Romook, ectoplasme bloguique

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mardi 1 juillet 2008

Le yaourt à la chicorée

Parmi les nombreux hobbies de mon existence, il y a aussi celui de la cuisine, pourtant délaissé à cause d'un manque de temps croissant... Je tiens pourtant à vous livrer ma recette originale du yaourt à la Chicorée, recette qui a été inventée par votre blogueur préféré. Savoir faire des yaourts est un préalable nécessaire à la réussite de cette recette. Vous constaterez à la lecture de cette recette qu'il y a pas mal d'ingrédient en plus... Mais la chicorée a un côté acide qui ressort encore plus dans le cadre d'un yaourt. C'est pourquoi l'ensemble de ces autres ingrédients me semble nécessaire pour obtenir ce délicieux yaourt et atténuer l'acidité naturelle de la Chicorée (je pars du principe que les doses sont pour un litre de lait entier environ).

Faites chauffer le lait à une température de 60° C environ, puis ajoutez de la chicorée (EN GRAINS! une cuillère à soupe environ) et de l'extrait de vanille (moins qu'une cuillère à café, ce n'est pas un yaourt à la vanille, je le rappelle à tout hasard). Laissez refroidir naturellement pendant que la chicorée infuse... Au bout de deux minutes environ, ajoutez un clou de girofle. Remuez doucement le précieux breuvage qui se forme sous vos yeux...

Pendant ce temps, vous pouvez déguster un délicieux chapitre de l'Ethique de Spinoza, sauf si vous n'aviez pas pensé à préparer le récipient qui recevra le liquide chauffé auquel cas dépêchez vous et arrêtez de lambiner devant ce blog... Dans ce récipient, vous jetterez environ 100 grammes de sucre et vous ajouterez également un peu de noix de muscade (attention, juste un tout petit peu), un peu de cannelle, un peu de ras el nout, un peu de curry.

Pour les esprits scientifiques qui aiment les précisions, je dirai qu'un peu de noix de muscade correspond très exactement à trois petits coups de rappe (si vous avez une noix entière) ou à un tapotement léger sur de la poudre de muscade (surtout si elle est très récente et pas encore aglomérée par l'humidité - oui, je sais, mais j'habite dans le Nord, chacun fait avec ses conditions climatiques). Pour la cannelle, c'est pareil, mais ce n'est pas grave si vous doublez la dose. Pour le Ras El Nout, même traitement que pour la noix de muscade, mais évitez de doubler la dose. Idem avec le curry.

Ben voilà, on touille tout ça un peu pour avoir un mélange homogène. A priori, quand on le regarde, ça semble être du sucre un peu sale, mais c'est franchement plus proche du blanc comme couleur. A ce moment-là, cela fait déjà bien 4 minutes que votre mélange infuse, vous posez l'Ethique de Spinoza et vous filtrez votre lait chaud à travers une passoire directement dans votre récipient.

Là, vous reprenez votre Ethique de Spinoza. C'est le moment de souligner vos passages préférés. Pour ma part, un de ceux que je préfère est celui-ci :

CHAPITRE XIX
L’amour libertin, en d’autres termes, la passion d’engendrer qui naît des sens, et en général tout amour qui a une autre cause que la liberté de l’âme, se change facilement en haine, à moins, ce qui est pire, qu’il ne devienne une sorte de délire ; et dans ce cas, la discorde lui sert d’aliment bien plus que la concorde (voyez le Coroll. de la Propos. 31, part. 3).

CHAPITRE XX
Quant au mariage, il est certain qu’il est d’accord avec la raison, à condition que le désir de l’union sexuelle ne vienne pas seulement du corps, mais qu’il soit accompagné du désir d’avoir des enfants et de les élever avec sagesse. J’ajoute encore cette condition, que l’amour des deux époux ait sa cause principale, non dans le sexe, mais dans la liberté de l’âme.

Lorsque vous avez fini de méditer sur l'Ethique de Spinoza, c'est-à-dire que la température du mélange est tombée en dessous de 20°C, je vous conseille d'ajouter le yaourt / ferment qui vous permettra de transformer cette mixture en un yaourt original qui régalera petit et grand et de bien fouetter le tout (énergie que vous tirerez du passage sur l'union sexuelle qui naît du désir de s'élever l'âme). Ensuite, juste avant de reprendre votre lecture, remplissez vos pots de yaourt et mettez en route la yaourtière (ou votre procédé habituel si vous faîtes autrement).

Laissez fermenter pendant 8 heures.

Sortez vos yaourts de la yaourtière et mettez les au réfrigérateur pendant 4 heures. Finissez la lecture de l'éthique pendant ce temps.

Bienvenue dans l'univers gustatif romookien!

Romook, quelqu'un peut m'expliquer pourquoi j'ai choisi de mettre en place le dictionnaire automatique polonais de Firefox?
PS : La recette fonctionne aussi avec "La philosophie dans le boudoir" de Sade. Vous rapprocherez le passage suivant, en une utile comparaison, avec le précédent cité de Spinoza, juste avant d'utiliser le fouet bien sûr.

Eugénie, rougissant : Oh, ciel ! je suis d'une honte !

Dolmancé : Éloignez de vous ce sentiment pusillanime ; toutes nos actions, et surtout celles du libertinage, nous étant inspirées par la nature, il n'en est aucune de quelque espèce que vous puissiez la supposer, dont nous devions concevoir de la honte. Allons, Eugénie, faites acte de putanisme avec ce jeune homme ; songez que toute provocation faite par une fille à un garçon est une offrande à la nature, et que votre sexe ne la sert jamais mieux que quand il se prostitue au nôtre : que c'est, en un mot, pour être foutue que vous êtes née, et que celle qui se refuse à cette intention de la nature sur elle ne mérite pas de voir le jour.

mercredi 7 mai 2008

Cuba Libre

Hier soir, pris d'une soudaine envie de me rafraîchir avec un bloody mary, je me dirige vers le bar en revenant de mes cours (22h20). Au bar, on m'annonce qu'il n'y a pas de jus de tomate. Le drame.

