XIV

Sur la route en direction d’Armentières, au niveau de Nieppes, je croise Romook sur la nationale empruntée par les coureurs. Lancé à 90 km (promis !), je n’ai que le temps de klaxonner trois fois. Il m’a vu. Au moins, il sait que quelqu’un est là. J’arrive à Armentières et éprouve les pires difficultés du monde à trouver le CP. « Complexe sportif Léo Lagrange » est indiqué sur mon road-book. Impossible à trouver. Je retourne sur mes "roues" pour obtenir une indication de la part d’un bénévole... Il ne sait pas. Soudain, une fourgonnette blanche s’arrête derrière moi. Son chauffeur en descend en m’informant qu’il suit son fils sur le parcours, qu’il sait où se situe le complexe sportif mais qu’il n’a pas trouvé le CP. Nous nous rendons à cet endroit. En cours de route, la maman de Romook m’appelle. Elle est bien rentrée à Beugnies, et me souhaite bon courage pour la suite. Je suis énervé car je dois gérer à la fois le road-book sur mes genoux, la conduite et le téléphone. J’ai certainement manqué de cette courtoisie à son égard, courtoisie qui ne m’avait pas quitté de toute l’après-midi. Si vous lisez ces lignes, madame, je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

XV

Le complexe sportif n’est pas très glamour. Au milieu d’une cité, une certaine faune y végète ce samedi soir qui semble tout aussi ennuyeux qu’un soir ordinaire de la semaine. Nous nous garons sur le parking du complexe qui est gigantesque. Impossible de trouver le CP. Nous croisons un autochtone sur le parking, que nous interrogeons et qui se propose de nous montrer le point d’accès au CP qu’il semble avoir isolé. Que faire ? Je ne peux pas rester sur ce parking trop éloigné du CP, car j’ai beaucoup de choses à décharger : caisse bleu en plastique, gros sac de sport, grand sac en papier vert, le réflexe… Et, sans ce garçon, je me perds à coup sûr. Son envie de tâter de la BM est manifeste. Et s’il piquait la caisse ? Tans pis pour la psychose, je tente. Il monte à mes cotés et m’indique la route. Ce garçon très simple s’avère un bon gars. J’ai du mal parfois à comprendre ses paroles, mais l’intention de m’aider est totale. Au final, sans son coup de pouce, je n’aurais jamais trouvé. Le CP se situe au premier étage d’un bâtiment moderne, dont les parois sont toutes en verre. Au rez-de-chaussé, lumières et stroboscopes s’exhibent. C’est étrange. Je m’avance, et oui, il s’agit bien d’un mariage. L’absurdité est totale ! A l’étage, j’arrive au contact de coureurs totalement épuisés.



Beaucoup dorment un peu, la tête dans leurs bras posés sur une table. Il n’y a quasiment plus d’accompagnateurs. D’ailleurs, celui de la camionnette blanche a décidé d’aller dormir. Je m’y refuse, même si je suis levé depuis 3H45 : question de respect vis à vis de Romook. Je demande à une bénévole du CP un café qu’elle me tend bien volontiers. En bas, des gens dansent et boivent. En haut, des gens souffrent, hagards. J’attends. J’ai rempli une table des différentes fournitures de Romook, et j’attends. Bordel, que fait-il, il est parti de Bailleul vers 20H30 ? Il est 23H00, et aucune nouvelle.

XVI

Les coureurs arrivent au compte-goutte. Si le groupe a explosé dès la deuxième étape, personne ne semble plus courir la même épreuve dorénavant. Ah, des coureurs arrivent. Peut-être Romook. Incroyable, ils courent comme des gazelles ! Je n’en crois pas mes yeux. Un bénévole m’indique qu’il s’agit là des coureurs du 68 Km, démarré à Terdeghem à 20H00. Ouf, j’ai un temps cru à une hallucination. J’attends encore. Deux coureurs arrivent ensemble. L’un d’eux est couvert de sang sur le visage. Il s’est claqué un vaisseau nasale en raison du froid. Quelle horreur, une telle mésaventure après 112 km. « A l’aide :-) » ! Enfin des nouvelles de Romook. Il s’est apparemment perdu et a rajouté plusieurs kilomètres à la course. Selon lui, il lui reste 6 bornes avant le CP ; il prend tout de même la peine de me demander si j’ai bien mangé ! En bas, on continue à manger, à boire, à danser. Je sors dans mon duffel-coat pour tenter d’apercevoir une petite lampe dans la nuit dont la cadence me ferait penser aux pas de Romook. Toujours rien. Will m’appelle, Albertine également, qui me demandent de féliciter Romook qui a d’ores et déjà forcé l’admiration de nombre de ses amis. Je discute un peu avec un bénévole, et lui demande à tout hasard s’il a des nouvelles de la ligne d’arrivée. Le premier en aurait terminé à 18H30 ! C’est vraiment balaise. En plus, il me raconte comment s’est passé le CP. Il arriva, poinçonna son bracelet, mangea une demi banane et but un peu d’eau avant de repartir, sans s’asseoir, et en courant bien sûr ! Il précise que c’est un extra-terrestre, qui commence à être réputé comme tel dans le milieu du trail. Merci, j’avais compris. Toujours pas de Romook en vue. J’appelle mon ami A. pour lui demander d’être sur la ligne d’arrivée, que je prévois alors aux alentours de 4H00. Je sais que je peux compter sur lui dans toute circonstance, et il y sera donc. 23H50 : Romook arrive.

JC, à suivre...