Trois jours dans une ville où il a floconné un peu aujourd'hui. Trois jours qui passent vite, mais où les soirées paraissent interminables. La première fois que je suis venu, on m'avait dit que c'était une ville presque morte. 100 000 habitants environ, d'après les données démographiques, je me dis que ça doit bouger un peu (quand même). J'arrivais un dimanche soir dans l'hôtel et la ville était déserte. Je ne m'inquiétais pas outre mesure, Lille est beaucoup plus grande et reste très peu active le dimanche (disons que l'activité humaine se densifie dans certains quartiers et laisse place à beaucoup de vide dans d'autres habituellement plus animés).

Le lundi soir, après six heures de cours sur le droit anglais, je partais à la recherche d'un resto (resto du soir, espoir dit le proverbe). Je rencontrais alors des bars vides où, première fois que je voyais ça, des barmans était seul dans leur bar, sans musique. Pourquoi ouvrir dans de telles conditions? Mais bon, je m'étais vite ravisé : lundi soir, 19h30, pas trop de vie, c'était normal. Je rentrais alors dans une pizzeria, vide. L'ambiance était presque chaleureuse, sans musique, sans personne dans la salle hormis moi. Je me risquais à demander si c'était ouvert. "Vous êtes entré, non ?! Donc, ça doit être ouvert." Bonne ambiance.

Je ne m'attardais pas le repas terminé et rentrais vite dans le cocon de ma chambre d'hôtel. En passant à la réception, je me hasardé à une question qui, avec le recul, me paraît maintenant frisée l'outrecuidance la plus absolue : Il est où le quartier sympa dans la ville ? L'endroit où ça bouge un peu? La réponse fût sans appel : En semaine, il n'y a rien. Faut attendre vendredi. Encourageant.

Le lendemain, je prenais attache avec des personnes que je connaissais et qui étaient à une heure de route de là. Ca peut paraître loin (trois heures aller - retour), mais plutôt que d'avoir l'impression que vous êtes dans une ville où quand vous cherchez un resto, les habitants vous guettent derrière leur fenêtre et sont prêts à appeler la police car il y a un individu qui vagabonde dans les rues, seul, croyez-moi, ça occupe le temps - et vous passez en plus une bonne soirée.

Quatre ans plus tard, j'arrive à mieux organiser mon temps et j'ai repréré quelques restos sympa. Je prévois toujours des trucs à faire : j'ai le temps. Aujourd'hui, j'ai fait des blitz à l'heure du midi avec deux joueurs d'échecs rencontrés sur Facebook. C'était inattendu et super (en plus, y avait un ch'ti mi expatrié). Hier soir, j'étais chez un ami et on a déconné sur les femmes (normal, on était entre hommes). Ayant réservé mon hôtel trop tard, tous les hôtels étaient pleins. Résultat : j'ai une chambre familiale avec un lit "King Size". Un must, me direz-vous, quand on dort seul. Sauf quand il fait froid. C'est un autre débât.

Je suis allé dîner seul. Petit menu sympa avec mon bouquin sur les remedies. En entrée, je choisis la soupe à l'oignon. Mon ami me demande, via sms, si je vais bien. Je lui indique que mon repas prend une tournure solitaire. Comme dirait mon cousin, les oignons, c'est bien, mais ça fait péter. Ainsi, pour justifier ma solitude de manière gombrowiczéenne, je me décide à manger quelque chose qui me met dans une situation telle que je ne pourrai pas être en société. Ainsi, je péterai seul, en solitaire, sans mauvaise conscience.

Mon ami me répond que j'ai bien raison de vouloir tester l'acoustique de ma grande chambre. Je lui rétorque tout aussi net qu'il s'agit également d'en éprouver les distances. On a beau être le producteur des effluves malodorantes, on n'en reste pas moins un être qui peut souffrir de ces incommodités. Ainsi, je rentabiliserai le King size en voyageant d'un bord à l'autre en espérant que le méthane ne m'endorme pas à tout jamais.

Romook, un masque à gaz à la main (pour le moment)