Romook, ectoplasme bloguique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 27 décembre 2006

Repos

Parlons peu, mais parlons bien.

Romook, introspection permanente

dimanche 3 décembre 2006

Echecs personnels.

Qu'est-ce donc qui me pousse à vouloir exprimer, en ces lieux, ma confession? Je ne sais pas. Peut-être le besoin de clamer un sentiment, à la fois, de désespoir et d'inutilité de mon savoir, mes expériences et de ma réflexion.

Lorsque j'avais 16 ans, ma meilleure amie, Mélanie, s'est suicidée.
Hier soir, j'ai appris que l'une de mes anciennes petites amies, Christelle, s'était suicidée, laissant derrière elle une jeune famille.

Deux suicides auquels je ne suis liés que par des liens d'amitié, même si les situations sont très différentes.

Mélanie, que je connaissais depuis l'école primaire, avait été une des première femmes avec lesquelles j'avais ressenti un profond attachement, qui était à la fois amoureux et amicale. Ce lien fort qui nous unissait pendant deux ans d'école primaire commune, s'est trouvé suspendu pendant quelques années de collège, pendant lesquels nous nous étions perdus de vue. Sporadiquement, nous avions pu nous rencontrer à nouveau - un peu par hasard. Et chaque fois, des étincelles jaillissaient rendant notre relation instannément magique. Puis, à l'âge de 15 ans, il y eut un renouveau de relation durable qui s'est instaurée à son initiative. Période pendant laquelle nous nous étions avoué des sentiments amoureux réciproques durant notre "précédente" jeunesse. La pudeur des jeunes adolescents que nous étions, allié au caractère foncièrement intellectuel de notre relation, n'a pas permis d'évoquer la situation que nous vivions alors. Mais, les nombreuses confessions qu'elle me faisait sur son enfance trahissait un besoin d'explication de comportements, parfois violents et étranges, à mon égard, lors de notre scolarité commune. Surtout pour une jeune fille innocente d'une dizaine d'années, qui - de surcroît - était amoureuse de moi.

Notre dernière "retrouvaille", après quelques années de séparation, avait eu un caractère magique. c'était un week end où il y avait un anniversaire chez une amie, sorte de "boum" au sein de laquelle nous avions pu nous retrouver dans un cadre festif. S'en était suivie une fin de soirée, à deux, dans le même lit. Discussion sans fin au milieu de la nuit où l'on s'aperçoit que les mêmes personnes ont jalonné notre vie et nous ont marqué profondément. Notamment, Daniel, un metteur en scène hors du temps, un individu poétique et lumineux, véritable guide initiatique vers la connaissance de soi. Puis, le sommeil est venu recouvrir nos propos. Mélanie était une très jolie jeune femme. Et le désir ne cessait de poindre en moi. Alors que nos confessions de la journée nous avait amené à un point d'intimité relativement important, il y avait, dans ce silence qui tombait progressivement entre nous, une chaleur et une poésie que je n'ai jamais retrouvé après, avec qui que ce soit. Nous étions dans un grand lit. Ce n'était pas la première fois que je dormais avec une femme. Et je savais que, sexuellement, nous étions aussi "avancés" l'un que l'autre, suite à nos discussions. Mais, cette ambiance magique entre nous me paraissait infranchissable. Probablement, que dans le silence de la nuit, elle m'attendait - rétrospectivement, j'en suis même certain. Mon côté esthétique, qui me faisait parfois vivre les situations comme si j'étais dans une pièce de théâtre, l'a emporté. Dans ce grand lit, bien souvent, une seule personne y dormait. Le matelas, ancien et un peu usé, était donc creux au centre et me faisait rouler contre elle. Je sentais ses fesses contre mon sexe: cela excitait mon corps. Mais mon esprit me submergeait d'une honte et d'un interdit de la toucher dus au contexte qui était invraisemblablement hors de la réalité, et tout à la fois fragile, à mes yeux - plaisirs des retrouvailles avec une amie, confessions réciproques, redécouverte de l'autre, confiance... J'eus d'ailleurs l'occasion de revivre une telle situation plus tard avec une autre amie, Thérèse. Ce sentiment d'interdit me surprend encore. Car c'est véritablement le sentiment d'un tabou à ne pas transgresser qui était présent, à peu près équivalent à un "inceste amical". Ce sentiment me semble, par ailleurs, naturel dans la mesure où, parfois, la relation sexuelle entre deux individus génère parfois des incompréhensions dans la suite de la relation. Si on tient profondément à une relation amicale, on craint nécessairement de faire des choses qui pourrait nuire à l'harmonie de celle-ci. Bref.

Suite à cette soirée, nous avions une relation épisodique, intéressante, intellectuelle, pleine de non-dits. Mélanie étudiait le chinois et m'avait enjoint à apprendre cette langue. D'autres facteurs m'ont conduit à apprendre celle-ci, mais il est indéniable qu'aujourd'hui, 14 ans plus tard, il m'arrive en parlant chinois de repenser à elle. Nous avions une amie en commun. Ce que j'ai découvert le jour de son enterrement. Elle s'est suicidée sans en avoir été averti, à la différence de son entoura à qui elle avait a priori expliqué qu'elle le préparait. Personne ne l'avait vraiment prise au sérieuse car elle en parlait a priori régulièrement. Pour ma part, je n'ai connu qu'une femme souriante, qui m'a toujours semblé heureuse de vivre - même si le poids de ses secrets d'enfance pesait lourd sur son présent -, artiste en plein devenir. Je l'aimais profondément. Je n'ai jamais senti dans nos discussions la possibilité qu'elle puisse mettre fin à ces jours.

