Chers amis.

C’est toujours pareil ! Alors que je n’ai que l’intention de laisser un commentaire sur le blog, cela tourne rapidement au billet. Mon enthousiasme à prendre part à ce qui s’y passe est irréfrénable. Cela s’estompera certainement avec le temps, une fois la joie d’avoir été promu rédacteur un peu retombée. Car oui, les amis, comme vous avez déjà pu le remarquer sur un billet précédent, je fus promu par notre Empereur rédacteur officiel du Blog impérial. Quelle promotion ! Je ne voudrais pas ceci étant déclencher une quelconque jalousie, et je saurai éviter de profiter de ce nouveau statut pour me faire Calife à la place du Calife. Les révolutions de pas laid, très peu pour moi. Les coups d’épée dans le cou, Loir, très peu pour moi (oui, là, je sais, cela devient ésotérique. Il faut que je calme ces doigts qui glissent sur le clavier, très enthousiastes comme je vous l’ai dit).

Que m’inspire la dernière joute Romook – Yogi ? Comme écrivait Lawrence Durrell : "Un peu de tenue, messieurs" ! (J’adore cet auteur. Je vous le conseille, amis lecteurs, surtout, bien sûr, « Le Quatuor D’Alexandrie ». Je l’ai vu adapté au Théâtre du Nord, et je crois que c’est là l’un de mes trois plus grands souvenirs dramatiques, avec la « Mort de Danton » de Büchner, et « Brand », de Ibsen. Difficiles à trouver, mais je les ai en version brochures de mise en scène… Nan, Nan , Nan, je les prête pas !).

Devant la mauvaise volonté tant de Yogi que de Romook, refusant de se soumettre à l'amiable composition proposée par votre serviteur, j'en arrive à me transformer en JAP, et bien entendu, à durcir la peine. Ce sera donc un Schopenhauer pour tout le monde !

D'abord, pour Romook, qui pourra apprécier le maître de son maître, et qui doublera l'intérêt de la lecture par une introspection profonde : "L'art d'avoir toujours raison". Je dois ceci étant me méfier, car Romook a beaucoup lu, et ce genre de titre est susceptible de l’attirer comme le miel attire une abeille.

Ensuite pour Yogi, afin qu'il puisse comprendre ce que Romain veut dire (et parce que le titre est plus joli que "Le monde comme volonté et comme représentation) : "De la quadruple racine du principe de raison suffisante".

Excellente transition donc pour réfléchir et partager un peu, en livrant mes interrogations au(x) lecteur(s) sur les bases de la petite chamaillerie Romookotogoudesque… Démarche légèrement impudique, mais bon, c’est certainement le jeu de l’écriture blogesque. La « Quadruple Racine... » est la thèse de Schopenhauer, fondatrice selon-moi de l’existentialisme du 19ème siècle (toutefois, on se reportera à Büchner, cf. infra, qui par ses écrits m’était apparu un temps comme le premier maître du soupçon…). La soutenance de thèse fut assez drôle. Je me souviens avoir entendu son récit, mais je n’arrive pas à en retrouver une trace écrite (si quelqu’un pouvait m’aider, je suis preneur de toute référence utile sur la question !). Dans le jury, Hegel, du haut de sa splendeur académique de l’époque. Hegel rejeta en bloc les théories de Schopenhauer. Philosophe officiel et académique, il est l’incarnation à mon sens du conservateur qui théorise le fait que rien ne changera dans la vie des hommes, et surtout pas dans la vie des faibles (je laisse de coté l’approche épistémologique contenue dans son dialectisme ; à moins que cela ne soit pas possible et que je commette par là même une erreur. Quelqu’un a-t-il une idée ? Il faudrait me démontrer que le dialectisme Hegelien est (ou peut devenir…) une source d’émancipation de l’Homme, ce que je ne crois pas !). Hegel justifie par sa pensée, me semble-t-il, la prise en charge des faibles, condamnés donc à demeurer faibles en ce qu’il permettent l’existence des forts (et "du" fort qu'est L’Etat), qui trouvent précisément leur "raison justificative" par cette prise en charge (selon-moi, c’est cela même la dialectique Hégelienne…). L'Etat doit s'occuper des faibles (aujourd’hui, on dirait certainement "intérêts catégoriels"), parce que l'Etat ne peut prendre le risque d'un trop grand désordre social qui pourrait amener à des troubles révolutionnaires (pensée très 19ème siècle). C'est ce que Stirner, autre pionner de l'existentialisme, à dénoncé par son concept d'"Etat Papa", et donc, liberticide.

Bref, Hegel se situerait à l'encontre de la pensée existentialiste que nous partageons tous, j'en suis sûr...! Plaider pour l'existentialisme, c'est plaider pour la liberté (Sartre, rappelons-le tout de même : « L’homme est condamné à être libre »). S'il s'agit de mener une réflexion propre à notre temps, je pose la question suivante : le libéralisme est-il un existentialisme ? Sartre a répondu avec l'humanisme, mais pas avec le libéralisme. Bien entendu, il s'agirait de se mettre d'accord sur la définition du libéralisme. On sait qu'il s'agit d'un système fondamentalement politique, à déclinaisons sociologiques et économiques. Je crois que le libéralisme, au sens philosophique dirons-nous, est un humanisme en ce qu'il se fixerait l'objectif global de la liberté et de l'émancipation de l'individu. Mais le problème, c'est ce libéralisme contemporain, celui que nous vivons et qui nous condamne à être tout un tas de choses, sauf celui que nous aurions choisi d'être. Ce faisant, nous sommes tour à tour mari, épouse, père, mère (évidemment, au sens sociologique, et non biologique), utilisateur de je ne sais quel produit (une BMW ?), touriste, face-bookeur…, autant de consommateurs stéréotypés. C'est cette impression que nous avons de moins en moins le choix, sauf à être marginalisé toujours davantage, qui me perturbe. La différence sociale est peut-être devenue plus difficile à assumer aujourd'hui. C'est une hypothèse.

Bref, vous l'aurez compris, voilà la question que j’aimerais vous soumettre chers lecteurs : Le libéralisme contemporain (cf. peut-être au sens de Foucault, Naissance de la Biopolitique), est-il un retour décisif, au moins sur le plan des idées, de la philosophie du faible ?

J'ai une super idée de conférence, ou alors de séminaire payant, et qui tournerait à la partouze en bouquet final (très raëlien comme approche…) : comment vivre son existentialisme aujourd'hui ?

J.C.