Romook, ectoplasme bloguique

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vendredi 22 juillet 2016

Brexit : la croisière s'amuse !

A la fin de la seconde guerre mondiale, Winston Churchill déclarait : « Je rêve d'états-unis d'europe, où les différences entre nations seront considérablement réduites et où chacun pourra voyager sans contrainte. » En un peu plus de trois semaines, le Royaume-Uni aura connu plus de bouleversements politiques que sur les trente dernières années. Aujourd'hui, Churchill se retourne sûrement dans sa tombe. Faut-il rappeler que le 23 juin 2016, le peuple britannique se prononce à 51, 9 % pour le Brexit... Une bien faible majorité pour une telle question. Ensuite, tout s'enchaîne comme dans un film. Le lendemain, David Cameron, premier ministre et partisan du « remain », annonce sa démission. Le même jour, Nigel Farage, député européen partisan du Brexit, annonce sur un plateau de télévision que, contrairement à ce qu'avait annoncé son parti politique « UKIP » (extrême droite), les 350 millions de livres sterling hebdomadaire versés à l'Union Européenne (UE) ne pourront pas être réinvestis dans le système social : il y a eu une « erreur » sur les chiffres pendant la campagne... La somme hebdomadaire n'est que de 154 millions de livres sterling. Il sera d'ailleurs expliqué que la protection sociale britannique serait moins efficace si le Royaume-Uni ne faisait plus partie de l'UE. Mentir impunément au peuple pendant une campagne politique puis se retrancher derrière une « erreur » après les élections, voilà de quoi faire réfléchir bien des citoyens ! Farage, sentant le brûlé, annoncera quelques jours plus tard vouloir se retirer de la vie politique soutenant que son œuvre était achevée.. Rassurez-vous pour lui, il conserve son siège de député européen. Faut bien vivre quand même...

Le 27 juin 2016, François Hollande déclare que le Royaume-Uni doit mettre en œuvre la procédure de sortie de l'Union Européenne « sans perdre de temps. » Pourquoi un tel empressement du président français à voir partir le Royaume-Uni ? Est-ce parce qu'il sait que le vote du référendum n'engage pas constitutionnellement ce dernier à quitter l'UE ? Serait-ce parce qu'il souhaite se débarrasser d'un partenaire européen qui n'a jamais fait vraiment partie de l'UE ? On imagine mal qu'il soit en colère contre un peuple qui s'est fait abuser officiellement par des hommes politiques sans vergogne, en totale incapacité d'assumer leurs promesses politiques. Angela Merkel déclare quant à elle que le Royaume-Uni doit prendre le temps de faire les choses correctement. Et là, on nous joue le sketch du « bon et du méchant flic. » Un tandem qui pourrait fonctionner... si ce n'est que le Royaume-Uni est, jusqu'au moment où il notifiera son intention de quitter l'UE, un État-membre à part entière. Pas sympa de mettre la pression sur son petit camarade quand on ne sait même pas s'il prendra la décision de partir. Faut-il rappeler que le référendum, au Royaume-Uni, ne lie pas le premier ministre, ni le Parlement ? Depuis quand les relations internationales et diplomatiques sont aussi électriques ? N'est-ce pas plutôt le temps des décisions mûrement réfléchies et des paroles pesées ?

Le 30 juin 2016, nouveau coup de théâtre ! Le leader du camp du Brexit, Boris Johnson, déclare qu'il ne veut pas devenir le nouveau premier ministre et que le Brexit ne signifie pas « tourner le dos à l'UE. » Dans le même temps, les tenants du Brexit, qui ont fait campagne sur le thème de l'immigration, annoncent que si le Royaume-Uni doit contrôler ses propres frontières, cela coûtera plus cher et sera moins « efficace » que dans le cadre actuel de l'UE. Vu de l'extérieur, tout tourne vers un non-brexit. Sans partisan du « Leave » aux commandes, comment la sortie de l'UE pourra-t-elle se faire ?

Pendant ce temps, la grogne populaire monte. Au vu de ces différents mensonges reconnus publiquement, une pétition est mise en œuvre en vue de provoquer un second référendum. Nombreux sont ceux qui ont voté « Leave » et qui se sentent trompés par les mensonges. Petit détail constitutionnel : toute pétition comportant plus de 100 000 signatures oblige le Parlement britannique à débattre de son objet. Elle récoltera 3,7 millions de signatures.

