Romook, ectoplasme bloguique

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mardi 19 février 2008

Confessions postérieures

Le principe des rétro billets étant acquis, je me permets d'en faire un, laisser un peu comme une bouteille à la mer, et qui dérivera sûrement vers aucun destinataire, sauf peut-être mon biographe officiel, qui lira ses lignes en souriant et se demandant ce que ce billet fait ce jour-là.

Pas la peine de chercher, mon JC, il n'a rien à faire là. J'écris ce billet dans un avion entre la France et la Chine, juste parce que je sais qu'il faut que je laisse une trace de mes raisonnements, de cette part infime de moi que je souhaite exprimer mais que le blog ne m'a jamais permis d'exprimer en temps réel.

En effet, à force d'être lu par mes amis, les femmes qui m'entourent et qui vivent avec moi, ce blog est devenu un lieu où je me suis auto censuré progressivement... Inutile de dire que c'est complètement inutile de s'exprimer sous couvert d'anonymat si, en même temps, cet anonymat ne nous permet pas d'écrire ce que l'on ressent en toute franchise.

Loin s'en faut de croire que je n'ai jamais parlé avec Franchise, disons plutôt que je n'ai pas abordé des sujets que j'aurais peut-être souhaité abordé si mon contexte de lecteurs et lectrices avaient été différents.

Soyons franc, les seuls sujets que j'ai tus sont ceux portant sur mes relations extra couple, lorsque j'étais en couple et que ces dernières se produisaient.

Alors, Romook le nihiliste va-t-il passer à table ? Pas complètement. Une certaine retenue m'empêche de me livrer complètement, non pas que je souhaite cacher des choses, mais bien plutôt parce que je suppose (à tort ou à raison) que ce blog sera un jour lu entièrement par une personne que je ne souhaite pas décevoir, pour qui j'ai beaucoup d'amour et qui me paraît lointaine pour longtemps. Lorsqu'elle lira ce blog, j'espère qu'elle ne sera pas déçue et qu'elle continuera de m'apprécier, en me prenant tel que je suis.

Alors, cette confession, ça vient? En fait, je voudrais parler de mon rapport à la fidélité. Pendant longtemps j'ai conçu "la femme de ma vie" comme un idéal que j'atteindrais nécessairement (puisque je suis capable de tout), et j'ai beaucoup cherché à entretenir cet idéal. Parallèlement à cette idée, j'ai toujours cru que la femme la plus adaptée pour moi était une meilleure amie, séduisante, aimant le sexe. Tout simplement. Pas d'amour, mais une profonde amitié, convaincu par l'idée que l'amour ne dure pas, contrairement à l'amitié. Et puis j'ai rencontré une femme et l'expérience m'a prouvé que j'avais partiellement tort. D'une part, je peux vivre avec une femme que j'aime profondément, d'autre part, l'amour dure si on s'évertue à l'entretenir. C'est un combat quotidien qui doit être fait par les deux (je ne parle pas de la petite routine qui s'installe et qui fait qu'un jour on ne quitte plus l'autre, par habitude pour ainsi dire). J'enfonce une porte ouverte, mais c'est ce constat est celui de mon expérience, partant de loin puisque j'étais convaincu du contraire.

Hormis ce paragraphe sur l'amour, j'insisterai sur autre chose : l'amour n'exclue pas l'attraction pour autrui. Là encore, il faut être profondément chrétien pour croire que l'amour exclut de regarder autrui. Evidemment, dans les faits, c'est l'expérience permanente que nous faisons tous. La seule différence est de sauter le pas ou non.

Pour moi, il y a plusieurs cas de figure :

- on n'est pas capable et on s'invente une morale pour se prouver qu'on est "moralement" impeccable;

- on n'est pas capable, on le sait et on regrette de ne pas l'être;

- on est capable, mais par une incroyable puissance de l'esprit sur le corps, on suit une idée morale et on "résiste à la tentation";

- on est capable, on le fait et on regrette si on n'a pas la mentalité qui suit;

- on est capable, sans problème connu sur la question, et on le fait sans vergogne;

Pour ma part, j'ai une appréciation très réservée sur le troisième cas car je crois que si on sait résister, c'est surtout parce que l'on n'a pas rencontré une tentation à la hauteur de nos exigences. Aucune difficulté à refuser une personne qui ne nous attire pas, ou peu. Dans le troisième cas, je dis simplement que c'est dommage et qu'il faut impérativement apprendre à rompre ses chaînes.

