Il faut que je vous raconte… C’est une drôle d’histoire en fait, une histoire de brosses à dents ! Dingue !! En fait tout a commencé alors que j’étais chez B. toute la semaine dernière. Nous avions bien senti que quelque chose se tramait dans la salle de bain, et puis il fallait se rendre à l’évidence, il y avait des signes avant-coureurs qui ne trompent pas. Mais n'anticipons pas. Il faut que je vous explique tout dans l'ordre, avec le contexte, sinon vous ne pourriez pas comprendre. J'espère que vous pardonnerez le fait que ce soit long.

Ce soir-là, B. (elle veut absolument garder l'anonymat depuis qu'elle sait que Geneviève a la charge des analectes de temps à autre) avait invité tout le monde à l'occasion de la présentation du dernier ouvrage sur Elvira Potemkine au Salon du livre. Pour ma part, j'étais super excité car c'était la première fois que j'allais rencontré Elisabeth. Il y a des moments comme ça où vous vous sentez vraiment appartenir à un petit monde de privilégiés. Un peu comme si vous faisiez partie de la Jet-set intellectuelle. Et, cerise sur le gâteau, j'allais aussi rencontrer Alexandre le Grand, celui qui est passé sur les All Black pour elle. J'aurais été moins impressionné de rencontrer Cassius Marcellus Clay Jr., alias Mohamed Ali. C'est vous dire l'excitation.

B. était très anxieuse car c'était une fête privée. Ce qui signifie secrète. Ce n'est qu'à cette condition qu'Elisabeth accepte de venir à Paris. Elle a horreur de tout ce qui est tapage médiatique. Geneviève est aussi venue nous prêter main-forte pour les préparatifs. Elle était très contente car, comme elle n'a pas arrêté de le répéter toute l'après-midi : "Elisabeth adore les soirées conviviales entre amis et elle sait mettre de l'ambiance, vous allez voir." C'est bien ce qui inquiétait B. visiblement. Pour ma part, j'étais sur un petit nuage et tout était possible. On m'aurait dit que Dorothée viendrait accompagné du Père Noël (le vrai), je n'aurais pas été plus surpris.

Si je peux me permettre une remarque, c'est que Geneviève est très gentille et très attentionnée en ce qui concerne Elisabeth. Je trouve, de ce fait, un peu choquante la manière rustre dont Elisabeth la traite parfois sur son blog. Mais, parce que rien n'est jamais tout noir ou tout blanc, je dois reconnaître que lorsque Geneviève a voulu me prendre en photo pour la trentième fois - mais si! mais si! ça vous fera un souvenir! - mes nerfs étaient à bout. Mais bon, ce n'est pas mon amie. On a le droit d'être un peu plus impatient avec les étrangers, non? Ok, ça n'excuse pas tout, je sais. Mais, ajouter à ça un deux centième Elisabeth adore les soirées conviviales entre amis et elle sait mettre de l'ambiance, vous allez voir! sur une petite voix aigüe et vous aurez une bonne idée de ce que j'ai subi.

Sans compter les questions aux réponses toutes faites : "Les verres, je les mets à coté des boissons?", "les assiettes, je les pose près des plats?", "où est-ce que je peux mettre les CD? Celui de Corynne Charby, c'est le préféré d'Elisabeth. Ce serait bien qu'on le mette au moment où elle arrive. Si vous ne répondez pas, je les laisse près de la chaîne." Bref. C'est donc dans l'euphorie de cette préparation de soirée que je découvrais tout à la fois Geneviève, et à travers ses yeux, Elisabeth et le jeune Alexandre. Me sentant un peu timide, je fis jurer B. et Geneviève de ne pas trahir mon secret et de ne pas révéler que j'étais Romook. On utilisa donc mes nom et prénom de l'état civil, ce qu'ignoraient à la fois Elisabeth et Alexandre. Je pense que s'ils lisent ce billet. Ils mettront un visage sur moi maintenant.

Pourquoi avoir voulu garder un tel anonymat ? Je dois avouer que c'est par timidité. Dans un premier temps, je me sentais fier de les rencontrer. D'abord, parce que, quelques années à se lire les uns les autres, malgré tout ça crée des liens... Et puis, parce que je croyais qu'ils appréciaient mon blog. En fait, De ce fait, j'ai relu tous les commentaires qui avaient été déposés sur mon blog et je me suis aperçu qu'ils n'avaient jamais été aussi présents que je l'avais imaginé. Et là, j'ai eu peur de les ennuyer. Je sais maintenant que, comme tous les grands êtres de ce monde, ils ont su garder, chacun dans leur style, une simplicité touchante - mais à ce moment-là, je redoutais de les déranger, de les ennuyer. J'espère qu'ils ne prendront pas pour une trahison mes actes que cette confession vient alléger de mon innocence toute justifiée au regard de leurs œuvres respectives. On n'approche pas sans crainte le feu du soleil. Je ne suis pas Icare.

