Revoilà le Romook revenu en Chine... Epuisé par le voyage, le second jour, je me rends au salon de massage vers 20h. Deux objectifs : le premier est celui de m'empêcher de dormir trop tôt (sinon l'acclimatation au décalage horaire en est retardée), le second est bêtement celui de permettre à mon corps de se reposer. Laissant donc une chambre d'hôtel bien chaude et douillette, me voici en train de marcher dans la nuit, avec un vent froid et sec pour compagnon. Il fait glacial.

Je rentre du salon de massage (22h). J'arrive dans la chambre, que je retrouve allumée avec le chauffage qui fonctionne. Je suis donc un peu surpris puisque, pour que tout fonctionne, il faut insérer un passe magnétique qui fait office de clé et de commutateur électrique central. Comme c'est une chambre refaite à neuf, je ne m'inquiète pas outre mesure... Je me dis évidemment qu'ils ont amélioré leur système (ou tout au moins que la rigueur de l'hiver étant ce qu'elle est, il laisse fonctionner l'électricité dans les chambres lorsque nous sommes sortis).

Je pose mes affaires. Je sens une présence. Je fais le tour de la chambre, de la salle de bain… et ne trouve rien. Pourtant, je sens bien que quelque chose ne va pas pas. Je mets ça sur le compte de la fatigue. Je me mets en pyjama (glamour quand tu nous tiens!) puis commence à bouquiner dans le fond de mon lit. Là, j'ai vraiment très nettement la sensation d'être observé. Je suis dans mon lit, adossé au mur. Je fais face à toute la pièce. De l'autre côté, il n'y a que le mur d'en face avec un meuble supportant la télévision et le bureau avec mon ordinateur. Juste à côté, une petite commode qui supporte ma valise. Comment est-ce possible de me sentir dans une situation aussi étrange?... Évidemment, la fatigue plus mon livre « Le royaume des devins », je me dis qu'il faut que je me couche et que j'arrête de me faire des idées. Pourtant, il y a vraiment quelque chose qui me travaille.

Malgré l'absurdité de la situation (il y a des situations comme ça où on est seul et où on peut se permettre ce que l'on n'oserait pas raconter), je me lève et vais vérifier si personne n'est caché dans ma valise. Bien entendu, cette dernière est fermée par les cadenas. J'ouvre les cadenas et inspecte son intérieur. Effectivement, quelqu'un avait bien pénétré dans ma chambre. De manière discrète, c'est vrai, mais ma perception de mon environnement ne m'avait pas trompé. L'intérieur de ma valise, comme je m'y attendais, ne présentait aucun signe particulier. Mais, en l'ouvrant, j'ai tout de suite compris que quelque chose n'allait pas. Cette valise était l'instrument par lequel le coupable, toujours présent dans la pièce, était démasqué. Entre le mur d'angle et ma valise, une gigantesque plante verte était posée. Ses feuilles retombaient sur ma valise. Il m'a fallu quelques efforts pour comprendre qu'elle n'était pas là lorsque j'avais quitté ma chambre. Mais la situation était claire : elle était maintenant mon hôte. Enfin, un hôte qui s'invite seul est un intrus. Regardons la situation en face et appelons un chat, un chat.

Je la regarde et commence, avec la curiosité scientifique qui me caractérise, par me demander si elle est vraie. Le nombre de feuilles en mauvais état m'indique rapidement que c'est une vraie plante. Je retourne dans mon lit, avec un sentiment contradictoire, à la fois soulagé et inquiet. Je reprends mon livre. Elle me regarde. Je lui jette un rapide coup d'œil, espérant qu'elle comprendrait que je n'allais que la tolérer et qu'elle devait rester tranquille dans son coin. Rien n'y fait, elle s'obstine par sa présence à me fixer. Je la fixe aussi. Je me dis que je vais téléphoner à la réception pour qu'ils viennent rechercher ce colis incongru. Je n'ai pas l'intention de partager ma chambre. C'est chez moi ici. Elle me regarde toujours, ostensiblement. Quel caractère! Quel toupet! J'éteins la lumière. Comme ça, elle ne pourra plus conserver cette arrogance. J'essaie de m'endormir, mais cette présence m'inquiète. Et si c'était des extra terrestres qui s'étaient incarnés dans cette plante ? Si c'était un feond venu directement des Ombres d’esteren pour me manger ? Vais-je être dévoré pendant mon sommeil ? Asphyxié ? C'est sur ces réflexions angoissées que je me suis endormi...

Ce matin, je me réveille, elle trône fièrement. Elle a redressé ses feuilles. Visiblement, elle se sent bien. Sa présence continue de me déranger sans que je puisse savoir pourquoi. Elle a passé la nuit avec moi et entend rester là. Je suis assez désemparé car je vois bien qu'elle se sent bien. Elle va être discrète, je le sens. Mais une nuit, ce n'est tout de même pas suffisant pour que j’accepte n’importe quoi venant d’elle. Surtout une nuit arrachée de force, de cette manière... Je ne suis pas prude, mais tout de même. Il me reste encore une heure avant de descendre dans le hall. Je crois que je n'ai pas confiance en elle. Même si ses feuilles ne touchent plus ma valise, dès que je l'ouvrirais ou la fermerais, elle ne pourra pas s'empêcher d'aller les fourrer dedans. Je crois que je vais être salaud, mais je vais demander à la réception de la virer de ma chambre. Non mais c'est vrai, quoi, sans blague. C'est qui le patron?

Romook, intimité violée par une plante verte