Au jour où les sujets de philosophie vont pleuvoir sur la France, pays des Lumières, il y a lieu de s'interroger sur les apports faits à l'humanité par l'écologie. Sujet pragmatique, il sera bien entendu écarté des examens pour focaliser l'être pensant sur des problèmes plus fondamentaux que ceux du devenir de l'humanité dans les vingts prochaines années, à savoir (rayer la mention inutile) :

  1. Qu'est-ce qu'une science?
  2. Penser, est-ce calculer ?
  3. Peut-on comprendre l'art ?
  4. Qu'est-ce qu'une chose?


Bref, la réflexion à l'état pur, celle qui se pratiquait dans des temps immémoriaux où les connaissances scientifiques étaient plus limités que celle d'un enfant de sept ans aujourd'hui, où l'humanité était encore figée dans des castes sociales féodales, où la religion cherchait à justifier rationnellement la foi (Ô merci pour les essais de théodicée de Leibniz), où l'évolution des théories sur les maladies mentales obligeait l'homme à penser l'univers en y intégrant la subjectivité... Bref, un monde différent de celui que nous connaissons, où la tv a remplacé la réflexion, où le sms a remplacé la langue française, où les Roberts ne sont devenus que des nichons.

Votre Romook - préféré, fallait-il le préciser - se dresse alors face à ce monde qui ne sait pas s'adapter à lui-même et vous propose donc de vous faire la démonstration de ce que pourrait être une copie de réflexion appliquée (nouveau nom que je donnerai à la philosophie puisque Lipovetski est un philosophe et que "L'ère du Vide" est donc, par voie de conséquence, un ouvrage de philosophie moderne). Tout d'abord, le sujet : "Ecologie et confort des SDF"

Déjà, le sujet est bien d'actualité et permet à tout un chacun, même n'ayant pas plus d'opinion qu'une amibe, de pouvoir dire quelque chose à base de référence culturelle vérifiable (i.e. le journal de 20 heures). Allons-y.

L'écologie est la science de ceux qui s'occupent d'améliorer les conditions de vie de tout le monde. Or, dans notre société comme dans toutes les autres, il existe des exclus, des personnes qui ne trouvent refuge nulle part. En effet, notre société, qui possède une culture de l'individualisme fortement marquée, se donne bonne conscience en se préoccupant de mettre dans des structures sociales les personnes exclues de notre univers quotidien. Malgré l'absence manifeste de générosité de la part des contemporains, il se trouvera toujours quelques quidams pour aller protester contre le sort de ses malheureux, sans jamais proposer de les faire venir chez eux, même lorsqu'elles en ont les moyens - nous ne parlons pas uniquement des personnes usant de leur notoriété pour qu'on entende plus haut la voix des exclus.

Ainsi, parmi tous les malheureux, il existe une frange de la population qui est autant plainte que redoutée, les SDF, c'est-à-dire les "sans domicile fixe" - les mendiants, quoi. Ces individus, véritables parias de la société, vivent à sa marge, sans voiture, sans vêtement propre, ne daignant ni se raser, ni se laver - probablement un geste de révolte contre cette société aseptisée qui les rejette - sans même d'adresse postale ou de compte en banque! Ces marginaux cultivent évidemment la différence dans tous les aspects de leur vie, leur maison ne se résumant finalement qu'à un caddie ou à des sacs plastiques leur permettant de transporter leurs biens matériels.

L'écologie est une science qui se préoccupe du bonheur de tous, sans distinction des différences de chacun, avec toute l'objectivité qui caractérise les sciences. Ainsi, l'écologie a su prendre en main et améliorer le confort des sdf -non, nous ne dirons pas clochard car ce terme est injurieux, empreint d'une forte subjectivité négative de la part de celui qui emploierait ce terme... En effet, ces individus - vous remarquerez le glissement sémantique et son ambiguïté permettant tout à la fois de lire le terme "individu" ironiquement si on ne les aime pas, tout en ayant l'air de dire les choses objectivement, comme si de rien n'était - vivant principalement entourés de plastiques, étaient des pollueurs en puissance, abandonnant à tout va les sachets plastiques usagés... Or, aujourd'hui, notre société a inventé les grands sacs écologiques, conçus pour durer dans le temps, bien plus résistants, bien plus grands. Quel régal aujourd'hui pour un sdf de transporter tout son mobilier et ses vêtement dans deux grands cabas quasi indéchirables plutôt que dans une multitude de petits sacs plastiques, sciant les doigts, fragiles, se déchirant à la moindre occasion...

Ainsi, en voulant limiter l'utilisation des sacs plastiques, et il est évident qu'étaient visés en premier les sdf, le confort de ces derniers a été grandement amélioré, tout en contribuant à préserver notre environnement. Dans le monde merveilleux de Dysney, nous conclurons donc que l'écologie a amélioré le confort de vie des sdf. Bientôt apparaîtront des cabas en plastiques avec panneau solaire intégré pour leur permettre de faire un barbecue, même en hiver, et produire l'électricité nécessaire à la recharge d'un téléphone portable pour qu'enfin ils puissent devenir joignables à tout moment, eux les itinérants, véritables caravanes vivantes des temps modernes.

D'un autre côté, on peut se demander s'il est vraiment juste que l'écologie se soit ainsi préoccupé des plus démunis. En effet, les vrais citoyens, ceux qui sont des forces vives de la société et qui paient des impôts - faut-il rappeler le véritable privilège fiscal dont bénéficie les sdf, systématiquement non imposables ? - n'ont qu'une petite contrepartie à cette amélioration dont bénéficient ces privilégiés de la société... Les personnes travaillant honnêtement doivent payer ces sacs qui servent gratuitement par la suite aux exclus. Que peut-on en penser ? Tout simplement que l'écologie fait des différences, contrairement à ce que l'on avait pu démontrer auparavant, et ce sont bien les plus démunis qui se retrouvent être les plus favorisés. Il n'y a pas de mot devant une telle injustice sociale. C'est pourquoi, pour rétablir une véritable équité dans le corps social, la création d'un nouvel impôt devrait être pensée. Un impôt qui serait le contraire de l'impôt foncier : l'impôt sdf, l'impôt "sans droit fixe".

On peut bien entendu justifier cet impôt par l'occupation abusive du domaine public qui est régulièrement faite par ces individus sans foi, ni loi, qui constituent une véritable concurrence déloyale avec l'ensemble des cafés environnant qui subissent nécessairement une forme de détournement de clientèle, certains consommateurs se sentant obligés de ne pas reprendre de café pour aller donner de la monnaie aux mendiants environnants. La création de ce nouvel impôt ne serait donc que justice et la juste contrepartie de l'amélioration permanente des conditions de vie des sdf. En fin de compte, c'est vrai, il vaut mieux être sdf aujourd'hui qu'au XIIIème siècle. CQFD.

Romook, première épreuve de réflexion appliquée : 07/20, beaucoup de passages maladroits et superficiels.