tapant, dans google.fr, Les méfaits de la télévision.

Me voici propulsé sur le rang des blogs respectables qui ne parlent pas que de Q, c'est à dire les blogs à vocation artistique ou culturel.

Ô joie.

Romook, en concurrence avec Wikipédia

samedi 10 mars 2007

Remarque

"Plus l'Art est formaliste, moins il dépend de la pression extérieure du milieu social et de l'époque."

W. Gombrowicz, Journal de 1955

samedi 24 février 2007

Méthode

Le doute est réservé au infatigable travailleur : le paradis est plein de certitudes.

Romook, Hop! Au boulot le doute, au boulot!