Romook, ectoplasme bloguique

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mercredi 18 janvier 2012

la passagère de l'AF 183

Lors de mon vol de retour de Hong Kong, je me suis retrouvé surclassé en premium. Bonheur. Dans cette configuration, inuile de vous préciser que je ne fais pas le difficile entre l'allée et la fenêtre ou encore le centre... Saviez-vous que Romook était l'homme le plus chanceux de la terre? Peut-être pas. Si vous êtes un lecteur assidu (ou lectrice assidue, ce qui semble être plus couramment le cas) de ce blog, pour vous, c'est une évidence.

Bref, j'étais donc assis à mon siège lorsque je me suis aperçu que je n'étais pas à la bonne place. Nécessité de changer de place faisant loi, me voici un siège devant. Toujours heureux. Trois sièges derrière moi est située une femme très belle, tout au moins de visage. Elle était ce genre de beauté froide, que vous souhaitez contempler comme une statue, qui ne sourit pas, mais qui dégage un magnétisme très fort : vous comprendrez 'une putain d'envie de la baiser'. Vous me connaissez, je suis assez animal dans mon genre, et bien que mon éducation m'interdise de faire quoique ce soit, j'y pense (et c'est bien humain, me direz-vous).

Un voisin arrive dans l'avion et je m'aperçois que je dois hériter de son siège.Ce dernier est étranger, ne comprend pas bien la numérotation des sièges (ou ne souhaite pas polémiquer pour savoir qui est où) et me laisse dans l'allée. Re bonheur. 'Romook le chanceux', c'est comme ça que les indiens m'aurait appelé.

Cette passagère, située loin derrière moi, m'interpelle et je ne manque aucun prétexte pour me tourner vers elle et rassasier ainsi mon désir d'être au plus proche d'elle. Rien n'y fait : elle a bien remarqué ma présence et mon manège, mais aucun signe d'encouragement de sa part : ni sourire, ni egard affectueux (ou même sympathique). Non. Rien de rien. Nada.

Je prends donc mon mal en patience et décide d'oublier cette idiote (forcément) complètement désinteressée par ma personne. Elle ne sait probablement que je suis Romook le Grand, Romook le Chanceux et qu'elle aurait tout intérêt à me rencontrer. Enfin bref, une femme comme une autre.

J'essaie les gadgets offerts dans le cadre de la classe "premium", à savoir la tablette pour poser l'ordinateur sur lequel je vous écris en ce moment, mon écran vidéo plein de films, de musique et de jeux, mon siège qui se déplie dans tous les sens et enfin mon appuie mollet (si!si!) ... qui ne fonctionne pas! What?!

Comment?! J'aurais de la malchance. Profitant de ma bonne renommée auprès de l'équipage, je me permets d'interpeller l’hôtesse proche de moi sur cette question.

- Oui, monsieur, que puis-je pour vous aider ?
- Je crains fort que mon appuie jambe soit cassé.
- Comment? Cela serait-il possible qu'un objet défectueux soit à notre bord ?
- Puisque je vous le dis.
- Si vous permettez, je vais étudier votre situation de plus près.

Elle se met donc à genoux, devant moi. La position me convient bien. Elle glisse ses mains sous mes jambes.

- Excusez mon intrusion, je me dois d'aller au plus profond pour vérifier que l'on ne peut pas passer en manuel.
- Faîtes donc, faîtes donc.
- Je vous préviens, nous n'allons pas jusqu'au massage sur cette compagnie.
- Comment ? N'est-ce pas vous qui souhaitez faire du ciel le plus bel endroit du monde ?
- Si, bien sûr, mais pas de cette manière-là.

Soupir. Dommage. Elle n'était pas mal non plus.

- Je crains fort que votre repose jambe ne soit défectueux. Si vous souhaitez changer de place, vous pouvez vous rendre trois sièges derrière vous.
- Vous voulez dire près de cette jolie femme?
- Oui, le siège à côté est disponible. Vu que l'avion est plein, je crains fort que vous ne deviez vous résigner à aller près de cette personne.
- Si on prend en compte que mon voisin est étranger et ne parle pas français, puis-je me permettre une remarque gauloise ?
- Allez-y, je vous dirais ensuite si vous pouvez vous permettre.
- Est-ce que vous pensez que, présenter dans les formes adéquates, le fait de suggérer à ma voisine que je la caresse pendant le vol, de manière discrète, sans indisposer l'équipage, on s'entend, puisse être une option envisageable?
- Sans indisposer l'équipage... Vous pouvez toujours essayer. Mais je ne suis pas sûr que vous obteniez gain de cause.
- Et si ensuite je lui suggère de me faire une fellation dans les toilettes, toujours présenter dans les formes adéquates bien sûr. Qu'en pensez-vous?
- Malheureusement, le réglement interdit que deux passagers soient présents dans les toilettes au même moment, pour des raisons de sécurité bien sûr. Mais je dois vous avertir que nous ne sommes pas là pour garder l'entrée des toilettes... Alors si vous ne bloquez pas trop longtemps l'accès, personne ne viendra vous demander des comptes. Bon vol.
- Merci. A vous aussi.

Je me lève et me rends auprès de ladite passagère, sous l’œil amusé de l’hôtesse. Je fais une intrusion pour aller à ma place. Elle me regarde sans comprendre. Elle est côté allée et je serai au centre des sièges, à ses côtés. L'avion étant bondé, il n'y a pas d'autres places disponibles.

- Veuillez m'excuser, mais mon siège est défectueux. Je dois changer de place pour des raisons de sécurité. M'acceptez-vous?

Pas de réponse. Elle se déplace un peu, tordant ses jambes, pour me laisser passer. J'en déduis qu'elle est résignée à cette situation. Pas facile d'embrancher sur la masturbation et la fellation dans ces conditions. C'est pas grave: la proximité est le meilleur ami du sexe. Si j'avais un seul conseil à donner, toucher l'autre de temps à autre pour qu'il s'habitue à vous est la meilleure façon d'obtenir de sa part un consentement en vue d'une relation sexuelle.

Je m'installe donc. J'engage la conversation.

- Et vous venez souvent ici ?
- Pardon?! Je ne comprends pas le sens de votre question. Vous voulez dire à Hong Kong?
- Non, je veux dire à cette place: 12H. Moi, c'est la première et dernière fois que je vais à la place 10L: le siège est défectueux.
- A chaque vol, on change d'avion, vous le savez?
- Ah bon. Donc, vous avez l'habitude de prendre le siège 12H sur les autres vols aussi.
- Non, pas du tout.
- Je me disais aussi... C'était la première fois que je vous voyais. Vu votre beauté, ça m'étonnait que je ne vous ai jamais remarqué avant.
- Merci...
- Vous avez déjà fait des trucs dans un avion?
- Pardon?
- Ne soyez pas surprise. Personne ne nous entend. Nous sommes seulement vous et moi. Je vous parle de quelque chose qui peut être éventuellement choquant moralement, mais comme nous ne sommes que deux, ça n'a pas d'importance. Alors?
- Alors quoi?
- Vous avez déjà fait des trucs dans un avion, comme dans le film "Emmanuelle"?
- D'abord, ça ne vous regarde pas. Et ensuite, je n'ai pas envie de répondre à une telle question. Pour qui me prenez-vous? Qu'est-ce qui vous prend?
- Si je vous demande ça, c'est que vous me plaisez. Je vous propose un deal. Je vous caresse discrètement la chatte pendant le vol. Vous mettez vos couvertures au dessus de vous, personne ne voit rien. Si ça vous a plu, vous me ferez une petite gâterie dans les toilettes du fond. - Vous êtes complètement malade. Retournez à votre place ou j'appelle l’hôtesse.
- Ne vous offusquez pas et réfléchissez avant de dire non sans réfléchir. Qu'est-ce que vous risquez? Je ne vais pas vous juger puisque c'est moi qui vous propose cette situation. Et puis, combien il existe de chance qu'un homme, inconnu, vous propose ça dans un avion? Vivez ça plutôt comme une expérience exceptionnelle que vous ne vivrez qu'une seule fois dans votre existence.
- ...
- Allez... Laissez vous tenter... Si ça ne vous plaît pas,j'arrête tout de suite.
- Oui mais ne le répétez à personne.
- Comment pourrais-je le faire? Je ne connais même pas votre nom. D'ailleurs, je m'appelle "Romook" Enchanté de faire votre connaissance. Et puis, franchement, vous me voyez en train de raconter ça à qui? Sur un blog peut-être?
- Enchanté Romook.
- Je vous appellerai "Stéphanie" puisque vous n'avez pas de nom.
- Va pour "Stéphanie".

Et c'est ainsi que Stéphanie a accepté que j'aille glisser ma main sur sa légère toison pubienne. Une peau très douce. Et mes doigts se sont frayés un chemin progressivement vers son sillon. Humecté d'un peu de salive, ils ont glissé sur le haut de son clitoris, dans un léger va-et-vient tout en douceur. Une vraie caresse du bout du doigt.

Stéphanie a d'abord fermé les yeux, pour faire semblant de dormir, pour se donner bonne conscience. Puis, son visage a pris une teinte un plus vive, un peu plus rosé. De l'extérieur elle semblait en plein sommeil. Sous la couverture, ma main gauche s'affairait à glisser le long de ses lèvres et de son clitoris. Titillant l'entrée de son chatte par moment, juste histoire de l'exciter à avoir un peu plus. On ne sait jamais, dans certaines situations, certaines femmes trouvent le deal injuste : une caresse contre une pipe. Alors, des fois, ça se rebelle et ça réclame la pénétration. Rien que ça...

Stéphanie continuait à rester de marbre. J'étais le seul dans cette partie de l'avion à savoir et à pouvoir deviner le plaisir qui montait chez cette inconnue à la peau de pêche. J'accélérais doucement le va et vient lorsqu'une main vint prendre la mienne et pris mon doigt pour lui imprimer une légère pression sur une partie précise.

Enfin un signe d'encouragement! Je m'appliquais donc à faire ce que ma maîtresse m'indiquait. Progressivement, elle commença à bouger légèrement ses jambes, à se tordre un peu, faisant aller sa tête d'un côté, puis de l'autre. A un moment, elle bloqua sa respiration. Elle se cambra et vint tenir ma main immobile. C'était terminé.


- Merci, me dit-elle souriante.
- Content de voir que ça vous a plu.

Évidemment, la situation, son souffle, sa beauté... J'étais dans un état pas possible. Mon pantalon et mon slip avait perdu trois tailles en moins de dix minutes. Il fallait éteindre l'incendie.

- C'était pas mal. Mais ça ne vaut pas une fellation.
- Quoi? Quand même, la situation exceptionnelle, je vous ai laissé me guider, vous avez joui.
- Oui, c'est vrai. Mais une fellation, c'est quand même autre chose, non? Je vous propose de vous faire la même chose.
- C'est à dire?
- Une petite branlette, ici, sous la couverture.
- C'est gentil, mais c'est pas pareil.
- Comment ça ce n'est pas pareil... Alors nous, les femmes, on a droit à un doigt et il faut que l'on satisfasse de ça, et vous il vous faut le grand jeu...
- C'est-à-dire que l'éjaculation, c'est une considération pratique qui change la donne.
- Il y a les kleenex.
- Oui, mais... Enfin bon, va pour la branlette dans les toilettes.
- Ok. Je vous laisse passer.
- Ben... Vous ne m'accompagnez pas?
- Ah non. Ce que je vous propose: c'est la même chose que pour moi. Ici, sous la couverture.
- Mais je crois que je ne vais pas y arriver. Enfin, je ne sais pas.

Elle avait commencé à caresser mon sexe à travers mon jean. Il devenait urgent de faire quelque chose. Mais dans ces situations d'extrême urgence, le cerveau masculin le plus armé du monde devient complètement con en matière d'argumentation.

- Alors, je vous branle, oui ou non?
- Ok.

Et voici qu'elle commence à me sortir le sexe de mon slip, après déboutonné ma braguette. Tout de suite on respire mieux. Et la voilà qui active mon membre de manière ni trop rapide, ni trop lente. Bref, un rythme soutenu destiné à arriver efficacement au but.

- Où sont les kleenex?
- Euh... A ma place...
- Comment on fait alors?

Putain de bordel à cul de merde. Romook le trouduc, c'est comme ça que les indiens aurait pu m'appeler.

- Inutile de compter sur moi pour aller les chercher. C'est vous qui proposez des situations exceptionnelles, à vous d'assumer vos responsabilités.

Alors là, quelle salope! Pendant qu'elle me fixe à mon siège en me bricolant mon engin, elle se permet de me faire la leçon. Et je fais quoi, moi maintenant. Je ne peux pas aller jusqu'à mon siège car je suis dans l'incapacité de me rhabiller. Par ailleurs, je n'ai pas envie qu'elle arrête. Enfin, plus le temps passe, plus je vais avoir envie de jouir et plus dure sera la chute. Quelle situation merdique dans laquelle je me suis mis. Le pire, c'est que je ne vois aucune issue!

L'hotesse arrive alors avec son chariot. Ma voisine se retourne vers moi. Souriante, elle m'annonce qu'elle va se laver les mains. Je me retrouve en plan, le sexe sorti de mon pantalon. Incapable de me rhabiller dans un premier temps, avec l'hotesse qui me regarde avec un oeil complice, je me sens vraiment minable.

Alors quand l'hotesse m'a demandé si je préférais le menu français ou chinois, j'ai choisi le menu chinois. Y en a marre de l'esprit de contradiction et de liberté des français... et surtout des françaises.

Romook, la queue entre les jambes

lundi 14 mars 2011

Attracteur étrange

Je suis un incorrigible chanceux, quoi que je fasse, je finis toujours par me retrouver au centre d’une tourmente vertueuse qui n’en finit pas de me mener vers des rencontres extraordinaires ou des opportunités presque magiques.

Je viens à Seoul dans le cadre d’une mission universitaire. Cette occasion m’est offerte car – rien n’arrive par hasard presque – j’ai une amie sud coréenne, qui étudiait avec moi le chinois, qui fait partie du personnel d’une grande université coréenne avec laquelle la mienne souhaiterait établir des relations. L’occasion fait le larron : je profite de ses connaissances locales pour mettre en place une démarche stratégique de création de coopération universitaire.

De ce fait, l’université me missionne, ce qui me permet à la fois de découvrir Séoul, de revoir mon amie et, à titre professionnel, d’étendre mon champs de connaissance en matière géographico - économique. Premières crises d’angoisse : une incompréhension énorme s’installe entre mon amie et moi. Elle ne comprend pas quel type de contact je cherche à avoir. De ce fait, je pars en aveugle dans cette mission, sans que mon arrivée ne soit vraiment prévue, ni annoncée.