Depuis le 23 juin, la City plonge, la livre sterling bat chaque jour des records de plus bas historiques, des entreprises annoncent leur prochaine délocalisation dans d'autres pays européens, les fonds de pension américains ayant investi dans l'immobilier libèrent leur position... Financièrement, c'est la crise. Marine Le Pen, devant le Parlement européen, ironisera sur le fait que rien de ce que les européens avaient prédit ne s'était produit... Et pourtant, si elle s'était tenu au fait de l'information, elle aurait lu et vu que tout ce qui avait été prédit s'est effectivement produit, parfois en pire. Remarquons que Farage et Le Pen font bon ménage ensemble au Parlement européen : mensonge et jugement à l'emporte-pièce font parties de leur matériel rhétorique de base.

Choqué par les mensonges politiques, avoués publiquement faut-il le rappeler, le peuple manifeste pour rester dans l'UE. Les britanniques ressentent comme un affront le fait d'avoir été trompés. Un fond participatif a même été créé pour mettre en œuvre une action judiciaire contre les différents « menteurs » politiques. A la différence du droit français, le droit de la common law permet de mettre en œuvre la responsabilité des hommes politiques. Ce serait une première, mais techniquement, rien ne s'y oppose. C'est l'intérêt public et la confiance populaire qui ont été trahi par les manœuvres politiciennes de Johnson et de Farage. Pour une fois, on aimerait tous être britannique !

Encouragé par le résultat du référendum, l'extrême-droite se révèle et des actes xénophobes se produisent chaque jour contre des citoyens européens et des musulmans. Vitrines cassées, insultes, tag sur les maisons et magasins... Des méthodes qui en rappellent douloureusement d'autres, d'un temps qu'on espérait disparu grâce à la construction européenne. Le « vivre ensemble » n'est pas acquis, quelque soit le côté de la Manche.

Le 7 juillet, la Chambre des Lords saisit par plus de trois millions et demi de signataires de la pétition, discute de la possibilité de provoquer un second référendum. La Lord King tentera d'expliquer que les mensonges avérés de la campagne ont détourné l'opinion publique et que le vote exprimé est contesté par le peuple lui-même. D'une manière presque unanime, les Lords, non élus par le peuple, considèrent que le peuple s'étant déjà exprimé sur la question, il n'y a pas lieu de le réinterroger. Il leurs appartient d'appliquer le choix populaire, quel qu’en soient les conséquences pour le pays. Comme le dira Lord Grocott durant le débat : « Quand vous perdez une élection, vous considérez que votre adversaire a menti, qu'il a fait des propositions qu'il ne pourra pas tenir, qu'il avait plus d'argent que vous et que la presse était de son côté. » Ces propos, plein de bon sens, traduisent le sentiment de déception du perdant. Sauf que rares sont les fois où les politiciens ayant gagné les élections reconnaissent qu'ils ont menti, qu'ils savaient que leurs promesses ne pourraient pas être tenues... Ce seul détail change tout : les mensonges ont été reconnus. Dont acte, le mensonge politique, même reconnu par les politocomenteurs, fait partie de la vie politique normale pour la Chambre des Lords. La débâcle politique du monde britannique laisse rêveur.

Une course au premier ministre est mise en place. David Cameron, du Parti Conservateur et tenant du « Remain », quitte son poste et est succédé, au final, par Theresa May. On ne change pas une équipe qui « gagne » : elle est donc du Parti Conservateur et a fait campagne pour le « Remain. » Pour respecter la volonté populaire exprimé dans le référendum, elle nomme aux postes-clé des affaires étrangères des partisans du Brexit. Discrédité par ses mensonges, Boris Johnson est malgré tout promu ministre des affaires étrangères. Plus connu par ses nombreuses bourdes diplomatiques que par sa finesse, celui qui a ironisé dans un poème sur les ébats sexuels du Président Erdogan avec une chèvre aura en charge de développer les relations diplomatiques du Royaume-Uni. Sa nomination étant unanimement raillée par les principaux dirigeants de la planète, sa tâche s'annonce difficile. Un ministère du « Brexit » est créé, dirigé par un autre partisan du « Leave », David Davis. Enfin, Liam Fox est désigné à la tâche délicate du ministère du commerce international. Les autres membres du nouveau gouvernement britannique sont tous d'anciens partisans du « Remain. »