Le moment tant attendu arriva enfin. Les premiers invités se présentèrent. Des amis communs de B. et d'Elisabeth. Evidemment, Nicolas est arrivé dans les premiers, comme à son habitude, classe et dynamique, accompagné de Cécilia et Carla, avec lesquelles je m'entends bien, mais sans plus. Quel séducteur quand j'y pense! Enfin. Nous avons juste évoqué sa récente mort. Il m'annonça qu'il était heureux d'avoir pu revenir si vite car l'idée de ne plus jamais rencontrer Elisabeth le mortifiait plus que tout.

"Elisabeth est si mystérieuse, me confiait-il un peu à l'écart, on ne sait jamais si elle vous apprécie ou non. Ses traits sont une forme d'amour, mais peuvent aussi être le signe d'une haine profonde. C'est la caractéristique des êtres d'exception de rester impénétrable au commun des mortels." Je me rappelle qu'à ce moment-là, il regardait les paparazzi sur l'immeuble en face. "Ils sont incroyables, ajouta-t-il, je ne sais pas comment ils ont su. De toute façon, je ne risque rien : ils sont uniquement venus pour elle et Alexandre. Ils n'arrivent pas à savoir s'ils se sont réconciliés, si elle est de nouveau avec Pierre-Guy ou avec quelqu'un d'autre."

J'avais déjà un peu le trac de la rencontrer. Après ces quelques phrases, vous imaginez aisément que je n'allais pas oser lui parler du petit scarabée Romook... Des avions volaient à l'extérieur tirant de longues banderoles : "Elisabeth, on t'aime!", "Jamais sans Elvira!". La tension montait. J'étais prêt à partir quand je pensais à m'adresser à Jeff. Il connaissait bien Alexandre et me confia qu'il regrettait la décision qu'il avait prise de ne pas tourner avec Sharon Case. Je ne m'étonnais pas que Jeff Koons regrette ce choix. Mais cela ne fit pas redescendre ma tension intérieure. J'allais rencontrer Alexandre...

"Boule de flipper" se mit à retentir et Geneviève, qui sautillait sur place, nous enjoigna à nous cacher vite! vite! vite! dans la salle de bain pour lui faire une surprise. Avez-vous déjà essayer de cacher une quarantaine de personnes dans une salle de bain de 10 mètres carré ? Evidemment non, vous n'êtes pas Geneviève, vous me répondrez fort justement... Je renversais le verre à dent dans la précipitation et fit tomber les ustensiles qu'il contenait. Au même moment, on entendit la porte s'ouvrir et une voix presqu'agréable s'écria : "C'est pas vrai que tu as encore demandé aux invités de se cacher dans la salle de bain!". C'était Elisabeth. Mon cœur la reconnut tout de suite.

La porte s'ouvrit et elle dit : "Evitez moi les coucou, vous avez l'air ridicule tous autant que vous êtes. Mais, enfin, Geneviève, même Jean, tu lui a fait ce coup-là? Tu ne respectes même pas les vieilles personnes?

- D'âge, tout dépend celui que vous choisissez de prendre en considération, Elisabeth. Je vous prie de bien vouloir me regarder comme un esprit trentenaire et ne pas vous fiez à mon enveloppe corporelle. Vous pourriez avoir de drôle de surprise."

Il me fit un rapide clin d'œil. J'en profitais pour glisser deux brosses à dent dans la poche intérieure de ma veste pour ne pas avoir l'air idiot avec ça à la main. Nous sortîmes tous ensemble de la salle de bain sur l'air de la boule de flipper. "Je l'ai toujours admiré pour ses entrées fracassantes", me confia Jean D'Ormesson. Il est vrai qu'après cet intermède - si on excepte que j'avais deux brosses à dent sur moi - je me sentais un peu plus détendu. Je me ruais sur un Bloody Mary. J'étais près d'elle. Elle me demanda mon nom. Je déclinais l'identité complète. "Ce n'est pas un interrogatoire de Police, ça va aller" fût sa remarque.

Je n'eus pas l'outrecuidance de lui demander qui elle était. Elle se servit un kir violette. "Dunkerque", sussurai-je. Mince, je m'étais probablement grillé. Elle rit. "Vous connaissez aussi. Magnifique les fumées sur le port ? On a la sensation que ce sont des usines à nuages, non? - Oui, oui. Elle n'avait rien remarqué. Ouf. Nous continuâmes à discuter. Bloody Mary, kir violette. Quelques blagues. Bloody Mary. Rires. Kirs violette. Elvira. Bloody violette. Potjevlesch. Kirs Mary. Et la sonnette retentit. C'était Alexandre.

