Romook, ectoplasme bloguique

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mercredi 30 avril 2008

Chaud les marrons!

Me voici arrivé depuis maintenant 5 jours en Chine. Contrairement à mon habitude, je ne suis pas très prolixe. Pourtant, j'ai beaucoup moins de travail qu'habituellement. Que se passe-t-il donc? se demandera mon lecteur (et bien souvent ami) inquiet de son Romook. Et bien, j'essaie de me reposer, de lire, d'apprendre des nouvelles choses, de dormir, respirer l'air fleuri, laisser le vent chaud souffler sur mon visage et discuter avec mes amis chinois.

A peine arrivé, j'ai l'occasion de rencontrer l'une de mes connaissances qui m'assaille de question sur l'appréciation française sur le Tibet. J'étais surpris. Tout d'abord, après avoir entendu l'existence de manifestation anti-françaises en Chine (et notamment à Wuhan), j'étais un peu inquiet, je dois le reconnaître. Ensuite, il n'est pas habituel pour un chinois de parler de politique, qui plus est en public (ce qui était le cas) et surtout en chinois... Après avoir exposé brièvement la situation que les reproches adressés au gouvernement chinois par les français, mon interlocuteur commence à m'exposer qu'il est tout à fait d'accord, qu'il trouve que le gouvernement chinois n'est pas correct et qu'il ne comprend pas les manifestations de la jeunesse chinoise qui se fonde uniquement - à ses yeux, c'est lui qui précise - sur un nationalisme exacerbé par une méconnaissance des choses.

Je connais cette personne depuis plusieurs années et, là, je découvre qu'elle a des opinions politiques tranchées. Il est vrai que nous avions plutôt une relation basée sur des échanges relatifs à la vie quotidienne ou l'appréciation des différences culturelles entre l'Europe (en général) et la Chine, ce qui est sa spécialité, sans jamais aborder les questions politiques. Son attitude m'avait vraiment surpris.

Je lui demandais donc si son opinion était partagé par le peuple chinois ou non. Elle m'assura que ce n'était malheureusement pas le cas. Ses amis, qui pourtant ont souvent fait les mêmes études qu'elle (sur les différences culturelles entre peuple), lui avaient si durement reproché son attitude lorsqu'elle avait évoqué une possible désinformation du gouvernement et une manipulation éventuelle de la situation politique qu'ils lui avaient demandé si elle était chinoise... Comprenant que le dialogue n'était pas possible, cette personne s'était donc murée dans un silence persistant avec ses proches et ses amis sur ce type de sujet. J'étais une sorte de havre de paix de discussion. Elle voudrait écrire ce qu'elle pense. Je lui ai répondu que, techniquement, c'était possible sans trop de risque. On va étudier ça.

Je prends l'avion le lendemain pour me rendre à Wuhan. Mon voisin, un ingénieur, engage rapidement la conversation en anglais. Contrairement à mon habitude, je lui réponds en anglais. Je lui indique rapidement que je suis français. Il me répond qu'en ce moment la situation entre les gouvernements chinois et français n'est pas très bonne, mais que les peuples sont toujours amis. Les protestations faites contre Carrefour proviennent simplement du fait qu'il y a des rumeurs selon lesquels les magasins Carrefour auraient donné de l'argent à des indépendantistes tibétains. Les entreprises n'ont pas à faire de la politique, d'où les protestations chinoises. Là encore, je suis un peu surpris de la discussion. C'est peu habituel, en public et d'autant plus avec un inconnu, d'évoquer ce type de sujet.

Il m'indique alors que la Chine a mis en place une façade de démocratie pour que certains bénéficiaires du pouvoir puissent se maintenir au pouvoir. Que ce sont des personnes qui datent d'une génération précédente et qu'il faudrait que ça change avec des jeunes au pouvoir. Seulement la structure du pouvoir ne permet pas ce renouvellement. Ses idées me surprennent, pas tant par leur contenu, que par le fait qu'il les énonce comme s'il parlait d'évidence. Je m'enquiers évidemment de savoir s'il pense être le seul à penser ça. Très clairement, il me répond qu'une petite partie de la classe moyenne pense ces choses. Les riches bénéficiant du système n'ont aucun intérêt à le changer. Les individus des classes sociales défavorisées, quant à eux, bénéficient également d'avantage qui ne les incitent pas à changer le cours des choses. Il doute d'ailleurs qu'ils aient conscience de cette situation.

