Romook, ectoplasme bloguique

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mardi 9 septembre 2008

Le 10km de la Braderie de Lille

Il est difficile de se frayer un chemin à travers le village olympique. Beaucoup de coureurs se racontent leurs courses, d’autres font des étirements, ceux du 10km s’échauffent. Une jungle de sportif à traverser n’est pas une mince affaire, chacun étant concentré sur son objectif. De plus, avec ma médaille du semi autour du cou, il est évident pour tous que je ne fais pas partie des personnes « pressées ». Et pourtant, je regarde ma montre il est 10h53 et le 10 km commence à 11h. Il ne faut donc pas que je traîne trop car mon ami Will m’attend et je n’aimerais pas lui faire louper le départ… C’est sa première course officielle.

Pour me débarrasser de mon dossard, je me rends sous la tente des inscriptions et demande où doit-on le déposer. « Vous le jetez si vous voulez. » Comme il y a une puce électronique, je suis choqué de cette réponse car je me dis que si tous les dossards, ou tout au moins la majeure partie, étaient récupérés, ils pourraient être réutilisés une autre fois… Le raisonnement me laisse pantois et me voici en train de jeter mon dossard dans une poubelle.

En marchant, j’allume mon portable et appelle Will que je ne trouve pas au lieu de rendez-vous. Il est 10h56. Je lui laisse un message. J’entends un coup de feu. Il est 10h57. « Ca y est, ils sont partis pour 10km ! » crie la voix de l’animateur près de la ligne de départ… Ne voyant pas mon ami, je me dis que, vu l’imminence du départ, il est probablement près de la ligne de départ. C’est à 100m, j’y suis rapidement, en petite foulée. La place est déserte. Le peloton s’est élancé visiblement. Il est 10h58. J’appelle à nouveau Will sur son portable. J’ai le répondeur directement… Et là, je reçois un message.

C’est lui qui m’indique qu’il a donné mon dossard à un stand à côté de la ligne de départ où l’on vend des boissons… J’y suis. Tous les stands sont en train d’être démontés. Je cherche, je cherche. Je ne trouve rien, ni personne correspondant à la description qu’il m’a laissé… Même si je ne suis pas très fatigué, l’idée de repartir seul pour le 10km, sans dossard, me remplit de désespoir. J’hésite. Est-ce que je rentre chez moi ? L’idée d’une bonne douche me séduit. Il est 11h02. Le peloton est parti depuis un peu plus de 5 minutes. Bref, faire la course en solitaire dans ces conditions, avec le balisage du parcours qui va s’effacer au fur et à mesure que le peloton sera passé me laisse un arrière goût amer.

Il y a un rayon de soleil. Il est 11h03. L’idée à la base était d’accompagner mon ami et d’augmenter le kilométrage de mon entraînement. Je me rends compte que l’absence de dossard est sans importance pour cet objectif. Je branche ma montre GPS et je m’élance. En déroulant le boulevard de la Liberté, je me rends compte que je vais croiser le peloton en sens inverse de l’autre côté de la chaussée et qu’avec un peu de chance je verrais passer mon ami…

J’adopte un rythme assez rapide en espérant qu’il a démarré tranquillement et que je vais pouvoir le rejoindre. Au niveau du deuxième kilomètre, le peloton se déroule en face de moi de l’autre côté de la chaussée et je suis encouragé par la plupart des coureurs. Je trouve la situation cocasse. Je guette les visages afin de retrouver Will. 168 au cardio, c’est beaucoup, mais je suis pressé...

Au bout d’un quart d’heure de course et un peu plus de trois kilomètres, je le croise en sens inverse tout absorbé dans sa course. Je calcule que j’ai environ un kilomètre de retard sur lui, soit probablement les 6 minutes d’écart entre nos deux départs. Je continue quelques mètres le temps de m’apercevoir que, puisque je n’ai pas de dossard, je ne cours pas officiellement la course et donc je peux traverser la chaussée. Je le rejoins en quasi sprint et l’harponne par un : « Et alors, c’est comme ça qu’on garde mon dossard ? ».