Je consulte alors la carte des cocktails, franchement décidé à ne pas repartir sans avoir avalé une gorgée d'un breuvage alcoolisé quelconque autre que la bière. Le Gin Fizz me fait un clin d'œil, mais on m'annonce qu'il n'y pas d'eau gazeuse pour le faire. Re-drame.

Pragmatique, je demande quel cocktail est disponible. La serveuse - qui fait aussi office de barman - consulte la carte, me regarde et m'annonce d'une voix claire : "une bière?" Je ne me laisse pas démonter et répète ma question : "Qu'avez-vous en cocktail?" et pour éviter toute confusion linguistique avec un synonyme que je ne connaîtrais pas en chinois, je lui montre du doigt la liste des cocktails. La réponse est tout aussi limpide : "Une bière?" Là, je me dis qu'il faut que je prenne vraiment les choses en main.

L'hôtel dans lequel je loge est le même depuis trois ans, à raison de quatre séjours d'une durée de dix à vingt jours à chaque fois. Evidemment, étant le seul étranger parlant chinois et venant aussi souvent, le personnel a créé avec moi des liens d'affections qui dépassent la simple relation clientèle. En clair, je suis un peu comme chez moi. Je lui demande donc où elle range les alcools et lui annonce que je vais me le faire moi-même. Elle sourit :

"Vous savez faire les cocktails?
- Oui.
- Ce n'est pas possible. Votre spécialité c'est le droit, pas l'alcool.
- Non, non. Quand j'étais petit, ma spécialité c'était l'alcool. Et la cuisine aussi.
- Ah?! Je ne vous crois pas.
- Si, je vous assure, je sais faire la cuisine.
- Vous savez faire quoi ?
- Je sais cuire des œufs, de la viande, du riz, des légumes. Le riz, je sais même le cuire sans machine (ndlr : si un chinois n'a pas de machine à cuir le riz en Chine, il meurt de faim : personne ne leur a jamais appris à faire chauffer de l'eau et à cuire le riz).
- Oh! là! là! Comme vous êtes intelligent. Je ne sais pas faire la cuisine.
- Et vos alcools sont où?"

Même si on fait copain - copain avec l'ennemi, il ne faut pas perdre de vue l'objectif essentiel : principe diplomatique de base. Elle me conduit à la réserve. Je regarde un peu tout : whisky (black label et red label), vodka (smirnof), grand marnier, cognac, rhum (baccardi), tequila (conquistador (vide) et jose cuervo especial), campari, martini (blanc, rouge).

"Il y en a beaucoup, non?"

Je me faisais justement la réflexion qu'il n'y avait pas grand -chose... Enfin, tout le monde ne peut pas avoir mon bar. Bref. Va pour un rhum coca. Je lui dis : "Je vais faire un rhum coca." Réponse : "Il n'y a pas de ume."

J'ai beau avoir passé pas mal de temps dans ce pays, je me fais encore avoir par des pièges culturels de base. Evidemment, la bouteille de Baccardi trône devant moi, elle est pleine : il n'y a pas de rhum. Non, il n'y a pas de rhum. Il y a du Baccardi, nuance. La jeune chinoise devant moi, qui travaille ici depuis déjà trois ans, ne connaît pas les grandes familles des alcools et confond donc les marques avec les produits. C'est d'ailleurs en partie pour ça qu'il n'y a pas de cocktail puisque les recettes utilisent les mauvais termes : vodka au lieu de smirnoff, tequila au lieu de conquistador, rhum au lieu de Baccardi...

Je commence donc à expliquer ces légères nuances à mon interlocutrice qui ne peut pas réprimer un fou rire. Il est 22h45, je suis devant l'ensemble des bouteilles, je n'ai toujours rien bu et on me prend pour un idiot. En d'autres lieux et d'autres circonstances, la moutarde me serait montée au nez. Ses collègues accourent. Je vais me faire lyncher en public. Elle leur explique le principe sus-énoncé, vodka/smirnoff, etc... Fou rire général.

Certains me félicitent pour mon humour. Je ris de bon cœur avec eux. Allez, ils sont gentils. Poussée par la bonne humeur générale, la voilà qui surenchérit en expliquant que je lui ai dit que je savais faire les cocktails. Magnifique : aucun comique n'oserait rêver d'un tel fou rire de son public, de si bon cœur, même au sommet de sa carrière. Je ris aussi. Mais, surtout j'ai soif.

Soyons pragmatique. Puis-je avoir un coca? Il y a du pepsi. Ok, c'est bon, ça va aller. Puis-je avoir du Baccardi? Un verre? Une rondelle de citron? Des glaçons? Merci beaucoup. Ils ont cessé de rire et me regarde préparer le um cola. Une fois terminé, je leur annonce qu'on appelle ça un cuba libre. Ils n'en croient ni leurs yeux, ni leurs oreilles. J'ajoute qu'on appelle ça plus communément un um cola. Et là, Ô surprise, il y en a un qui annonce : "vous voulez dire que c'est ça un rhum coca." La machine se renverse. Je suis devenu un être supérieur : je sais faire les cocktails.

Du coup, on m'explique qu'ils ne savent pas faire les cocktails car le nom des alcools à utiliser n'est jamais écrit dans les recettes que leur ont donné leurs chefs. A chaque fois, c'est écrit "rhum", "vodka" et d'autres noms dont ils n'ont pas les alcools. Professeur Romook, du calme, il faut leur réexpliquer. De la pédagogie. Du calme. Ça va aller.

Réexplication en prenant chaque bouteille pour montrer le terme générique "vodka", "rhum" etc... Une belle leçon. Evidemment, la serveuse n'a pas pu s'empêcher d'expliquer que si je savais tout ça, c'est parce que ma spécialité c'était l'alcool quand j'étais plus jeune. Il y a des blagues qu'on ne devrait pas faire. On m'a offert le verre pour me remercier de la leçon de chose.

