Il est des affinités qui se créent par elles-même, sans aucune raison particulière. On est comme attiré par une personne, à l'image d'un champ magnétique qui influe sur la trajectoire de l'électron. Aujourd'hui, c'est le jour du choc, de la rencontre. Celle de l'évidence, celle qui ne se refuse pas, celle que l'on constate et où l'instant se stoppe sur l'infini. On oublie son passé, on ne pense plus à son futur : le moment du présent s'incrit dans l'éternité du moment. On sait. Un regard et tout chavire. Je l'ai rencontré ce midi à la cantine. Dégustant mon plateau repas, je l'ai vu traversée le self avec une infini lenteur. Je savais que j'étais en train de vivre le moment que j'attendais depuis mon arrivée en Chine. Maintenant la révélation est faite et ma vie va être transformée...

Elle marchait assez loin de moi, au milieu d'autres femmes. Je n'avais d'yeux que pour elle. Sa démarche, le choix de ses vêtements, sa coiffure, son regard, tout parlait à mon âme dans un langage clair et simple, pur et évident. Il y a des rencontres que l'on ne peut pas éluder et c'en était une. J'ai fait part à mon hôte de table, Kai Ye, de mon étonnement émotionnel. Il avait déjà tout lu dans mon regard, les mots n'étaient plus utiles, simple accessoires me permettant de mettre au clair l'embrouillamini de mes pensées et de mes émotions. Mètre après mètre, elle se rapprochait de moi. J'étais face à la première femme en Chine capable de soulever mon coeur d'Empereur. Elle a sorti un petit mouchoir blancs, a soulevé ses lunettes et a essuyé un de ses yeux. Elle ne me voyait pas. Elle n'avait même pas conscience que son Empereur la regardait déambuler. Ma première Mo Am'Gamb chinoise. Aujourd'hui, j'ai vu ma première Mo Am'Gamb chinoise. Je suis heureux.

Romook Ier, La Mo Am'Gambie ne connaît pas de frontière