A l'heure où je vous écris, je devrais dormir - ou veiller. En fait, avec le décalage horaire tout s'embrouille et la réalité se dilue dans une sorte de rêve semi-éveillé permanent. D'une préparation de cours à un dossier, d'un roman à un blog, toutes mes divagations reflètent une perte de repères temporels, un quotidien disparut à recréer.Le corps s'obstine à conserver ses mécanismes antérieurs alors que l'esprit lui ordonne de se soumettre à cette nouvelle réalité. Il n'y a pas là de conflit entre la Raison et la Passion, si communément enseigné, mais entre la vie d'un monde opposée à celle d'un autre.

Une part de moi continue son chemin en restant viscéralement attachée à cette ancienne position, diamétralement située de l'autre côté de la Terre. L'autre part tente de s'acclimater. Mon esprit se situe à la croisée de ces deux antagonismes et constate son incapacité à faire fusionner les deux en un temps relativement court. Il est 22h20 en France, il est 5h20 en Chine.J'ai dormi 4 heures, comme hier, comme probablement demain. Que peut-on faire contre ses veillées forcées qui tiennent l'esprit en haleine ? Tenir un blog : j'y suis :-)



Dans ma nuit blanche, je me contemple donc me contempler. Ma conscience n'est même pas agacée par l'un des néons de ma chambre, qui a décidé de ne veiller sur moi que par intermittence, avec un petit claquement irrégulier. Ce genre de détail m'horripile habituellement. Presqu'anesthésié par une brume de sommeil qui ne veut pas s'étendre, je subis sans subir, mes forces d'énervement étant probablement endormies.

Dans une heure, je devrais me lever pour préparer mon cours - c'est-à-dire le relire, afin d'éviter les mauvaises découvertes de dernière minute, lorsqu'on s'aperçoit qu'il manque deux pages en plein milieux d'un paragraphe technique sur l'exigibilité de la TVA. Aller se recoucher, pour ne pas dormir, n'a aucun sens. Rester debout en étant incapable de ne rien faire n'a pas beaucoup plus de sens.

L'expérience du va et vient du sens au non-sens me conduit à toucher la réalité sensible de l'être et du non-être. Je ne suis pas vraiment moi, écrasé par une fausse torpeur, tout en n'étant pas un autre, trop conscient de mon univers pour pouvoir me leurrer moi-même.

Romook, perdu, quelque part, entre jour et nuit