On pourrait se dire que les chefs pourraient leur expliquer. Mais ce serait oublier que ces alcools sont très répandus en Europe mais pas du tout en Chine... En conséquence, ils ne savent pas non plus comment faire les cocktails. Donc ils laissent leurs employés se débrouiller seuls. Résultat : la carte des cocktails est une carte inutile. Gageons que la leçon aura porté ses fruits. Comme m'a dit une serveuse ce midi, "c'est très agréable de discuter avec vous car on apprend beaucoup de chose". Moi aussi, Mademoiselle, j'apprends beaucoup en discutant avec vous.

Romook, cuba libre

jeudi 13 mars 2008

10 associations de goût sans réfléchir

Et bien voilà, me voilà harponné par Elisabeth dans le cadre d'une chaîne de goûts... Je ne vais pas m'en plaindre car, depuis plusieurs jours, je traîne la patte pour écrire sur mon blog.... Considérant que plus le temps passe, moins ça n'a de sens de rattrapper les billets perdus, ce qui met en place un cercle vertueux... Non, mon blog ne sera pas abandonné grâce à la malicieuse intervention d'Elisabeth.

Le but, pour ceux qui ne sont pas aguerris à ce type d'exercice de style bloguesque (j'explique surtout pour Anna et Yogi Tougoudou), est de faire 10 associations de goûts sans réfléchir et qui permettent de mieux découvrir les arcanes psychologiques cachées du blogueur visé. Quand quelqu'un vous a dans le colimateur, vous devez déférer à son invitation sous peine d'excommunication de la blogosphère (bien pensante). Bref, je me soumets à l'exercice car j'estime Elisabeth - et que pour une fois qu'on pense à moi, ça me donne la sensation d'exister.

Vodka, Baileys et grenadine : une recette de cocktail imbuvable appelée "cervelle de chacal". Vous prenez un grand verre à eau que vous remplissez de vodka (comme si c'était de l'eau). Oui, je sais, c'est une dose monstrueuse... C'est aussi pour ça que c'est imbuvable. Dans le fond doit stagner - et j'insiste sur le terme stagner - le Baileys qui, au contact de la vodka, a "précipité" (vous savez, les masses gluantes comme dans les TP de chimie au lycée) dans un fond de grenadine. Pour que le cocktail soit réussi, il faut impérativement que la vodka ne soit pas trouble. Quand on vous le sert, l'effet est garanti : on a l'impression de voir une cervelle de chacal dans le formol. C'est inesthétique à souhait. Rassurez-vous à boire, c'est pire. En souvenir d'une soirée mémorable avec mes cousins du douaisis. Le lieu sauvage où ce breuvage a été inventé s'appelait "Le cheyenne". Un bar improbable, où à l'extérieur trônaient quelques mobylettes trafiquées. A l'intérieur, face au poster de Johnny grandeur nature, quelques barbus musclés en cuir, sentant l'huile grillée, dégustait les cocktails "maisons". Toute la carte était à vomir. Rien n'y fit. Je devais goûter le "Pink Riviera", le "Grinman" et la "cervelle de chacal". J'ai survécu aux trois cocktails. Seule une recette me revient en tête malheureusement... Le Cheyenne a brûlé, emportant heureusement avec lui ses recettes.

Pâtes à la crème fraîche et aux croûtons : Je suis au Sénégal et Charlie qui adore l'ail (et veut en mettre partout) réalise des croûtons à l'ail. Après, ne sachant pas quoi en faire, il leurs invente une justification en faisant des pâtes à la crème fraîche. Il met les croûtons dedans pour qu'ils soient bien imbibés du jus. Mais les croûtons maison, faits à base de pain grillé, se gorgent de crème fraîche et commencent à se déliter dans les pâtes. On a mangé de bon coeur car l'intention était bonne, à défaut du reste.

Flamiche aux maroilles et crème fraîche : J'ai toujours été choqué par les gens qui mettaient de la crème fraîche dans la flamiche aux Maroilles. Pas de ça avec moi, SVP, ça me rend vraiment irrascible. Y a des sujets qui ne prêtent pas à discussion, ni à plaisanterie. Ok?!

Leffes et Bloody Mary : D'aucuns se rappelleront cette journée mémorable où j'ai bien cru mourir. Dernier examen oral pour obtenir un titre dont je tairais le nom. Je fais partie des premiers à passer cet examen. Mes camarades de promotion m'enjoignent à aller les attendre devant une petite leffe au bar de la fac après l'épreuve. Je ne suis pas homme à me débiner. Je les attends donc. En plus, à 1 euro la Leffe, on ne peut pas refuser. J'arrive au bar vers 14h30. Je prends une leffe. 15h, arrive un camarade, une autre leffe... Passons les détails : chaque demi-heure, un camarade arrivait, suivi immédiatement de la leffe correspondante. A 20h, nous décidâmes d'aller nous restaurer. S'en suivit donc un plat de 300 grammes de pâtes pour 8 personnes et deux bouteilles de vin rouge. Fin des examens oblige, à 22h, nous partions dans un bar où se poursuivit nos exploits jusqu'à 2 heures avec force cuba libre... Sur ce, il me semblait adéquat d'éviter tout malentendu en invitant quelques comparses à venir déguster quelques whisky. A 5 heures du matin, je me retrouvais seul chez moi. Dodo. Vers 6 heures du matin, pris d'un étrange et inexplicable mal de mer, je me rendais aux commodités pour m'apaiser légèrement. Le va et vient entre ce lieu et mon lit se poursuivit jusqu'à 11h30 du matin, tous les 1/4 d'heure... C'est à cette heure là que je décidais que j'allais simplement mourir. Une voix veillait et me rappelle une phrase prononcée par un de mes oncles : "Quand tout va mal et qu'il n'y a plus de solution : il reste encore le Bloody Mary!". J'avais horreur du jus de tomate, mais dans de telles conditions, où du citrate de béthaïne en passant par le motilium et la bière, tout avait été tenté et rien n'avait fonctionné, je me lançais dans l'expérience bloody marienne. Deux gorgées ont suffi pour stopper net le va et vient. Deux Bloody Mary plus tard, j'étais sur pied. Le soir même, nous fîmes la fête (pour les résultats cette fois) et j'alternais toute la soirée Leffe et Boody Mary. Depuis ce jour, pas une soirée ne se déroule sans que je ne rende hommage à cette boisson miracle.