Il est surpris et court à un rythme légèrement inférieur à 12 km/h puisqu’il me répond sans essoufflement qu’il est désolé et qu’il a eu peur que le coup de feu fasse partir le décompte de son dossard au niveau électronique… On se demande vraiment à quoi ça sert d’expliquer les choses, mais peu importe. Là, il est coincé dans un peloton où se côtoient ceux qui tentent de passer pour prendre leur rythme et ceux qui courent tranquillement, sans objectif de temps, juste pour le plaisir.

« Et t’as fait combien finalement ? – 1h47’ environ. – T’es pas trop crevé, tu cours quand même le 10km ? Oui, oui. Tu vois bien… » Son voisin vient de comprendre que j’ai couru le semi marathon juste avant. Son regard sur ma médaille, avec un air tout à la fois suspicieux et étonné, me donnera envie de rire. Je me contiendrai, bien entendu. Ce genre de situation me fait plaisir… Ce n’est pas de l’orgueil. C’est surtout de voir l’incompréhension des personnes qui croient être face à un phénomène anormal. Pourtant, ce n’est qu’une question d’entraînement... Il s’engagera une sorte de petite course entre lui et moi. Il me doublera plusieurs fois, je le dépasserai à nouveau jusqu’au moment où il me laissera sur place vers le 8ème kilomètre… Mais, revenons à la course.

Je dis à Will de me suivre et me voici en train de lui ouvrir la voie dans le peloton pendant deux kilomètres. Je profite de mon expérience pour repérer les passages, m’introduire dans les espaces, réclamer l’ouverture d’un couloir pour pouvoir passer. Il est sur mes pas et nous sommes sur un rythme à 5’ au kilomètre. Les coureurs sont extrêmement sympas et laissent la voie libre sans poser de problème. Bien au contraire, certains iront jusqu’à ajouter une petite phrase d’encouragement ou de politesse. L’ambiance est très différente du semi où chacun était centré sur sa propre performance. Ce ne sont pas du tout les mêmes catégories de coureurs entre ces deux courses.

Je commence à sentir la fatigue tomber sur moi. Pourtant, 160 au cardio, tout est ok. Au kilomètre 5, ravitaillement. J’en profite pour aller me prendre un abricot sec et d’un verre d’eau en courant. Je sens que j’ai besoin de reprendre des forces. Will, qui transporte son bidon d’eau dans le dos, ne ralentit pas et poursuit son chemin. Je m’élance à nouveau à sa poursuite. Mon compteur est bloqué à 12 km/h maximum. J’arrive à faire quelques pointes de vitesse pendant une cinquantaine de mètres, plusieurs fois. Je fais des pointes à 172 au cardio. Mais il a compris comment se frayer un chemin à travers le peloton et le voici qui zigzague de manière très efficace. Ce n’est bientôt qu’une petite pointe fluo à deux cent mètres de moi.

J’aimerais le rattraper, mais les accélérations par à coup sont difficilement supportables à ce niveau de la course. Je suis au kilomètre 7 (du 10km, ce qui correspond à mon sixième kilomètre depuis le début de cette « seconde course » et à mon 27ème kilomètre si on cumule avec ceux du semi) et je crois que c’est là que tout s’écroule… Si la vitesse n’est pas excessive : le poids du sac fait son effet et les kilomètres accumulés dans mes jambes rendent mes chevilles sensibles. Il est temps de lever le pied. Je ne suis pas en train de tenter de battre un record, mais de compléter un entraînement… Je ralentis et recherche la vitesse la plus « détendue », peu importe la performance. Will s’éloigne au loin et je sais que je n’arriverai plus à le rejoindre, ni à finir en sa compagnie.

Progressivement, je vais devoir lutter pour finir en courant. Plus le temps passe, plus j’ai la sensation de ralentir. Pourtant, je maintiens une moyenne de 11 km/h, à 150 au cardio. Le moral devient de plus en plus nécessaire pour avancer. Des coureurs et des coureuses, probablement partis trop vite, se mettent à marcher autour de moi. Même si j’ai ralenti, je continue à progresser dans un peloton dont le rythme s’est ralenti… Je suis concentré : l’objectif est de terminer.

