Le Brexit, tout le monde et les médias entretiennent une confusion lamentable dans l'opinion public, surfant sur tout un ensemble de préjugés. Tâchons d'y voir plus clair.

Le Brexit, c'est pas automatique.

Pour pouvoir quitter l'UE, un Etat-membre doit "négocier" son départ. Il s'agit d'un divorce par consentement mutuel. Voyons ce que dit le texte :

Article 50

1. Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l'Union.

2. L'État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l'Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l'Union. Cet accord est négocié conformément à l'article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Il est conclu au nom de l'Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

3. Les traités cessent d'être applicables à l'État concerné à partir de la date d'entrée en vigueur de l'accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l'État membre concerné, décide à l'unanimité de proroger ce délai.

4. Aux fins des paragraphes 2 et 3, le membre du Conseil européen et du Conseil représentant l'État membre qui se retire ne participe ni aux délibérations ni aux décisions du Conseil européen et du Conseil qui le concernent.

La majorité qualifiée se définit conformément à l'article 238, paragraphe 3, point b), du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

5. Si l'État qui s'est retiré de l'Union demande à adhérer à nouveau, sa demande est soumise à la procédure visée à l'article 49.

Premièrement, l'Etat membre qui souhaite se retirer le fait conformément à ses règles constitutionnelles. Le référendum n'est pas une procédure constitutionnelle qui oblige la Grande-Bretagne à quoi que ce soit. C'est le même cas en France. Pour exemple, on se souviendra de la Constitution Européenne rejetée par référendum en 2005 par les français et ratifiée par le Parlement franàais en 2007. Ca prouve bien que les référendums n'engagent que ceux qui y croient. En l'occurrence, aucun pays dans le monde n'a délégué son pouvoir politique de décision au peuple directement. Une décision par référendum n'est donc pas une décision qui engage, y compris en Angleterre.

Deuxièment, le Royaume-Uni doit entamer la procédure. Les gesticulations de Hollande pour provoquer le départ rapide est un contresens politique et diplomatique, et d'une inefficacité qui prouve (encore une fois) son incompétence. L'État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. Tant que le Royaume-Uni ne notifie rien, il reste dans l'UE. Point.

Le Brexit, c'est pas gratuit.

L'Union européenne s'est formée sur un contrat. Que ce soit un traité international ou un contrat classique, lorsque vous voulez sortir d'une relation contractuelle, vous devez en payer le prix. En effet, il y a une force obligatoire au lien contractuel. Le traité prévoit la possibilité de sortie de l'UE après négociation :

À la lumière des orientations du Conseil européen, l'Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l'Union.

La question est : combien ça va coûter ? Aujourd'hui, lorsque François Hollande s'empresse de vouloir faire sortir le Royaume-Uni de l'UE, il ne prend pas en compte qu'il va falloir qu'il y ait un accord entre l'UE et le Royaume-Uni. Ce dernier ayant multiplié les exceptions dans le cadre des accords européens, le nombre de petites choses à discuter seront nombreuses... Fort probablement, une contribution financière sera demandé, ce qui sera probablement inacceptable pour le Royaume-Uni. Les partisans du "Leave" ont évidemment cru qu'ils suffisaient de dire "stop" pour que le Royaume-Uni sorte de l'UE. N'en déplaise aux eurosceptiques de toute l'Europe, ce sera pareil partout et pour tous. L'obligation au paiement de cette indemnité est une obligation juridique internationale, c'est-à-dire qui engage la crédibilité de l'Etat. Inutile d'imaginer que le Royaume-Uni s'abstienne de payer quoique ce soit... En effet, la crédibilité d'un Etat se mesure à sa capacité à tenir ses engagements internationaux. Sinon, la confiance des créanciers du Royaume-Uni sera détruite, ce qui engendrera une crise sans précédent pour le Royaume-Uni. Bref, quand l'addition se présentera, le Royaume-Uni réfléchira.

Pour ce qui est des raisons pour lesquels le peuple a choisi le "Leave", en passant sur l'information qui nous ferait penser qu'ils ont voté "Leave" en pensant que ce serait le "remain" qui gagnerait (the britons are so stupid to think that ?! I cannot believe it!), il semblerait que deux raisons se dégagent. D'une part, les problèmes d'immigration et, d'autre part, des questions liées au système social seraient les raisons majeures.

Concernant l'immigration, ce qui intéresse notamment les français du front national, les accords qui ont été passés entre la France et le Royaume-Uni sont indépendants de l'UE. Ainsi, la politique immigratoire du Royaume-Uni sera très peu impactée par le Brexit. Encore une motivation démagogique mise à mal où le peuple, mal informé, aura été trompé par des personnes politiques qui, sans vergogne, jouenet sur les passions et les peurs irrationnels des citoyens britanniques.

Concernant la politique sociale, Les hommes politiques pro-Brexit ont déjà avoué aujourd'hui que les investissements faits par le Royaume-Uni dans le système social européen ne pourront pas être réinvesti dans les mêmes proportions dans le système social britannique. Bref, on vous a dit que l'Europée nous empêchait de faire du social, mais sans elle, ne comptez pas sur nous. Encore une fois, le repli nationaliste montre ses limites. Comme à chaque fois que des arguments de ce type sont mis en avant, il s'avère que les économies d'échelle réalisées au niveau européen sont plus performantes que ce qu'un Etat pourrait faire seul.

Enfin, inutile de parler des emplois qui vont se délocalisés du fait du déplacement de certains institutions européennes. Le seul moyen de conserver ces emplois sera de les maintenir sur le territoire, et donc de ne pas trouver de terrain d'accord au niveau des négociations de sortie avec l'UE.

Pour réusmer et faire simple, le Royaume-Uni et l'UE ne trouveront pas de terrain d'entente sur la sortie du Royaume-Uni. Ainsi, le Royaume-Uni restera au sein de l'UE. De Brexit, il n'y aura point. Quelques concessions supplémentaires seront faites au Royaume-Uni pour que les cytoyens britanniques ne se sentent pas floués et donner du sens au référendum. Comme ça, les hommes politiques anglais pourront annoncer :

Plus de nécessité de Brexit car, grâce au référendum, l'UE nous a entendu sur nos revendications principales.



C'est consternant de voir les médias français monter tout ça en épingle et voir notre président courir dans tous les sens comme un écervelé. Keep calm.

Romook, serein

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