Feuilleté saucisse et sauce chocolat : Premier voyage en Angleterre. Breakfast. On nous sert, à moi et Olivier mon compagnon d'infortune (deux jeunes garçons de 14 ans), un feuilleté saucisse. C'étaiot appétissant jusqu'à ce que la sauce marron coule dessus. Intrigués, nous goûtons. C'était une sauce chocolat. Bienvenue en Angleterre.

Café et triple chocolate cookies : Mon breakfast anglais pendant mon séjour à Londres de deux mois. Le cookie provenait de chez Ben's cookie dans le quartier de Kensington, juste en face de la concession Lamborghini (l'enseigne blanche et rouge sur la photo). Un régal! Vous pouvez voir l'emplacement exact (juste à la sortie gauche de South Kensington)



Miel et cire : Pendant l'extraction du miel, le plaisir de mettre dans la bouche des morceaux de rayon de cire avec le miel à peine désoperculé... Sans parler de l'odeur et du bruit !! L'odeur parfumée du miel que l'on est en train d'extraire est incroyable. Par ailleurs, il faut savoir que le miel a pendant deux ou trois heures un goût inimitable qui se perd malheureusement définitivement passé ce délai. Le bruit? Les inévitables demoiselles rayées qui accompagnent l'apiculteur faisant sa récolte bien sûr.

Margaux et odeurs corporelles : La bouteille de vin qui permet de faire la transition pendant la courte pause nécessaire au rechargement des batteries. J'étais jeune (!)... Des amatrices ? Décidément je ne peux pas écrire ça. Ca va finir par jaser et certaines vont croire que je ne suis pas fidèle...

Pain d'épice, boisson énergétique à l'orange, chocolat : Pendant mon entraînement à la course à pied de plusieurs heures consécutives, l'obligation de s'alimenter correctement... Course à pied de sept heures trente à Villepreux. Sept heures trente à souffrir dans le froid et à avaler ces trois produits en quantité invraisemblable... 52 km réalisés en ingurgitant ces aliments à tout instants. Dans l'avesnois, 57 km (5h30) avec ces trois aliments encore... Les quatre heures de la Sentinelle aussi... Plus les heures d'entrainement... Résultat : le goût orange et le pain d'épice, bof, bof... Pour le chocolat, pas de souci :-)

La sucette à la framboise avec un chewing-gum dedans et le cèdre bleu de l'atlas : Mon petit plaisir du collège. Tous les jours, cinq ou six sucettes... J'adorais ce goût chimique de framboise. Je les dégustais en contemplant un arbre majestueux dans un jardin environnant le collège : un cèdre bleu de l'atlas. Les deux sont restés indissociablement liés. Quand je sens le goût de la framboise, je pense à mon arbre et inversement. Faut pas grand chose pour détraquer un individu...

Voilà, j'ai réalisé mon parcours du combattant bloguesque. Je passe le flambeau à Yogi Tougoudou en mal d'inspiration, à Nathalie (clopin- clopant) jamais en mal d'inspiration et d'une manière générale à tous ceux qui lisent ce blog et se sentent suffisamment intéressés tentés investis par ces 10 associations de goût pour m'indiquer en commentaire qu'ils se sont soumis à ce petit jeu de manière libre et consciente. Pour ceux qui n'ont pas de blog, aucune raison d'y échapper pour autant : il y a la possibilité de laisser un commentaire, c'est pas fait pour les chiens.

Ainsi, Ania est cordialement invitée à se manifester de toute façon la connaissant elle aurait naturellement pris la parole.

Y a une association de goût que j'apprécie mais que la décence m'interdit d'écrire. Je vous laisse deviner laquelle. Ca a un rapport avec le sexe féminin.

Romook, ça c'est fait

samedi 22 septembre 2007

J'ai mangé du serpent

Hier soir, je suis allé dans un restaurant de Wuhan afin de déguster quelques plats encompagnie d'un enseignant qui m'accompagne en Chine et d'une avocate chinoise, assez charmante il faut bien le reconnaître.

Le moment du choix des plats en Chine est un moment crucial. Vous devez vérifier que vous avez bien :

  • un plat de viande,
  • un plat de poisson,
  • un plat de pâtes / riz,
  • un plat de légumes et/ou de fruits...


Après cela, vous devez vous attacher à choisir des consistances différentes :

  • molles,
  • croquantes,
  • fondantes,
  • etc...


Puis, variez les goûts :

  • salés,
  • sucrés,
  • épicés,
  • etc...


La variété des plats dénotent de la capacité de votre esprit à savoir synthétiser ses différentes parties du repas. Ainsi, la responsabilité du choix des plats est souvent le fait d'un homme assez âgé, qui "prend en main" la situation, ou alors est collectivement partagé dans un chaos invraisemblable de désirs où chacun fait prévaloir son plaisir sur l'objectivité de la nécessité de choisir un plat moins apprécié, mais plus en accord avec cette théorie culinaire.

Je prendrai bien du serpent.

Voilà Romook qui fout le bordel à table. Il y avait déjà deux plats de viandes, un de poisson, un plat avec un genre de baozi à farcir de grain de maïs, un plat de fruits (dattes au miel fourrées de ... ?).

"Je n'ai jamais goûté. En Chine, on peut tout manger, pourquoi ne pas essayer ?", continuai-je. "Snake, is it good to eat? Tasteful ?"

Mon interloutrice chinoise me regarde un instant et répond : "You will have to eat that alone, I'm afraid of snake." Mon collègue français me regarde et ajoute : "Et pourquoi pas de la tortue tant que tu y es ?"

La question mérite effectivement d'être posée.

"C'est une idée, en plus, regarde, il y en a à la carte.
- Je te préviens, Romook, si tu en commandes, je mange à une autre table. Tu te débrouilles tout seul avec ça.
- Tu parles de quoi : du serpent ou de la tortue ?
- Mais t'es pas possible comme mec, tu vas pas bouffer ça ?!"

Encore a primary french guy pensai-je. On ne peut pas choisir ses collègues de travail. En plus, on me le colle, je suis sûr que c'est parce qu'il ne parle pas chinois. La plaie.

