Je n'ai jamais vraiment abordé, en ces lieux numériques, un des thèmes qui préoccupe pourtant ma vie quotidienne : le sport. Il faut que j'avoue tout de suite que je suis plutôt solitaire, étant assez éloigné de tout ce qui constitue de près ou de loin les sports collectifs, même par écran interposé. Comme ça, les choses sont claires. Ainsi, naturellement et depuis mon plus jeune âge, je me suis tourné vers la course à pieds. Pourvu d'une inaptitude naturelle à sprinter (18" au 100m si mes souvenirs sont bons), je me suis tourné rapidement vers le demi-fond qui semble être mon métier de coureur, d'après les dires des différentes personnes qui ont fait office d'entraîneur dans ma vie. Je me rappelle avoir fait un 6'56" au 2000 m quand j'avais 14 ans, qui correspond à l'année de ma prise de conscience de la course à pieds en tant que discipline. J'avais également fait un 12 km en 56' qui correspondait au franchissement d'un seuil psychologique du "je sais courir plus longtemps que 45' "... Aujourd'hui, ça me fait sourire, mais c'est vrai.

En dehors de la course à pieds, je fais régulièrement du squash (il faut dire qu'avec un cœur qui bat à 42 au repos, on a de la marge pour ce sport) et le semestre dernier de l'aïkido. Toutefois, mes nombreux déplacements en Chine viennent véritablement empiéter sur ma condition physique car le décalage horaire aidant, ainsi que les mauvaises conditions environnementales, me privent de la possibilité d'exercer un quelconque sport sur le territoire chinois. Lors de mes retour, je suis obligé d'attendre au moins une semaine avant de reprendre pour éviter tout risque d'accident dû à la fatigue... Bref, depuis trois ans, tout mon capital physique s'émiette et je ne sais plus trop où j'en suis aujourd'hui.

L'année 2004 a été le point culminant de ma carrière de coureur. 940 km alignés entre le mois d'août et le mois de décembre... Quelques belles performances : 11'01" au 3000 m, mon meilleur semi marathon (1h38'), mon premier marathon en 3h45', mon premier ultra de 4h en 44, 8 km, mon meilleur rapport perf/ km (5h30' sur 57,5 km)... Pour moi, une année où la course à pieds (CAP) était devenu une partie à part entière de ma vie, réglant les rythmes les plus basiques (manger, dormir) et mes relations sociales. A cette époque, l'objectif était de courir un 24h. J'ai échoué au 24h du Téléthon à Villepreux à cause d'un problème de ravitaillement qui a achevé mon moral qui était bien atteint par des petits soucis de santé au bout de 7h30 de course (je n'avais alors fait que 52 km, ce qui pouvait laisser supposer une performance à plus de 150 km ce qui aurait été déjà satisfaisant, malgré mon objectif initial de 200km).

Le problème de l'ultrafond (c'est ainsi que l'on appelle ces épreuves étranges qui consistent à courir plus qu'un marathon), c'est que l'on court à l'Allure Spécifique. C'est une vitesse très lente qui a pour but d'économiser un maximum les forces du coureur pour lui permettre d'arriver à franchir la ligne d'arrivée en bon état. La Reine de ces épreuves en France étant la Transgaule, course de 1166 km à travers la France à réaliser en 18 jours avec 64 km / j en moyenne. Un monde de la CAP un peu à part, avec beaucoup d'excentriques et d'originaux, les pieds pourtant bien accrochés à la terre, dont le but est simplement de se retrouver avec soi-même dans des conditions très particulières.

On peut trouver ridicule ou étrange de s'infliger plus de 100 km d'entraînement par semaine à une vitesse avoisinant les 9 km/h (vitesse déjà rapide pour un ultra!)... La vraie raison, c'est que l'on se retrouve face à soi-même et que l'on apprend à mieux se connaître. Le fait de courir relativement lentement ne doit pas faire oublier que ça fait mal. Une douleur diffuse, douce, mais inéluctable finit par apparaître au bout de trois heures de course... Et on continue à courir car on l'apprivoise, on la recherche, on l'aime... En franchissant cette limite physique, on se retrouve en pleine auto-psychanalyse, la tête part dans les sens, les émotions sont démultipliées. 2004, c'est une année où je n'allais pas bien du tout. J'ai trouvé mon salut dans la CAP, dans l'ultrafond.

Mon premier 4h a été le révélateur. Je faisais partie du Zoo (une liste de diffusion dédiée à la CAP) à l'époque et en publiant mon premier récit (CR = compte-rendu) de course, L'Papy m'avait dit que j'avais compris ce qu'était l'ultrafond lorsque j'avais senti monté l'envie irrépressible de pleurer vers la fin de la course, après 3h... (Voir le CR en question). Bref, l'ultrafond est une aventure intérieure. On appelle "UFO" (pour ultrafondus) les individus qui ont déjà couru plus de 42, 195 km. C'était simplement pour le vocabulaire.

Si j'en reviens à mes moutons initiaux, j'ai donc arrêté la CAP à cause d'un 24h qui m'a brisé le moral et d'un départ en Chine qui m'a empêché de poursuivre la CAP au sens où je l'entendais. Mais voilà, une petite course sans prétention me tend les bras le 4 juillet 2008. Je m'y suis inscrit officiellement hier. Ce n'est qu'un 10 km. Apprécions le "ce n'est qu'un..." tout à fait psychologique puisque je raisonne en terme de distance, en trouvant ça tout à fait ridicule à courir. Seulement voilà : c'est du demi-fond et ça se court vite... Je n'ai plus d'entraînement, ou quasiment pas, et donc aucun point de repère sur mes performances potentielles. L'année dernière, le 1er l'a couru en 40', soit une moyenne de 15 km/h. Théoriquement, je devrais être capable de faire la même chose. Je n'ai que trois semaines pour reprendre la CAP/ m'entraîner correctement/ faire du foncier/ faire de la vitesse. En 3 semaines, c'est un énorme programme - sans compter l'étape perdre du poids.

J'ai donc repris l'entraînement et j'ai aligné 95 km depuis le 15 mai - et perdu 3 kg. Je dois avouer que je suis partagé entre partir sur une base de 42'30" (qui semblerait être un bon temps compte tenu de mon passé et mon peu d'entraînement actuelle) et une base de 40', à modifier le cas échéant. Dans l'ultrafond, on part lentement et progressivement on peut augmenter la vitesse. Mais le demi-fond, c'est 85% de la VMA (Vitesse Maximale Aérobie) soutenu tout le long de la course... Rien à voir comme style. Alors, je ne vous cacherai pas que j'ai le trac pour cette future course.

On remarquera que je n'évoque même pas la possibilité de ne pas finir la course alors que, vu mon entraînement actuel (plus longue distance parcourue : 13,5 km en 1h12'), je devrais peut-être commencer par me poser ce type de question. Bref. Tout ça pour dire qu'en ce moment, je cours et ça fait du bien au moral.

Romook, running man