Je viens de passer une douce nuit, chaleureuse et musicale. Accompagné par quelques femelles qui avaient dû détecter mes odeurs, roulé dans mes draps, la nuit a été torride et, pour tout avouer, très fatiguante. Alors que je faisais un rêve très étrange, elles se sont introduites chez moi, sans y être invitées, par la fenêtre laissée entr'ouverte...

C'est ainsi que, réveillé par leurs baisers musicaux, je quittais les rêves pour la réalité. Je n'hésitais pas, d'ailleurs, à écarter de ma conscience toute forme de morale pour profiter à plein du moment. Fini les doctrines bouddhistes de l'amour universel, place aux insectices anti-moustiques.

C'est ainsi, qu'au péril de ma vie et d'une asphyxie quasi-totale, j'ai lutté de minuit et demi jusqu'à six heures du matin contre les envahisseurs qui venaient me sussurer à l'oreille leur chant strident. Conscient d'être face à quelques vampires cherchant à me piéger, j'étais prêt à m'abandonner et à leur laisser, de bon gré, la contrepartie sanguine réclamée. Si je voulais bien être généreux, c'était bien évidemment à la condition que ce soit fait en silence, dans une attitude proche de la méditation, afin que je puisse dormir en paix.

L'absence de calme olympien me fit bientôt renoncer à ce projet, et c'est donc armé d'une bombe anti-moustique que j'ai chassé les intrus. Chasse d'autant plus longue que le gibier sait se cacher. A travers la jungle actuelle de mon appartement, entâmer une telle chasse n'était pas une partie de plaisir. Arrivé au terme de cette nuit blanche, je suis presque content.

Je n'ai pas été piqué, mais, vous l'aviez compris, ce n'était pas là l'essentiel, étant prêt à me donner en sacrifice. Non, je suis content car, ayant allumé la lumière régulièrement, les moustiques stoppaient leur danse. Ainsi, j'étais au calme. Ne pouvant pas dormir la lumière allumée, me voici pris dans le cruel dilemne de savoir s'il valait mieux être dans le noir réveillé par le vol des danseuses ou, en plein lumière, au calme...

Que la vie est compliquée. Cette expérience me le rappelle. Et donc, je suis content.

Romook, joie du matin