Je me suis vite senti seul. Ils se mirent à discuter à deux, laissant l'ensemble des invités vivre dans un univers vide sans leurs présences. Pierre-Guy n'était pas là. Et c'est là que tout s'accélère. Dans toutes les soirées, il y a un moment où le point de non-retour est franchi. Bézu se mit à entonner "à la queue leu, leu". Je ne sais plus trop s'il était présent ou si c'était un disque. Le fait est que quand le disque de la Bande à Basile démarra la chenille, j'avais Alexandre qui me tenait par les épaules tandis que je tenais celles d'Elisabeth. Un grand moment.

Puis de retour au bar, nous prîmes à trois un "banga - violette - jus de tomate - vodka - vin blanc" dont le goût était digne du Cheyenne. Mais qu'importe, l'important était de vérifier cette hypothèse, émise dans l'aube naissante, que le jus de tomate conservait son acidité quelque soit le mélange. Sauf que nous n'avions pas de Ph-mètre sur nous. Nous vérifions tout cela au goût. A un moment, prétextant je ne sais quel coup de froid, Alexandre pris ma veste et se la posa sur la tête.

"T'as peur d'être agressé ou quoi?

- Quoi?

- Regarde, Elisabeth, il transporte des armes avec lui."

Et il sort de la poche, triomphal, deux brosses à dent. Elle reste très sérieuse. Il y a des moments, dans les début de matinée de fin de soirée, tout peut être pris très au sérieux. Elle lui dit: "Alexandre, c'est aujourd'hui ou jamais." Il la regarde et, rapidement, il lui prend la main tout en conservant dans l'autre les deux brosses à dent. Ils se dirigent ensemble vers la salle de bain et s'isolent. Nicolas me regarde et fait signe non de la tête. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis senti coupable à ce moment-là. La musique était coupée depuis un bon moment déjà. J'étais seul.

Il fallait bien revenir sur terre à un moment ou à un autre. Je n'étais que moi. Que croyais-je? Que j'allais devenir leur meilleur ami? Pfff... Illusion quand tu nous tiens. Enfin. Et puis, on entendit crier Elisabeth. Et Alexandre rire juste après. Et ça chuchotait. Puis il y avait des éclats de voix. Tout le monde se sentait un peu gêné. Geneviève s'approcha et me demanda d'aller vérifier qu'elle ne faisait rien de mal. Comme tu ne la connais pas depuis longtemps, elle n'osera pas se fâcher.

J'avançais avec précaution et tous les invités se mirent à me suivre, juste un pas derrière. Au fur et à mesure que nous approchions, nous commencions à discerner des bribes de parole...

Alexandre : Elle est coincée je crois.
Elisabeth : Qu'est-ce que tu peux être emporté... T'es un homme ou quoi?
Alexandre : J'aimerais bien t'y voir... Ca a l'air profond en plus.
Elisabeth : Essaie de l'autre côté sinon.
Alexandre : Avant, il faudrait peut-être que je me place mieux.
Elisabeth : Attends, je vais t'aider. A deux, on y verra plus clair.
Alexandre : Chevauche-moi alors.

A ce moment-là, Geneviève me donna un grand coup par derrière et j'ouvrais la porte sans réfléchir. Dans mon dos, j'imagine que tous les visages tentaient de voir la scène qui s'offrait à moi. Je ne savais pas vraiment comment réagir. Alexandre était à quatre pattes, la tête derrière les toilettes. Elisabeth semblait assise sur son dos. "Vous avez besoin d'aide?" demandai-je timidement. Le regard glacé d'Elisabeth me fit comprendre que non. Ils se dégagèrent. Elisabeth partit dans la grande salle. Je restais seul face à Alexandre.

Il me confia son secret. Il est capable de se brosser les dents avec deux brosses à la fois, avec des rythmes différents et des sens opposés. C'est son truc. Ca faisait rêver Elisabeth et parce qu'il ne faut pas tout donner tout de suite dans une relation, il ne lui avait jamais montré. Vu leur courte relation, il n'avait jamais pu lui montrer. Après, il était trop tard. En tentant l'expérience, sans trop comprendre pourquoi, une des brosse à dent lui a échappé des mains et est venu se coincer derrière les canalisations des toilettes. Quand nous sommes rentrés, c'était leur ultime chance de récupérer la brosse à dent discrètement. Je suis resté dubitatif sur ses explications. Mais, c'est quelqu'un de bien, je ne pourrais pas croire qu'il m'ait menti. Pas à ce moment-là.

Romook, décalage horaire dans la tête : deuxième sablier.
Tout est arrivé par la faute de Matoo, à cause de son billet Toothcrush.