Il est trois heures du matin, je n'arrive pas à dormir. J'entends le bruit de la mer, des vagues qui s'écrasent contre la falaise en soupirant, en rongeant de leur larmes les pierres insensibles. Je suis perdu dans la nuit. Je navigue dans les eaux troubles d'un univers qui n'existe pas. S'il existe, je ne sais pas où il se situe. En France, il est neuf heures du soir. En Chine, il est trois heures du matin. Et mon corps a décidé de vivre ailleurs, dans une faille temporelle qui correspond plus aux Etats-Unis qu'à celle du lieu physique où je me situe.

J'ai essayé de boire de l'alcool pour que le sommeil me gagne. J'ai dépensé du temps auprès de corps féminins. J'ai lu des blogs et découvert de nouveaux univers. J'ai essayé d'apprendre par cœur des articles du Code Général des Impôts. J'ai même mangé du chocolat. Rien n'y fait : généralement, vers minuit, je suis toujours éveillé par un je-ne-sais-quoi qui m'empêche de me rendormir avant six heures du matin... L'heure à laquelle il faudrait presque que je me lève pour aller travailler. Alors, méditatif, j'envisage de débuter mes confessions, dans l'esprit embrumé d'une personne qui ne sait plus où elle est et qui en arrive à regretter d'être là.

"La confession commence toujours par une fuite hors de soi-même. Elle part d'un désespoir. Son présupposé est comme celui de toute sortie, un espoir et un désespoir; le désespoir face à ce qui est, l'espoir que quelque chose que l'on n'a pas encore apparaisse." écrivit Maria Zambrano, la philosophe espagnole. Ses mots résonnent et tournent dans mon esprit. Peut-on confesser que l'on a simplement envie de se reposer ? Pas d'un repos éternel, juste quelques heures de sommeil, comme tout le monde. Juste s'allonger et s'oublier vivre quelques instants...

Heureusement, tous les trois jours, écrasé probablement par une fatigue lancinante, mon corps s'effondre et me laisse en repos, pour un vrai repos, de nombreuses heures... Mais, le réveil est très difficile. Mon corps ne veut alors pas revenir à la vie : je patauge dans une petite vie trouble et ensommeillée, où la torpeur règne en maître jusqu'au milieu de l'après-midi. Puis, je revis, un sablier sous les doigts, j'écris. Juste après le repas du soir, vers vingt heures, il est temps de se reposer... Le corps réclame.

Je quitte donc ce monde pour les bras de Morphée. Elle m'attend, elle m'accueille... Mais, mauvaise amante, elle ne sait pas me retenir plus de deux ou trois heures. Et je me relève. Compare les billets en sabliers. Ecoute la mer se fracasser contre les rochers. Soupire dans une nuit profonde et tiède. Attends l'arrivée du sommeil ou de la prochaine amorce sablière. Dans quatre jours, je rentrerai en France. Ce ne sera pas la fin. Habitué à cet étrange rythme, je sais que mon corps renouvellera alors mon calvaire...

Romook, synthétique : troisième sablier
Amorce faite à partir d'ingrédients de Zoridae, Au bord de la mer.