La discussion se poursuivit sur le problème de l'information en Chine. Le fait qu'il ne peut pas croire les médias car ils sont sous la tutelle du gouvernement. Il a visiblement soif d'information. Je lui donne l'adresse de Wikipédia, comme étant une nouvelle source d'information pour lui, autorisée par le gouvernement chinois depuis une dizaine de jours. Par ailleurs, je lui indique que les grands médias internationaux sont - et ont toujours été à ma connaissance depuis trois ans - accessibles par Internet (New york times, the Guardian). Il en est ravi. Il ne connaissait pas leur existence.

Voilà mon premier compte-rendu culturel chinois. Ses informations sont venues à moi sans que je les cherche. Hier soir, j'ai donné mon premier cours de droit : aucun des étudiants n'a abordé ces thèmes. Ils m'ont accueilli avec beaucoup de chaleur - et je ne doute pas de leur sincérité les ayant déjà eu en cours l'année dernière et sachant que j'en ramènerai 11 avec moi à Lille pour la rentrée universitaire prochaine.

J'ai la sensation que quelque chose a changé, ici, en Chine. Je ne saurais pas dire quoi. J'ai essuyé des regards lourds depuis mon arrivée. Les "hello!" qui fusaient normalement de toutes parts ont disparu. Je crois bien que deux civilisations se sont bien dressées l'une contre l'autre. Avec leurs incompréhensions mutuelles et leur incapacité à communiquer l'une avec l'autre. Le seul point commun est sûrement celui que chacune est sûre d'avoir raison.

Romook, point de vue de Chine

dimanche 27 avril 2008

Wikipedia accessible en Chine

Depuis la première fois depuis trois ans que je vais en Chine, le site internet Wikipedia est accessible. Initialement, son blocage était mis en place par les autorités chinoises pour promouvoir un site équivalent en chinois avais-je entendu. Une sorte de concurrence déloyale organisée en quelque sorte. Aujourd'hui, le fait est que le site internet est accessible en partie (notamment les pages sur le Tibet en français, mais pas en anglais).

Quel plaisir.

Romook, une brève

samedi 26 avril 2008

Bien arrivé malgré un départ difficile...

Hier, comme chaque jour, ce fut la course avant le départ. Dernières formalités professionnelles à exécuter en tous genre, récupération des dossiers administratifs des étudiants pour pouvoir les emmener dans ma valise, préparation de la valise, coups de fil ultra-urgents-même-si-hier-c'était-déjà-trop-tard-mais-tant-pis-j'appelle-quand-même, et autres délices des choses à réaliser à la dernière minute.

Me voici donc parti à la gare avec ma valise à roulette et je marche d'un bon pas. J'ai le temps nécessaire pour prendre mon TGV qui va me conduire à Roissy, sauf imprévu of course. Un appel ultra important qui ne peut pas attendre m'oblige à ralentir mon pas. Résultat : j'arrive à la gare exactement à l'heure où part le train. Je raccroche évidemment brutalement au nez de mon interlocuteur afin de démêler mon petit problème. Il est 16h55 : je suis à Lille, l'embarquement de l'avion commence à 18h10.

Si vous ne me connaissez pas, sachez que je suis plutôt d'un naturel pas inquiet et que cette situation avait plutôt tendance à m'amuser. Deux jours auparavant, je ne savais toujours pas si j'allais obtenir un visa pour la Chine... Là, c'était plus complexe, puisque je ne savais comment j'allais me rendre en Chine le cas échéant.

J'arrive donc au comptoir TGV Air. On me donner un autre billet pour un train partant à 17h29. On m'indique qu'étant enregistré sur le vol, pas de souci. Je ne m'inquiète que moyennement, sauf lorsque j'ai découvert dans le train que j'arrivais à l'aéroport à 18h20, soit 10 minutes après le début de l'embarquement. Etant précisé que le décollage était prévu à 18h55. Et que je n'aurais bien entendu pas "déposé" mon bagage, ni passé le contrôle de police...

