"Elisabeth, je peux comprendre que tu délaisses ton blog, mais je ne pense pas que ce soit une bonne chose... Tu t'es bien amusée avec et...
- Romook, mêle toi de ce qui te regarde. Je te demande la marque de ton slip? Bon. Chapitre clos. Point barre.
- Si tu veux, je m'arrangerai avec Geneviève pour écrire des billets sympa... On peut même mettre en place une association avec un comité de bénévoles, on écrit collectivement les billets, on te les soumet, tu les corriges et hop! le tour est joué. Il pourrait même y avoir un comité qui trie tes emails...Alors?
- Si je comprends bien, vous prenez mon blog, vous l'écrivez, vous répondez aux emails. C'est bien ça?
- Oui, ça serait super.
- A un détail près, c'est quoi ce qui te plaît dans mon blog?
- Quelle question, c'est toi bien sûr.
- Et tu proposes donc de poursuivre l'écriture de mon blog sans moi... Y a pas quelque chose qui cloche ? - ... - T'as arrosé les salades comme je te l'ai demandé hier? Je les ai trouvées, comme tes arguments, un peu sèches...
- Oui, je les ai arrosées, mais je crois que tu leurs donne trop d'eau. J'en ai mis un peu moins que d'habitude et...
- Tu sais quoi, Romook, et bien, avec les salades, c'est comme avec mon blog: je connais les bonnes doses et je sais surtout quand il ne faut pas la dépasser. Là, c'est non. Compris?
- Est-ce que tu te rends compte que ça nous manque ces billets caustiques, les petits pics envoyés de-ci, de-là... Cette manière à la fois masculine et féminine de traiter tous les sujets avec dérision. Bref, toi.
- Et moi, ce qui ne va pas me manquer, ce sont les emails dégoulinants de sentimentalisme envoyés par des admirateurs qui ont lu un billet et qui pensent, de ce fait, avoir fait le tour de ma personne et pouvoir se permettre de me tutoyer dans l'intimité de ma correspondance privée. C'est donc fini. On en parle plus sinon je t'envoie dans le jardin avec Pierre-Guy pour arracher les poireaux. Ca y est? Pas besoin de dessin ? Compris-compris?
- ...
- Et toi, ton blog?
- ...
- Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais... Je vois le genre. Toujours pas de nouvelle de Coco?
- Non, j'ai écouté France Inter tout à l'heure, les enquêteurs n'ont toujours aucune piste. Enfin, il y a le nom d'une Stéphanie qui a été évoqué...
- Bonjour la présomption d'innocence! A l'heure qu'il est, toutes les Stéphanies de France doivent se poser des questions.
- Sans compter celle de Monaco.
- Romook, ta blague est nulle. Pense à ce pauvre Alexandre. Lui qui était arrivé au sommet de son art. C'est quand même tragique.
- Tu crois qu'il va perdre son titre de champion du monde de Civilization s'il n'a plus Coco à ses côtés?
- On ne peut pas savoir. Il est tellement imprévisible.
- Elisabeth? Je peux te poser une question sans que tu t'énerves?
- Trop tard. Mais tu as une deuxième chance. Je t'écoute.
- Sur l'épouvantail, dehors, entre les salades et les poireaux, j'ai trouvé un texte accroché en bandoulière... Tu sais que...
- Ah oui! C'est un email d'un type complètement crétin qui m'avait écrit... Je le connais par cœur :

Chère Elisabeth,

Je lis avec plaisir l'ensemble de vos billets et m'aperçois que vous êtes une femme exceptionnelle. Vous me surprenez sans cesse dans vos écrits, dans vos idées, vos remarques. J'imagine qu'une femme d'un tel talent doit faire peur aux hommes et c'est pourquoi je prends l'initiative de vous écrire. N'y voyez pas là une quelconque démarche de drague, mais bien plutôt la curiosité d'un homme à la recherche de l'inattendu et en attente de découverte de l'Autre. Je suis sûr que vous comprendrez ma démarche - vos écrits le laissent transparaître sans la moindre ambiguité - et j'espère que vos recherches sur Elvira Potemkine vous laisseront du temps pour que nous puissions entamer une relation épistolaire, tout au moins dans un premier temps.

Dans l'attente de votre réponse, je vous souhaite une excellente journée., c'est bien ça?
- Oui. C'est bien ça. Tu ne lui a jamais répondu...
- Evidemment que je ne lui ai pas répondu! S'il m'avait dit qu'il était maître nageur ou qu'il m'avait envoyé ne serait-ce qu'une photo de lui, peut-être aurais-je répondu, mais dans ces conditions... Non, non, cet email est vraiment l'archétype des emails que je ne veux plus avoir à trier le matin en me levant pour les mettre dans ma boîte à spam. De toute façon, c'était un illustre inconnu, il y a plus de quatre ans de ça, l'adresse email a fini par s'effacer avec la pluie.
- Oui, mais...
- Romook, on avait dit qu'on ne parlait plus de mon blog. Là, je ne m'énerve pas parce que cet email est certainement le plus drôle que j'ai lu. C'est d'ailleurs pour ça que je l'ai affiché sur l'épouvantail. Comme ça, je le relis de temps à autre en faisant le jardin, ça me détend.
- Oui, mais...
- J'ai dit "non". Tout ce qui touche au blog. C'est "non".
- ...
- Bon, vas-y. Dis ce que tu as à dire, je vois bien que sinon tu ne parleras plus de la journée... T'es pire qu'une femme.
- Elisabeth, l'auteur de l'email, c'était moi."

Romook, réminiscences