Au terme d'un voyage de 24h, je suis bien arrivé. Il m'aura donc fallu très exactement 24 heures de marche à pieds, train, d'avion, d'attente, d'avion, de voiture pour faire le trajet qui mène de mon appartement lillois à mon hôtel, dans le centre de la Chine, à Wuhan.

Pendant ce voyage, j'ai eu l'occasion de :

(i) faire découvrir le camembert et le crumble de pommes à deux chinois (mes deux voisins dans l'avion),
(ii) discuter du bouddhisme et de l'utilité des religions dans le monde,
(iii) raconter pourquoi j'allais en Chine et, bien sûr, pourquoi j'avais appris le chinois,
(iv) constater qu'en avion, ce ne sont pas mes chevilles qui enflent, mais bien les pieds (qui ne voulaient plus rentrer dans les chaussures : les bougres),
(v) lire les deux pièces de Bertolt Brecht "le procès de Jeanne d'Arc à Rouen, 1431" et "Coriolan",
(vi) écrabouiller l'ordinateur d'échecs d'Air-France, à son plus haut niveau (?!) par deux parties qui n'ont même pas suscitées l'envie de lui laisser une chance de se refaire dans une troisième partie,
(vii) boire un bloody mary,
(viii) discuter avec l'un des stewarts, très sympa d'ailleurs, et lui confirmer que le personnel Air-France est toujours d'une extraordinaire bonne humeur et que c'est toujours un plaisir que d'être dans l'avion,
(ix) aider un couple italien à se retrouver ensemble en expliquant à un chinois qu'en cédant sa place il permettrait à un couple de se retrouver (alors qu'il avait refusé catégoriquement avec l'hôtesse qui lui avait demandé gentiment en anglais),
(x) découvrir que le nombre "666" dans la culture chinoise signifie "sans problème, avec facilité" après avoir interrogé mon chauffeur à propos d'un restaurant qui s'appelait le "666"
(xi) être stupéfait par le fait que la fatigue aidant, lorsque je m'adresse à un français qui me parle en français alors que je suis en train de parler chinois, j'utilise la langue anglaise,
(xii) m'apercevoir que le personnel de l'hôtel est toujours aussi accueillant avec moi et que ça a l'air d'être vraiment sincère,
(xiii) j'ai vraiment une sale tête au bout de douze heures d'avion et que ça ne sert à rien de sourire aux femmes, elles n'ont aucun égard pour vous. Comme quoi, les femmes, elles aussi, jugent sur les apparences, quoi qu'elles en disent concernant les sentiments amoureux.

Tout ça pour vous dire que je suis bien arrivé, que ce court voyage (retour le 31 mars) s'annonce très éprouvant, que je suis parti en Chine avec des pieds de plomb à cause de la fatigue qui se profile, mais que quelques minutes après être effectivement en communication avec mes deux voisins chinois (de l'avion), j'étais déjà très heureux et que, pour le moment, je n'échangerai ma place pour rien au monde, sauf peut-être pour passer une nuit avoir le bonheur de rencontrer avec Nicole Kidman. De toute façon, je ne prends pas beaucoup de risque à écrire ça, personne ne me le proposera.

Romook, bien arrivé (enfin!)