Je commence à vouloir me lancer dans une explication sur l'interculturalité des relations intersubjectives en matière culinaire, en essayant de démontrer que les méditations cartésiennes de Husserl trouvaient une application pratique. Complètement hermétique à toute discussion intellectuelle, le voilà qu'il m'annonce que quelques années auparavant il avait une tortue domestique.

"Ok! Va pour le serpent!" concluai-je son exposé sentimental.

La serveuse me confirme d'ailleurs que le serpent est un plat délicieux. Il est donc commandé. Et nous attendons donc tous les trois. Notre interlocutrice chinoise ajoute alors que toutes les personnes qu'elle connaît qui ont goûté le serpent ont trouvé ce mets très bon. Le seul problème reste la vision du plat. J'ai mangé des abeilles donc : même pas peur.

Quelques plats arrivent, sans surprise. C'est bon, moyen et pas bon. Ca dépend des goûts de chacun. Voilà la star de la table qui nous rejoint, mon plat de serpents. Il est tronçonné en petit bout. Je ne sais pas si, en Chine, il y a une traçabilité de la viande de serpent. Comme cela n'existe ni pour le porc, ni pour le boeuf, inutile de demander à la serveuse. Je m'abstiens donc d'exprimer mon habituel comportement DGCCRF qui me vaut régulièrement l'animosité des restaurateurs français, pour ne pas évoquer les autres corps de métier. On ne se refait pas.

Sous l'oeil dubitatif de mon collègue qui scrute chacune de mes réactions, curieux de connaître ma réaction, attendant probablement son heure de gloire, espérant me voir dégoûté devant le plat afin de claironner à quel point faut être frappé pour manger des trucs pareils et que c'est bien fait pour toi Romook, c'est comme pour les espagnoles dans l'avion!.

J'essaie de l'attrapper avec mes baguettes. Ca glisse. Impossible de le tenir avec les baguettes. Ce ne sont pas tant les morceaux qui sont gros que la peau, malgré la cuisson, qui reste "glissante". La chinoise ne me regarde pas. Je décide d'y aller avec les mains.

"Mais c'est plein d'arrêtes." Le serpent ressemble donc, de l'intérieur, à un poisson. "Et ça a un goût de ... Je ne saurai pas définir..."
- Bah... de serpent. Cherche pas. Faut vraiment que tu te compliques la vie. Et tu dois finir le plat, je te préviens, Romook. C'est pas le tout de faire le malin à commander des trucs imbouffables. T'assume maintenant. Et pas de Doggy Bag."

Après l'évidence d'une telle réponse, qui n'est évidemment pas propre à satisfaire le lecteur curieux qui me lit aujourd'hui, je vais essayer de prolonger un peu plus ma réflexion sur le goût.

Je demande bien évidemment aux lecteurs d'excuser mes digressions sur ce collègue, mais il est important que vous compreniez ce que je peux vivre au quotidien, en Chine, en ce moment. Et j'ai encore une semaine à tenir.

Tout d'abord, la viande de serpent, c'est bon. Ca n'a pas un goût particulier comme le mouton ou le cheval, qui pourrait expliquer que certaines personnes trouvent ça mauvais. Le goût est à mi-chemin entre le porc et le boeuf, plutôt du côté du filet. C'était assez tendre comme viande, un peu comme la texture de l'entrecôte. J'ai donc rongé quatre morceaux de serpent sur les dix du plat. Ronger parce que j'ai râclé le dessus, là où il y a de la chair. Sinon, par en dessous (le ventre de la bête), les os sont très petits comme des arrêtes et c'est très désagréable à manger.

Si c'est si bon, pourquoi quatre ? demandera avec justesse le lecteur attentif. Tout simplement parce que le plat était très épicé et que je n'arrive pas à manger très épicé. J'ai donc abandonné la bouche en feu. A noter, aucun incident postérieur n'est venu gâcher mon plaisir et me faire dire que la viande de serpent était malsaine. Expérience à renouveler.

Romook, aventurier culinaire

vendredi 16 mars 2007

Le pubstore...

Bon, simplement pour vous signaler mon restaurant préféré de Lille, voire du monde... En effet, je viens de m'apercevoir que si j'ai le choix, je crois que je n'irais pas ailleurs. Bref.

Voici un lien qui vous permettra de visiter et d'avoir un aperçu de la carte... Inimitable, toujours très bon (mon menu : goût de foudre (bleu) et l'amante religieuse, accompagné d'une Saint-Benoît pression), avec une ambiance incroyable. En plus, pour draguer ou faire connaissance, c'est un endroit idéal, la carte donne mille prétextes pour découvrir l'autre tout en s'amusant. Mes parents y allaient déjà quand ils étaient étudiants. Presqu'une institution de Lille.

Vous l'aurez compris, je suis un inconditionnel...

Romook, pubstore fan

vendredi 19 janvier 2007

Bloody mary chinois

Et bien oui, je le confesse. Ce soir, j'ai eu envie d'un Bloody Mary, breuvage requinquant par excellence. Je vais donc dans le hall de mon hôtel. Je commande à la charmante et toute jeunette serveuse, 18 ans maximum (donc sûrement 23 : en effet, avec une chinoise il faut lui ajouter au moins 5 ans par rapport à ce qu'un européen lui donnerait comme âge pour ne pas être trop loin de la vérité), l'elixir requis pour répondre à mon appétit cocktaillique.

Elle revient, quelques instants après, m'annoncer que ce sera un Martini Dry car ils n'ont pas de Bloody Mary. Je ris. Je lui dis : "Et bien il faut en faire soi-même!". Elle me dit que ce n'est pas possible, il n'y en a pas.

Bien, bien... Je lui explique que ce n'est pas comme le Martini Dry et qu'il faut le faire soi-même. Elle retourne au bar, discute quelques instants avec la seconde serveuse (16 ans ? Donc 21 !?). Ca glousse, ça glousse.