Je prévois que mon séjour en Chine de 10 jours me permettra de peaufiner cette recherche de contact. Or, j’avais oublié que Facebook n’était pas accessible en Chine, le seul canal de communication que j’avais avec mon amie… S’en est suivi une bataille farouche avec de multiples proxy pour ne pas réussir à rétablir un contact. Pourtant, la solution était presque dans ma main : mon iphone qui permet de se connecter à Facebook, même de Chine. Je récupère quelques infos (adresse email notamment) et je lui écris… Le temps passe, j’envoie un second email, puis un troisième : pas de réponse !

Je reste confiant dans ma bonne étoile. Elle ne m’a jamais abandonné. Ca va aller. Quatre jours avant mon départ en Corée je reçois des réponses de mon amie qui s’excuse, étant en voyage au Japon pendant ses vacances, elle n’avait pas lu ses emails. J’arrive en Corée, je la retrouve, tout va bien.

Ce matin, muni de quelques plaquettes de présentation de mon université, de mon beau costume et de mon sourire, me voici en train de partir en missionnaire. J’arrive d’abord à la Faculté de droit où le doyen est trop occupé ces deux jours. Je repars demain soir. Je me dis que vraiment ça commence mal. Direction la faculté d’économie où il y a des cours de négociation en français. La troisième faculté, potentiellement intéressée, sera le « college of liberal arts ». Mon amie, travaillant pourtant dans cette université, n’a aucune idée de ce que c’est. Je ne peux pas l’aider, je ne connais pas le nom coréen. Nous sommes dans une impasse linguistique.

En cherchant la faculté d’économie, je tombe par hasard sur le centre de langue française. Puisque je suis là, autant les rencontrer. Une étudiante m’aborde, visiblement pour aider l’étranger qui a vraiment l’air de se demander où aller… Elle n’a pas tort : je n’ai toujours pas compris comment fonctionne le classement des salles. Elle me conduit vers un homme qui me demande ce que je veux. Je lui explique que je viens de France et je viens rencontrer des personnes pour voir s’il est possible… Là, il s’adresse directement à l’étudiante en coréen. Je ne comprends rien, malgré mon début d’apprentissage de cette langue (difficile). Il m’indique qu’il sait pourquoi je suis là et on me conduit très rapidement dans un bureau.

Une fois à l’intérieur, une femme coréenne m’accueille, en français, dans un bureau avec deux européens et un coréen. Il y a visiblement une réunion. On me présente en précisant que je suis l’ambassadeur qui vient d’arriver… Sur le moment, je ne comprends pas trop de quoi il s’agit. Lorsque j’explique que je viens de France, l’un des européens rectifie donc en disant « pardon, voici donc l’ambassadeur de France. » De toute évidence, je ne suis pas la personne attendue. Je m’empresse de rectifier, ce qui a pour effet de me reléguer au rang d’observateur présent. Puis arrive enfin le « vrai » ambassadeur, de Belgique… qui a lui aussi du mal à comprendre ce que je fais là. La réunion se clôture là et on m’invite à venir écouter une conférence sur Georges Simenon.

De toute évidence, il m’est impossible de refuser et je me laisse donc porter par les évènements. Rien d’inhabituel, comme d’habitude, rien ne se déroule de manière prévisible... Me voici donc en face du fils de Georges Simenon qui présente l’œuvre de son père en français. C’était l’un des européens présents dans le bureau. C’était extrêmement intéressant. J’ai découvert un auteur que je ne connaissais pas et le goût de le lire m’est venu très rapidement.

Une fois la conférence terminée, une petite séance de photo. Je me sens complètement incongru dans cette situation. Evidemment, on m’invite pour le déjeuner en me précisant qu’une fois ce dernier terminé, on pourra m’aider à accomplir ma mission. Qu’à cela ne tienne, continuons. L’une des enseignantes de français du Centre s’installe à côté de moi. Nous bavardons quelques instants sur le projet de coopération. Le temps du repas s’écoule et un rendez-vous est déjà pris avec le service des relations internationales.

A peine arrivé, on m’accueille comme un prince en déplacement. Un quart d’heure plus tard, tout était terminé. Il ne reste plus qu’à signer l’accord-cadre par mon université. Que dire de plus ? Résumons la situation : je suis arrivé sans rendez-vous et je repars avec ma mission pleinement accomplie. Entre temps, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnalités incroyable, d’améliorer ma culture et quelques détails (esthétiques) qui dépassent le cadre de cet exposé, mais qui me laissent penser que les coréennes sont sûrement les plus belles femmes asiatiques que je n’ai jamais vues.

Alors, qui c’est qui est le plus chanceux de la terre ?

C’est Romooooooook !

Romook, Luckyman

jeudi 7 mai 2009

Non, la femme n'est pas un objet sexuel

Comme chacun sait, je suis de retour sur ma terre natale d'adoption, ou plutôt devrais-je dire ma terre d'adoption natale, bref la Chine. Durant ces longues journées de solitude que je passe près du lac, j'en profite pour méditer et approfondir quelques sujets métaphysiques, comme tout le monde pendant ses vacances, méditations coincées entre un roman Warhammer et un ouvrage technique sur le poker.

Ce que l'on n'imagine pas, c'est que je suis seul, vraiment seul (je veux dire sans compagnie féminine d'aucune sorte). C'est dans cet état d'abstinence appréciable que l'homme peut enfin laisser divaguer son esprit sur des sujets plus profonds les uns que les autres, laissant couler son regard sur quelques jeunes apparitions, qui sont autant de créatures divertissantes que ravissantes - étant précisé que les millénaires de différences culturelles rendent les relations de toutes sortes - ou presque - impossibles.

Décidant de m'atteler à un sujet plus profond, par sa nature même, que les autres, je me décide donc, en tant que sage, à résoudre l'énigme, le mystère suprême, la Grande Question. La Femme, en tant que question intérieure de l'homme, m'apparaît alors comme le problème à résoudre de la matinée. Après deux cafés et 47 pages de Warhammer, j'étais prêt à en découdre sec avec cette redoutable question : la femme est-elle autre chose qu'un objet sexuel ?

Le lecteur, masculin je l'imagine puisqu'une femme n'a que faire des questions philosophiques, remarquera que je ne rechigne pas à la tâche. Dès 10h40 du matin, s'atteler à répondre à une telle question, faisant fi de tous les lieux communs - voire peut-être de vérité culturelle - et de tous les préjugés imaginables, je prends le risque de reconsidérer l'un des plus grands acquis de l'humanité depuis la domestication du chien et du cheval. Il faut dire qu'avec les animaux, l'homme a toujours su s'y prendre. Néanmoins, une remarque liminaire s'impose : ce qu'il a réussi à faire avec les chiens et les chevaux, on l'attend toujours de la femme. Les techniques de domestication sont encore perfectibles... Ou alors la femme n'est pas un animal comme un autre.

Lorsque l'on fait une recherche scientifique ou philosophique, il faut s'attendre à quelques remises en question sérieuses. Et là, force est d'admettre que mon raisonnement débute très exactement au fait que la femme n'est peut-être pas un animal. Bien entendu, cela reste à démontrer, surtout lorsqu'on veut contredire une idée dont la réalité est fermement établie. Tout d'abord, qu'est-ce qu'un animal ? Voilà la première question qu'il faut se poser. Bien entendu, un animal se définit avant comme un non-homme. Et là, face à cette définition, la femme est inévitablement un animal, à n'en pas douter.

Affinons le concept d'animal... Quels sont les points communs des animaux qui les différencient des hommes ? Le premier point, que je relevais, est le contrôle de la pilosité. Les animaux subissent les variations de leur pilosité en fonction des saisons. Les hommes peuvent décider de raser et épiler leurs poils en fonction de leur humeur. Qu'en est-il des femmes? Et bien c'est très exactement pareil aux hommes!! En effet, elles peuvent se raser et s'épiler leurs poils en fonction de l'humeur de l'homme. Sur ce premier point, il semblerait donc que la femme n'est pas un animal. Cherchons tout de même d'autres différences. Il faut savoir ne pas se satisfaire de réponse simple.

Dans la nature, les animaux se nourrissent quant ils peuvent. Les hommes, quant à eux, peuvent décider de manger quand il leur plaît. En effet, Mère Nature a pourvu aux besoins des hommes en créant le Mc Do, ou encore le Burger King, ce qu'assurément les animaux n'ont pas... Et que rencontre-on au Mc Do si ce n'est également des femmes ? Là encore, la femme n'apparaît pas être comme un animal. Elles sont visiblement plus proches de l'homme que de la chèvre. Mais n'étant pas homme à chercher la facilité, je vais encore approfondir ma recherche.

Prenons la sexualité. Par exemple, hein, non pas que je sois porté particulièrement sur le sujet - surtout lorsque je pratique des exercices de réflexion métaphysique comme maintenant. Bref, la sexualité. Les animaux subissent les affres des cycles hormonaux et des saisons pour leur période de copulation. L'homme, ce grand gaillard, ce guerrier au glaive toujours prêt, peut à tout moment copuler - tant que ses forces physiques le lui permette et pour un peu que la femme y mette du sien, c'est-à-dire fasse l'effort de se maquiller. Il semblerait donc que la maîtrise de la sexualité soit vraiment la grande différence entre un homme et un animal. De là à dire que les hommes sont des cochons, c'est bien mal connaître les cochons et leur sexualité si pauvre. Cotoyez-en quelques uns et vous comprendrez ce que je veux dire. Pour ceux qui ne savent pas où en rencontrer, renseignez vous auprès de votre club échangiste le plus proche pour connaître la date de la prochaine soirée zoophile. Mais qu'en est-il de la femme ? Hm?!

A tout le moins, la femme a une sexualité qui correspond normalement à celle de l'homme. En effet, en fonction des désirs de l'homme, elle s'accouplera avec ce dernier. Parfois, répondant à un devoir de conscience, elle s'acquittera de son obligation naturelle de faire une fellation. De là à dire que le droit viendrait sanctionner les paroles "ce soir, mon chéri, t'auras une petite pipe." par la transformation de l'obligation naturelle en une obligation civile, il n'y a qu'un pas. On attend une confirmation de la Cour de cassation sur ce point. En tout cas, on peut conclure que la femme contrôle également sa sexualité en la lissant sur celle des hommes.

Mais parce que le droit reprend finalement des mécanismes culturelles ancrées, cette réflexion me conduit à penser que si la femme n'est pas un animal, elle n'est peut-être pas un homme pour autant. On remarque en fait qu'elle reste soumise à la volonté de l'homme, sans être parfaitement domestiquée. Sa pilosité varie en fonction de l'humeur de l'homme... Elle se restaure au Mc Do, souvent en présence d'un homme... Elle a une sexualité dépendante de celle de l'homme. Oui, je dis bien dépendante. A-t-on déjà vu une femme forcer un homme à faire l'amour contre son gré ? Et ben non. C'est bien la preuve que la dépendance est unilatérale. Et il est souhaitable qu'elle le reste, question de respect des droits de l'homme. Et pour les filles du fond, là-bas, oui, Albertine, je t'ai vu... Non on ne donne pas "envie" à un homme : on lui rappelle adroitement qu'il avait ignoré l'une de ses envies. Ça n'a rien à voir avec "donner envie"... La mauvaise foi, ça va bien un moment...

A bien y réfléchir... Les poils, la bouffe, le sexe : tout cela évoque bien une relation au corps. Et donc la sexualité, d'un point de vue certes un peu étendu - mais ce n'est pas Freud qui viendrait me contredire - mais la sexualité tout de même. Alors si la femme n'est ni un homme, ni un animal et qu'elle a un lien avec le sexe, la conclusion semble s'imposer d'elle-même : la femme est une chose. Je dirai même mieux pour être plus précis : un objet sexuel.

Il est alors 10h42 lorsque je sors exténué de cette profonde réflexion philosophique, moment pour moi d'être tiré de mes méditations métaphysiques par un objet sexuel en puissance qui se met à courir devant moi. L'innocence et la fraîcheur de cette petite fille me pousse alors à m'interroger à nouveau. Est-ce vraiment là la finalité de la femme ? Son appartenance au monde ? Je décide de replonger dans mes réflexions intérieures et de ne pas me satisfaire de cette réponse qui semble pourtant proche de l'évidence.

Il est un fait que le corps de la femme est parfaitement adaptée à la jouissance masculine. Prenons les différentes options offertes par la nature, une par une. La première, certainement d'ailleurs la plus importante, la bouche. Grâce à cet orifice, l'homme peut bénéficier de tout un ensemble de plaisirs qui sont à la fois visuels, sensuels et auditifs. Tout d'abord visuels, le mouvement de va et vient de la tête rappelle les douces ondulations des vagues et porte l'homme, naturellement prédisposé, à un état méditatif, presqu'extatique. A-t-on seulement vu un homme en train de discuter d'un match de foot à ce moment-là? C'est dire à quel point ce mouvement marin le repose et l'entraîne vers des abîmes philosophiques dont les femmes n'auront jamais idée. Plaisir sensuel, bien sûr, car les caresses prodiguées lui permettent de ressentir dans tout son corps de voluptueuses vagues de détente. Enfin, le summum du plaisir est atteint grâce à l'orifice buccale de la femme car, et c'est là une véritable exception aux deux autres organes utiles, le silence règne. Pour une fois, l'utilisation de sa langue ne fatigue pas l'homme. Véritablement, la femme permet à l'homme de se transcender lui-même grâce à la paix intérieure qu'elle crée en se taisant. Et si, par malheur, elle venait à vouloir dire des insanités amoureuses à ce moment-là - chose parfaitement inutile car les hommes se contentent alors fort bien de comprendre par les actes tout l'amour qu'on leur porte, inutile d'être redondantes, mesdames, avec des paroles : l'homme est un être qui apprécie la concision, fallait-il le rappeler - je reprends donc, si, par malheur, elle venait à vouloir dire des insanités amoureuses à ce moment-là, une caresse amoureusement appuyée sur la nuque lui fera comprendre délicatement (suce, cochonne!) qu'elle ne doit pas troubler la paix intérieure de l'homme tant qu'il n'a pas terminé sa réflexion.

