"Notez, je vous prie, que j’aurais résisté longtemps avant de finalement céder sur un malheureux coup de tête hier soir dimanche, aux alentours de minuit. Je voulais vraiment me calmer après la soirée "brosse à dent".

- Vous pouvez vous passez de vos remarques d'ordre subjectif, nous, on va prévenir le Parquet.

- On peut peut-être s'entendre ? Vous savez, je suis quelqu'un de sincère et gentil. Je vais tout vous expliquer.

- Oui, bien sûr. Ils disent tous ça. Ici, on a une déposition d'un certain Pierre-Guy qui raconte que c'est quand vous avez mis le Rouki - Zouki que tout a commencé. Vous pouvez nous en dire plus?

- Ben, le Rouki-Zouki, c'était l'échauffement. Vous savez, il y y avait beaucoup de personnes que je ne connaissais pas et dans ces cas-là, il faut y aller doucement. Personne n'est habitué aux fêtes ch'ti mi sans être tombé dedans en étant petit.

- Oui, mais vous êtes au courant de l'actualité, l'affaire de la banderole et tout ce qui s'ensuit ?

- Ben oui.

- On a des instructions nous. Les agitateurs qui se moquent des cultures populaires, et surTOUT CH'TI MI, ON VA LES BRISER EN DEUX!

- Mais puisque je suis ch'ti, je peux pas être considéré comme agitateur.

- Désolé, mais sur votre passeport, c'est écrit "nationalité française" et pas "nationalité ch'ti mi"... Prouvez-nous que vous en êtes.

- J'ai amené de quoi faire des kirs violettes et manger du potjevleesch, y avait même des fricandelles et on a fait des frites.

- Ça ne prouve pas que ce n'était pas pour vous moquer de cette culture. En plus, on n'a pas retrouvé de fricadelles.

- Ben on a tout mangé.

- En plus, vous prônez l'immoralité. Vous reconnaissez bien avoir ennuyé le voisinage avec ces propos : "Si tu veux pas que ta femme t'emmerde, te marie pas, te marie pas!"

- Evidemment que j'ai dit ça. C'est une chanson du carnaval.

- Est-ce que vous reconnaissez avoir tenté d'apprendre le 'ptit quinquin' à une certaine Elisabeth ?

- Oui, bien sûr. C'est notre hymne. C'est une berceuse. Mais Elisabeth est rétive : c'est la mélodie qui est difficile à retenir pour elle.

- Et une berceuse, ça sert à quoi ?

- Ben à dormir.

- Ben voilà, on y est. Dans une fête, on ne chante pas de berceuse! Ça n'a pas de sens, c'était donc bien pour vous moquer de la culture ch'ti mi, faire une parodie... En plus, vous êtes un dangereux agitateur puisque vous avez fondé une secte!

- Une secte !?

- Oui, avec votre complice Alexandre, ne niez pas, tous les invités ont été formels dans leur déposition : vous avez déclaré avoir fondé une société.

- Non, je ne comprends.

- C'est quoi une grosse "biroute" ?

- Ben, c'est comme une biloute, mais en plus grand et plus gros... Ah, je comprends! C'est une chanson du carnaval aussi : "on a fondé une société, la société des grosses biroutes". J'ai appris à Alexandre les paroles, on répétait pour aller ensemble au carnaval l'année prochaine.

- Chef, on a réunit assez d'éléments dans toutes les dépositions : on transmet les PV au Parquet? Tous les propos se recoupent : Alexandre et lui sont cuits.

- Mais attendez, je vous jure, c'est vrai ce que je dis. Regardez le CD, j'allais le mettre quand Pierre-Guy vous a appelé. Mettez-le, vous verrez bien.


- Brigadier, qu'en pensez-vous?

- Chef, faudrait pas qu'on commette d'erreurs judiciaires. Si jamais on se trompe, on va encore dire que la Police ne fait pas son travail.

- Oui, c'est vrai. Dans le doute, Monsieur Romook, on vous met en garde à vue. Vous vous expliquerez devant le juge, demain après-midi, dans le cadre des comparutions immédiates. C'est lui qui décidera si votre histoire tient la route ou non."

Romook, participation à un neuvième sablier en réunion.