"Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais...

- Bien, Geneviève, continuez. Quel a été pour vous le moment déclencheur de cet état d'esprit?

- C'est un peu confus, Monsieur de Romook. Mais je crois que ça date de ma rencontre avec Elisabeth.

- Ah bon. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- En fait, nous étions en vacances, avec Henri et les enfants, dans le club - camping "Les prairies de la Mer" à Verlincthun, dans le Pas de Calais. Nous avions mal dormi cette nuit-là. Dans l'emplacement à côté, il y avait eu des bruits sauvages toute la nuit. Les enfants avaient peur et pleuraient en disant qu'il y avait des cochons qui allaient venir les manger. C'est vrai qu'au début, je ne comprenais pas trop non plus. J'avais un peu peur aussi, mais Henri était là.

- Ah bon, les animaux étaient admis?

- Oui, mais l'emplacement d'à côté, c'était celui de l'un de ces sauveteurs maritimes qui travaillent bénévolement sur les plages, un peu comme un maître nageur. Quelqu'un de bien fait et de très gentil, toujours très poli. Henri m'a confié, au milieu de la nuit, que ce genre de bruit, il les avait entendu, une fois déjà.

- C'était habituel dans le camping alors?

- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Monsieur de Romook, je suis un peu gêné de vous dire ça et d'abord je tiens à préciser qu'Henri n'est pas du tout attiré par ... Mais, il m'a dit qu'une fois, avec des "amis", ils avaient regardé un film... un film... Vous voyez quoi? C'était ce genre de bruit justement.

- Précisez votre pensée, Geneviève.

- Un film X...

- Ah?

- Mais juste une fois. Comme ça, sans faire exprès. Et je le crois vous savez. Ce n'est pas un menteur, mon Henri.

- Et le rapport avec Elisabeth?

- Et bien le matin, nous prenions le petit déjeuner sur l'aménagement de la caravane et, là, une jeune femme est sortie, très dynamique, en pleine forme. Elle nous a adressé un "bonjour" rapide et s'est dirigée vers la clôture. Elle demandait au sauveteur marin de l'accompagner : il avait un drôle de nom d'ailleurs.

- Ah bon? C'était quoi?

- "Machin", elle lui a dit : "Hey, Machin! Sors un peu de là qu'on voit si t'es plus doué pour des sports en plein air que pour les activités d'intérieur!" Et là dessus, Machin est sorti et l'a rejointe. Il avait du mal à marcher. Elle lui a dit : "Si tu pisses plus haut et plus loin que moi, je veux bien faire une deuxième tentative avec toi ce soir."

- Pardon?!

- Oui, Monsieur de Romook, ce n'est pas un spectacle pour les enfants et je leur ai demandé de finir leurs céréales sans écouter, ni regarder. Elisabeth était debout, de dos. Elle était en peignoir qu'elle avait dû entrouvrir. Et là, ils ont commencé à peu près en même temps à uriner et c'était incroyable. Elle a produit un jet qui arrivait à la hauteur du visage et qui dépassait en tous points celui de Machin. J'en ai des frissons en repensant à cette scène. Là dessus, Henri m'a demandé s'il pouvait y participer aussi. Je lui ai dit que non, d'abord parce qu'il n'y avait pas été invité, et, ensuite, parce que dans ce domaine-là... Vous voyez quoi... Il n'est pas particulièrement brillant.

- Et ensuite, que s'est-il passé?

- Elisabeth nous a rejoint à notre table en nous proposant de l'inviter pour boire du café. On était un peu gêné. Mais on a dit "oui". Poliment, on ne pouvait pas dire "non". Elisabeth m'a regardé et m'a dit que "les hommes, il faut savoir rabaisser leur caquet par là où ça fait mal". Alors, je lui ai demandé comment elle savait que les hommes avaient mal en faisant pipi. C'est vrai, Henri ne s'était jamais plaint. Elle a rit et m'a dit : "Je sens qu'on va être amie." J'ai senti qu'elle me comprenait, même si je ne sais pas trop pourquoi, et ça m'a rendu fière. Vous vous rendez compte, Monsieur de Romook, elle est devenu mon amie en une seule phrase. D'habitude, les gens se moquent toujours un peu de moi. Mais elle, non. C'est amusant les hasards de la vie. Depuis ce jour, j'ai décidé que ce serait ma meilleure amie."

Romook, dans son huitième sablier sur une amorce de Traou