Bon, à quoi ça nous avance ? Simplement à dire que la nature nous conduit vers les autres. Il ne faut pas contrarier la nature car elle est plus forte que nous : c'est un fait. Quelle torture que de lutter pour ne pas céder à l'attraction physique qu'exerce sur nous un être. S'il est consentant, allons-y! Ca a de quoi nous rendre digue, aussi yogi soit-on. Par ailleurs, souvent on est inquiet pour la relation en cours, Pourtant, cette dernière est bien plus en danger lorsqu'un l'un des deux lutte intérieurement pour ne pas tromper l'autre. Se ronger les sangs, dans le silence, en ayant ce sentiment de faire ça pour l'autre, tout en constatant qu'on ne peut pas lui en parler. Finir par lui en vouloir ne nous faire souffrir inutilement. Constater que ce désir ne diminue pas, mais s'amplifie à mesure que l'on lutte contre lui. Conclure par le fait que l'on n'aime plus celui pour lequel on se battait, simplement parce que l'on est envahi d'un désir intarissable, qui brûle tout. Et finir par se séparer, bêtement, pour une histoire de cul qui n'a pas eu lieu.

Après, l'autre situation, c'est celle où l'on rencontre un être avec lequel on ressent cette attraction, on succombe et on se sent tellement bien que l'on quitte celui avec lequel on s'était engagé dans la relation amoureuse. Banale histoire de la vie. Au final, que choisir ?

L'expérience, assurément. D'abord, on n'a qu'une vie et on est là pour la vivre. Je ne crois pas qu'il y ait un sens particulier à l'existence autre que celui de naviguer d'émotions en émotions, de joie en tristesse, sans que jamais ce cycle ne cesse. Certaines personnes nous accompagnent, soit en tant qu'ami, soit en tant qu'amour d'un temps. Dans tous les cas, c'est un chemin qui se partage, mais si au final on reste seul à ressentir les choses. Choisir l'expérience, c'est aussi choisir la voie de la sagesse. Aujourd'hui, je n'ai absolument pas peur de l'infidélité car je constate que c'est un fait acquis de ma vie, qui n'entame en rien mes relations amoureuses, qui aurait même tendance à les enrichir.

Je ne cherche pas à me donner bonne conscience en écrivant ça, mais simplement il est certain que lorsque je vois un de mes amis qui trompe son conjoint ou son épouse, cela me laisse de marbre. Outre l'absence totale de jugement moral sur la question, j'ai tendance à servir assez facilement de couverture. Je trouve que cela a si peu d'importance que finalement c'est nuisible d'avoir imposé cette idée sur la fidélité.

L'idée originelle était d'éviter que les hommes n'engrossent des femmes et qu'elles se retrouvent seules pour élever leurs enfants. Dont acte. Toutefois, avec les moyens de contraception moderne, cette idée du moyen âge a fait long feu je pense. Par ailleurs, les règles juridiques sont suffisamment contraignantes pour responsabiliser les personnes dans un couple. A notre degré de civilisation, la fidélité reste un des bastions qui n'a pas plus de consistance que l'idée de "race" pour les hommes... Je relis tout ça et j'entends une femme qui me dit, au creux de l'oreille, et "si ta femme te trompais, ça ne te dérangerait pas?". C'est déjà arrivé et je dois avouer que je m'en moque. "C'est que tu ne tenais pas vraiment à elle alors." Honnêtement, je dois reconnaître que j'avais un peu peur de les (!) perdre dans la mesure où, pour certaines, seule la qualité d'amant était en jeu. Comme je suis resté en compétition, j'en déduis qu'elles étaient autant satisfaites avec moi qu'avec l'autre :-)

