Romook, ectoplasme bloguique

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mardi 11 janvier 2011

Enlèvement et coca spermicide

News (toujours) fraîches en direct du front :

Enlèvement d'étudiant

Je fais ma pause à 9h30, dans les bureaux de l'administration (ceux du karaoké). Grande émulation. J'avais emmené "Le royaume des devins" que je voulais terminer (quel livre super! Je ne connaissais pas Clive Barker, mais je vous le recommande si vous aimez les livres fantastiques)... J'avais jamais vu une telle agitation. Ça discutait tellement vite en chinois autour de moi que je ne comprenais rien. Une enseignante française présente sur les lieux avant que je n'arrive m'expliqua la situation : un étudiant a été enlevé.

Ma première réaction a été d'abord de vouloir sourire de cette situation que je trouvais extraordinaire, mais je me suis vite ravisé en pensant aux conséquences. Les informations affluaient en désordre : le père du garçon aurait reçu un coup de téléphone d'un homme indiquant qu'il avait enlevé son fils et demandant une rançon en échange. En fond sonore, le père entendait quelqu'un qui criait : "papa! papa!"... On m'informa donc qu'en Chine il arrive souvent que des demandes de rançon soient demandées aux parents d'enfants étudiants. En fait, l'agitation autour de moi ne correspondait pas à l'urgence de la situation, mais simplement à la mise en branle de la procédure habituelle : localiser l'étudiant.

Les parents reçoivent visiblement les demandes de rançon lorsque l'enfant est en cours. De ce fait, il ne peut pas - en théorie - répondre à son téléphone portable. Ce faisant, je peux attester que c'est faux. Tout comme en France, les échanges de sms pendant les heures de cours sont perpétuels. Dans notre cas, après vérification du personnel de l'administration, l'étudiant n'était effectivement pas en classe. L'agitation était donc maximale. Pour une fois, cela ne semblait pas être une alerte à la bombe tarte à la crème. Néanmoins, pour une raison ignorée de l'administration, ce dernier était simplement rentré dans sa chambre (au sein de la faculté) pendant les cours. Lorsqu'ils ont procédé à cette vérification, ils l'ont donc retrouvé, tout sourire... Encore une fausse alerte. Bilan : ma pause s'est terminée sur une bonne nouvelle, si ce n'est que je n'avais pas lu une page de mon livre. Les parents en Chine ont un super filon pour faire vérifier que leur enfant est bien en cours.

Coca cola spermicide

Ce midi, je déjeunais avec deux étudiantes. Elles ont toutes les deux 20 ans et ont toutes les deux un petit ami. L'une d'entre elles m'indiqua que, pour moi (Romook), ce ne sont pas des petits amis. Ne voyant pas où elle voulait en venir, je lui demandais d'expliquer mieux sa pensée. Elle m'annonça alors qu'un enseignant français qu'elle avait rencontré lui avait dit que, s'il n'y avait pas de relations sexuelles, on ne pouvait pas parler de "petit ami." Bon. Les hostilités étaient déclenchées. C'était parti pour une heure de discussion sur le thème de l'amour en Chine.

Nous devisions donc gaiement des différences culturelles jusqu'au moment où, me resservant du coca chaud au gingembre (faîtes chauffer du coca avec des rondelles de gingembre, c'est délicieux), les deux étudiantes se mirent à pouffer de rire. Hmm. Je leur demandais de m'expliquer leurs comportements : le coca cola diminue les "capacités" de l'homme. Hein? Je leur demandais plus d'explications. Elles m'annoncèrent que tout le monde savait, en Chine, que les hommes qui buvaient du coca avaient des moins bonnes performances sur un plan sexuel. Bien que n'étant pas particulièrement cocacolaïnomane, je leur indiquais immédiatement qu'il me semblait que cette information était fausse. Elles m'annonçaient que ce sont des études scientifiques qui l'ont prouvé et qu'elles ont lu ça sur les sites internet en Chine.

Je ne voyais évidemment pas quel pouvait être le lien entre la vigueur masculine et le coca. L'une d'entre elles m'annonça alors qu'il ne s'agissait pas de vigueur, mais d'efficacité en terme de reproduction (quantité de sperme). Bon. Là je séchais, mais connaissant la composition du coca (des milliers de kilomètres de course à pieds ça forge une forme d'intérêt scientifique pour des questions du genre : "quel est la composition chimique du coca?"), je ne vois pas comment il pourrait y avoir une influence entre le sperme et le coca, sur le long terme (ni même à court terme d'ailleurs). A ce moment-là, le repas s'achevait.