Le second orifice est celui qui est classiquement utilisé par les débutants de l'amour, individu sans culture amoureuse et dont l'imagination sexuelle est aussi fertile que le désert d'Ethiopie... Il peut rendre quelques services et semblent satisfaire la femme. Peu importe, ce n'est pas notre propos : on a une conclusion philosophique à trouver. En plus, inutile de s'y attarder, bien d'autres plaisirs nous attendent ailleurs. Tournons-nous directement vers le petit dernier, présenté dans un écrin de fesse, qui est relativement plus exotique. Certains en font leur quotidien, ce qui me semble regrettable (pardonnez-moi cette digression subjective dans une étude scientifique), car ils risquent d'y perdre ce qu'ils viennent y trouver : l'étroitesse. Nécessitant une largeur d'esprit qu'on ne peut que louer, l'homme y trouvera un moelleux inconfort quelques instants pour ensuite bénéficier d'une vue imprenable sur l'ensemble de ces merveilles que recèlent le corps de la femme. Là encore, bien que l'on ne puisse encore expliquer pourquoi, la femme n'usera que très peu de sa bouche, si ce n'est que pour quelques cris incompréhensibles, ce à quoi l'homme répond généralement sur le même mode, par pure politesse entendons nous bien.

Ces réflexions pratique m'amenèrent à la réflexion suivante. Si la femme est un objet sexuel et que, pour cela, la nature l'ait doté de trois orifices, pourquoi l'homme n'a été pourvu que d'un seul membre ? Si la nature avait voulu faire bien les choses, elle aurait doté l'homme d'une "tribite". A n'en pas douter, dans ces conditions, l'évidence s'imposerait d'elle-même : la femme serait un objet sexuel. Or, force est de constater que l'homme a finalement trop à manger sur la femme puisqu'il ne peut utiliser que 33% de ce qui lui est offert. Dans un autre sens, on peut donc dire que la femme est privée, pour chaque sorte de plaisir sexuel, de 66% du bonheur que peut lui offrir son corps... C'est assez lamentable et on n'a plus à se demander pourquoi les migraines fleurissent le samedi soir... Tout simplement parce que, quitte à être amputées de son plaisir et de n'avoir que des bribes de début de quelque chose, les femmes préfèrent se passer du plaisir d'être frustrées.

A ce moment-là de ma réflexion, inutile de vous dire que j'étais complètement désemparé. Si la femme n'est pas un objet sexuel, n'est pas un homme et n'est pas un animal : mais alors qu'est-elle donc ? Et là, la réponse m'apparaît dans la lumière éclatante d'un soleil aveuglant. Une énorme masse sombre m'inondant de ténèbres pendant quelques instants. Puis, je recouvrais la vue. Une femme enceinte était passée devant moi. La femme est la femelle de l'homme. De toutes les hypothèses, c'est finalement celle qui me semble la plus probable. CQFD.

Romook, et hop! un coup de soleil de trop en Chine et voilà...

jeudi 9 avril 2009

A propos du réchauffement climatique

Il est des évènements majeurs qui affectent notre terre et qui doivent être pris en considération. Je ne vous cacherai pas que j'ai toujours été un être sensibilisé à la protection de notre environnement. C'est pourquoi je me dois de mettre en valeur un point de la plus haute importance - et ce, quelles qu'en soient les conséquences sur la vie de tout un chacun.

La polygamie officieuse - l'adultère si on doit utiliser le jargon juridique dans le cadre du mariage, ou encore la trahison, si on doit reprendre le jargon féminin dans le cadre des relations de concubinage - nuit à l'environnement. En effet, rien n'est plus difficile à supprimer que les effluves naturellement sécrétées par le sexe féminin lorsqu'il est excité. Même en utilisant du savon, l'odeur est tenace et résiste aux épreuves de propreté les plus intenses. Etre un homme infidèle revient à être spécialiste en nettoyage corporel pour faire disparaître les traces discrètes - mais tenaces - de l'activité ludosexuelle... Sans quoi, point de salut et rapidement l'activité de polygame officieux connaît un retour forcé à la monogamie, sans aucun lien avec une quelconque évolution morale, mais bien plutôt à titre de sanction ingligée par l'être qui se sent trahi.

Ainsi, l'excès d'utilisation de savon induit par la nécessité de faire disparaître les traces de l'infamie (jargon encore féminin : je m'adapte à mon lectorat) se répand nécessairement dans les canalisations et, par voie de conséquence directe, pollue l'environnement. Ainsi, les stations d'épurage doivent fonctionner d'autant plus pour corriger les erreurs commises (jargon du mari repentant), ce qui induit une activité industrielle importante, ce qui entraîne nécessairement les problèmes de réchauffement climatique. La boucle est bouclée. Voilà, on y est : l'infidélité des hommes conduit au réchauffement climatique par la faute des femmes. Simple, certes, mais il fallait y penser.

Heureusement, il y a des solutions, qu'on se le dise. La première, mais ce n'est évidemment pas la plus intéressante, est de tous devenir monogame. Cela suppose que les femmes acceptent que l'on conserve leur odeur sur nous : mais sans mélange, juste celle de celle qui nous chérit amoureusement, pas celle de la vile maîtresse ne respectant absolument pas la compagne de notre existence (ndlr : preuve encore de l'égoïsme des femmes)). Oublions cette solution qui suppose de rendre malheureuse la compagne de jeux érotiques.

La seconde solution est de modifier génétiquement les femmes pour que leur cyprine soit sans odeur sur la peau, ou se lave plus facilement. Si c'est compliqué à mettre en œuvre, on pourrait tout simplement faire ça sur 70% des femmes de l'humanité seulement. 30% destinées à devenir compagne d'existence, 70% réservées à un usage ludique et qui pourrait avoir ainsi plusieurs relations dans leur existence. Dans tous les cas, il faudrait faire un dépistage pour repérer les femmes destinées à devenir maîtresses et celles destinées à devenir épouse. Il est bien évident que la distinction entre les deux catégories est assez simple à réaliser : la plupart des potentielles maîtresses souffrent d'inconstances affectives, ou pire d'un très mauvais caractère, qui est en totale contradiction avec leur merveilleuse façon de faire l'amour. Sur cette base, on doit pouvoir trouver le gêne qui marque la distinction entre ces deux types de femme, puis on modifie génétiquement le corps pourvu de ce gêne.

Pour la reproduction du modèle de maîtresse parfaite (entendre inodore dans le jargon masculin), nulle doute que les caractéristiques génétiques se reproduiront rapidement car les hommes auront naturellement à cœur de favoriser cette nouvelle espèce, conformément aux théories darwinesques. Cette solution est idéale et permet d'être écologiquement viable à long terme. C'est la solution gagnant - gagnant.

J'en vois déjà qui pointe du doigt le défaut de cette solution : le temps nécessaire à sa mise en œuvre. Heureusement, la nature a bien fait les choses. Il y a une troisième voie : celle du non-plaisir. La femme est naturellement portée au sacrifice, et pour sauver l'humanité, il faudra encore qu'elle se plie à cette dure loi qui fait d'elle la mère-gardienne de la vie depuis la nuit des temps...

L'idéal est donc que les femmes-maîtresses - et non pas les maîtresses-femmes - cessent d'avoir du plaisir. Sans plaisir, sans excitation, elles deviendront sèches ce qui rend la situation sans danger pour les écoulements d'eaux usées et les stations d'épurage. On peut remplacer utilement la lubrification naturelle par un lubrifiant à base d'eau, ce qui est tout à fait compatible, avec l'environnement et qui aura pour avantage de ne pas brutaliser le corps de celle qui va déjà devoir serrer les dents pour le bien de l'humanité. Ainsi, la solution intermédiaire avant que l'on puisse transformer les femmes génétiquement est toute trouvée...

Romook, pour une vision scientifique et globale de la relation adultère et du réchauffement climatique

mercredi 21 janvier 2009

La roulotte

"Dis, grand-père, tu m'avais parlé d'un secret. C'est quoi?
- Mon secret... Tu es peut-être encore trop jeune pour que je te le dise.
- Non, non, je veux savoir. Je te promets, je le raconterai à personne.
- Tu sais, il y a des secrets que l'on peut répéter. Un secret est parfois juste quelque chose que l'on garde précieusement au fond de son cœur, que l'on n'a jamais dit à personne...
- C'est quoi ton secret?
- C'est l'histoire de ma vie... J'ai voyagé toute ma vie et je voudrais que tu devienne voyageur aussi.
- Moi, je veux aller en Australie. Je veux voir des kangourous.
- C'est bien. C'est un beau projet de voyage. Mais, pour partir, tu as besoin d'une roulotte.
- C'est quoi une roulotte ?
- Tu as déjà vu des escargots ?
- Oui.
- Il transporte leur maison sur leur dos. Et bien, pour un homme, c'est la même chose. Pendant son voyage, il utilise une roulotte.
- Il peut prendre un avion aussi.
- Non, parce que ça va trop vite. Moi, même quand je prends l'avion, j'utilise ma roulotte. La vitesse tue trop de chose. Avec une roulotte, le temps ne s'écoule plus de la même manière. Il y a un cheval, devant, que tu guides pour aller où tu veux. Tu avances lentement. Comme ça, tu as le temps de rencontrer des gens sur ton chemin, de sentir les changements de saison, de vibrer au son des feuilles qui bruissent dans les arbres et de manger les fruits que tu croises. Tu peux arrêter ta roulotte où tu veux, quand tu veux.
- Mais, ça sert à quoi la roulotte. Tout ça, on peut le faire sans roulotte.
- Non, la roulotte est indispensable car tu y caches ton coffre à trésor dans lequel tu vas ranger tous les objets que tu vas rencontrer tout au long de ton voyage. A chaque nouvelle étape, tu veux y mettras les nouvelles choses que tu as découvertes. De temps en temps, tu t'arrêtes et tu contemples ce que tu y as caché.
- Il y a beaucoup de choses dans ton coffre, grand-père ?
- Il y a tout ce que j'y ai mis au cours de mon voyage.
- Wahou! Ca doit faire beaucoup alors... Je peux voir tes trésors?
- Non. le coffre à trésor restera secret pour toujours. C'est le principe même du coffre à trésor. Même si je te dis tout ce que j'y ai mis, il en restera toujours dedans que tu ne connaîtras jamais.
- Pourquoi?
- Parce que mon coffre à trésor reste caché dans ma roulotte et personne ne peut entrer dans la roulotte de quelqu'un.
- Moi aussi, je peux avoir une roulotte ?
- Tu as déjà une roulotte. Et tu as déjà commencé à remplir le coffre à trésor, je le sais.
- Comment tu le sais ? Moi, je sais bien que je n'ai pas de roulotte, ni de coffre à trésor.
- Si, si... Tu en as une. Je vais t'expliquer. Le dernier trésor que j'ai mis dans ma roulotte, c'est toi. Dans mon coffre, j'y mets tous les moments que je passe à discuter et à m'émerveiller avec toi. Ces instants sont gravés dans ma mémoire et ces images-là, personne ne pourra jamais me les voler. Toi aussi, tu as déjà commencé à remplir ton coffre, tu sais, et tu promènes déjà ta roulotte. La vie est un long voyage que l'on fait tous en roulotte. Le secret est qu'il faut savoir s'arrêter de temps en temps pour ne pas oublier d'y mettre les souvenirs dans son coffre. Tout ce que tu auras mis dedans n'appartiendra qu'à toi. Il faut savoir aussi redémarrer sa roulotte. Parfois, on trouve un bel endroit, on pense qu'on peut s'y arrêter toute sa vie, mais, en fait, il faut poursuivre son chemin.
- Mamie aussi, elle avait une roulotte ?
- Oui, mamie aussi. Pendant un moment, on avait la même roulotte et on y avait caché chacun notre coffre à trésor. C'est parfois la question qu'on se pose... Savoir si la personne que l'on rencontre sur le bord du chemin doit nous accompagner et conduire la roulotte à nos côtés, ou si on doit ranger cette rencontre comme un trésor dans notre petit coffre. Tu comprendras mieux ce que je dis avec le temps. Bon voyage avec ta roulotte."

Romook, en chemin avec sa roulotte...