Mais la vraie question, qui se pose dans tout ça, vis-à-vis de moi, est peut être de savoir pourquoi je n'aime pas aliéner ma liberté. La fidélité, c'est d'abord une atteinte fondamentale à notre liberté d'aimer avec notre corps. Dans la mesure où je ne prive pas l'autre de mon corps (car je suis indisponible ou il est indisponible au moment où l'infidélité se produit, et qu'il n'en saura rien), pourquoi cette restriction? Pourquoi? Je ne peux pas la comprendre. Peut-être que je refuse de la comprendre. Dans tous les cas, comme disait ma grand-mère : "on ne se refuse pas à une femme qui s'offre." Précepte familiale donnée vers l'âge de 16 ans. Formule acceptée et retenue, surtout si la femme me plaît. Sinon, je garde un libre-arbitre ;-)

Aujourd'hui, avec mon expérience, je ne crains pas de rencontrer une jeune naïade aux yeux clairs qui me fasse tourner la tête et me détourne de la femme avec laquelle j'ai choisie de vivre. Non pas qu'une jeune naïade n'aurait pas les charmes suffisants, mais disons que je suis assez lucide sur mes besoins en terme de vie quotidienne, sur les qualités que doit remplir ma compagne, pour savoir si je souhaite la changer ou non. Et pour le moment, c'est non.

Voilà pour mon "petit" rétro billet.

Romook, la tête et les jambes en l'air

jeudi 14 février 2008

Souvenirs pieux

Depuis quelques temps, il n'aura pas échappé à mes lecteurs que mon blog, tout entier absorbé par le vieux libraire, prend une tournure tout à fait différente. Ce n'est pas que je délaisse les autres côtés excentriques de mon blog - qui en ont fait sa réputation internationale en son temps - mais résulte d'une enchevêtrement de circonstances particulières que sont mon manque de temps et mon besoin de parler correctement le français. Pour le manque de temps, l'imagination de mes lecteurs est assez fertile pour recenser les activités les plus communes et anodines qui peuvent nuire au temps créatif de mon blog sans qu'il ne soit nécessaire de développer. En revanche, concernant mon besoin de parler correctement le français - nécessité tout aussi professionnelle que personnelle - il est vrai que je dois peut-être m'expliquer un peu sur ce point.

Mon blog, outil de recherche psycho-socio-littératuro-philosophico personnel, comprendre exercice de nombrilisme déguisé, a toujours été un vecteur par lequel je m'exerce à employer les langues étrangères que je possède (anglais et chinois - le polonais et l'allemand ne sont malheureusement pas des langues que je possède) et que je ne veux pas perdre. Mes réguliers voyages en Chine me permettent de ne pas rédiger "trop" de billet en chinois. L'usage de la langue parlée me suffisant. En revanche, l'anglais, que je n'ai pas la possibilité de pratiquer à loisir, a pris une place plus importante dans mon blog. Et pour cause, je n'en ai que rarement besoin, mais le jour où, je me retrouve avec un esprit embourbé dans le chinois qui me fait faire l'exercice suivant : français -> chinois -> anglais. Or, parfois la case "chinois" me bloque et je me retrouve à ânonner mes phrases alors que cela devrait être fluide... Bien, bien.

Alors je fais des exercices, je lis des livres directement dans la langue de Shakespeare, et tout va pour le mieux. J'arrive à obtenir dans un temps relativement restreint un bon rapport qualité traduction dans le sens français -> anglais ET français -> Chinois. Ouf! Et là, je m'aperçois que c'est mon niveau de français qui baisse. Difficulté de trouver les conjugaisons correctes, le juste mot (He! le vocabulaire, tu t'enfuis où?!), la forme grammaticale adaptée, l'orthographe, bref... Le français est vraiment une langue compliquée : pourquoi ça n'est pas du chinois ?