Avant qu'elle ne se suicide, une période assez longue - peut-être trois semaines - s'était écoulée sans que nous n'ayons de contact. Le jour de son suicide, j'ai tenté vainement de prendre contact avec elle. Personne ne répondait au téléphone. J'avais un sentiment étrange d'urgence. Une forme de prémonition pourrait on analyser a posteriori. Sentiment que j'ai considéré analytiquement comme irrationnel. Le lendemain matin, on m'a annoncé son décès au lycée. Ce qui m'a laissé en plein désarroi. Pendant les mois qui ont suivi, au cours desquels mon père est mort également, j'étais comme en apné psychologique et philosophique. Avec cette redoutable interrogation: pourquoi a-t-elle prévenu son entourage, sauf moi ? Et puis, pourquoi n'ai-je pas suivi mon intuition ? A la première interrogation, Daniel a laissé une hypothèse en suspens : "Probablement parce que tu étais l'une des personnes qui aurait pu l'en empêcher et qu'elle désirait vraiment mourir."

Et puis, il m'a raconté une histoire d'un type qui voulait se suicider. Ce dernier, au moment fatal, s'arrête dans son acte, parce qu'il sait qu'il y a quand même des gens autour de lui qui l'aiment, que peut-être tout va s'arranger, que ce n'est pas une solution. Et c'est là que la flamme de l'existence vacille un instant et que tout peut basculer. La raison qui vous empêche de commettre l'irréparable devient la raison pour laquelle vous allez le faire. Tout à coup, la psychologie se transforme. Parce que votre entourage vous aime, il comprendra votre geste. Parce que les gens vous aiment, ils seront heureux pour vous, ils comprendront. Et l'irréparable se commet. Il s'agissait d'une expérience vécue qu'il me racontait. La personne en question, ayant échappée par miracle à la mort, avait pu relater celle-ci.

Christelle était une jeune femme qui aimait la philosophie et le chant. Grâce au second aspect, j'avais découvert le premier. Elle était avec moi au lycée, même si nous n'avions jamais pu vraiment discuter à l'époque. Puis, l'existence, des circonstances particulières, un enchaînement de faits et elle est devenue ma petite amie pendant deux ans. Deux ans de vie commune. Elle était en recherche d'elle-même. J'essayais de la guider sur ce chemin qui conduit à soi. Je l'aidais dans ces études de philosophie: nous avions des discussions passionnées. Progressivement, elle comprenait, prenait confiance en elle, évoluait. Elle était heureuse. Elle pleurait aussi. Il arrive un moment où pour avancer, on casse la carapace qui nous protège des autres. On s'abandonne parce que l'on rencontre la personne en qui on a confiance. La personne qui ne profitera pas de la faiblesse momentanée qui se révèle. Je pense avoir agit avec elle délicatement, en douceur. Et puis, un jour, l'amour a traversé mon chemin et je suis parti suivre d'autres chemins. Ce fut un choc pour elle. Profond. Je ne mésestime pas l'impact qui a pu se produire. C'était il y a maintenant sept et quelques années. A ce moment-là, elle me considérait comme l'homme de sa vie. Je l'ai quitté en sachant qu'elle était presque réalisée. Elle avait toutes les armes pour poursuivre, indépendante, sur le chemin de l'existence, me semble-t-il. Je me suis éloigné d'elle pour ne pas la faire souffrir plus de notre séparation. J'ai su, par la suite, qu'elle construisait sa vie, qu'elle réalisait certains de ses objectifs. J'en étais heureux, mais nous n'avons jamais repris contact.

Ma vie a été ponctuée, comme tout le monde, de rencontres marquantes qui ont définitivement marquées le cours de mon existence. Chacune de celles-ci a été, pour moi, le point de départ de découverte d'un nouvel univers, le point d'amorce d'un nouveau voyage à faire. Et, chaque fois, s'en est suivies de nouvelles réflexions qui ne se sont pas encore achevées. Aujourd'hui, je constate que, malgré mes efforts pour donner aux autres la confiance qui leur manque pour vivre sereinement et affronter l'existence, j'en suis probablement impuissant. Peut-être que j'y réussis parfois avec d'autres personnes, sans que je m'en aperçoive. Le fait est que je ne considère que les échecs car c'est ce qu'il y a de plus formateur pour soi. Et pour Christelle, je pensais réellement avoir changé le cours de sa vie au niveau psychologique et personnelle. Je suis profondément déçu. Je continuerai néamoins sur cette voie.

Je suppose qu'il n'y a aucun lien direct entre moi et son acte. Ce serait prétentieux, nombriliste et faire preuve d'un sentimentalisme déplacé que de considérer le contraire. Néanmoins, je ne peux m'empêcher de penser que je ne sais pas grand chose si toutes mes connaissances, expériences et propos ne me conduisent pas à offrir aux autres un chemin de vie durable lorsqu'ils s'en remettent, temporairement, à moi pour les guider.

Parfois, ce chemin de vie durable, c'est peut-être simplement être présent. Suis-je suffisamment accessible pour être présent?

Romook