Je suis seul dans mon effort. J’ai la sensation d’être dans la fin de la troisième heure des 4 heures de la Sentinelle, il y a quelques années… J’avance, en essayant de ne pas réfléchir. Juste un pied devant l’autre. Et ça marche. Je me retrouve, sans y faire attention, dans le dernier kilomètre. En traversant la Grand’ Place de Lille, le public nous bloque presque le passage à force d’encouragement. On dirait une image du Tour de France. Ca fait du bien. Je jette un coup d’œil à mon cardio, je suis à 142. Ca fait un moment que j’ai la sensation de ne plus avancer et mon cardio me le confirme… Allez, juste une dernière ligne de droite et c’est fini. Je me fais doubler de tous les cotés par des coureurs qui fusent et qui finissent en sprint.

Et là, une des nombreux bénévoles du parcours me lance un « plus que deux cent mètres ! » encourageant. J’ai un sursaut d’énergie et je réaugmente ma vitesse malgré la montée. Je pense que c’est plus l’idée d’en finir vite que l’idée de faire un temps qui m’a fait réagir. C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point on est sensible aux encouragements à ses moments-là… Les frissons sont garantis pour chaque marque d’attention.

Si le public, non coureur, non sportif, pouvait avoir une idée de l’effet que cela produit, il se rendrait compte à quel point cela peut être important d’être présent et d’encourager les anonymes qui luttent pour leur performance. A chaque course, chacun tente de battre son propre record « du monde ». C’est une lutte contre soi, contre la souffrance. Il n’existe pas de petit objectif dans les sphères personnelles de chaque sportif. Loin des championnats internationaux, des milliers d’anonymes, comme moi, tente de se dépasser à chaque course. Chaque exploit sportif est un monde qui se réinvente. C’est ça l’esprit du sport tel que je le conçois.

C’est pourquoi je voulais accompagner Will dans sa première course, que ce soit le semi ou le 10km. Voir dans ses yeux briller la lumière de l’exploit réussi, d’avoir réalisé quelque chose d’extraordinaire pour soi. Finalement, il l’aura réalisé sans moi puisque je serai resté derrière, sans pouvoir le suivre jusqu’à la ligne d’arrivée… Je viens de passer la ligne d’arrivée. 9,2 km pour un temps de 46’18’’, soit une moyenne supérieure à 11,5 km/h. Vu mon début de course, je pense que j’ai effectivement beaucoup ralenti sur la fin.

Le type du contrôle des dossards m’écarte, sans que je comprenne vraiment ce qu’il veut… Je le reconnais, c’est l’un des membres de mon club d’athlétisme. Il ne me reconnaît pas. Peu importe. Initialement, dans les brumes de ma course, je crois qu’il veut m’empêcher de passer la ligne d’arrivée parce que je n’ai pas de dossard. Idiot que je suis, je comprendrais une ou deux minutes plus tard qu’il est consterné de me voir arriver sans dossard, pensant que je l’ai probablement perdu et que mon temps ne peut donc pas être enregistré…

Will vient me trouver. Il est en pleine forme. Une jeune femme est en train de vomir, assise dans une couverture de survie, avec des secouristes autour d’elle. « J’ai fait 51’47’’… Mais je ne sais pas combien ça fait avec le dossard électronique. Tu vas bien ? – Oui, oui, tout est ok, mais il était temps que ça cesse…» En sortant vers le ravitaillement, il me raconte sa course avec des étoiles dans les yeux. La magie a opéré et j’en suis malgré mon arrivée tardive le témoin. Il m’a attendu à la ligne d’arrivée. C’est la première fois que je passe une ligne d’arrivée avec une personne qui me connaît et qui m’attend. Ca me touche énormément, même si je sais que c’est un peu un concours de circonstances… Il aurait pû aller se restaurer en m’attendant, mais non, il est là…

La situation s’inverse en quelque sorte puisque c’est lui qui me guide, sur mes instructions, vers la sortie. Direction eau. Fruits secs. Oranges. Faim et soif sont maintenant les deux sensations les plus poignantes de mon corps. On se réhydrate et s’alimente rapidement au milieu de l’agitation générale. Puis, il va falloir traverser la braderie qui se réveille pour retourner chez moi et Will chez lui. Il a un mariage et il faut qu’il se prépare. Il est déjà passé midi. « Hey Romook ! » Surprise ! Voilà Rafroufrou, un de mes amis. Il est écarlate. Il a couru le 10km, ça se voit tout de suite… On échange quelques propos etfera cette remarque qui m’a bien fait rire. « Wahou la star ! Dès l’arrivée du semi, on arrache le dossard et on en colle un autre pour le 10km et c’est reparti ! C’est tout toi, Romook, ça ne m’étonne pas ! » Pas possible de discuter plus longtemps et je l’abandonne pour accompagner Will à travers les rues encombrées de gens.