Alors, ces derniers temps, pour renouer avec le niveau de français que j'avais il y a quelques années, je me retrouve à faire des exercices - exercices qui trouvent une application à la fois ludique et créative dans l'écriture du "Vieux libraire", texte sur lequel je n'hésite pas à me faire souffrir. Et puis, parce que c'est un complément naturel à l'écriture, je lis. Oui, je lis des livres en français. J'ai lu ce week-end "Nadja" d'André Breton. Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas lu un livre artistique en français. Incroyable pour l'ancien jeune homme que je fus lisant en moyenne 4 livres par semaine il y a à peine une dizaine d'années... Evidemment, c'est en partie la faute de Gombrowicz, qui a réussi l'exploit, en deux romans (Cosmos et La pornographie), à rendre toute autre lecture sans saveur.

Monsieur et Madame de C. n'étaient pas bons partenaires à table. Cette phrase me motive pour vous dévoiler toutes ces petites détresses intérieures qui m'habitent en ce moment. La phrase est simple, bien qu'un peu énigmatique. Elle fait question. Que signifie-t-elle exactement? Marguerite Yourcenar est l'écrivain qui est mon maître en matière de style. Elle sait cristalliser en une phrase simple tout un condensé d'idées. La phrase précitée est tirée de "Souvenirs pieux", où elle relate son enfance. Ce livre, que je débute ce jour, m'interpelle. La rue adjacente de mon lieu de résidence, la rue Jean Moulin, anciennement dénommée la rue Marais, abrite la maison d'enfance de la petite Marguerite, celle de sa grand-mère. Il fallait qu'un jour je puisse coller à cette rue - que je traverse tous les jours - des souvenirs d'enfance de mon écrivain préféré. Pourquoi est-elle mon écrivain préféré ? Je viens de vous le détailler, et la phrase précitée en est un parfait exemple. Elle clôture un paragraphe, une sorte de conclusion récapitulative de ce qui précède. Monsieur et Madame de C. n'étaient pas bons partenaires à table. Et la phrase simple se transforme, par la magie de ce qui a été construit précédemment, en un bouquet de rêve sur ce qu'a pu être la vie de ses parents. Jugez en plutôt par vous-même...

"(...) Fernande savait s'occuper tranquillement des journées entières à lire ou à rêver. Elle ne tombait jamais avec lui dans un bavardage de femme; peut-être le réservait-elle aux conversations en allemand avec Jeanne et Mademoiselle Fraulein.

Tant de bonnes qualités avaient leur revers. Maîtresse de maison, elle était incapable. Les jours de dîners priés, Monsieur de C., se substituant à elle, se plongeait dans de longs conciliabules avec Aldegonde, soucieux d'éviter que parussent sur la table certaines combinaisons chères aux cuisinières belges, telles que la poule au riz flanquée de pommes de terre, ou que l'entremets consistât en tarte aux pruneaux. Au restaurant, tandis qu'il se commandait avec appétit et discernement des plats simples, il s'irritait de la voir choisir au hasard des mets compliqués, et se contenter finalement d'un fruit. Les caprices de la grossesse n'y était pour rien. Dès les premiers temps de leur vie en commun, il s'était choqué de l'entendre dire, comme il lui proposait d'essayer encore une spécialité du Café Riche : Mais pourquoi? Il reste des légumes. Aimant jouir du moment, quel qu'il fût, il vit là une manière de rechigner à un plaisir qui s'offrait, ou peut-être, ce qu'il détestait le plus au monde, une parcimonie inculquée par une éducation petite-bourgeoise. Il se trompait en ne percevant pas chez Fernande des vélléités d'ascétisme. Le fait reste que, même pour les moins gourmets, les moins gourmands ou les moins goinfres, vivre ensemble c'est en partie manger ensemble. Monsieur et Madame de C. n'étaient pas bons partenaires à tables.", Souvenirs pieux, M. Yourcenar

J'espère que vous goûtez mieux cette petite phrase. Tout est en finesse chez mon écrivain, c'est ce qui fait que l'on peut prendre l'un de ses livres au hasard d'une page et, au bout de quelques paragraphes, se retrouver emporter par son génie littéraire qui utilise l'économie des moyens pour faire comprendre aux lecteurs, en peu de mot, beaucoup de choses...

Romook, pause