Me voici donc au pas de course. J'ai très exactement mis 18 minutes pour : trouver l'emplacement de dépôt de bagage, passer en zone internationale, prendre le train me menant à la zone d'embarquement et m'y rendre physiquement (évidemment, E74, l'avant-dernière). J'ai été félicité par les membres de l'équipage qui y ont vu une performance extraordinaire. Remarquons tout de même que courir avec 25 kg de bagage à main à une moyenne de 10 km/h pendant 12 minutes est effectivement un petit exploit.

Le fait est que l'avion est parti à l'heure. Et j'étais présent à son bord. Certes, j'étais en sueur et je ne devais pas être très présentable, mais ayant anticipé la situation, j'avais donc un tee shirt de rechange et tout le nécessaire pour me rendre socialement acceptable. Comme quoi, je suis bien quelqu'un d'organisé.

Il fait beau, grand soleil, 18°C. Les arbres et les femmes sont en fleurs. Tout va bien.

Romook

mardi 22 avril 2008

Vendredi, direction Chine?

Chers lecteurs,

Ces derniers temps, la Chine a été au centre de l'actualité. Tant et si bien que le contrôle à l'entrée de ce pays a été restreint. J'attends donc mon visa "affaires" avec impatience, et, en même temps, avec une certaine angoisse. En tant que français, j'espère que les relations avec les autochtones se dérouleront comme toujours avec chaleur. Seulement, je crains fort que la situation actuelle ne soit pas idéale. Qu'à cela ne tienne, vous pourrez compter sur les nouvelles du front en provenance des provinces romookiennes si tant est que mon blog est toujours accessible de là-bas.

Tout ça pour vous dire que si vous n'avez aucune nouvelle de moi entre le 25 avril et le 13 mai (date de mon séjour si je pars), vous pourrez en tirer les conséquences qui s'imposent.

Romook, sur la brèche

lundi 21 avril 2008

Surmenage

n. m., psy. : Point de rupture.

Romook, en poche

vendredi 11 avril 2008

Les JO, jeux de barbares?

Pour de multiples raisons, l'ethnologie a toujours eu chez moi un fort pouvoir d'attraction. Il est probable que si je n'avais pas envisagé le droit comme un moyen d'étudier les arcanes secrètes de l'inconscient collectif de notre société, j'eus fini par emprunter un bâton et serais parti sur les chemins à la découverte de l'Autre.

Sur ce chemin intellectuel, j'ai rencontré Lévi-Strauss. Il m'a conforté, dans une forme de nihilisme philosophique dans la mesure où l'acceptation d'une autre culture culture, d'une autre civilisation, c'est avant tout se défaire de l'idée que ses propres habitudes ou normes sociales ne sont que des comportements réflexes qui, bien que très évolués parfois dans leur construction, n'apparaissent être que des préjugés et /ou des valeurs arbitraires. Le bien et le mal n'existe pas en soi, ce ne sont que deux guides de vie dans une société historiquement constituée.

Et pourtant, il semble que la diversité des cultures soir rarement apparue aux hommes pour ce qu'elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale; dans ces matières, le progrès de la connaissance n'a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d'une plus exacte qu'à l'accepter ou à trouver le moyen d'y résister. (Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, De l'ethnocentrisme)

Le choc des cultures existe, il n'est parfois pas besoin d'aller au bout du monde pour le rencontrer. Les difficultés d'intégration que rencontrent nos jeunes des banlieues proviennent en partie de ce choc des cultures. Il ne faut d'ailleurs pas voir dans mes propos une stigmatisation d'une religion ou d'un groupe ethnique. Non, seules les habitudes de vie sont ici en question. La banlieue a ses codes et ses langages qui ne correspondent pas aux normes que la société française accepte dans son ensemble. D'où le conflit qui naît. Il n'est évidemment pas non plus question, sous prétexte de respect de la culture de l'autre, de déconsidérer le caractère déstabilisateur de cette autre culture. La vie en société suppose des règles acceptées par tous. Néanmoins, il faut reconnaître qu'au sein d'une même communauté, plusieurs cultures peuvent cohabiter. C'est cette rencontre de différents mondes qui provoquent les étincelles que l'on connaît.