Quelques vingt minutes de marche plus tard, j’arrive enfin chez moi. Douche, les étirements indispensables, chili con carne, un demi-litre de coca, sporténine et au dodo. 1 heure et quart plus tard, une crampe m’indiquera qu’il faudrait mieux que je continue à boire et à rester réveillé. J’en profiterai pour commencer mon CR du semi… En cours de route, en rangeant mes affaires de course, je découvrirai que la poche à eau de mon sac contient encore un litre. Pourquoi je ne pouvais plus boire pendant la course alors ?? Réflexion faite : le tuyau a été bloqué par le fait que j’avais coincé la poche dans une poche intérieure plus petite que l’espace global du sac. Ce serait le premier enseignement de cette course. Il faut de l’espace pour la poche à eau.

Après avoir passé une bonne soirée dans la braderie, moules / frites / leffes et pâtisseries marocaines, je suis reparti à pied sans courbature. Néanmoins, le lendemain matin, au moment où je rédige ce CR, je m’aperçois qu’il n’est pas possible de courir à 12 km/h avec ce sac sur le dos. Raisonnablement et intellectuellement, j’en étais persuadé avant de faire la course. Mais comme je suis quelqu’un qui a besoin de faire des expériences physiques pour se convaincre des choses, mes jambes lourdes de ce matin me confirme ce que je pensais. Ce sera le deuxième - et certainement le plus important - des enseignements de ce week-end d’entraînement. Le Grand Trail du Nord se courra à 8 km/h de moyenne environ. Pas la peine d’espérer plus… Dans ce domaine, il faut que je connaisse physiquement les sensations pour accepter les choses.

En conclusion, l’objectif est rempli : courir 30 km sur le week-end avec le sac à dos. Je suis content et en forme. Tout va bien. Reste à affiner l’entraînement pour le 4 octobre prochain…

Romook, sur le pied de guerre

dimanche 7 septembre 2008

Le semi-marathon de Lille

La décision de s’inscrire

Il y a 3 ans, j’ai fait un temps de 1h36 au semi marathon de Lille. J’ai ensuite arrêté plus ou moins la course à pieds (nb de km annuel 2006 : 200, 2007 : 162…). Disons plutôt moins. Enfin, comme c’est le verbe « arrêter » qui est en question disons « plus »... Remarquons la difficulté linguistique d’accorder un verbe qui sous-entend « pas d’activité ». Quand on ne fait rien, en faisons nous « moins » en en faisant d’une manière inférieure… Bref. Je m’égare. Cette année, je me dis, après avoir repris la course à pieds au mois de mai et avoir fait un temps honorable aux 10km des foulées du barreau (45’43’’), je me laisse tenter par renouveler « l’exploit » d’avoir fait 1h36’, voire descendre en dessous…

C’était sans compter les vicissitudes de la vie et les différents impératifs de calendrier qui se promènent... Je décide donc que je m’inscrirais au 100km de Millau. Pour une fois que je ne suis pas en Chine au mois de septembre, autant en profiter. Mais bon, problème de logistique, etc… Je m’aperçois que ça va être trop compliqué et qu’il va être difficile de caser un entraînement pour « finir » le 100km de Millau pendant l’été. Il faut dire qu’il y a de quoi être impressionné. Je renonce sagement au projet.

Et là, je tombe sur le Grand Trail du Nord (136 km) qui se déroule les 4 et 5 octobre 2008. Je n’hésite pas une minute et décide de m’inscrire. Il faut maintenant se préparer. Ainsi est faite la vie de l’athlète consciencieux que je souhaite être. Tout d’abord, c’est la première fois que je participe à un trail. Ensuite, c’est quand même 136 km. Là où j’avais renoncé au 100km à cause de la distance, je m’inscris à une distance supérieure sans même me poser de questions. Ne cherchez pas l’erreur, elle est probablement enfouie dans le désordre mental de mon inconscient. C’est ça aussi la course à pieds. Surtout dans mon cas.