jeudi 8 janvier 2009

L'existence de la sensation

- Allô... Allô... MD... MD... Tour de contrôle... Vous m'entendez?
- Nous vous recevons "Romook XY". A vous.
- Protocole d'urgence à mettre en œuvre... Répétons... Protocole d'urgence à mettre œuvre... Demandons communication simplifiée "cellules grises". A vous.
- Protocole accordé. Que se passe-t-il?
- Notre vaisseau romookien a dévié sa trajectoire. Aujourd'hui, nous nous dirigeons vers la planète rose "romanticae". Avons besoin d'instruction de guidage pour redresser trajectoire. Brouillard total, ondes parasites présentes.
- Quel est le type de votre vaisseau romookien? Déclinez tout élément d'identification pertinent.
- Romook, 1er modèle, construction 1976, à combustion nihiliste, mise en service nietzschéenne 1992, révisions qualité luxe "cioran schopenhauer" effectuées en 2002, 2004, 2006. Début des incidents : octobre 2008.
- Pouvez-vous décrire les problèmes ?
- D'abord, des crachats émotionnels, puis une poussée de fièvre d'abstinence d'une semaine, suivie d'une fidélité de 10 semaines.
- Mais, putain! Qu'est-ce que vous avez foutu? C'est maintenant que vous réagissez?!
- Désolé, on s'est fait surprendre. Au début on a cru à un flash sexuel. Ca arrive souvent avec les modèles de cet âge-là. En fait, ça doit être un coup de foudre. On est désolé.
- On va voir ce qu'on peut faire. Désespérez pas. Rien d'autres à signaler comme incident ?
- Désir d'engagement durable et continuation de la relation par la monogamie.
- Dites donc. Vous l'avez salement amoché votre jouet. Pour un peu, ça frisait le mariage.
- Pourquoi? Ca change quelque chose?
- Ce n'est pas le même protocole.
- Ok. Le mariage était dans l'air.
- Bon. Restez calmes. Je change de manuel.
- Quoi? Qu'est-ce qui se passe ?
- Avec des modèles de cet âge-là, faut se méfier. Le moteur s'emballe et il faut redescendre en douceur. On ne peut pas faire de changement brusque. Vous en êtes où là?
- Difficile de le dire... 3 semaines d'incertitudes, d'incompréhensions. Y a du grabuge qui a été fait, mais on n'avait pas remarqué le nouveau cap. Depuis trois jours, on a du mal à retrouver les anciennes routes. On est un peu perdu.
- Côté sexe, ça se passe comment ?
- C'est un des problèmes. Ca se passe bien.
- Pfff... Vous ne nous facilitez pas la tâche. Degré du magnétisme esthétique sur l'échelle de Cupidon.
- 9,8 / 10.
- Ca va pas être facile de s'en sortir. Vous avez essayé d'insérer les disquettes de sauvegardes ?
- Oui, de ce côté-là, ça va. On avait anticipé avant notre départ.
- Mais vous êtes où là?
- Loin de l'environnement habituel... Les disquettes de sauvegarde sont chargées, mais les programmes doivent attendre notre retour pour être lancés.
- On peut dire que vous choisissez les difficultés. Je lance le calcul de l'ordinateur. Bon. Cap : Sexae.
- Ca veut dire quoi?
- Pour vous en sortir, vous devez d'abord prendre le cap de la planète Sexae. Un changement brutal, hors du cadre habituel, peut provoquer des secousses désagréables. C'est trop dangereux. Vous avez été trop loin. Est-ce que vous avez la planète Solitudae dans votre orbite ?
- Non. Il n'y a plus rien du tout hormis Romanticae.
- Ok. Suivez bien les instructions. 1 - Enclenchez les rétro-sentiments. 2 - Allumez les bougies de détresse amicales.
- On a un problème. On a un problème!
- Qu'est-ce qui se passe ?
- On perd le contrôle. Ca tremble partout. La destination n'est plus claire. Y a des nouvelles destinations qui apparaissent!
- Lesquelles ? ... Lesquelles ? ... Allô?!... Allô... M'entendez-vous ?... Stéphane, branche le convecteur de communication d'urgence. Dépêche-toi!
- Ok, ok, je le fais... Ca y est... Je les ai. Ils sont en communication avec le vaisseau Wangien xl YY. Ca parle de mariage, de tromperie, de manque de respect. C'est pas clair... Y a des sacrées secousses. Ca y est, on a récupéré la ligne.
- Vous m'entendez? Ici, tour de contrôle, vous m'entendez ?
- Réception ok. Avons été coupé. Planète Solitudae en vue.
- Il faut redresser le cap tout de suite sur Sexae. Sinon, vous êtes perdus!
- Comment on fait? Aidez-nous!
- Enclenchez le module "complementary partner".
- Ok... L'ordinateur recherche... Y a le cap Solitudae qui se scinde en trois : Sexae, Amicae et Romanticae....
- Super! Pointez sur la destination entre Sexae et Amicae, et gardez le cap jusqu'au retour dans votre environnement habituel. Ca devrait être plus cool maintenant. Méfiez-vous du cap Romanticae qui refera surface de temps à autre. Surveillez bien vos écrans de contrôle.
- Si ça braque vers Romanticae, qu'est-ce qu'on fait ?
- Vous prenez la boîte noire et vous la faites défiler. Ca devrait suffire à garder le cap.
- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?
- Les deux vaisseaux vont rester en liaison pendant quelques jours. Normalement, les relations seront amicales calées sur le mode "amants". Ca permet de garder une stabilité émotionnelle complète, avec une satisfaction des besoins primaires essentiels.
- Mais le vaisseau ne risque pas de se dérégler en cours de route.
- Normalement, non. C'est quand même un Romook 1976, mise en service 1993. Régulièrement révisé, ça devrait tenir le coup sans problème.
- Qu'est-ce qui se passe si les communications entre les deux vaisseaux reprennent sur un mode "rose" ?
- Normalement, rien. Mais vous avez attendu tellement longtemps avant de réagir qu'il est possible d'avoir des secousses.
- Merci pour votre aide.
- On est là pour ça. Merci d'avoir utilisé les services de "SOS Nihiliste en détresse". Bonne fin de route et n'oubliez pas la révision. Il sera temps de la faire après votre retour. Terminé.
- Encore merci. Terminé.

Romook, fabricant d'amie ++

mercredi 29 octobre 2008

Pourquoi êtes-vous toujours célibataire?

7s7: Sexe & Relations - Pourquoi êtes-vous toujours célibataire? (417984)

Un site internet, fort sérieux au demeurant, a choisi de traiter la question suivante dans l'un de ses articles : Pourquoi êtes-vous toujours célibataire? Il est vrai que le sort semble s'acharner sur quelques individus qui ne savent pas savourer la plénitude de leur être et qui se retrouvent dans la nécessité de trouver l'âme sœur. Bien que le sujet soit traité en vue de satisfaire un lectorat féminin, je tiens à préciser sérieusement que le site est belge. Qu'à cela ne tienne, je vais faire le complément d'information nécessaire. En effet, loin de douter des compétences métaphysiques de l'auteure de l'article, il me semble que la question n'a pas été traitée entièrement.

Passons en revue les grands points évoqués, afin d'en faire une rapide synthèse pour éviter toute incompréhension.

1. Si vous pensez que l'amour ne frappera jamais à votre porte, il ne le fera pas.

Lorsque vous faites un repas, vous qui êtes seule dans votre grand appartement, prévoyez une seconde assiette pour l'invité surprise, l'éternel absent. Qui sait? Peut-être que c'est l'amour qui se trouve au bout du doigt qui ne touche jamais votre sonnette? Commencez par la débrancher, sinon il ne risque pas de frapper à la porte. Ensuite, préparez tout pour faire un vrai repas d'amoureux. Préparez les chandelles. Sortez votre belle vaisselle. Changez vos habitudes. Quand vous rangerez tout, soyez positive dans votre vision des choses, le jour où il arrivera, vous serez prête. Le quotidien de l'amour n'aura plus de secret pour vous, il ne vous restera que sa monotonie à découvrir. Imaginez le gain de temps sur les années!

2. Tous des connards

Ce n'est pas vrai! Ce n'est vrai! Il y a bien d'autres sortes d'hommes. Ne rétrécissez pas ainsi les catégories! N'oubliez pas qu'il y a les alcooliques, les obsédés sexuels, les types sans éducation qui rotent et qui pètent, les mecs qui ne vivent que pour le football, les yogi, les moches... Bref, tout un panel d'hommes incroyablement repoussants qui coexistent à côté des connards.

L'amour, c'est avant tout trouver sa complémentarité. Si vous êtes une maniaque du rangement, choisissez en un bordélique. Si vous êtes adepte de l'eau de javel et des antiseptiques, adoptez un mec qui pue et qui ne se lave jamais. Si vous êtes la championne des champignons, vivez avec un passionné de mycologie. Dans tous les cas, n'oubliez pas que chaque pot à son couvercle!

3. L'amour n'est pas une prison.

Si vous êtes prisonnier de cette idée saugrenue que l'amour entraîne le mariage, alors il ne faut pas vous étonner que vous considériez l'amour comme une prison. Un peu de liberté d'esprit. Restez en union libre! Rien de tel pour éviter que votre quotidien ne transforme votre couple en un vieux machin sans appétit de vie. L'union libre, c'est la certitude du vrai amour car il n'y a aucune raison de rester avec l'autre si on ne l'aime plus. La grande preuve d'amour, c'est bien cette présence qui se fait chaque jour à vos côtés. C'est ce processus de séduction qui doit sans arrêt se renouveler pour conserver l'autre à ses côtés. Et si vous trouvez ça trop contraignant de devoir maintenir la séduction à haut niveau, mariez-vous ou prenez des hamsters. La première solution vous permet de banaliser votre amour au point de l'oublier. L'autre solution vous permet de ne vous engager que pour 2 à 3 ans, ce qui est largement suffisant pour que la lassitude ne s'installe pas, tout en ayant eu l'impression de vivre une grande histoire.

4. Indulgence

Soyez indulgente avec l'homme que vous choisirez. S'il vous accepte, soyez reconnaissante envers lui. Vous pensez peut-être que si vous êtes restée si longtemps célibataire, c'est parce que vous êtes exceptionnelle... Ouvrez les yeux! Vous êtes insupportable, hystérique, jalouse, maniaque, bref, qui voudrait de vous? Et l'homme qui vous a "choisit" est dans la même situation. Evidemment qu'il n'est pas "top", mais vous arrivez en fin de promotion Madame... Il y a un moment où il faut faire un choix. Vous en avez assez d'être célibataire, vous ne comptez pas changer de personnalité et votre corps va vous suivre comme un boulet de plus en plus lourd, alors la solution est devant vous. Pas celle dont vous rêviez, mais sachez que le prince charmant, on ne le trouve pas quand on a 35 ans. Les princes charmants vont être naturellement attirés par les jeunettes de 25 ans et là vous ne faîtes pas le poids. Que voulez-vous... C'est dur, mais il fallait vous y prendre avant. Alors, un peu d'indulgence que diable!

5. On ne décide de rien, mais on se respecte.

Inutile de forcer les désirs profonds qui vous animent à se révéler au grand jour. Naturellement, vous serez conformiste. "Qui se ressemble s'assemble" nous dit le proverbe, et c'est bien normal. Cela toujours été comme ça depuis la nuit du temps. Il est vrai que nos normes nous ont habitué à n'être qu'avec des personnes d'une même espèce. Le mélange est assez mal vu, il faut bien le reconnaître. Si vous vous baladez dans la rue avec un gorille car vous avez toujours été intriguée par la chanson de George Brassens, tout le monde vous regardera de travers. Respectez les autres en restant dans la norme, ils ne vous en seront que plus reconnaissant. Vous n'êtes pas obligée de devenir homosexuelle pour autant car, comme dit le proverbe, "les différences s'attirent"... Ainsi, naturellement, c'est sur un homme que vous porterez votre choix. Grâce à la langue française, vous arrivez ainsi à trouver la personne qui vous conviendra: un être humain du sexe opposé. C'est chouette, non?

Romook, ou "comment aider ses contemporaines ?"

mardi 7 octobre 2008

Spéciale dédicace pour Albertine



Et après on viendra dire que je ne sais pas choyer mes admiratrices... Pfffffff......

Romook, Sang et Or comme l'Empereur de Chine
PS : Pour ceux qui veulent avoir une première idée de la course : c'est ici

jeudi 4 septembre 2008

Les coulisses de la gloire

"Elisabeth, je peux comprendre que tu délaisses ton blog, mais je ne pense pas que ce soit une bonne chose... Tu t'es bien amusée avec et...
- Romook, mêle toi de ce qui te regarde. Je te demande la marque de ton slip? Bon. Chapitre clos. Point barre.
- Si tu veux, je m'arrangerai avec Geneviève pour écrire des billets sympa... On peut même mettre en place une association avec un comité de bénévoles, on écrit collectivement les billets, on te les soumet, tu les corriges et hop! le tour est joué. Il pourrait même y avoir un comité qui trie tes emails...Alors?
- Si je comprends bien, vous prenez mon blog, vous l'écrivez, vous répondez aux emails. C'est bien ça?
- Oui, ça serait super.
- A un détail près, c'est quoi ce qui te plaît dans mon blog?
- Quelle question, c'est toi bien sûr.
- Et tu proposes donc de poursuivre l'écriture de mon blog sans moi... Y a pas quelque chose qui cloche ? - ... - T'as arrosé les salades comme je te l'ai demandé hier? Je les ai trouvées, comme tes arguments, un peu sèches...
- Oui, je les ai arrosées, mais je crois que tu leurs donne trop d'eau. J'en ai mis un peu moins que d'habitude et...
- Tu sais quoi, Romook, et bien, avec les salades, c'est comme avec mon blog: je connais les bonnes doses et je sais surtout quand il ne faut pas la dépasser. Là, c'est non. Compris?
- Est-ce que tu te rends compte que ça nous manque ces billets caustiques, les petits pics envoyés de-ci, de-là... Cette manière à la fois masculine et féminine de traiter tous les sujets avec dérision. Bref, toi.
- Et moi, ce qui ne va pas me manquer, ce sont les emails dégoulinants de sentimentalisme envoyés par des admirateurs qui ont lu un billet et qui pensent, de ce fait, avoir fait le tour de ma personne et pouvoir se permettre de me tutoyer dans l'intimité de ma correspondance privée. C'est donc fini. On en parle plus sinon je t'envoie dans le jardin avec Pierre-Guy pour arracher les poireaux. Ca y est? Pas besoin de dessin ? Compris-compris?
- ...
- Et toi, ton blog?
- ...
- Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais... Je vois le genre. Toujours pas de nouvelle de Coco?
- Non, j'ai écouté France Inter tout à l'heure, les enquêteurs n'ont toujours aucune piste. Enfin, il y a le nom d'une Stéphanie qui a été évoqué...
- Bonjour la présomption d'innocence! A l'heure qu'il est, toutes les Stéphanies de France doivent se poser des questions.
- Sans compter celle de Monaco.
- Romook, ta blague est nulle. Pense à ce pauvre Alexandre. Lui qui était arrivé au sommet de son art. C'est quand même tragique.
- Tu crois qu'il va perdre son titre de champion du monde de Civilization s'il n'a plus Coco à ses côtés?
- On ne peut pas savoir. Il est tellement imprévisible.
- Elisabeth? Je peux te poser une question sans que tu t'énerves?
- Trop tard. Mais tu as une deuxième chance. Je t'écoute.
- Sur l'épouvantail, dehors, entre les salades et les poireaux, j'ai trouvé un texte accroché en bandoulière... Tu sais que...
- Ah oui! C'est un email d'un type complètement crétin qui m'avait écrit... Je le connais par cœur :

Chère Elisabeth,

Je lis avec plaisir l'ensemble de vos billets et m'aperçois que vous êtes une femme exceptionnelle. Vous me surprenez sans cesse dans vos écrits, dans vos idées, vos remarques. J'imagine qu'une femme d'un tel talent doit faire peur aux hommes et c'est pourquoi je prends l'initiative de vous écrire. N'y voyez pas là une quelconque démarche de drague, mais bien plutôt la curiosité d'un homme à la recherche de l'inattendu et en attente de découverte de l'Autre. Je suis sûr que vous comprendrez ma démarche - vos écrits le laissent transparaître sans la moindre ambiguité - et j'espère que vos recherches sur Elvira Potemkine vous laisseront du temps pour que nous puissions entamer une relation épistolaire, tout au moins dans un premier temps.

Dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une excellente journée., c'est bien ça?
- Oui. C'est bien ça. Tu ne lui a jamais répondu...
- Evidemment que je ne lui ai pas répondu! S'il m'avait dit qu'il était maître nageur ou qu'il m'avait envoyé ne serait-ce qu'une photo de lui, peut-être aurais-je répondu, mais dans ces conditions... Non, non, cet email est vraiment l'archétype des emails que je ne veux plus avoir à trier le matin en me levant pour les mettre dans ma boîte à spam. De toute façon, c'était un illustre inconnu, il y a plus de quatre ans de ça, l'adresse email a fini par s'effacer avec la pluie.
- Oui, mais...
- Romook, on avait dit qu'on ne parlait plus de mon blog. Là, je ne m'énerve pas parce que cet email est certainement le plus drôle que j'ai lu. C'est d'ailleurs pour ça que je l'ai affiché sur l'épouvantail. Comme ça, je le relis de temps à autre en faisant le jardin, ça me détend.
- Oui, mais...
- J'ai dit "non". Tout ce qui touche au blog. C'est "non".
- ...
- Bon, vas-y. Dis ce que tu as à dire, je vois bien que sinon tu ne parleras plus de la journée... T'es pire qu'une femme.
- Elisabeth, l'auteur de l'email, c'était moi."