L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles qui nous sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. "Habitudes de sauvages", "cela n'est pas de chez nous", "on ne devrait pas permettre cela", etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangers. (Cl. Lévi-Strauss, idem).

Ainsi, quoique puissent être nos réactions épidermiques face à des faits que nous réprouvons au fond de notre être, que ce soit par sensibilité ou par raisonnement intellectuel, l'observateur forcé de la culture d'autrui, dans un monde pétri d'universalisme, reste un maillon identifiant avant tout sa propre culture. Nous sommes un révélateur des valeurs de notre société en nous élevant contre les aberrations d'un "monde pas encore civilisé" ou qui mérite encore d' "évoluer", que nous devons faire "progresser" à l'image des colonisateurs qui apportaient la civilisation aux "sauvages". Or, la notion même de progrès dans ces domaines sociaux nie les fondements même de la culture d'autrui en déclarant la supériorité de la sienne sur celle - forcément imparfaite, mauvaise et inachevée - de l'autre.

En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou "barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leur attitudes typiques. Le barbare, c'est avant tout celui qui croit à la barbarie. (Cl. Lévi-Strauss, idem)

Faire des JO un enjeu de la liberté universelle, n'est-ce pas finalement en faire des jeux de barbares?

Romook, café du matin

mercredi 9 avril 2008

Aujourd'hui, je commente...

Dans ma pause écriture, je ne peux m'empêcher d'aller lire autrui. Alors je poste des commentaires en forme de billet sur : "Comment peut-on être chinois?". Comme je suis fainéant , je vous laisse vous rendre sur ce billet haut en couleurs.

Romook, un fainéant averti en vaut deux

vendredi 4 avril 2008

Repos...

Après avoir réalisé l'ensemble des billets en sablier de Kozlika - et un "dis moi dix mots" au sein de cette série - je dois avouer que je suis un peu fatigué. Bien entendu, ma fatigue n'est pas exclusivement liée à ce jeu d'écriture, mais également aux conditions dans lesquelles je l'ai fait. Une partie en Chine, une partie en France, le décalage horaire n'étant stabilisé ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux pays. 11 jours, c'est trop court. Ça ne permet pas de s'acclimater quelque part - tout au moins pour moi.

Je repars le 25 avril. Voilà, comme ça, c'est dit. Et je vais revenir très peu de temps après. Avec tous les jours fériés qu'il y a en France à cette période, on ne s'apercevra même pas de mon départ ;-) Dans les pseudo-mauvaises nouvelles, j'ai oublié "Souvenirs pieux" dans l'avion. Il ne me restait qu'une petite vingtaine de page à lire. Ce n'est pas tant pour le coût matériel de la perte que pour celles de mes petits mots en marge, mon lexique de mots nouveaux tirés de l'ouvrage et mes questions à approfondir soulevées par la lecture de ce livre que je suis triste.

D'ailleurs, c'est un point sur lequel je vais revenir : j'écris (au crayon de bois) dans mes livres. Il y a quelques années, c'était sacrilège. Maintenant, je m'arme volontiers d'un crayon pour souligner le passage qui m'interpelle. En revanche, l'ignoble individu qui ferait de même avec l'un de mes livres serait irrémédiablement et immédiatement occis. Il était bon que ce fût précisé.

Tout ça pour vous dire que je vais probablement prendre un peu de repos et ne pas écrire les quelques jours qui viennent. Serment d'ivrogne, me répondez-vous, hmmmm... On verra :-)

Romook, épuisé et incapable de récupérer

jeudi 3 avril 2008

Si Samantdi le dit...

