Je suis un incorrigible chanceux, quoi que je fasse, je finis toujours par me retrouver au centre d’une tourmente vertueuse qui n’en finit pas de me mener vers des rencontres extraordinaires ou des opportunités presque magiques.

Je viens à Seoul dans le cadre d’une mission universitaire. Cette occasion m’est offerte car – rien n’arrive par hasard presque – j’ai une amie sud coréenne, qui étudiait avec moi le chinois, qui fait partie du personnel d’une grande université coréenne avec laquelle la mienne souhaiterait établir des relations. L’occasion fait le larron : je profite de ses connaissances locales pour mettre en place une démarche stratégique de création de coopération universitaire.

De ce fait, l’université me missionne, ce qui me permet à la fois de découvrir Séoul, de revoir mon amie et, à titre professionnel, d’étendre mon champs de connaissance en matière géographico - économique. Premières crises d’angoisse : une incompréhension énorme s’installe entre mon amie et moi. Elle ne comprend pas quel type de contact je cherche à avoir. De ce fait, je pars en aveugle dans cette mission, sans que mon arrivée ne soit vraiment prévue, ni annoncée.

Je prévois que mon séjour en Chine de 10 jours me permettra de peaufiner cette recherche de contact. Or, j’avais oublié que Facebook n’était pas accessible en Chine, le seul canal de communication que j’avais avec mon amie… S’en est suivi une bataille farouche avec de multiples proxy pour ne pas réussir à rétablir un contact. Pourtant, la solution était presque dans ma main : mon iphone qui permet de se connecter à Facebook, même de Chine. Je récupère quelques infos (adresse email notamment) et je lui écris… Le temps passe, j’envoie un second email, puis un troisième : pas de réponse !

Je reste confiant dans ma bonne étoile. Elle ne m’a jamais abandonné. Ca va aller. Quatre jours avant mon départ en Corée je reçois des réponses de mon amie qui s’excuse, étant en voyage au Japon pendant ses vacances, elle n’avait pas lu ses emails. J’arrive en Corée, je la retrouve, tout va bien.

Ce matin, muni de quelques plaquettes de présentation de mon université, de mon beau costume et de mon sourire, me voici en train de partir en missionnaire. J’arrive d’abord à la Faculté de droit où le doyen est trop occupé ces deux jours. Je repars demain soir. Je me dis que vraiment ça commence mal. Direction la faculté d’économie où il y a des cours de négociation en français. La troisième faculté, potentiellement intéressée, sera le « college of liberal arts ». Mon amie, travaillant pourtant dans cette université, n’a aucune idée de ce que c’est. Je ne peux pas l’aider, je ne connais pas le nom coréen. Nous sommes dans une impasse linguistique.

En cherchant la faculté d’économie, je tombe par hasard sur le centre de langue française. Puisque je suis là, autant les rencontrer. Une étudiante m’aborde, visiblement pour aider l’étranger qui a vraiment l’air de se demander où aller… Elle n’a pas tort : je n’ai toujours pas compris comment fonctionne le classement des salles. Elle me conduit vers un homme qui me demande ce que je veux. Je lui explique que je viens de France et je viens rencontrer des personnes pour voir s’il est possible… Là, il s’adresse directement à l’étudiante en coréen. Je ne comprends rien, malgré mon début d’apprentissage de cette langue (difficile). Il m’indique qu’il sait pourquoi je suis là et on me conduit très rapidement dans un bureau.

Une fois à l’intérieur, une femme coréenne m’accueille, en français, dans un bureau avec deux européens et un coréen. Il y a visiblement une réunion. On me présente en précisant que je suis l’ambassadeur qui vient d’arriver… Sur le moment, je ne comprends pas trop de quoi il s’agit. Lorsque j’explique que je viens de France, l’un des européens rectifie donc en disant « pardon, voici donc l’ambassadeur de France. » De toute évidence, je ne suis pas la personne attendue. Je m’empresse de rectifier, ce qui a pour effet de me reléguer au rang d’observateur présent. Puis arrive enfin le « vrai » ambassadeur, de Belgique… qui a lui aussi du mal à comprendre ce que je fais là. La réunion se clôture là et on m’invite à venir écouter une conférence sur Georges Simenon.

De toute évidence, il m’est impossible de refuser et je me laisse donc porter par les évènements. Rien d’inhabituel, comme d’habitude, rien ne se déroule de manière prévisible... Me voici donc en face du fils de Georges Simenon qui présente l’œuvre de son père en français. C’était l’un des européens présents dans le bureau. C’était extrêmement intéressant. J’ai découvert un auteur que je ne connaissais pas et le goût de le lire m’est venu très rapidement.

Une fois la conférence terminée, une petite séance de photo. Je me sens complètement incongru dans cette situation. Evidemment, on m’invite pour le déjeuner en me précisant qu’une fois ce dernier terminé, on pourra m’aider à accomplir ma mission. Qu’à cela ne tienne, continuons. L’une des enseignantes de français du Centre s’installe à côté de moi. Nous bavardons quelques instants sur le projet de coopération. Le temps du repas s’écoule et un rendez-vous est déjà pris avec le service des relations internationales.

A peine arrivé, on m’accueille comme un prince en déplacement. Un quart d’heure plus tard, tout était terminé. Il ne reste plus qu’à signer l’accord-cadre par mon université. Que dire de plus ? Résumons la situation : je suis arrivé sans rendez-vous et je repars avec ma mission pleinement accomplie. Entre temps, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnalités incroyable, d’améliorer ma culture et quelques détails (esthétiques) qui dépassent le cadre de cet exposé, mais qui me laissent penser que les coréennes sont sûrement les plus belles femmes asiatiques que je n’ai jamais vues.

Alors, qui c’est qui est le plus chanceux de la terre ?

C’est Romooooooook !

Romook, Luckyman