Elle revient et me dit que ce n'est pas possible car il manque un ingrédient. Là, dans ces conditions, je me lève. Je me dirige vers le bar. Et je demande à voir la recette. Evidemment, tout est en chinois. Passe l'assistant-manager : l'homme qui résout les problèmes dans l'hôtel. Il me demande ce qui se passe. Je lui explique, parce que je suis un cafteur, qu'elles mettent de la mauvaise volonté à me faire un Bloody Mary - mais comme je dis ça en chinois, la traduction est celle-ci : Je ne peux pas boire un Bloody Mary, il n'y a pas une chose.

Alors, il demande à voir la recette. Et là, je m'aperçois que les trois chinois ensemble ne savent pas lire la recette. Du coup, il écrit le caractère chinois dans son téléphone pour avoir la prononciation. Et les filles lui disent : "On veut pas le faire. On lui dit qu'il n'y a pas l'ingrédient ?". Dommage, j'ai compris ce que vous avez dit mes biquettes. Mes quatre voyages dans l'hôtel ont créé des liens avec l'assistant-manager : il ne va pas se laisser démonter par deux caractères qu'il ne sait pas lire. Je commence à expliquer en anglais la recette et ce qu'il faut mettre dedans pour gagner du temps. Les filles ne sont pas d'accord avec moi car je ne veux pas mettre de sel, ni de citron. Pendant ce temps, l'assistant-manager a téléphoné au chef-cuisinier de l'hôtel qui arrive. J'en profite pour téléphoner à une amie chinoise qui peut tout me traduire en français. La chef de la salle restauration vient d'arriver. Je passe le combiné au chef cuisinier qui explique à mon amie pendant que l'assistant-manager explique aux deux filles ce que sont les deux caractères qu'ils ne comprenaient pas. On me rend le combiné et mon amie me dit qu'elle n'a rien compris à l'ingrédient qui manque. Je raccroche et j'explique que si on m'apporte mes ingrédients, je vais me le faire moi-même. Et c'est là que trois serveurs de la salle de restauration, ameutés par le bruit - probablement - sont venus prendre connaissance de la situation. Tout va bien, nous sommes 9 au total pour faire un Bloody Mary que je vais me préparer moi-même...

On va me chercher des tomates fraîches qui sont tout de suite passées au mixeur. Je mets la vodka dans le checker sous l'oeil ahuri de l'assitance - et là, je comprends que j'ai bien fait de me le faire moi-même sinon il n'y aurait pas eu de goût. Les serveurs se disent entre eux que je sais faire un cocktail (par définition un étranger ne sait pas faire grand chose en Chine) pendant que l'assistant-manager m'abandonne considérant que sa mission est finie. Les deux jeunes serveurses gloussent et finissent par ce battre pour pouvoir secouer le checker... Y a pas à dire, c'est du jeune...

Enfin, on me demande de payer évidemment.

Avec l'aide de 9 chinois, il m'aura fallut presque 20 minutes pour me faire un Bloody Mary. Conclusion : avec des tomates fraîches, c'est pas terrible.

Romook, Bloody Mariac

samedi 13 janvier 2007

La minute culturelle : le verre de thé en Chine

En Chine, ce n'est un secret pour personne, il y a des maisons de thé. Ce midi, décidant de finir une lecture qui me tenait particulièrement à coeur, je me demandais où je pourrais bien aller. La maison de thé est l'endroit idéal en Chine - et peut être même dans le monde - pour finir un livre en toute quiétude. Outre le fait que l'environnement y est calme, paisible et artistiquement décoré, vous bénéficiez d'une quiétude sans équivalent dans un café en France. A l'origine, les maisons de thé étaient des lieux de vie très animés, assez proche du pub en Angleterre, mais que les jeunes générations désertent aujourd'hui, préférant les cafés qui fleurissent un peu partout en Chine, notamment l'inévitable Starbuck. Pour apprécier l'importance sociale de la maison de thé en Chine, avant sa "modernisation", je conseille la lecture de la pièce de théâtre de Lao She, "la maison de thé". Outre l'aspect sociétale qui y est analysé, vous découvrirez dans cet ouvrage une petite tragédie dont les ressorts humains semblent nous laisser entendre qu'entre l'Occident et l'Orient, les passions sont parfois vécues de la même façon... Mais, concrètement, aujourd'hui, comment ça se passe?

A l'abri dans votre espace, personne ne vient vous importuner. Si d'autres personnes sont présentes à des tables proches, sachez qu'elles discuteront naturellement de manière discrète. La maison de thé est un lieu dans lequel on vient trouver le calme. Dès lors, j'ai décidé de m'y ressourcer. Et je crois que je vais en profiter un peu plus avant mon retour en France. La première étape correspond au choix du thé. Après l'avoir choisi, vous savez que vous êtes installé confortablement pour plusieurs heures. Si vous n'avez pas prévu de lecture, ne vous inquiétez pas : il est rare que vous n'ayez pas à votre disposition une petite bibliothèque d'ouvrages artistiques, que ce soit de peinture ou de calligraphie chinoise. J'ai même déjà rencontré des maisons de thé possédant des ouvrages de photographie... Votre verre de thé arrive. Il est bouillant. Vous humez les vapeurs qui s'échappent du thé - le long jing (龙井) a ma préférence, plus connu en France sous l'appelation "Puit du Dragon".



Lorsque le thé a suffisamment refroidi et que toutes les feuilles sont tombées au fond du verre, vous commencez à le déguster. A la moitié du verre, l'un des membres du personnel s'approche et vous verse à nouveau de l'eau chaude sur les feuilles. Souvent, le trouble qui se produit fait resurgir à la surface quelques feuilles qui étaient noyées auparavant. Vous patientez en regardant ces dernières qui virevoltent dans le verre, soumises à des forces invisibles. Lorsque le calme sera revenu dans votre verre, que les feuilles se seront simplement posées les unes sur les autres, dans une demi-eau, une cascade d'eau brûlante viendra leur rendre, l'espace d'un instant, une nouvelle vie... Et ainsi de suite jusqu'à votre départ...