Je ne sais pas où il est, je ne sais pas qui a eu cette brillante idée ni qui a pris la photo, mais si je savais où le trouver, j’y courrais derechef. Ça fait partie des plaisirs communautaires dont il ne faut pas abuser a priori, mais qui ont pour effet de rendre la perception de la vie un tantinet plus euphorique, un peu comme les billets en sabliers. Bougez pas, je vous explique tout par le début.

Alors que j'annonçais - non sans honte il faut l'avouer sincèrement - déjà ma non-participation au (dernier!) billet en sablier (alors que j'avais réussi à tenir la distance, ce qui me fait l'effet d'avoir couru un marathon), me voici rappelé à l'ordre gentiment par Samantdi... Or, il y a des choses qui sont sacrés sur mon blog : ne pas décevoir les commentateurs. Aïe! aïe! aïe! Ania, wiem że nie codziennie rozlepiał fotographi. Pzykro mi ale nie masz pisał komentowy kiedy ma photographi... Ja lubię że pisasz ale teraz nie robisz. Dlaczego ? En conséquence, dans la mesure du possible, je cherche à écrire ce qu'ils me réclament le plus rapidement possible... Il me reste donc - je le confesse - un billet pour Yogi Tougoudou et Ania afin de démontrer logiquement que je suis seul à écrire sur ce blog, polémique née d'un commentaire de la devenue trop rare Ania et sur lequel j'avais évidement réagi par un haiku bloguesque. Bref.

Samantdi me suggérait donc un petit rail de co... gros dodo et ça repart, conseil que j'ai découvert ce matin juste après mon réveil. Juste avant de le lire, j'étais encore en proie à la mauvaise conscience du travail non terminé (9 billets sur 10). Feu mon père m'avait dit : "on finit toujours ce que l'on a commencé". Cette contrainte morale me pesait donc, sous la couette, bien au chaud. Je me levais la mort dans l'âme. Hier soir, j'avais trouvé le billet d'où est tiré l'amorce et j'avais compris qu'elle y était parfaitement adaptée... Mais je ne trouvais rien d'équivalent chez moi. J'ouvris l'ordinateur, direction Kozlika.

Il faut que je précise qu'étant chercheur, l'un de mes "talents" est d'inventer des théories explicatives de faits qui semblent ne pas être reliés entre eux par des liens logiques. Ainsi, prendre une phrase et la développer en quelque chose de cohérent est un exercice que j'apprécie particulièrement. Cette manière de faire que j'applique dans tous les domaines de la vie permet d'aboutir à des résultats tout à fait incongrus qui sont souvent source de rire. Mais, là, j'étais face à un obstacle rarement rencontré : le "il" du premier membre de la phrase. Est-ce un objet? Est-ce un lieu? Est-ce une personne? Toutes ces questions se posaient et bien que j'exploitais chacune des pistes intellectuellement, je n'arrivais pas à en tirer quelque chose de funny.

Et là, en lisant le commentaire de Samantdi, ce fût l'étincelle, la lumière transcendante : oui. Je pouvais le faire. J'avais en réserve ce qu'il fallait. Pas moyen de faire rentrer Alexandre, Elisabeth, Geneviève et toute la clique dans mon petit plaisir solitaire. Pourtant, je pense qu'eux aussi, y courraient derechef s'ils pouvaient s'y rendre pour trouver l'inspiration. En tout cas, ce fût la mienne et je vous la livre. Ame sensible s'abstenir.



Romook, participation au dixième sablier, sur une idée suggérée par Samantdi, avec une amorce proposée également par Samantdi, tirée du blog "La vie en rousse" de Tassili : ça vient de

mercredi 2 avril 2008

Tous au poste

"Notez, je vous prie, que j’aurais résisté longtemps avant de finalement céder sur un malheureux coup de tête hier soir dimanche, aux alentours de minuit. Je voulais vraiment me calmer après la soirée "brosse à dent".

- Vous pouvez vous passez de vos remarques d'ordre subjectif, nous, on va prévenir le Parquet.

- On peut peut-être s'entendre ? Vous savez, je suis quelqu'un de sincère et gentil. Je vais tout vous expliquer.