Recherches faites sur Internet, je constate qu'une équipe danoise aurait mis en évidence une moindre qualité du sperme chez des hommes buvant plus d'un litre de coca par jour. Mais il semblerait que cette absorption quotidienne s'accompagne également d'un style de vie et d'une alimentation déséquilibrés. Bref, le coca serait plutôt un point commun que le coupable. En revanche, le coca semble être un excellent spermicide et pourrait même aller jusqu'à tuer le virus du sida. Prenons cette information avec des pincettes, d'autant plus que je ne vois pas comment aller vider une bouteille de coca entre les jambes d'une femme, juste après avoir fait l'amour, sous prétexte de lui éviter d'être enceinte. Et encore moins comment lui expliquer que si elle se remplit le vagin de coca avant de baiser, ça lui évitera de prendre la pilule...

Romook, reporter scientifique

lundi 10 janvier 2011

Froid, étudiantes, administration : un cocktail de Chine

Pêle-mêle en direct du front, voici quelques news fraîches.

Froid

A Wuhan, il fait froid. C'est l'hiver, jusque là, rien d'anormal. Sauf que je fais 6 heures de cours par jour. Vous ne voyez pas le rapport ? Pourtant... Imaginez être enseignant, faisant cours en Chine lorsqu'à l'extérieur il y a du vent et -3°C... Et que la salle de cours n'est presque pas chauffé. Au bout de 4 heures de cours, il doit faire pas loin de 12°C. Donc, vous faîtes cours avec votre écharpe, votre manteau et les étudiants sont calfeutrés jusqu'à ne plus voir ni leurs yeux, ni leurs oreilles. Entre 12h30 et 14h, vous avez une pause bien mérité au restaurant, lequel est aussi chauffé que la salle de cours. Mais avec le va et vient des clients, le froid s'engouffre dans le restaurant et vous laisse un baiser glacé. Ensuite, vous retournez en cours où la température est complètement redescendue. Heureusement, celle de l'extérieur est remontée. Vous débutez votre cours à 2°C et vous le terminerai deux heures plus tard à 10°C. Puis, direction l'hôtel où votre chambre à 18°C ne vous permet pas de vous réchauffer.Au petit matin, le chauffage à fond toute la nuit, vous avez réussi à vous réchauffer (en dormant habillé avec une couette), il fait 21°C dans la chambre. Alleluiiia! C'est l'heure d'aller faire cours.

Etudiantes

Dans la salle de classe, on voit des choses que l'on ne verrait pas ailleurs. L'une de mes étudiantes a glissé l'une de ses mains dans l'entrecuisse de sa voisine. Lorsque je m'en aperçois, je suis un peu interloqué.

"Elle a froid monsieur, je la réchauffe.
- Oui, je vois ça.
- C'est l'endroit que j'ai le plus chaud vous savez.
- Je n'en doute pas un instant."

Pour ceux qui sont déjà en train de rigoler sous cape, je rappelle que mon étudiante a 20 ans. A cet âge-là, en Chine, on a des crayons "Hello Kity", une trousse rose bonbon et un bonnet en tête de lapin avec des oreilles sur la tête (c'est bientôt l'année du lapin). Sa phrase est donc à prendre à un innocent premier degré (s'il y en avait un en dessous, c'est celui-là qu'il faudrait choisir). Je pense qu'elle ne sait même pas que cet endroit peut réchauffer autre chose que des mains. Et là, aussi désespérant que cela puisse être, je ne travestis pas la réalité, c'est suffisamment dramatique comme ça.

Administration

A la pause, je viens me réchauffer dans les bureaux de l'administration. Il doit faire un bon 20°C. Suffisamment chaud pour que l'on ouvre une fenêtre pour donner de l'air frais. Résultat : ils ont tous leurs manteaux sur le dos. Le bureau est un open space, dont la séparation avec le couloir est une grande vitre géante qui fait office de mur. 4 mètres de large sur 2,2 mètres de hauteur. Pendant je longe cette vitre, je vois la totalité des membres (7 personnes) du bureau regroupés derrière un ordinateur (soit engonssés sur un mètre carré), musique à fond, en train de chanter. En France, il y a des pauses café, ici, c'est la pause Karaoké. Y a pas à dire, ça réchauffe l'atmosphère.

Comme dirait feu mon ami Kai Ye, "j'adore ce pays".

Romook, entre rires et larmes