Romook, réminiscences

mardi 2 septembre 2008

Suite des commentaires...

J'ai bien remarqué une certaine tendance de mes lecteurs à prendre possession de mon blog et à en occuper l'espace un peu comme s'ils étaient chez eux... Je plaide coupable : quand le chat n'est pas là, les souris dansent... Ainsi, quoi de plus légitime que l'envie qui naît naturellement chez le lecteur de remplir soi-même son blog préféré lorsque son blogueur semble être aux abonnés absents de manière régulière et que presque rien sur terre ne peut rassasier son appétit intellectuel...

Bien entendu, des lectures de substitution pourraient être proposées par des médecins avisés - encore faut-il qu'ils aient étudiés la Romookerie, science du romooker. Pour les locuteurs français, on pourrait penser à une cuillerée de Léon Bloy, par exemple : "en tout bien et tout honneur":

Madame, il est vrai que je vous aime passionnément et vous ne l'ignorez pas. Mais comme j'ai l'âme bien située, je vous aime en tout bien et tout honneur. Quand même vous vous traîneriez à mes pieds, en pleurant et en sanglotant de convoitise, vous ne parviendrez pas à me faire oublier un seul instant que je dois vous respecter en vous adorant. Rappelez-vous la modération de mes transports, la dernière fois que nous couchâmes ensemble et la contrition profonde qui vint ensuite. Que voulez-vous? J'ai été élevé ainsi et on ne se change pas. Avant tout et toujours la pureté d'intention, c'est la règle de ma vie.
C'est comme cela que mon père a fait sa fortune. Il est devenu riche par la pratique charitable de l'usure dans les quartiers pauvres, industrie vainement discréditée par des envieux qui ne veulent rien savoir de l'héroïsme intérieur qu'il est nécessaire d'y déployer pour borner ses opérations et de la délicatesse d'âme indispensable pour tenir constamment en équilibre sa conscience et celle des autres. Je ne vous parlerai pas non plus de ma vénérable mère qui est bien connue et dont l'éloge n'est plus à entreprendre...
Je le répète, la droiture et la pureté d'intention. Telle est notre loi suprême. Bien faire et laisser dire. On ne force personne. Les actes les plus répréhensibles en apparence peuvent être justifiés s'ils sont accomplis en tout bien et tout honneur, avec l'intention cachée, mais souvent efficace, de secourir, en réalité, des infortunes qui ne savent où s'adresser.
N'est-ce pas votre cas, ma charmante amie? N'étant plus très jeune, ayant même passé l'âge où une femme est encore un peu ragoûtante, vous n'avez pu résister à la violence de vos désirs pour un adolescent qui avait des dettes et qui ne vous paraissait remplaçable par aucun autre. Je me suis laissé toucher parce que j'ai du cœur et nous avons fait tous deux une avantageuse affaire, en tout bien et tout honneur. Ne me demandez rien de plus. (Exégèse des lieux communs, col. Rivages poche, ed. Petite Bibliothèque).

A cette petite cuillère, il faudra également ajouter un zeste de séduction corruptive - pour que le mélange prenne bien - et une petite dose de Madame Edwarda (G. Bataille) fera l'affaire :

Il vint s'asseoir auprès de moi. Le suivant, elle monta sur lui, voluptueuse, elle glissa de sa main le chauffeur en elle. Je demeurai inerte, regardant; elle eut des mouvements lents et sournois d'où, visiblement, elle tirait le plaisir suraigu. L'autre lui répondait. Il se donnait de tout son corps brutalement : née de l'intimité, mise à nu, de ces deux êtres, peu à peu, leur étreinte en venait au point d'excès où le cœur manque. Le chauffeur était renversé dans un halètement. J'allumai la lampe intérieure de la voiture. Edwarda, droite, à cheval sur le travailleur, la tête en arrière, sa chevelure pendait. Lui soutenant la nuque, je lui vis les yeux blancs. Elle se tendit sur la main qui la portait et la tension accrut son râle. Ses yeux se rétablirent, un instant même, elle parut s'apaiser. Elle me vit : de son regard, à ce moment-là, je sus qu'il revenais de l'impossible et je vis, au fond d'elle, une fixité vertigineuse. A la racine, la crue qui l'inonda rejaillit dans ses larmes : les larmes ruisselèrent de ses yeux. L'amour, dans ces yeux, était mort, un froid d'aurore en émanait, une transparence où je lisais la mort. Et tout était noué dans ce regard de rêve : les corps nus, les doigts qui ouvraient la chair, mon angoisse et le souvenir de la bave aux lèvres, il n'était rien qui ne contribuât à ce glissement aveugle dans la mort.

Toutefois, après un tel traitement, il y a fort à parier que les femmes qui se seront faites romookées, que ce soit naturellement ou par un traitement de substitution, se retrouvent à écrire des lettres au vieillard Romook, qui les lira, au seuil de la mort, avec tout le respect empreint de dédain qui sied au vieux séducteur sûr de son ancien pouvoir :

Monsieur,

Comme je suis vaine qu'autant qu'il le faut, je ne trouve rien de plus naturel que de m'oublier et si même vous me disiez de savoir encore l'année, le jour où vous m'avez vue, tenez, Monsieur, je ne vous en croirai pas le mot; mais voilà ce que vous ne faîtes, et je vous en sais bon gré. Nous autres femmes, qui n'avons pas les têtes remplies de sciences occultes, nous nous remplissons la mémoire de choses visibles et animées, et c'est bien à l'homme de fournir la plus haute et grande partie. Voyez, Monsieur, pourquoi je me suis parfaitement rappelée l'an 1786 où, au mois de juillet, je fis, à Dux, dans la bibliothèque du comte Wallenstein votre connaissance. Si je ne me trompe, le comte était en ces temps à Vienne. J'étais dans la société du chambellan Heinitz de Freiberg, et je fus vivement touchée, tant de votre conversation, comme de votre bonté qui me fournit une belle édition Metastasio bien élégamment vêtue dans un maroquin rouge. Après dix ans, me voici où le Koenig, qui, dans ses promenades, me parle fréquemment de vous, me jette dans l'immense abîme des probabilités si encore vous vous souviendrez de moi, si non. Ma curiosité ne s'arrête pas là et je deviens importune.
Oui, Monsieur, oui, il est vrai que je m'ennuie et même je m'ennuie beaucoup. Comment échapper à ce meurtre moral qui me poursuit depuis que je suis ici ? Je n'ai ni l'âme ni les opinions qui tiennent pied ferme et je me sens faible contre un certain abrutissement d'esprit. On ne cultive ici que la bonté du cœur, on ne demande que ça et c'est absolument le passeport qu'on produit dans chaque société.
N'allez pas croire que je suis méchante; je ne voudrais même pas l'être; mais je ne me prosterne que devant l'esprit libre, je n'adore que le bon sens, tandis que le soi-disant bon cœur, sans l'accompagnement de mes idoles, me glace, me donne une indifférence que je ne saurais cacher.
Je suis peut être dans le tort et c'est à vous, Monsieur, de me dissuader de ces travers. Comment voulez-vous que, sans appui, je m'y prenne ? Je sens l'aliénation de ma petite dose d'esprit, j'envisage ma mort intellectuelle, le désespoir s'en mêle et je donne dans le scepticisme.Depuis que je suis ici, je doute de tous, je ne vois rien de bon. Venez m'éclairer, Monsieur, montrez-moi comment faire pour échapper à ces précipices sans que mon pauvre individu sanctionne les superstitions mortelles, mais régnant d'ici. Ne m'accusez pas d'indiscrétion, quand je souhaite que vous soyez mon guide, ne me nommez pas importune quand je vous supplie d'être mon Apollon. Le moyen de vous défaire de moi est de me dire que je n'ai qu'à cultiver le bon cœur aussi, pour que je m'assimile à mes compatriotes. Mais non, voilà ce que vous ne voudrez pas; un aimable vieillard comme vous acceptera toujours avec indulgence les hommages que je vous porte.
Votre très dévouée servante

Lettre d'Henriette de Schuckman adressée à Giacomo Casanova, 13 février 1796.

A ceci j'ajouterai que les polonaises n'ont pas de gros mollets, comme certaines expériences sensuelles pratiquées personnellement ont pu le montrer. J'en veux pour preuve l'un de ces clichés ramenés de mon précédent voyage (l'année dernière)



Voilà, comme ça, moi aussi, j'ai la sensation de participer un peu à la vie de mon blog. N'en déplaise à Yogou Tougidi qui semble prendre plaisir à s'épancher en ces lieux avec mon Ania. Mais qu'il en soit ainsi...

Romook, vigilant sur la tenue moral de son blog

vendredi 1 août 2008

Le vieux libraire - (XVII)

Le premier épisode...

Episode précédent (XVI)


Comment la machine avait-elle pu relier les deux systèmes de référence, à savoir celui de la logique et celui des mots subjectifs ? La vie est un paradoxe. Chacun des chercheurs autour de Jean attendait de lui la réponse. Il était seul face au problème. Tout d’abord, l’utilisation d’un terme par lequel on décrivait un objet : la vie. En effet, dans le programme, la « vie » n’avait pas plus de sens qu’une « chaise. » Il fallait bien définir le monde d’une manière. « La vie était susceptible de destruction, comme tout objet. Elle en était donc un »… Voilà le raisonnement qui avait préludé à la première catégorisation des choses et Jean en sourit. La vie lui paraissait aujourd’hui beaucoup plus riche qu’au moment de cette cataloguisation.

Enfin, le paradoxe. Paradoxe. C’est la conclusion d’un raisonnement logique qui aboutit à contredire les prémisses de ce dernier. Incompréhension, sentiment d’étrange, folie, les termes décrivant l’état dans lequel se retrouve une personne qui en rencontre ne manque pas... Et il repensait au paradoxe du menteur qui annonce qu’il ne ment jamais. De toute évidence, la vie ne pouvait pas être un paradoxe. Tout ce qui touche à la vie – objet – ne peut être relié qu’à d’autres objets ou à des sentiments portant sur ces objets. Pas à une conclusion logique. L’ordinateur avait donc transgressé les bases fondamentales du programme. D’une certaine manière, c’était comme s’il avait fait structurellement un néologisme conceptuel en posant l’assertion : la vie est un paradoxe.

Le rêve d’un chercheur en intelligence artificielle est de créer cette véritable étincelle d’incertitude où un comportement va surgir de l’inconnu, l’inconnu étant tout comportement non prévu dans la boucle logique du programme. Ce rêve se produisait sous ses yeux. Maintenant, il comprenait qu’il était face à la question de Dieu… Pourquoi quelque chose est-il sorti du néant ? Pourquoi l’imprévisible s’est-il produit ? Autant de questions qu’il aurait dû se poser avant…

Thérèse surgit alors dans sa conscience. Il la revoyait à ses côtés dans la Cité Interdite, au Palais d’Eté, dans la chambre d’hôtel. Tout se mélangeait : le téléphone, le laboratoire, les caresses, les paroles échangées, les chercheurs, la lettre, le départ, les espoirs, l’incompréhension, Dieu, le désespoir, l’aveu. L’aveu, l’aveu… L’aveu d’un amour impossible, mais qui a tout de même été vécu quelques instants d’une vie, comme une parenthèse volée à l’espace-temps… L’aveu d’un mensonge, sans lequel rien ne se serait probablement produit... L’affirmation d’une sincérité, porte ouverte à la déculpabilisation, mettant parallèlement un terme élégant à une histoire qui n’avait, de fait, aucun sens…

Pourquoi un être qui prétend en aimer un autre le trompe-t-il ? Pourquoi cette double trahison du conjoint et de l’amant à qui on cache son véritable statut de femme mariée ? Pourquoi Thérèse l’avait-il laissé espérer de construire cette histoire dont il avait toujours rêvé ? Parce que l’ordinateur avait raison. Parce que la vie est un paradoxe. Parce que ces comportements ne sont dictés que par des désirs et que ces derniers n’ont pas de catégorie logique ou morale à respecter, parce que la vie s’écoule à travers les instincts et que l’un des plus forts est la sexualité, parce que personne ne peut pas lutter contre ses forces invisibles qui agissent au fond de l’être…

Jean regardait les chercheurs autour de lui. Ils attendaient toujours la réponse, l’explication. Il sourit, il avait compris. « Nos deux interlocuteurs fictifs se sont chamaillés sur la définition même que l’on a donné au mot « paradoxe » dans notre programme. Ils n’ont fait que dérouler les étapes du programme. En définissant le mot « vie », nous avons inclus un lien logique avec tous les autres termes contenus dans les bases de données. Or, il y a des objets ou des concepts qui sont opposées les uns aux autres. L’ordinateur n’a fait que remarquer la contradiction interne des individus, à savoir leur manque de logique. Ce qui est vivant n’est pas logique, surtout dans le domaine de la psychologie... La conclusion à laquelle aboutit le programme : la vie est un paradoxe n’a donc rien de surprenant. Ceux qui ont été surpris sont ceux qui pensaient que les êtres humains étaient réductibles à des machines. En fait, ce résultat est simplement la preuve que nous avons correctement modélisé l’univers. »

Romook, à suivre...

lundi 16 juin 2008

Ecologie et confort des SDF

Au jour où les sujets de philosophie vont pleuvoir sur la France, pays des Lumières, il y a lieu de s'interroger sur les apports faits à l'humanité par l'écologie. Sujet pragmatique, il sera bien entendu écarté des examens pour focaliser l'être pensant sur des problèmes plus fondamentaux que ceux du devenir de l'humanité dans les vingts prochaines années, à savoir (rayer la mention inutile) :

  1. Qu'est-ce qu'une science?
  2. Penser, est-ce calculer ?
  3. Peut-on comprendre l'art ?
  4. Qu'est-ce qu'une chose?


Bref, la réflexion à l'état pur, celle qui se pratiquait dans des temps immémoriaux où les connaissances scientifiques étaient plus limités que celle d'un enfant de sept ans aujourd'hui, où l'humanité était encore figée dans des castes sociales féodales, où la religion cherchait à justifier rationnellement la foi (Ô merci pour les essais de théodicée de Leibniz), où l'évolution des théories sur les maladies mentales obligeait l'homme à penser l'univers en y intégrant la subjectivité... Bref, un monde différent de celui que nous connaissons, où la tv a remplacé la réflexion, où le sms a remplacé la langue française, où les Roberts ne sont devenus que des nichons.