- Oui, bien sûr. Ils disent tous ça. Ici, on a une déposition d'un certain Pierre-Guy qui raconte que c'est quand vous avez mis le Rouki - Zouki que tout a commencé. Vous pouvez nous en dire plus?

- Ben, le Rouki-Zouki, c'était l'échauffement. Vous savez, il y y avait beaucoup de personnes que je ne connaissais pas et dans ces cas-là, il faut y aller doucement. Personne n'est habitué aux fêtes ch'ti mi sans être tombé dedans en étant petit.

- Oui, mais vous êtes au courant de l'actualité, l'affaire de la banderole et tout ce qui s'ensuit ?

- Ben oui.

- On a des instructions nous. Les agitateurs qui se moquent des cultures populaires, et surTOUT CH'TI MI, ON VA LES BRISER EN DEUX!

- Mais puisque je suis ch'ti, je peux pas être considéré comme agitateur.

- Désolé, mais sur votre passeport, c'est écrit "nationalité française" et pas "nationalité ch'ti mi"... Prouvez-nous que vous en êtes.

- J'ai amené de quoi faire des kirs violettes et manger du potjevleesch, y avait même des fricandelles et on a fait des frites.

- Ça ne prouve pas que ce n'était pas pour vous moquer de cette culture. En plus, on n'a pas retrouvé de fricadelles.

- Ben on a tout mangé.

- En plus, vous prônez l'immoralité. Vous reconnaissez bien avoir ennuyé le voisinage avec ces propos : "Si tu veux pas que ta femme t'emmerde, te marie pas, te marie pas!"

- Evidemment que j'ai dit ça. C'est une chanson du carnaval.

- Est-ce que vous reconnaissez avoir tenté d'apprendre le 'ptit quinquin' à une certaine Elisabeth ?

- Oui, bien sûr. C'est notre hymne. C'est une berceuse. Mais Elisabeth est rétive : c'est la mélodie qui est difficile à retenir pour elle.

- Et une berceuse, ça sert à quoi ?

- Ben à dormir.

- Ben voilà, on y est. Dans une fête, on ne chante pas de berceuse! Ça n'a pas de sens, c'était donc bien pour vous moquer de la culture ch'ti mi, faire une parodie... En plus, vous êtes un dangereux agitateur puisque vous avez fondé une secte!

- Une secte !?

- Oui, avec votre complice Alexandre, ne niez pas, tous les invités ont été formels dans leur déposition : vous avez déclaré avoir fondé une société.

- Non, je ne comprends.

- C'est quoi une grosse "biroute" ?

- Ben, c'est comme une biloute, mais en plus grand et plus gros... Ah, je comprends! C'est une chanson du carnaval aussi : "on a fondé une société, la société des grosses biroutes". J'ai appris à Alexandre les paroles, on répétait pour aller ensemble au carnaval l'année prochaine.

- Chef, on a réunit assez d'éléments dans toutes les dépositions : on transmet les PV au Parquet? Tous les propos se recoupent : Alexandre et lui sont cuits.

- Mais attendez, je vous jure, c'est vrai ce que je dis. Regardez le CD, j'allais le mettre quand Pierre-Guy vous a appelé. Mettez-le, vous verrez bien.


- Brigadier, qu'en pensez-vous?

- Chef, faudrait pas qu'on commette d'erreurs judiciaires. Si jamais on se trompe, on va encore dire que la Police ne fait pas son travail.

- Oui, c'est vrai. Dans le doute, Monsieur Romook, on vous met en garde à vue. Vous vous expliquerez devant le juge, demain après-midi, dans le cadre des comparutions immédiates. C'est lui qui décidera si votre histoire tient la route ou non."

Romook, participation à un neuvième sablier en réunion.

mardi 1 avril 2008

Nostalgie élisabétaine

"Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais...

- Bien, Geneviève, continuez. Quel a été pour vous le moment déclencheur de cet état d'esprit?

- C'est un peu confus, Monsieur de Romook. Mais je crois que ça date de ma rencontre avec Elisabeth.

- Ah bon. Qu'est-ce qui s'est passé ?