Romook, un instant de paix

vendredi 12 janvier 2007

La minute culturelle : manger en Chine

Je vous ai fait part de mon manque de savoir-vivre hier pendant le repas... Mon interlocutrice, qui déjeune avec moi tous les midis, ne m'en a évidemment pas tenu rigueur. D'ailleurs, elle ne paraissait plus choqué du tout même à la fin du repas hier...

Aujourd'hui, je voudrais vous montrer en quoi consiste un repas en Chine, ce qui expliquera notamment aux français - nécessairement non accoutumés - pourquoi lorsque l'on emmène des chinois dans un restaurant chinois il commande environ trois plats par personne, ce qui a pour effet de garnir la table d'un nombre impressionnant de mets divers.



Première chose, les plats sont posés sur une espèce de dessous de table en verre gigantesque. En fait, c'est une table tournante. En Chine, on fait encore tourner les tables régulièrement, tous les jours pour ainsi dire, dans les restaurants. D'ailleurs, vous constaterez aisément que les chinois ont peur des fantômes. Sûrement que cela provient de cette coutume de faire tourner les tables pendant les repas.

Chacun se sert donc dans l'un des plats et alterne chacun des mets dans son petit bol (en bas à gauche de la photo, on voit le mien avec des os de poulet dedans). Les baguettes sont donc l'instrument avec lequel vous vous saisissez des mets, les mettez dans votre bol, et, ensuite, portez les aliments à votre bouche - quoique cette dernière expression est franchement teintée de franco-français. En Chine comme au Japon, c'est la bouche qui va aux aliments et non pas l'inverse. Vous mangez donc régulièrement le nez dans le bol. Autre culture, autres moeurs...

Ainsi, il faut savoir également qu'un bon repas est avant tout un repas bon pour la santé. Dans cet objectif, il faut choisir de la viande, de la soupe, des légumes, des fruits, du riz. Voilà pour la santé.

Alors que chacun des plats doit permettre de satisfaire tous les sens, tous les goûts doivent être représentés. En Europe, on recherche l'harmonie entre les saveurs. Ici, ce n'est pas du tout ça : c'est un feu d'artifice pour les papilles et l'harmonie signifie littéralement un repas loupé. Dès lors, celui qui se charge de choisir les plats se doit de demander ce que chacun voudrait tout en faisant attention à ce que les saveurs soient suffisamment éloignées les unes des autres.

Par ailleurs, si les goûts sont différents, les consistances doivent l'être aussi. Vous trouverez donc des plats gluants, secs, fondants ou encore croquants...

C'est donc dans ce contexte culturel que j'ai gaffé hier. Comme ça, vous avez également le décor.

Vous remarquerez que celui qui a la responsabilité de choisir le repas doit faire un choix difficile. Ou donne lieu à des discussions animées, chacun voulant prendre la direction du repas... Un peu comme nous avec les vins. D'ailleurs, question boisson, il n'y a pas de problème : thé, bière ou vin. Peu importe. Souvent bière... Mais là, il n'y a aucune règle, chacun boit ce qu'il veut. En ce qui concerne le vin rouge, c'est possible avec glaçon et rondelle de citron. Quand j'ai vu faire ça sur un Saint-Emilion spécialement commandé pour moi, inutile de vous dire que l'on doit s'accrocher aux branches pour conserver l'attitude correcte qui sied à l'interculturalité.

C'est aussi pourquoi il y a souvent autant de plat à manger dans un "vrai/bon" restaurant chinois, la liste des plats étant toujours très impressionnantes à la carte, même pour le plus petit restaurant... Mais, rassurez-vous, ce n'est comme ça qu'au restaurant ou les jours de fêtes. Normalement, il y a moins de plat que ça. Souvent, c'est une soupe aux nouilles. Tout de suite, c'est moins drôle...

C'était la minute culturelle.

Romook, en direct de Chine

jeudi 11 janvier 2007

J'ai choqué une chinoise

Elle me demande si je veux boire ma soupe. Je lui réponds que je n'en suis pas très friand. Elle m'annonce qu'en Chine, les chinois aiment boire de la soupe car ils pensent que c'est bon pour la santé. Je regarde l'espèce de bouillon dans lequel sont engloutis deux os de poulet, avec un peu de chair dessus et la peau pas très cuite autour, et devine dans le fond, des pates translucides, sans saveur. Je lui explique que je ne savais pas (!). Bien sûr, je trempe une de mes baguettes dans la soupe en souriant. Elle paraît satisfaite. Question : en France, il y a beaucoup de choses qui ont l'air très bonnes à manger. Qu'est-ce que tu préfères ? Je suis à court de vocabulaire. Elle m'aide :

- Tu manges du fromage ?

- Oui, j'en mange.

- Il y a beaucoup de chose à manger en France.

- Oui, mais il y en a encore plus à manger en Chine (Pour le lecteur inattentif ou peu accoutumé au savoir-vivre chinois, il est de bon ton de répondre à un compliment par un autre qui met encore plus en valeur son interlocuteur. Là, en l'occurence, j'ai tout bon.). Tu as déjà goûté la cuisine française ?

- Non, mais j'aimerais bien. C'est bon pour la santé la cuisine française ?

- Ca dépend. En France, on mange surtout parce que c'est bon au niveau du goût : on ne cherche pas à savoir si c'est bon pour la santé.

- ?!

Au dernier round du savoir-vivre, Chine : 1, France : 0. Même après quelques mois passés en Chine, j'en arrive à faire des fautes grossières. Heureusement que j'ai éclaté de rire après... Ca a permis de colmater les brèches. Je pense qu'elle n'a pas compris en quoi ça pouvait être de l'humour, mais, en tout cas, elle a rit. Le but étant de renouer le dialogue, ça a marché.

Premièrement, la bonne réponse, qui plus est la réalité, était : La cuisine française est moins bonne que la cuisine chinoise pour la santé. Ce à quoi elle aurait répondu qu'au niveau du goût, la cuisine française semblait être délicieuse. Ce à quoi, j'aurais répondu : "Pas tant que ça, et ce qui compte surtout, c'est la santé."