Ce week-end, c’est la braderie de Lille, ce qui signifie en français de tous les jours, l’impossibilité totale de faire une sortie longue normale. Il faut donc trouver une échappatoire. Reste donc le semi marathon qui se profile avec ses 21,1 km qui feront donc office de sortie longue. La préparation de mon trail avançant, je me rends compte que tenter de battre mon record – outre le fait que je ne pense pas être suffisamment préparé pour ce type d’effort de vitesse – risque d’avoir pour conséquence une récupération beaucoup trop longue qui risque d’empiéter en récupération sur ma préparation « trail ».

Renonçant donc à faire un teps, je me dis que c’est le moment de se faire peur avec le matériel. Je décide de faire le semi marathon avec mon petit sac à dos rempli du nécessaire obligatoire du trail. Le poids total, eau comprise : 3 kg. Dans ces conditions hors de question de faire une performance. Ce serait suicidaire pour les tendons et catastrophique pour l’entraînement. Je serai donc raisonnable.

L’amitié, un élément perturbateur source d’originalité

Parallèlement, mon ami Will m’indique qu’il aimerait courir son premier semi et je l’accompagne. Après avoir visé le type d’entraînement qu’il fait (3x45’ dont il ressort systématiquement « cramé » puisqu’il court ça à fond de cale), je commence à lui apprendre à courir « lentement. » Il découvre alors le plaisir de courir et de pouvoir se livrer à d’autres activités par la suite.

Malheureusement, après une semaine d’insomnie, Will ne se sent pas capable d’affronter cet effort du semi et décide de s’inscrire sur le 10 km de Lille. Et là, les complications arrivent pour le petit Romook. C’est la première course officielle de Will et Romook ne se sent pas capable d’abandonner son ami qui lui dit qu’il va « tenter de partir sagement » avant d’augmenter la vitesse. Il aimerait faire un temps de moins de 50’. Généreusement – et surtout parce que les horaires sont compatibles et que ça donne l’occasion d’augmenter le kilométrage - Romook décide de l’accompagner pour le 10 km.

La seule contrainte est de finir le semi marathon avant le départ du 10km. Le premier débutait à 9h00 et le second à 11h00. Problème technique également, mais qui a son bon côté, le dossard électronique. Lorsque je prends les deux dossards (un pour le semi, l’autre pour le 10km), on me précise en effet que je ne peux pas les porter tous les deux en même temps… même si l’un d’entre eux est caché dans le sac. « Ils sont très sensibles et vous pourriez avoir des problèmes à l’arrivée pour le décompte de votre temps. » Je remets donc celui du 10km à Will, à charge pour lui de me le remettre au moment du départ. Je lui explique bien le côté positif qui est que le dossard prend en compte le moment où il passe la ligne de départ et d’arrivée, mais que le chrono officiel affiché ne doit pas être pris en compte, ce qui peut être un avantage dans le cas de long peloton…

Fort de cette nouvelle information, je mets en balance toutes mes contraintes : port du sac à dos (poids 3kg) et nécessité d’être arrivé avant le départ du 10 km. J’en conclus, vu la configuration des lieux, que je dois réaliser un temps proche de 1h45 pour avoir de la marge et me permettre de « récupérer » entre les deux.

La préparation

Vu l’épreuve qui m’attend, je fais ce que j’aurais fait si j’avais dû juste courir le semi marathon. Cette phrase a quelque chose d’étrange que j’aime beaucoup. Je suis du genre à tout faire à la dernière minute et, là, en l’occurrence, je vais faire ce que je ne fais jamais mais que je devrais toujours faire : tout préparer d’avance. Vendredi soir, je mange des pâtes. Ensuite, je prépare mon paquetage (tee shirt, accroche du dossard du semi, choix des chaussettes (une jaune fluo et une orange fluo, c’est pour reconnaître le sens dans lequel je dois mettre les chaussures), prépare la crème NOK et les sparadraps pour le lendemain et, enfin, note mes temps de passage. 22h30, direction dodo pour arriver frais et dispo.

