XXI

De mon coté, je commence à fatiguer, et surtout à avoir la migraine. Je décide de prendre du paracétamol dans la pharmacopée du "trailliste" préparée par Romook, et beaucoup de café. J’attends. Je me rend compte soudainement que je n’ai même pas encore pris une photo de moi, seul.



Je profite de cette journée qui veut que je possède cet appendice auditif pour m’immortaliser. C’est décidé, je ne m’en achèterai un que le jour où mes obligations professionnelles me le commanderont. D’ici là, hors de question. Ca sonne tout le temps. Cette musique électronique me gonfla toute la journée. En outre, lorsqu’il est au fond de la poche et qu’il se met à sonner, à coup sûr, le temps de décrocher, il n’y a plus personne. Je tiens ici solennellement à m’excuser auprès de Romook : fausse manipulation de ma part certainement, je lui aurais, paraît-il, envoyé automatiquement plus de 150 fois le même texto tout au long de la journée. J’espère au moins que ce n’est pas facturé ! Tiens, d’ailleurs : « A l’aide ;-) ». Je décroche, et nouveau rebondissement. Romook s’est encore perdu ! Si on cumule tous ces détours, depuis Leffrinckoucke, ce n’est pas 136 Km qu’il aura effectué, mais pas loin de 145. Il a apparemment retrouvé son chemin, et prévoit une arrivée à ce dernier CP dans trois kilomètres. Il est vrai que beaucoup de coureurs ont visiblement éprouvé des difficultés à s’orienter dans ce secteur, incriminant très souvent la même flèche rouge très ambiguë peinte sur la chaussée. Le temps de converser un peu avec nos deux bénévoles toujours aussi sympathiques, et Romook arrive.

XXII

Il sait qu’il ne lui reste plus beaucoup de chemin à parcourir, mais à ce moment là, tout ceci ne semble plus vraiment l’amuser. Il parle très peu, n’a pas faim, n’a pas très soif. Il n’a plus vraiment de goût pour grand chose, même pas pour la conversation. Il livre ses paroles à dose homéopathique, tout effort lui étant certainement difficile.



Je crois même que je l’agace. Il est vrai que mon attitude doit être difficile à supporter, avec mes questions idiotes. « Ca va ? », « T’as faim ? », « T’as soif ? », « Tu veux changer de chaussettes ? », « Tu veux changer de Tee-shirt ? », etc… Nous avons toutes et tous déjà été agacés par des mères trop attentionnées, trop préoccupées, et bien que nous sachions qu’il ne s’agit là que de marques d’affections, on ne peut s’empêcher de leur signifier, avec plus ou moins de tact, qu’elles nous indisposent. Je crois qu’à cet instant, je suis un peu dans ce schéma, comme d’ailleurs dans une majorité de CP où j’ai voulu m’occuper de Romook. Je le prie de bien vouloir m’en excuser.

XXIII

Romook est dans un état que je laisse le soin au lecteur d’imaginer. Quelques photos pour pouvoir témoigner qu’il a pu, un jour, ressembler à ça… Ce qui me fait le plus sourire, sans que je ne lui montre bien évidemment, ce sont ces cheveux qui lui restent et qui se dressent en pointe humide lorsqu’il retire son bonnet. Humour douteux qui, à cette heure avancée de la nuit, n’appartient plus qu’à moi… Romook se repose sur une chaise. Les deux bénévoles l’ont pris en charge matériellement et mentalement. Suis-je jaloux ? Non, pas du tout, j’apprécie bien au contraire que ces types, vraiment sympas (je ne l’ai pas déjà dit je pense), s’occupent avec un tel soin des coureurs. Ils réitèrent leurs conseils : finir, c’est le seul objectif, quel que soit le moyen, en courant, en marchant, en s’arrêtant ici deux heures pour dormir… Hors de question de s’arrêter dormir pour Romook. Dormir, c’est mourir… Il repartira, bien décider à en finir. Cela m’arrange, car alors que nous devions, selon le prévisionnel, arriver à Lambersart aux alentours de 23H30, il est déjà 2H30, et il reste encore 12 Km à effectuer le long d’un canal. Appel téléphonique : Will. Il me demande où est Romook. Précisément à trois mètres de moi. Il veut lui parler. Je ne sais pas si c’est une bonne idée. Je demande au champion, qui me fait un hochement de la tête, exprimant ce faisant son refus. Will n’est pas vexé, il comprend, et lui transmet ses encouragements. Je n’aurai plus de coup de fil à partir de ce moment, si ce n’est ceux d’A., aussi égaré que moi à Lambersart.

JC, à suivre...