Votre Romook - préféré, fallait-il le préciser - se dresse alors face à ce monde qui ne sait pas s'adapter à lui-même et vous propose donc de vous faire la démonstration de ce que pourrait être une copie de réflexion appliquée (nouveau nom que je donnerai à la philosophie puisque Lipovetski est un philosophe et que "L'ère du Vide" est donc, par voie de conséquence, un ouvrage de philosophie moderne). Tout d'abord, le sujet : "Ecologie et confort des SDF"

Déjà, le sujet est bien d'actualité et permet à tout un chacun, même n'ayant pas plus d'opinion qu'une amibe, de pouvoir dire quelque chose à base de référence culturelle vérifiable (i.e. le journal de 20 heures). Allons-y.

L'écologie est la science de ceux qui s'occupent d'améliorer les conditions de vie de tout le monde. Or, dans notre société comme dans toutes les autres, il existe des exclus, des personnes qui ne trouvent refuge nulle part. En effet, notre société, qui possède une culture de l'individualisme fortement marquée, se donne bonne conscience en se préoccupant de mettre dans des structures sociales les personnes exclues de notre univers quotidien. Malgré l'absence manifeste de générosité de la part des contemporains, il se trouvera toujours quelques quidams pour aller protester contre le sort de ses malheureux, sans jamais proposer de les faire venir chez eux, même lorsqu'elles en ont les moyens - nous ne parlons pas uniquement des personnes usant de leur notoriété pour qu'on entende plus haut la voix des exclus.

Ainsi, parmi tous les malheureux, il existe une frange de la population qui est autant plainte que redoutée, les SDF, c'est-à-dire les "sans domicile fixe" - les mendiants, quoi. Ces individus, véritables parias de la société, vivent à sa marge, sans voiture, sans vêtement propre, ne daignant ni se raser, ni se laver - probablement un geste de révolte contre cette société aseptisée qui les rejette - sans même d'adresse postale ou de compte en banque! Ces marginaux cultivent évidemment la différence dans tous les aspects de leur vie, leur maison ne se résumant finalement qu'à un caddie ou à des sacs plastiques leur permettant de transporter leurs biens matériels.

L'écologie est une science qui se préoccupe du bonheur de tous, sans distinction des différences de chacun, avec toute l'objectivité qui caractérise les sciences. Ainsi, l'écologie a su prendre en main et améliorer le confort des sdf -non, nous ne dirons pas clochard car ce terme est injurieux, empreint d'une forte subjectivité négative de la part de celui qui emploierait ce terme... En effet, ces individus - vous remarquerez le glissement sémantique et son ambiguïté permettant tout à la fois de lire le terme "individu" ironiquement si on ne les aime pas, tout en ayant l'air de dire les choses objectivement, comme si de rien n'était - vivant principalement entourés de plastiques, étaient des pollueurs en puissance, abandonnant à tout va les sachets plastiques usagés... Or, aujourd'hui, notre société a inventé les grands sacs écologiques, conçus pour durer dans le temps, bien plus résistants, bien plus grands. Quel régal aujourd'hui pour un sdf de transporter tout son mobilier et ses vêtement dans deux grands cabas quasi indéchirables plutôt que dans une multitude de petits sacs plastiques, sciant les doigts, fragiles, se déchirant à la moindre occasion...

Ainsi, en voulant limiter l'utilisation des sacs plastiques, et il est évident qu'étaient visés en premier les sdf, le confort de ces derniers a été grandement amélioré, tout en contribuant à préserver notre environnement. Dans le monde merveilleux de Dysney, nous conclurons donc que l'écologie a amélioré le confort de vie des sdf. Bientôt apparaîtront des cabas en plastiques avec panneau solaire intégré pour leur permettre de faire un barbecue, même en hiver, et produire l'électricité nécessaire à la recharge d'un téléphone portable pour qu'enfin ils puissent devenir joignables à tout moment, eux les itinérants, véritables caravanes vivantes des temps modernes.

D'un autre côté, on peut se demander s'il est vraiment juste que l'écologie se soit ainsi préoccupé des plus démunis. En effet, les vrais citoyens, ceux qui sont des forces vives de la société et qui paient des impôts - faut-il rappeler le véritable privilège fiscal dont bénéficie les sdf, systématiquement non imposables ? - n'ont qu'une petite contrepartie à cette amélioration dont bénéficient ces privilégiés de la société... Les personnes travaillant honnêtement doivent payer ces sacs qui servent gratuitement par la suite aux exclus. Que peut-on en penser ? Tout simplement que l'écologie fait des différences, contrairement à ce que l'on avait pu démontrer auparavant, et ce sont bien les plus démunis qui se retrouvent être les plus favorisés. Il n'y a pas de mot devant une telle injustice sociale. C'est pourquoi, pour rétablir une véritable équité dans le corps social, la création d'un nouvel impôt devrait être pensée. Un impôt qui serait le contraire de l'impôt foncier : l'impôt sdf, l'impôt "sans droit fixe".

On peut bien entendu justifier cet impôt par l'occupation abusive du domaine public qui est régulièrement faite par ces individus sans foi, ni loi, qui constituent une véritable concurrence déloyale avec l'ensemble des cafés environnant qui subissent nécessairement une forme de détournement de clientèle, certains consommateurs se sentant obligés de ne pas reprendre de café pour aller donner de la monnaie aux mendiants environnants. La création de ce nouvel impôt ne serait donc que justice et la juste contrepartie de l'amélioration permanente des conditions de vie des sdf. En fin de compte, c'est vrai, il vaut mieux être sdf aujourd'hui qu'au XIIIème siècle. CQFD.

Romook, première épreuve de réflexion appliquée : 07/20, beaucoup de passages maladroits et superficiels.

lundi 24 mars 2008

Discussion pendant le repas

Ce midi, après mes 4 heures de droit fiscal, avec trois étudiants, mon chauffeur et la directrice des études, nous déjeunons ensemble. Ces petits repas, au ton cordial, sont souvent l'occasion de découvrir de nouveaux aspects de l'âme chinoise. Le chauffeur, un homme un peu bourru avec un grand cœur, se lance dans une tirade dithyrambique sur les langues. Je ne comprends pas grand chose sinon qu'il y ait question de langue chinoise et de langues étrangères. Étonnamment, il ne fait aucun effort pour que je comprenne, contrairement à son habitude. Il s'échauffe, tout seul, comme un grand, finissant en brandissant les bras au-dessus de la table tout en sautillant sur sa chaise.

Romook : Qu'est-ce qu'il a dit?

Fou rire de mes étudiants qui commencent par ne pas vouloir traduire. Puis l'un d'entre eux se lance.

L'un d'entre eux : Il a dit que la langue chinoise était la plus complexe du monde et qu'à cause de ça on aurait jamais de prix Nobel de littérature.

Romook : Pardon?!

LUDEE : Oui. Aucune personne sur terre ne peut apprendre la langue chinoise car c'est une langue ancienne qui existe depuis plus de cinq mille ans.

R : Pourtant, vous avez eu un prix Nobel de littérature.

Fou rire de mes étudiants. Ils traduisent ma phrase. Et le chauffeur surenchérit avec beaucoup de convictions. Il me regarde droit dans les yeux, parle vite, avec un accent bien de chez lui : je souris, je ne comprends rien.

LUDEE : Il a dit que ce n'était pas possible parce que les 4 livres de la Chine n'ont jamais été prix Nobel, ce qui prouve bien qu'il n'y aura jamais de Prix Nobel de la littérature en Chine. Ce sont les occidentaux qui manœuvrent le comité pour paraître les plus intelligents, mais ils ne comprennent rien à la culture chinoise et n'y comprendront jamais rien. Tant qu'il n'y aura pas de chinois dans le comité des prix Nobel, il n'y en aura jamais pour la Chine. Sinon, cela ferait des millénaires que l'on aurait des prix Nobel.

R : Mais, d'abord, ce n'est pas possible d'avoir des prix Nobel depuis des millénaires car ça n'existe que depuis très peu de temps et, ensuite, vous avez déjà un prix Nobel de littérature qui s'appelle Gao Xingjian. Ca date des années 2000, 2001 ou 2002 je ne sais plus.

Stupeur autour de moi. Traduction. Réponse animée. Je suis toujours dans un black-out linguistique total. Je m'en vais leur faire leur cours de droit fiscal en ch'ti la prochaine fois si ça continue.

LUDEE : Il dit que c'est impossible car, de toute façon, personne ne peut comprendre la langue chinoise car elle est trop complexe. La preuve, c'est qu'il y a eu une constitution internationale qui a été rédigée : il n'a fallut qu'un tome pour la langue chinoise alors qu'il en a fallu trois pour rien que pour la langue française.

Romook a la moutarde qui lui monte au nez, une fois n'est pas coutume.

R : Il y a bien eu un prix Nobel de la littérature chinoise, ça c'est sûr. Le fait que vous ne soyez pas au courant, ne prouve pas le contraire et a plutôt pour cause votre inculture : ouf je ne l'ai pas dit! Ensuite, la taille n'a rien à voir avec la complexité, c'est plutôt due au côté pratique des caractères qui tiennent tous dans un petit carré, ce qui permet d'économiser beaucoup de place à l'impression. Vous qui parlez français, vous vous rendez bien compte que c'est plus court d'écrire 下雨 que "il pleut." Par ailleurs, si on devait comparer, on pourrait probablement dire que la langue chinoise est bien adaptée à la poésie du fait de son imprécision, mais certainement pas aux choses complexes. Vous ne trouvez pas qu'avec les conjugaisons, on obtient un niveau de précision plus important dans une discussion ?

LUDEE : Oui, mais c'est difficile les conjugaisons.

R : Peu importe. Vous savez bien que, même quand vous parlez entre vous, entre chinois qui parlent bien le chinois, vous avez des difficultés à vous comprendre si vous ne dîtes pas assez de phrase.

LUDEE : Oui, mais c'est parce que beaucoup de sons identiques sont des mots différents, alors on se perd dans les sens.

Et on a ri tous ensemble.

Romook, Les lettres chinoises

samedi 22 mars 2008

6 trucs sans importance

Après avoir découvert que de trouver six choses dérisoires et inintéressantes était une épreuve difficile, je m'y essaie, étant l'homme des défis.

1 - J'ai du mal à gérer l'antidatage de mes billets qui, régulièrement, se publient avant que je ne le veuille.

2 - Je porte des slips, mais pas toujours - et seulement un à la fois.

3 - Je bois du café noir en France et du café au lait sucré lyophilisé en Chine.

4 - Toutes mes guitares ont 6 cordes.

5 - Je perds mes cheveux.

6 - Je n'ai pas fini de lire "Souvenirs pieux".

Romook, tenté par le fait de savoir faire des choses simples

Discussion au salon de massage

La Masseuse : Tu viens de quel pays?
Romook : Je suis français.
M : Tu parles couramment le chinois, c'est incroyable (..?/!ù^§ù:.:,) temps ?
R : Pas du tout, je dois encore étudier mon niveau de chinois n'est pas très bon.
M : Tu viens pour laver les pieds?
R : Non, pour un massage.
M : Tu t'es déjà lavé les pieds?
R : Oui, à l'hôtel.
M : Quand ?
R : Ce matin. Pourquoi?
M : En Europe, je sais que vous ne pouvez pas vous laver les pieds. C'est pour ça que tu veux le faire deux fois?
R : ?? Je ne comprends pas.
M : Tu n'es pas venu pour un massage?
R : Si.
M : Ca fera deux fois aujourd'hui alors puisque tu l'as déjà fait à l'hôtel une fois ce matin. Tu comprends quand je parle?

Note aux lecteurs : C'est alors que Romook comprit que "laver les pieds" signifiait dans le langage de cette demoiselle "massage chinois des pieds". Il se rappela également que la fois précédente il y eut la même confusion dans le même salon de massage. Il faut donc relire le texte ci-dessus en changeant le groupe nominal "laver les pieds" par "faire un massage chinois des pieds". La langue chinoise est difficile, notamment pour ses milliers d'expressions toutes synonymes avec des mots de base. La confusion est facile pour les étrangers. Même prévenu, on continue à se faire prendre.

M : Tu as quel âge?
R : 32 ans. Et toi?
M : 30 ans. Tu es marié?
R : Non.
M : Vous avez le droit de ne pas être marié à 32 ans en France?
R : Oui, ce n'est pas la même culture. On peut se marier plus tard si on veut, ou même ne pas se marier.
M : Alors, on peut se marier à 40, 50 ans ?!
R : Oui. On peut même avoir des enfants sans être marié.
M (gloussements) : En Chine, on doit être marié pour avoir des enfants. Vous avez combien d'enfants?
R : Je ne comprends pas.
M : Vous avez combien d'enfants ? 1 ? 2 ?
R : Comme on veut. Il n'y a pas de limite.
M (gloussements à nouveau) : Alors on peut ne pas être marié et avoir 3 enfants?
R : Oui.
M : Mais pour vivre ensemble dans la même maison, il faut quand même être marié?
R : Non. On peut vivre sans être marié ensemble, avec des enfants. Parfois, les enfants ne sont pas avec leurs deux parents.
M : Je ne comprends pas.
R : Parfois, dans la même maison, il y a les enfants d'une maman qui vit avec un homme, mais ce n'est pas le papa des enfants.
M : (?!) Ce n'est pas la même culture.
R : Oui, ce n'est pas la même culture.

Romook, de retour dans la Chine profonde

lundi 25 février 2008

Le vieux libraire - (XVI)

Le premier épisode...

Episode précédent (XV)


« The Liar paradox, is it an interesting book ? » Tiré de ses rêveries, le vieux libraire regarda le jeune homme qui l’interrogeait. Les cheveux hirsutes, une marée montante de piercing envahissant son visage post-adolescent, le jean - trop large, of course - vomissant un caleçon, les futurs scientifiques avaient aujourd’hui un style que l’on n’aurait pas imaginé de son temps…

Il répondit par de brèves phrases que, pour tout amateur de jeux logiques, ce livre était une merveille, au même titre que « The lady or the tiger » (le livre qui rend fou). Le jeune homme fit une petite moue désappointée. « So, you just have to say that’s a damn’d boring book. » Evidemment, Jean aurait dû s’en douter. Ce jeune client, un habitué des livres mathématiques les plus ardus, ne s’enivrait que des théories complexes, hermétiques et méconnues des branches les plus sombres de l’algèbre ou de l’analyse.

