XI

Il est bien moins fringant qu’à Gode (dans le coin, on dit généralement « Gode » au lieu de Godewaersvelde). Il marche, sa foulée énergique ayant totalement disparu. Ses pieds semblent peser des tonnes. Nous descendons à sa rencontre, et je mitraille pour des photos qui seront donc floues, désolé ! Récemment, à une période très difficile de ma vie, Romook et moi nous étions retrouvés un soir, après une autre aventure qui figure certainement dans ce blog, dans un bar du vieux Lille : le Kremlin. Il me lut un formidable passage de Yourcenar, décrivant le chien pataud de la famille, un basset, qui, clopin-clopant, se déplaçait avec un certain embonpoint... « J'aime à croire que le chien Trier, qu'on a chassé de sa bonne place habituelle sur la descente de lit de Fernande, hume cette chose nouvelle dont on ne connaît pas encore l'odeur, remue sa longue queue pour montrer qu'il fait confiance, puis retourne sur ses pattes torses vers la cuisine où sont les bons morceaux. » écrivait Marguerite Yourcenar dans son livre « Souvenirs pieux », décrivant ainsi l'instant juste après sa naissance... Romook semble peser plusieurs fois son poids, tel ce basset. Nous souffrons pour lui.



Je lui passe les encouragements téléphoniques de Dd, qui est impressionnée par le bonhomme. Encore lucide à cette heure, il me conseille tout de même de mettre le flash ! Il s’arrête trente seconde, et repart vers Bailleul, le prochain CP. Nous faisons de même.

XII

Comme nous disposons visiblement d’une marge certaine pour nous rendre jusque Bailleul, je décide de faire passer la maman de Romook par le Mont-Noir belge (Zwartberg) et par le Mont Rouge (Rodeberg). Nous arrivons sur Bailleul, et peinons à trouver le CP. Ce fut d’ailleurs une constante durant toute cette journée ; les CP étaient très difficiles à localiser pour les accompagnateurs. Arrivés à Bailleul, un coup de fil. C’est Will. Content d’entendre un ami qui se fait rare (et c’est moi qui dit cela !), il me dit qu’il est à Bailleul pour quelques réjouissances festives. Tiens, c’est drôle. « Mais où exactement ? ». « Au Bistrot de Philo ». Incroyable, nous passons devant ! « Arrêtes-toi, arrêtes-toi ! ». Je me gare à la ramasse, la maman de Romook également. Splendide, Will sort du bistro avec un saladier en plastique sur la tête, un chemisier de femme et un collier exquis. Il est enthousiaste, et moi aussi. Je l’informe tout de même que, dans la voiture garée juste derrière nous, se trouve la maman de Romook. Il s’empresse d’aller la saluer avec tout le tact et l’intelligence sociale qui le caractérise… mais avec sa passoire sur la tête ! J’en profite pour converser avec René, Ludo, Kermitte, et autres convives. Je l’ai connais tous, c’est la bande de l’UBU. Je converse cinq minutes, mais suis contraint de les quitter, traumatisé que je reste par le CP manqué à Bergues. Will est quelqu’un qu’on ne peut qu’aimer, et qui sait se faire aimer : il a retrouvé dans la voiture les lunettes de soleil « Gucci » de la maman de Romook, qui prétendait désespérément les avoir perdu dès que nous nous rencontrâmes à Cassel. Comme tout le monde, elle aime donc déjà Will…

XIII

Arrivée au CP.



S’y trouve beaucoup de coureurs en perdition : couverture de survie, mines déconfites, mollets tremblants. On dirait des soldats revenant à peine du front, mais s’apprêtant à y repartir. Nous attendons Romook qui tarde, qui tarde, qui tarde. Il ne sera certainement pas beau à voir. Je prépare les boissons, vérifie le ravitaillement en Snickers, et attend. Le voilà, il est 19H50, Km 94 officiellement. Mes craintes étaient fondées. Il court difficilement, son moral est visiblement atteint. Content d’arriver, il rentre de suite dans cette salle communale pour y trouver un peu de chaleur et de repos.



Il n’a pas vraiment d’appétit. Je lui demande s’il veut des pâtes. Je m’affaire à lui en trouver, mais la méthode de cuisson est originale : cuites dans une casserole posée sur une table, à l’eau bouillante sortie d’une bouilloire… Evidemment, pas de sel. Il ne se régale pas. Je lui sers un peu de Quézac, comme il me le demande. Sa maman le regarde avec une légère inquiétude, mais ce n’est pas le sentiment le plus profond qui l’affecte. Plus sûrement, elle s’interroge sur l’origine de ce jusqu’auboutisme qui a toujours caractérisé son fils. Elle s’en est confiée à votre serviteur durant l’après-midi. Elle se décide à ce moment de repartir pour Beugnies. Elle nous quitte, et je lui précise bien entendu qu’elle ne doit pas hésiter à me rappeler pour obtenir des nouvelles. Romook décide de s’appliquer ses baumes et de changer de vêtements dans la voiture, moteur allumé de telle sorte que l’habitacle soit chauffé. Je reçois plusieurs coups de fil à se moment là. Son amie Cat, qui prévoit de faire sonner son réveil cette nuit pour être sur la ligne d’arrivée. Albertine et Yogi Tougoudou, qui témoignent de toute leur amitié à Romook, mais prévoient certainement de dormir au moment du franchissement de la ligne à Lambersart… En tout cas, ils me tiendront au courant. Je rappelle tout de même Yogi Tougoudou à son devoir envers son ami Romook qui compte sur sa présence… Succès mitigé pour mon argumentaire ! Voilà, Romook est prêt, il repart, seul. 




Il fait vraiment froid à cette heure, la nuit est tombée depuis son arrivée. Prochain arrêt : Armentières. De mon coté, je me retrouve également seul, et condamné à dîner un steak-frite à « L’épi de blé » sur la place de Bailleul, un samedi soir. Consolation que Romook aurait aimé partager : une Grimbergen pression.

JC, à suivre...