Deuxièmement, j'ai laissé sous-entendre que la cuisine chinoise n'était pas bonne au niveau du goût. Ce qui est faux. Il y a parfois des choses qui ne sont pas adaptées aux français, c'est une évidence, mais cette cuisine est bonne si on évite un certain nombre de plat. La cuisine chinoise est beaucoup plus variée que la française, ce n'est donc pas très difficile de trouver quelque chose de délicieux. Mais bon, là, la soupe, vraiment, non.

Troisièmement, j'ai mis en valeur ma cuisine et non pas la sienne, alors que c'était l'inverse qu'il fallait faire. Enfin, bref, tout faux sur toute la ligne.

Parler chinois, c'est difficile.

Romook, de retour à l'école

mardi 7 novembre 2006

Flamiche au maroilles

Tarte composée d'une pate briochée, sur laquelle sont étendues des tranches de fromage de Mo Am'Gambie appelé "Maroilles", la flamiche au maroilles se déguste chaude, après avoir été cuite au four (20 minutes, 180 - 200 ° C), accompagné d'un verre de vin rouge et d'une petite salade verte.

Pour les puristes dont je suis, je rappellerai solennellement que la flamiche ne contient pas de crème fraîche. Evidemment, il est tout aussi de mauvais goût de l'affubler du sobriquet de "tarte au Maroilles", tout juste bon à vous reléguer dans les rangs des bourgeois lillois. Le vrai gars de Mo Am'Gambie sait que l'on dit "Flamiche au Maroilles" et "Tourte aux poireaux". Sur ce point, l'empereur est intraitable. Que diable!

Romook, les points sur les "z'i"

jeudi 1 juin 2006

Avis aux gourmets

Aujourd'hui, je tiens à vous faire part de mon expérience culinaire. J'ai acheté des hamburgers "chinois" dans la rue. Voir photo ci-dessous. J'en ai testé "un" dimanche matin. Très bon. Pas de problème à signaler. La différence fondamentale était qu'il était 9h du matin, un dimanche. Pas de chaleur particulière, pas de voiture, pas d'exposition au soleil. A contrario, aujourd'hui, il était 18h, un jour dans la semaine, avec une température de 30°, en plein soleil tout l'après midi... Aujourd'hui, je comprends cette formule de François Boucq : les pionniers de l'aventure humaine. Je peux donc me définir :

Je suis un aventurier de la vie moderne.

Romook, vais-je survivre aux amburgers chinois?

samedi 29 avril 2006

J'ai mangé des abeilles

Nous sommes au restaurant avec deux de nos enseignants de chinois. Deux chinois, quatre coréens et 8 français. Au programme : cuisine du Yunnan. Une des enseignantes nous demande si on aime manger un truc qui se déplace sur des pattes... Je comprends que c'est du crabe. Je me lance et donne ma réponse à ce rébut linguistique. L'enthousiasme des français à table est sans limite et c'est sous un regard dubitatif des deux enseignants que la commande est passée.



Les plats arrivent les uns après les autres, entrecoupés d'une légère dégustation de bai jiu (alcool blanc chinois, 60°). Un cri retentit. "Des abeilles!" Apiculteur averti que je suis, n'ayant reconnu aucun son suspect, ne comprend évidemment pas. Le crabe était en fait des abeilles. Difficile le chinois comme langue. Pour excuse je dirai que je ne sais dire ni crabe, ni abeille.

La politesse a pris le pas sur le dégoût et chacun s'est essayé à cette exercice difficile que de se saisir d'une abeille avec les baguettes et la porter sous ses yeux. Ambiance western, les regards s'échangent. Qui est celui qui osera le premier en manger? Et Kai Ye de lancer : "Y a encore les yeux, c'est sûrement le meilleur morceau." Le plat vient d'arriver devant moi.



La première réaction est évidemment de me dire que depuis des milliers d'années des gens en mangent, donc c'est techniquement possible. Je choisis donc une petite abeille sans yeux, pour ne pas y lire la détresse des derniers instants dans l'huile bouillante. Les questioons se bousculent dans ma tête : est-ce que ça va craquer sous les dents? est-ce que c'est rugueux? Tiens elles sont épilées: elles n'ont plus de poils... Je me saisis de la petite bête, délicatement et c'est avec une infini lenteur et précaution que je la porte à ma bouche. Pas de dégoût, mais un immense point d'interrogation surplombe ma tête.

Le premier contact avec la langue est étonnant. Ca a une consistance que je ne connais pas. Et Kai ye de lancer : "En fait c'est comme un chewing gum à la cacahuète". Et je constate que mes précautions de pucelle sont ridicules face au rustre qui s'enfile des grandes baguettes d'abeilles. Il faut que je précise que nous sommes séparés par deux femmes et un homme. En terme de distance, pour le trajet du plat, si on prend en compte les hésitations de chacun à se saisir de l'hyménoptère présent devant lui, on peut aisément comprendre que l'aventurier soit largement en avance sur les autres. Comme dans tous les groupes, une fois que le meneur a guidé les gens sur la voie de la connaissance en rattachant ces insectes à la catégorie déjà connue des chewing gum à la cacahouète, l'ensemble des moutons présents à table se sont précipités sur ce délicieux petit plat. Et c'est ainsi que j'ai goûté mon premier chewing gum à la cacahouète. L'esprit contradictoire qui me caractérise a ainsi pu contredire cet être barbare qu'est Kai ye. Je lui ai donc indiqué que cela ressemblait plus à ses biscuits apéro que l'on nomme "cahouète".

Et comme toujours, dans ses moments là, nous avons compris que nous étions donc à l'apéro et c'est alors à coup de bai jiu que nous avons terminé ce plat d'insecte biscuit apéro. Y avait un parfum de france qui flottait dans cette pièce finalement. Y a pas, y a rien de tel que les produits de chez soi pour souder les gens entre eux. Le seul problème avec les biscuits apéro, c'est que s'il y en a trop, on attrape mal au crâne. Je sais pas ce que les fabricants mettent dedans. Bizarre, avec les abeilles c'est pareil. Pourtant, les abeilles, c'est que du produit naturel. Et c'est un apiculteur qui vous le dit.

Romook, J'ai mangé des abeilles