Jamie était du nord de Londres et venait une fois par mois environ se rassasier d’ouvrages étranges. Jean ne connaissait d’ailleurs pas grand-chose de lui, hormis son extraordinaire capacité à digérer des théories mathématiques absconses en pur autodidacte. Lorsque les deux hommes se parlaient, il n’était question que de complétude, d’espaces vectoriels et autres univers conceptuels. Les questions d’un ordre plus intimes étaient évidemment les grandes absentes de leur discussion. Pour Jamie, les détails de ce type ne pouvaient qu’être anecdotiques et d’un intérêt fort limité. Jean comprenait cette attitude, mais souffrait de ce manque de sensibilité. La vie lui avait appris à ressentir.

Lors de leurs échanges scientifiques, Jean était pris de nostalgie pour ses années d’enseignement et de recherches. Ses années abandonnées devant un écran d’ordinateur ou à lire des livres dont peu de personnes ne connaissent l’existence... Il partageait à nouveau cette vie avec ce jeune rebelle des mathématiques. Une seconde vie par procuration en quelque sorte. Finalement, l’existence était une suite de hasards qui se combinent entre eux. Rien de plus.

Il avait beau comprendre ce qui l’avait poussé à quitter l’enseignement et la recherche, il n’en restait pas moins perplexe face à son choix. Un choix à la fois dicté par des émotions et une soif de connaissance, mais surtout un gigantesque besoin de compréhension. Comprendre l’incompréhensible. Comprendre l’esprit humain. Tout était logique et tout aurait pu être différent dès l’origine. C’est une femme qui a provoqué cette bifurcation dans son existence. Rien qu’une femme…

Bifurcation. Voilà bien un étrange mot tout empreint d’une culture de la destinée écrite. Une voie tracée. Bifurcation. Comme s’il y avait un chemin établi à suivre et qu’à certain moment, Dieu - ou le hasard, l’un valant bien l’autre - se mêlait de déposer une épreuve sur la route. Il y a alors le choix entre la réponse correcte – c’est-à-dire en conformité avec ce qui a déjà été vécut : le choix raisonnable - et le reste, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas prévu, l’inattendu, l’imprévisible, le bizarre.

Et bien souvent, lorsqu’un individu a choisi cette autre voie, s’il réussit, il a eu l’intuition qu’il fallait (ou le cran de le faire au bon moment). S’il échoue, on se demandera bien pourquoi il a été s’aventurer dans de pareilles histoires alors qu’il avait tout pour être heureux. Jean avait suivi les sentiers de traverse. Aujourd’hui, il était heureux. Nostalgique parfois. Mais cette autre vie correspondait à un autre Jean. La vie est un paradoxe.

Romook, à suivre...

mercredi 13 février 2008

Le vieux libraire - (XV)

Le premier épisode...

Episode précédent (XIV)

La sonnerie du téléphone retentit. Une fois. Deux. Trois. Une paupière se soulève et se referme aussi vite. La lumière éclatante aveugle l'oeil fatigué de ne s'être fermé que trop peu de temps. Quatre. Cinq. Le hurlement strident de l'appareil provoque une mise en position assise automatique. Six. Sept. Huit. Rien ne l'arrêtera visiblement. Le corps se met à déambuler lentement à travers l'appartement illuminé, tout à la fois, de lumières artificielles pâlottes et des rayons chaud d'un soleil arrogant. Neuf. Dix.

- Wei?... Hao... Hao... Wo kuaiyao qu. Zai jian.

L'incroyable s'était réalisé : le laboratoire venait d'appeler. Jean s'efforça de se remémorer ce qu'on venait de lui annoncer. Il n'y avait pas de doute : ça dépassait tous ses espoirs. Le chaos, il n'y avait que cette théorie pour expliquer ce qui venait de se produire. Il regarda la tasse de thé. Il s'interrogea intérieurement. Il n'avait pas de temps à perdre : il prendrait le thé au labo. Il passa rapidement dans la salle de bain se passer un peu d'eau fraîche sur le visage. Il fallait absolument qu'il ait les idées claires face à cette situation. Il allait devoir probablement en rendre compte rapidement.

En sortant dans la rue, il s'aperçut qu'il n'était pas très tard dans la matinée. Les marchands de brochettes installaient à peine leurs étales. Le charbon commençait à brûler. Approximativement neuf heures du matin. Un taxi. Direction l'université : le laboratoire de recherche informatique. La vie d'un scientifique est peuplée de surprises qui arrivent lorsqu'on s'y attend le moins. Son départ précipité ou sa présence sur place n'avaient a priori aucune utilité. C'était simplement l'enfant qui sommeille en tout chercheur qui se révélait dans son comportement. Cet enfant qui s'émerveille et qui veut comprendre les secrets des grands : une sorte de vilain petit curieux qui n'en sait jamais assez.

Ses recherches, depuis qu'il était arrivé en Chine, portaient sur le croisement des sciences linguistiques et informatiques : l'intelligence artificielle. Il cherchait à mettre en pratique - et donc à tester - si un langage était un système de références fermées. Lorsque l'on définit un concept, quel qu'il soit, des caractéristiques sont mises en avant pour en définir la substance. Soit. Mais ces caractéristiques doivent elles-mêmes être définies. Donc, il apparaît qu'à un moment le sens doit devenir primaire, c'est-à-dire évident pour tous de telle manière que personne n'en conteste la définition. Il avait appelé ça un concept premier. Un ordinateur ne pourrait jamais le comprendre, c'est-à-dire en apprécier la substance. Il ne pouvait que calculer des concepts.

Après plusieurs mois de recherche, l'ensemble de son équipe avait fini par définir un ensemble de concepts premiers. Puis, une première série de mots complexes avait été constituée. Une seconde, Une troisième. Le mouvement de recherche s'était accéléré. Une partie de l'équipe, quant à elle, était préoccupée par la mise en œuvre pratique de l'algorithme, c'est-à-dire du programme qui utiliserait ces ensembles linguistiques pour pouvoir constituer des phrases pleines de sens... Enfin, cela faisait plusieurs semaines que ces premiers travaux avaient été réalisés et que deux ordinateurs conversaient entre eux, jour et nuit, surveillés par des membres de l'équipe qui lisaient leur dialogue continuel...

L'incroyable s'était alors produit. Ce matin, l'un des ordinateurs a réalisé une association de concepts qui appartenaient tous deux à des groupes primaires différents. La machine avait écrit : "Je ne sais pas. La vie est un paradoxe." L'autre machine avait formulé cette question : "La vie est-elle agréable ?" La suite était d'autant plus confondante.

Jean, à peine arrivé dans le laboratoire, voulut lire le texte. On lui tendit les feuilles, toute l'équipe était présente. Jean se mit à lire le dialogue des deux machines en chinois. Il se rappelait que chacune des deux machines avaient été définies pour avoir un caractère et une histoire. Sans quoi, aucune conversation n'est possible. Dès lors que ces paramètres avaient été figés par les humains, aucune extrapolation n'était possible. Par ailleurs, l'algorithme, qui en était encore à sa version bêta, n'avait que peu de modules permettant de réaliser des enrichissements conceptuels. Et pourtant, il fallait bien une explication.

A : J'aime me promener dans jardins publics.
B : Pourquoi ?
A : Le temps est agréable. Il y a des arbres, des plantes. C'est joli. Il y a des gens. Tout le monde est content.
B : C'est bien. C'est agréable. C'est la vie.
A : La vie est-elle agréable ?
B : Je ne sais pas. La vie est un paradoxe.
A : Pourquoi ?
B : Les gens sont contents ou pas contents. Les arbres sont jolis ou pas jolis. Toujours deux possibilités.
A : Deux possibilités n'est pas un paradoxe. La vie est plus que deux possibilités. La vie n'est pas un paradoxe.
B : La vie est un paradoxe car une personne peut être contente et, en même temps, triste. Une personne peut dire un arbre est joli et une autre dire l'arbre pas joli. Etre vrai et pas vrai en même temps est paradoxal. La vie est un paradoxe.
A : La vie est un paradoxe. Oui. La vie est un paradoxe.

Jean n'en revenait pas. Le mot "paradoxe" faisait partie du champs lexical de la logique. Le mot "vie" appartenait à celui des "mots subjectifs". Le programme avait réussi à réunir deux champs lexicaux qui n'avaient aucune connexion entre eux. L'une des machines avait eu un raisonnement intelligent et inattendu. L'autre avait appris et enrichi ses connexions. Jean était émerveillé. La vie est un paradoxe.

Romook, à suivre...

jeudi 7 février 2008

Le vieux libraire - (XIV)

Le premier épisode...

Episode précédent (XIII)

Le thé était froid. La tasse, d'un blanc pâli par l'âge, semblait disposée sur la table accidentellement. Décorée de petites arabesques bleues, dont certaines formes étaient dragonisantes, elle était en quelque sorte déplacée. Enfin, elle n'était pas à sa place. D'ailleurs, pouvait-on lui en trouver une ? Récipient d'un contenu devenu sans attrait, inutile, insolemment elle trônait à côté de quelques feuilles manuscrites, déposée sur la table avec précaution et délicatesse, les unes après les autres. Immobile et fière, surplombant la surface comme une mystérieuse tour de garde abandonnée, elle contemplait la pièce. Arrogante, elle dépassait même d'un tout petit peu la théière qui, rappelons-le, n'était qu'un objet de transit entre la casserole et la tasse. L'utilité de la théière, c'est avant tout de faire infuser le thé. Lorsqu'il est prêt, il la quitte pour finir son court voyage en d'autres lieux. Un objet de transit. Pour finir son court voyage en d'autres lieux. Lieux.

Narquoise, cette petite tasse poussait le vice jusqu'à tortiller son dragon pour en présenter la tête, ostensiblement. Ce motif que l'on retrouve partout dans les édifices chinois, comme sur l'une des nombreuses portes d'Yi He Yuan, le Palais d'Eté. Ce dont s'était étonnée Thérèse d'ailleurs. Thérèse.

Le dragon chinois. Symbole de la fusion des contraires, cet animal mythique a une caractéristique étonnante, à savoir celle d'être profondément humain. Capable d'erreurs, de bêtise, il est également celui qui voit l'avenir ou dont la sagesse est inégalée... C'est pourquoi la calligraphie du mot « Dragon » a pris tant d'importance en Chine, tout au long des millénaires, comme aucun autre caractère chinois...

Dragon, la calligraphie suspendue au mur, dépouillé de tout autre décoration, donnait à la pièce un aspect sévère. Tout semblait en ordre, hormis quelques feuilles éparses, sur lesquelles une écriture féminine avait dessiné des lignes courbes et délicates, lignes se transformant en lettres, mots et phrases pour tout occidental. Mais on était en Chine. Et l'écriture manuscrite d'une langue européenne est ici objet autant d'incompréhension que de fascination... L'art noble de la calligraphie chinoise transmet à ces lignes griffonnées un aspect secret et magique pour le peuple asiatique. Seul un européen pouvait comprendre le sens de ces pages. Seul un européen pouvait comprendre. Comprendre.

Quelques étagères faisaient face à la tasse de thé. Imposantes. Pleines d'un savoir occulte sur le bouddhisme. Mais aussi sur la philosophie européenne. Quelques ouvrages dans différentes langues. En somme, rien de très consistant face à l'existence. Face aux vicissitudes de la vie. Face. Sur l'autre partie de la tasse se devinait la fin du corps du dragon, sa queue. Une image enroulée sur elle-même. Un plan en deux dimensions dont les extrémités finissent par se rejoindre. Extrémités distantes presque réunies sur un infini circulaire. Infiniment proches l'une de l'autre. Eloignées et pourtant si rapprochées. Le lointain enfin marié au contemporain par un lien physique. Lointain enfin marié au contemporain. Contemporain.

Le thé ne se réchauffe pas. Lorsque sa chaleur l'a quitté, il faut de nouveau le faire infuser. La chaleur sublime sa saveur. Mais la même opération ne peut être répétée indéfiniment. Progressivement tout ce qui a fait son individualité se perd. La chaleur ne suffit alors plus à le réactiver. On ne retrouve plus cette sensation unique de voyage. Sa saveur s'est évanouie avec le temps. Seul un souvenir subsiste. Une impression de douceur. Sa douceur. Sa délicatesse. Sa grâce. Son parfum. Parfum.

La porcelaine de la tasse, comme usée et vieillie, ne reflétait que des éclats mornes de la lumière blafarde du lieu. Le peu de meubles qui habitaient cet espace accentuaient les volumes vides et déserts. Les murs, blancs, assourdissaient toutes velléités de couleur. Glacial, un lit attendait un réconfort. Jean entendit son appel. Résigné, il se leva et partit à sa rencontre. La lumière projetait devant lui une ombre en forme de brouillard. Son univers resta baigné dans une pâleur glauque toute la nuit. Au petit matin, il s'endormit.

Romook, à suivre...

lundi 4 février 2008

Le vieux libraire - (XIII)

Le premier épisode...

Episode précédent (XII)


La lettre que tu tiens entre les mains, Jean, c’est avant tout l’aveu de mon impuissance : l’incompréhension de mon être mariée à celle de mon univers. Je suis prisonnière, pas seulement des contingences de la vie qui m’étreignent, comme tous les autres êtres, mais prisonnière de moi-même, de mon incapacité à lever la tête et à reconnaître le Vrai. Je t’aime. Je t’aime avec fureur et passion ; je t’aime dans l’absurdité d’un monde qui me refuse le droit de t’aimer ; je t’aime comme une amante enchaînée et qui attend la délivrance des caresses de son maître ; je t’aime avec pour seul pitance la connaissance de ton amour pur et parfait ; je t’aime pour tous ces rêves que tu m’offres et que je suis pas digne de recevoir ; je t’aime dans un rêve, celui d’une relation possible où les chaînes de la morale n’existent pas ; je t’aime libre avec mon cœur et mon esprit ; je t’aime sans raison, sans savoir mesurer ce qui est raisonnable ; je t’aime parce que c’est impossible et que je veux y croire ; je t’aime avec ma vie dressée contre moi ; je t’aime naturellement ; je t’aime, c’est tout, et je ne voudrai que ce ne soit rien que ça.