Pendant un moment, je me demande même s’il est raisonnable de courir avec le sac à dos. Le calendrier me répondra : dans 4 semaines, je cours le trail et le cycle de construction du muscle est de 21 jours. En clair, c’est l’un des derniers moments où je peux faire une montée en charge musculaire utile pour ce trail avant de décélérer progressivement sur l’entraînement. Donc, il ne faut pas hésiter.

La nuit, je dors correctement un drôle de rêve… Je m’aperçois que j’ai oublié le départ du semi marathon et, honteux, je décide de ne pas venir – ni de prévenir mon ami – au 10km… A chaque fois que je me réveille, je suis inquiet et certain que ce n’est pas un rêve mais que c’est arrivé la veille… Très étrange. En fait, cela traduit simplement mon angoisse de ne pas finir le semi dans le temps d’1h45, voire 1h50 (marge maximum que je me suis laissé), et que mon ami se sente un peu perdu au départ du 10km. La question n’est pas de finir le semi marathon, mais de l’état dans lequel je vais le finir. Toutes mes sorties avec le sac se sont faîtes à une moyenne inférieure à 10 km/h, ce qui n’est pas trop encourageant même si les terrains n’ont rien à voir. Le matin me trouve reposé. Un petit café et rien d’autre pour le petit déjeuner. Je sais, mais c’est mon habitude, que ce soit une course ou non. Petite douche. Habillage. Un peu de vaseline à l’entrecuisse, quelques sparadraps sur les tétons et de la crème nok sur les pieds plus tard achève de me préparer. J’y vais. Il est 8h30. J’ai un peu moins de 10 minutes à pieds en trottinant pour me rendre au lieu du départ, ce qui est une forme d’échauffement agréable. Je suis vraiment stressé, comme si c’était la première fois que je courais ces distances et que je n’étais pas sûr d’y arriver. Rien de très rationnel tout ça au vu de mes 230 kms alignés au mois d’août. L’être humain est ainsi fait.

Sur le chemin, je reconnais quelques personnes avec lesquels j’ai l’habitude de travailler. Quelques blagues fusent. Ca me détend et j’oublie mes petites angoisses. C’est le moment de rejoindre la ligne de départ. J’y vais. Je m’élance. C’est parti pour 21,1 km.

Le semi-marathon


Le départ se fait avec des difficultés de connexion de mon gps de course. Cet instrument m’apparaît comme le complément indispensable de toute course. Je fais partie de ces coureurs qui court « scientifiquement », en respectant bien proprement leur temps de passage, n’accélérant et ne décélérant qu’en cas de très bonnes sensations ou très mauvaises. Le gps, en m’indiquant très exactement la distance parcourue, me donne donc des informations que je qualifie de « parfaite ».

Je passe le premier km en 5’ très exactement. Il me semble qu’il y a moins de monde que les autres années. Pas besoin de doubler partout et de se trouver un chemin pour se faufiler. Je repère d’ailleurs un homme aux cheveux blancs qui a l’air d’être calé sur le kilomètre en 5’. Je ne le perdrais qu’au bout de dix kilomètres.

Les sensations sont très bonnes. Je suis assez inquiet de la manière dont mon corps va réagir. Mais, aucun signal d’alarme. Rien. Presque désespérant. Les sensations sont idéales. En arrivant au niveau des ravitaillements, je m’aperçois que j’ai oublié mes gels énergétiques. Qu’importe. J’ai des barres énergétiques à la « banane. » Un produit que je ne connais pas et que j’ai pris à la place des barres de céréales. Quitte à courir avec le sac à dos, il faut que ça corresponde au mieux aux conditions futures de ma course. Donc, j’ai pris le parti de bouder tous les ravitaillements.