- En fait, nous étions en vacances, avec Henri et les enfants, dans le club - camping "Les prairies de la Mer" à Verlincthun, dans le Pas de Calais. Nous avions mal dormi cette nuit-là. Dans l'emplacement à côté, il y avait eu des bruits sauvages toute la nuit. Les enfants avaient peur et pleuraient en disant qu'il y avait des cochons qui allaient venir les manger. C'est vrai qu'au début, je ne comprenais pas trop non plus. J'avais un peu peur aussi, mais Henri était là.

- Ah bon, les animaux étaient admis?

- Oui, mais l'emplacement d'à côté, c'était celui de l'un de ces sauveteurs maritimes qui travaillent bénévolement sur les plages, un peu comme un maître nageur. Quelqu'un de bien fait et de très gentil, toujours très poli. Henri m'a confié, au milieu de la nuit, que ce genre de bruit, il les avait entendu, une fois déjà.

- C'était habituel dans le camping alors?

- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Monsieur de Romook, je suis un peu gêné de vous dire ça et d'abord je tiens à préciser qu'Henri n'est pas du tout attiré par ... Mais, il m'a dit qu'une fois, avec des "amis", ils avaient regardé un film... un film... Vous voyez quoi? C'était ce genre de bruit justement.

- Précisez votre pensée, Geneviève.

- Un film X...

- Ah?

- Mais juste une fois. Comme ça, sans faire exprès. Et je le crois vous savez. Ce n'est pas un menteur, mon Henri.

- Et le rapport avec Elisabeth?

- Et bien le matin, nous prenions le petit déjeuner sur l'aménagement de la caravane et, là, une jeune femme est sortie, très dynamique, en pleine forme. Elle nous a adressé un "bonjour" rapide et s'est dirigée vers la clôture. Elle demandait au sauveteur marin de l'accompagner : il avait un drôle de nom d'ailleurs.

- Ah bon? C'était quoi?

- "Machin", elle lui a dit : "Hey, Machin! Sors un peu de là qu'on voit si t'es plus doué pour des sports en plein air que pour les activités d'intérieur!" Et là dessus, Machin est sorti et l'a rejointe. Il avait du mal à marcher. Elle lui a dit : "Si tu pisses plus haut et plus loin que moi, je veux bien faire une deuxième tentative avec toi ce soir."

- Pardon?!

- Oui, Monsieur de Romook, ce n'est pas un spectacle pour les enfants et je leur ai demandé de finir leurs céréales sans écouter, ni regarder. Elisabeth était debout, de dos. Elle était en peignoir qu'elle avait dû entrouvrir. Et là, ils ont commencé à peu près en même temps à uriner et c'était incroyable. Elle a produit un jet qui arrivait à la hauteur du visage et qui dépassait en tous points celui de Machin. J'en ai des frissons en repensant à cette scène. Là dessus, Henri m'a demandé s'il pouvait y participer aussi. Je lui ai dit que non, d'abord parce qu'il n'y avait pas été invité, et, ensuite, parce que dans ce domaine-là... Vous voyez quoi... Il n'est pas particulièrement brillant.

- Et ensuite, que s'est-il passé?

- Elisabeth nous a rejoint à notre table en nous proposant de l'inviter pour boire du café. On était un peu gêné. Mais on a dit "oui". Poliment, on ne pouvait pas dire "non". Elisabeth m'a regardé et m'a dit que "les hommes, il faut savoir rabaisser leur caquet par là où ça fait mal". Alors, je lui ai demandé comment elle savait que les hommes avaient mal en faisant pipi. C'est vrai, Henri ne s'était jamais plaint. Elle a rit et m'a dit : "Je sens qu'on va être amie." J'ai senti qu'elle me comprenait, même si je ne sais pas trop pourquoi, et ça m'a rendu fière. Vous vous rendez compte, Monsieur de Romook, elle est devenu mon amie en une seule phrase. D'habitude, les gens se moquent toujours un peu de moi. Mais elle, non. C'est amusant les hasards de la vie. Depuis ce jour, j'ai décidé que ce serait ma meilleure amie."

Romook, dans son huitième sablier sur une amorce de Traou