Comme le monde est cruel d’avoir imposé des codes pour tout, des règles qui encastrent les sentiments naturels, les enferment dans des cangues, enserrent nos êtres et leurs désirs dans des schémas établis, dans des modes d’emploi d’existence. La vie en société se déroule sans échappatoire. On nous regarde, on nous épie, on nous juge. Il faut rester présentable, il faut marcher sans faire de faux pas, il faut rester irréprochable. Il n’y a qu’une seule voie offerte : celle des autres. Il n’existe pas de place pour l’original, je le sens, je le sais. Et si un autre chemin existe, il est trop tard pour moi : j’en suis infiniment désolée. J’aurais voulu être une autre : irresponsable, amoureuse transie prête à tout sacrifier, franche et sincère avec elle-même et les autres, avec toi avant tout. Mais je ne suis pas cette femme qui aurait grâce à mes yeux. Je suis moi, une femme trouillarde, confortablement installée dans son existence, prête à jouer les rebelles en pensée mais qui tremble à l’idée de mettre en œuvre le plus petit acte de rébellion… J’ai mal au ventre, Jean, de devoir t’écrire ce qui me semble être le plus bel acte d’amour que je ne pourrai jamais te faire : te dire la vérité.

Je retarde maintenant cet instant depuis le début de cette lettre, parce que j’ai peur de me l’avouer, j’ai peur de te quitter, de te perdre et de te blesser. Chaque mot, chaque phrase que je pose sur ce papier est un instant de gagné dans la durée de notre relation, je le sais, même si c’est du temps gagné en décalé. Au moment où tu lis ces lignes, je suis de toute façon loin de toi – si j’ai osé te donner cette lettre et si j’ai bien été la peureuse que je crois être. Je t’ai menti et c’est peut-être impardonnable. Je t’ai menti pour mieux t’aimer, parce que les amants n’ont aucune moralité pour obtenir l’objet de leur désir. C’est seulement après que vient la morsure de la conscience, de la morale, pour les personnes comme moi, qui ne sont pas armées face à l’immoralité, non rompues aux usages non conventionnelles.

Pendant que nous faisions l’amour, rien de tout ça ne me tracassait. J’étais libre, ailleurs, dans un pays inconnu, hors du temps, libérée de mon univers quotidien et (ô combien) pesant. Je sentais tout de même s’installer comme un remord coupable, l’horrible sensation d’être une menteuse face à nous. Pourtant, j’ai tout fait avec une sincérité qui m’étonne moi-même. Les paroles, les actes, tout n’était qu’enchaînement d’évidence. La sensation que rien ne pouvait être différent m’a habité à tout instant. Cette histoire que nous avons vécue, je l’ai vécue avec un bonheur intense, propre à faire perdre la raison. Depuis des années, je suis dans une vie imaginaire dans laquelle tout est en ordre. C’est face à cette vie imaginaire que j’ai menti. Mes sentiments sont réels, Jean, et pardonne moi de ne pas t’avoir informé de tout pour que tu aies le choix.

Je découvre en t’écrivant que ce qui est difficile est bien l’aveu en lui-même, et non pas le fait de prononcer les paroles qui correspondent à l’aveu, face à toi et aux réactions que tu aurais. La difficulté ne provient pas seulement de mon mensonge, mais surtout de l’obligation que j’ai de me regarder et de me dire que je ne suis pas la personne que je crois être. Je ne suis pas une femme de confiance, aujourd’hui je le sais. Je trompe. Je réalise des actes que j’ai condamnés aux détours des conversations de la vie courante, sans égard pour les sentiments qui pouvaient inspirer la personne, sans compréhension, avec une indifférence et une froideur qui m’effrayent aujourd’hui. Avouer ma faute revient à m’obliger à reconnaître que je ne suis pas digne de confiance.

Jean, je suis mariée et j’ai des enfants. Pardonne moi de te l’avoir caché. Voilà, je l’ai écrit. A peine couchés sur le papier, ces mots ne me font plus peur. Je viens encore de les relire et je constate que j’ai écrit tant de phrases pour ne pas les poser que c’en est presque ridicule. Je viens de relire toute la lettre. Il y a bien des phrases ou des paragraphes que je voudrais supprimer. Je ne toucherai à rien, il y a un trop plein de sincérité qui correspond à mon état d’esprit. Je veux être nue devant toi, Jean, nue pour te demander pardon de te faire si mal. Oui, je suis mariée, j’ai deux enfants qui grandissent, aimés par leurs parents. Je les aime. Dans une certaine mesure, on peut dire que j’aime aussi mon mari. Quel paradoxe qui consiste à aimer un homme et à le tromper, délibérément, avec un autre à qui on écrit dans la même lettre qu’on est folle d’amour !… Moi aussi, je m’interroge.

Ca peut paraître étrange, mais je vous aime tous les deux, pas de la même façon, c’est tout. Je suis sincère, avec chacun de vous deux. Il n’y a pas de contrariété entre les deux. Notre histoire, Jean, est ressurgie du passé et a été vécue dans un présent irréel, extraordinaire, en dehors du cadre où évolue mon mari. Je retourne à Paris, je reviens reprendre mon rôle dans ma vie habituelle. Je ne vais pas cesser de penser à toi, mais que puis-je faire ? Je ne peux pas divorcer. Ce ne serait pas raisonnable, pas supportable. Je n’y arriverai pas, mais j’y ai pensé ces quelques jours où j’ai senti le désir qui montait en moi, pendant tous ces instants où mon cœur a été mis sous pression. Et puis, comment me considères-tu maintenant que tu sais que je t’ai caché mon statut de femme mariée ? Auras-tu envie de me revoir ? De toute façon, il ne faut pas que l’on se revoie. Ce n’est pas possible, ce n’est pas correct. Comme la vie aurait été différente si nous avions vécu notre histoire il y a vingt ans !

Cette lettre est une lettre d’amour et une lettre d’adieu. Nous ne nous reverrons pas. Je ne pourrai pas vivre une histoire comme la nôtre dans la clandestinité. D’abord, parce que ce n’est pas digne de nous. Ensuite, parce que je suis faible et je n’arriverai pas à avoir une double vie. Enfin, parce que si mon amour a un sens aujourd’hui, c’est parce que tu es un homme digne et respectable, pur et plein d’amour. A aucun moment tu ne m’as posé la question. Je ne sais d’ailleurs pas si je t’aurais dit la vérité de toute façon… Mais si cette question ne t’est pas venue à l’esprit, c’est probablement parce que tu es encore un grand enfant, Jean, et je veux croire que tu conserveras cette innocence au fond de toi. C’est comme ça que je continuerai à t’aimer, dans le secret de mon âme.

Pardonne moi, Jean, d’être une femme faible, trop lâche pour oser te dire les choses en face, trop peureuse pour changer sa vie, trop raisonnable pour croire que notre amour serait plus fort que tout, trop romantique pour ne pas avoir su être une simple maîtresse, trop égoïste pour ne pas avoir su résister à la tentation d’écrire cette lettre, trop imparfaite pour mériter ton amour. Pardonne moi encore de décider du sort de notre relation, seule, et de te laisser seul dans ta solitude chinoise. Je suivrai tes travaux, de loin, en silence. Ce sera ma manière de rester en contact avec toi. Et s’il te plaît, ne cherche pas à prendre contact avec moi. Je n’arriverai probablement pas à refuser de te répondre. Ne me rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. Tout est impossible pour notre amour : il faut que l’on se convainque de cette idée.

Je t’aime.

Adieu, mon amour perdu.

Thérèse

Romook, à suivre...

samedi 2 février 2008

Le vieux libraire (XII)

Le premier épisode...

Episode précédent (XI)


Ses yeux étaient fixes. Son corps, tendu comme un arc, restait immobile. Pourtant, le bouillonnement intérieur était violent, intolérable. Un feu internet le brûlait. Il prenait connaissance lentement du contenu de la lettre scrutant derrière chaque phrase, le sens caché, le non-dit qui le mettrait sur la piste. Il avait la sensation qu'elle lui chuchotait à l'oreille toutes ces choses et qu'elle retardait à dessein le moment de la délivrance. Son attention se portait sur chaque mot, chaque terme... Elle s'adressait à lui pour qu'il entende, qu'il comprenne. Il s'efforçait donc de l'écouter. Mais plus la lettre dévoilait ses secrets, plus son esprit était troublé. Malgré son aptitude au raisonnement, la confusion s'installait. De longues minutes s'écoulaient. Silencieuses. Mystérieuses. Jean lisait. L'univers s'était immobilisé.

Souvent, je me suis interrogée sur le sens de la vie, de l'existence. Je suis comme tout le monde. J'ai des doutes, des envies, des peurs. Nos études, nos recherches, notre statut ne nous apportent rien. Rien. Face à l'existence et toutes les interrogations qu'elle suscite, nous sommes toujours seuls, toujours démunis. Je ne crois pas qu'il y ait une grande différence entre les intellectuels et les autres personnes. Toutes ses problématiques existaient avant nous, Jean, et continueront au-delà de nous. Elles sont les mêmes pour tous. Tu m'as parlé de ton intérêt pour le bouddhisme. Ce n'est pas une solution. C'est simplement un moyen d'avancer sur le chemin. Un moyen parmi tant d'autres. Peut-être que c'est ta solitude qui t'a conduit à t'intéresser à cette doctrine sans joie. Pour ma part, j'ai choisi de vivre la vie - et c'est peut-être là l'erreur, mon erreur.

Il leva les yeux et regarda fixement devant lui. Dans le vide. Le regard perdu. Sans bouger. Son univers s'était immobilisé. Mais le monde continuait à bouger. La dissociation entre lui et l'univers venait de se produire. Sa conscience percevait avec plus d'acuité cette différence entre son être et autrui. Ce monde, extérieur, qui préexistait avant sa conscience et qui se poursuivrait inexorablement après sa mort... Il comprenait aussi que l'amour, c'était le lien qui se tissait entre lui et une partie de cet univers extérieur, cet autre qui vivait aussi. La réunion de ces deux univers - personnes donne naissance à l'amour lorsqu'elles croient partager la même sphère de subjectivité. Il posa gravement la première page sur la table. Lorsque les choses commencent à faire sens, elles éclairent incidemment des parties inattendues de l'âme.

J'ai d'abord été une jeune femme avant d'être un esprit. Avec des désirs de femmes. Tu m'intriguais, me plaisais... Mais j'avais besoin d'être aimée. Et tu n'as jamais été présent dans ce domaine avant ces derniers jours... La vie a choisi. Je me suis laissée porter par elle, là où elle décidait de m'emmener : j'ai ri, pleuré, dansé... J'ai eu des amis, des amours, des amants... J'ai été heureuse, malheureuse, nostalgique... Je crois que j'ai connu toute la palette d'émotion qu'un être humain ressent dans son existence. C'est beau cette faculté que nous avons de ressentir la vie palpiter en nous. L'être humain est un réservoir inépuisable d'émotion. J'ai aimé le visiter. Creuser au plus profond de moi-même, vivre des choses au-delà de la morale, juste pour explorer mon coeur, mon corps, mon âme. Dans ce voyage, je t'ai perdu, oublié. C'est vrai, j'ai oublié que tu existais. Peut-être parce que nous n'avions pas partagé le moment que nous devions vivre ensemble. La vie ne pardonne pas ceux qui la contrarie. Il faut la respecter, Jean, et nous ne l'avons pas fait en demeurant de respectables amis.

S'il n'avait pas osé l'approcher lorsqu'ils étaient étudiants, c'était parce qu'il n'avait pas confiance en lui. Une autre raison - qui lui paraissait aujourd'hui évidente - était qu'il l'aimait tant qu'une crainte qu'elle repousse son amour s'était installée en lui. Et, par conséquent, que la nature de leur relation se modifie... Intuitivement, les êtres pressentent que les évènements ne sont pas sans incidence les uns sur les autres. La cristallisation des situations se produit par excès de précaution. Le bonheur n'est pas une molécule chimique connue : ses catalyseurs sont multiples et leurs usages sont toujours risqués. Jean se découvrait fragile, sensible, précautionneux. Il rencontrait ce Jean d'autrefois qui avait aimé une femme dénommée Thérèse.

Comme la vie aurait été différente si tu m'avais serré, ne serait-ce qu'une fois, dans tes bras! Même une main posée sur la mienne aurait été un signe. J'avais besoin d'encouragement. Ne te méprends pas : je ne te blâme pas. Je suis simplement révoltée par mes sentiments. Révoltée par l'existence. Parfois, la vie est un vrai scandale. Aujourd'hui, alors que je ressens dans la profondeur de ma chair tout l'amour qui veut se donner à toi, l'inéluctable chemin de nos deux vies va nous séparer à nouveau. Si un amour passé ne peut se revivre, notre nouvel amour, quant à lui, est déjà mort-né. Il n'a pas droit à l'existence car il arrive trop tard...

Ils sont dans un petit café. Ils se regardent. Il vient de finir une démonstration d'algèbre. Elle a des yeux brillants, lumineux, qui contiennent une étrange lueur. Il ne sait plus quoi dire, ni quoi faire. Il aime ce regard qu'il ne déchiffre pas. Absorbé dans cette délicate douceur féminine qui rayonne d'elle, il est bien et inquiet. Une légère angoisse le tenaille, née d'un sentiment d'impuissance. Il aimerait la toucher. Il aimerait juste lui dire combien il aime sa présence, son bonheur de la regarder. Elle attend. Il attend. Elle attend. Il demande l'addition. En quelques mots, le charme s'est évanoui. Elle n'attend plus. Ils sortent du café. Ils marchent sans se parler, côte à côte, trop proches l'un de l'autre pour ne pas se toucher. Et pourtant, ils ne se toucheront pas.

Ces derniers jours, j'ai bien senti chez toi une volonté forte de nous rendre accessible l'un à l'autre. Tes projets, où tu m'as inclus, comme ils sont attirants! Comme je voudrais être à tes côtés dans toutes tes recherches... Avons-nous encore la force de changer l'ordre du monde? Nous sommes deux vieux chercheurs. Nous ne voulons plus modifier le monde, nous ne cherchons plus qu'à le questionner... Ce qui manque à notre amour, c'est la folie de notre jeunesse disparue, enfouie sous les décombres d'une existence rangée, organisée, dans un monde où chaque être doit conserver sa place. Jean, il n'y a plus de place sur Terre pour notre amour.

Jean reprit la lecture de la lettre. Mais son esprit rêvassait. Il revoyait bien tous ces instants où la magie les réunissait l'un avec l'autre. Tous ces moments volés à l'éternité, dans lesquels ils n'avaient jamais été aussi intimes... Ces petits riens qui peuvent transformer l'existence de deux être à tout jamais, ces secondes pendant lesquelles ils auraient dû saisir leur destin... Et où aucun des deux n'était intervenu, demeurant les simples spectateurs de leurs désirs. Il en ressentait une profonde tristesse. Il inspira pour se clarifier l'esprit et poursuivit la lecture de la lettre.

Romook, à suivre...