Au bout de 20’ environ, les premiers coureurs arrivent en sens inverse. Quelle grâce ! Quelle vitesse ! On dira qu’ils volent sur le bitume. L’année dernière, le premier a réalisé le temps de 59’45’’… Inutile de vous dire quel effet se produit lorsqu’ils passent. Tout le peloton les encourage et c’est vraiment pour moi une grande émotion. J’espère que pour eux c’est pareil, même s’ils ont l’air d’être sur une autre planète sportive…

Les kilomètres s’alignent avec une régularité de métronome : 5’, 10’, 15’, 20’… Au dixième kilomètre, je perds mon coureur aux cheveux blancs et il est remplacé par une coureuse qui présente l’avantage d’avoir des spécificités physiques esthétiques particulièrement attractives. Tout coureur mâle dont la vitesse semblait être choisie pour rattraper un retard semble pris de ralentissement subi à sa hauteur et ne peut s’empêcher de retenir son allure quelques centaines de mètre. Un de mes voisins de course que je surprendrai en flagrant délit d’observation de la foulée de la demoiselle me laissera un clin d’œil, voulant me rendre complice de sa turpitude. Or, je tiens à signaler mes honnêtes intentions à l’égard de cette aimable jeune femme, toute de noir vêtue, excepté une veste de course blanche, nouée maladroitement autour de sa taille. Le caractère maladroit du nœud n’était pas, bien entendu, sur le nœud en lui-même, mais bien sur le fait d’avoir posé un vêtement sur ses hanches, ce qui limitait la possibilité d’étudier à loisir cette foulée quasi parfaite à 12 km/h. Ne perdons pas de vue l’essentiel, je dois maintenir une allure régulière.

Arrivé au quinzième kilo, 1h 25’ of course, la jeune femme décide à la suite d’un ravitaillement d’accélérer. Confiant dans mes choix – et sachant que j’ai le 10km après cette course – je la laisse filer, décidant de rester un anonyme admirateur de cette foulée qui risque de me hanter quelques temps. Mais, que se passe-t-il donc ? Le tuyau de mon sac à dos est-il bouché ? Aurais-je épuisé 1,5 litres d’eau ? Impossible de me sustenter en eau. Je fais donc le seul crochet ravitaillement du semi marathon pour me saisir d’une boisson énergétique bleue – sûrement une invention des schtroumpfs. Et je poursuis mon chemin.

Le détour au ravitaillement avec l’arrêt (je suis revenu sur mes pas pour éviter les coureurs) que cela m’a imposé me fait perdre 2’30’’. Je reprends mon rythme à 12 km/h, bien déterminé à ne pas rattraper mon « retard ». Je continue donc à voir s’aligner les kilomètres avec une régularité surprenante, même lors de « dénivelé ». S’il vous plaît, il ne faut pas rire de ce dénivelé qui nous a fait prendre au moins 3 m en 400m. Lorsque tout est totalement plat, ce genre d’obstacle vous le ressentez, même si c’est surtout au niveau psychologique.

Au kilomètre 19, un coureur me demande s’il y en a encore « pour longtemps ». Je le renseigne. Ce sur quoi il m’informe qu’il a mangé une orange qui lui a donné des ballonnements. J’y vais donc de mon petit conseil en lui précisant qu’il est bien de se nourrir un peu pendant les entraînements pour habituer l’organisme à assimiler de la nourriture pendant que l’on court. Sur ce, je continue ma course tranquillement.

Un petit mot pour signaler que si les conditions météo étaient idéales pour les coureurs (15°C, nuageux, sans pluie), il n’en était pas de même pour les spectateurs qui ne bénéficiaient pas de la décharge énergétique de l’ATP pour les réchauffer. Et pourtant, ils étaient là avec leurs encouragements, que ce soit au bord de la route, sur le pas de leur porte ou à leur fenêtre. Merci à eux tous !

Et voici l’arrivée qui se profile. Je suis dans les temps : 1h47’30’’ à mon chrono. Il reste à comparer celui du dossard. D’ailleurs, c’est quelque chose d’énervant que de voir un grand panneau « Arrivée » et d’être touché par les raquettes du contrôle de temps presque trente mètres plus loin. Comme il y a plein de coureur, on ne le sait pas et on perd officiellement du temps…

Bref, pas de souci aux jambes. Je suis paré pour faire un 10km dans les mêmes conditions, à 12 km/h. Avant ça, il faut sortir du sas des coureurs, récupérer la médaille, oh ! voir la coureuse à la si gracieuse foulée et… Pas le temps. Direction le 10 km.

Romook, suite au prochain épisode