Theresa May semble donc être une stratège politique incroyable : elle respecte la volonté exprimée dans le référendum en nommant des partisans du Brexit. Ils joueront à l'extérieur. Les promesses faites ne pourront pas être tenues : ce sont ceux-là même qui sont aujourd'hui aux commandes qui l'ont déclaré. Par ailleurs, elle complexifie les tâches en éclatant dans trois ministères différents un rôle qui devrait, pour plus de cohérence, être tenu par un seul interlocuteur. Après un peu plus de quarante années au sein de l'UE, le Royaume-Uni n'a plus de traités bilatéraux et doit tout négocier en partant de zéro, État après État. L'interlocuteur privilégié, Boris Johnson, sera celui qui a comparé Vladimir Poutine à « Dobby » l'elfe de Harry Potter, Barrack Obama à « une moitié de kenyan ayant une haine ancestrale à l'encontre de l'empire britannique », Hillary Clinton à « une infirmière sadique d'un asile psychiatrique » et, entre autres, a décerné à François Hollande le titre du « plus grand tyran depuis la Révolution française... »

Si on prend en compte que l'UE a clairement indiqué qu'il était hors de question de négocier quoi que ce soit tant que la procédure de sortie de l'UE n'avait pas été mise en œuvre, on imagine bien le marasme dans lequel ces pauvres ministres vont se retrouver. Aucun état européen n'acceptera d'étudier un quelconque traité bilatéral. Pour la sortie de l'UE, le Royaume-Uni doit « trouver » un accord. A défaut d'accord, il sera purement et simplement exclu de l'UE. Le Traité de Lisbonne ne permet pas de rester membre lorsqu'on a enclenché le processus de sortie, même si aucun accord n'est trouvé. On comprend mieux pourquoi Theresa May a précisé que le déclenchement de la procédure ne serait pas réalisée avant 2017. Négocier un traité bilatéral commercial prend en moyenne une dizaine d'années. Il est donc urgent de ne pas se précipiter à rendre effectif le Brexit... Pendant ce temps, les affaires intérieures du pays seront gérées par les partisans du « Remain » qui auront à affronter les problèmes créés par les tenants du Brexit, ces derniers qui seront dans l'incapacité de trouver des solutions extérieures...

Le processus du Brexit est donc une faillite annoncée, orchestrée par la nouvelle première ministre. Derrière un discours « rassurant » : « Brexit means Brexit », qu'on pourrait traduire par un simple « Comptez sur moi pour mettre en œuvre le Brexit », la volonté est bien de laisser se dépatouiller ceux qui ont créé le problème... Pour enfin constater que, malgré toute la bonne foi à respecter le référendum, on ne peut pas donner d'effet pratique à ce choix populaire. Cela nécessitera beaucoup de temps... Et justement, avec le temps et les problèmes, plus personne ne voudra mettre en œuvre cette volonté populaire qui a été bafouée publiquement... Le Brexit n'aura sûrement pas lieu finalement... Ce que souhaitent tous les dirigeants risquent bien de se produire : une absence de Brexit. Mais, avec leur pression et leurs déclarations agressives, ils risquent de générer un véritable sentiment de rejet du modèle européen chez le peuple britannique.

« Wait and see », voilà le conseil que nous donne le « reasonable man »... Avec un peu de temps, Theresa May nous prouvera qu'elle est un « politicien » exactement comme le définissait Churchill : « Un politicien doit être capable de vous expliquer ce qui va se produire demain, la semaine suivante, le mois suivant et l'année qui suit, mais également de vous éclairer sur les raisons qui justifient que ça ne s'est finalement pas produit. »

Romook, politologue

lundi 4 juillet 2016

Nigel Farage annonce sa démission, ou l'aveu officiel d'un mensonge

Quelques jours après avoir été confondu sur un plateau de TV sur les mensonges de la campagne du "Leave", Nigel Farage annonce sa démission pour "profiter de la vie." Il est étonnant que cet homme politique britannique qui n'a jamais réussi à entrer au Pralement britannique démissionne au moment où il est pressenti pour diriger les opérations du Brexit. N'est-ce pas plutôt pour éviter d'affronter les regards d'un peuple à qui il a délibérément menti pendant la campagne du Brexit ?

Romook, consterné