C'est un homme au physique tranquille, plein de bonhomie. Son air parfois sévère - et ces remarques qu'il sait rendre acerbes - n'est rien d'autre que son amour de l'autre et sa peur de n'être pas compris. Il frappe vite au coeur de son adversaire pour éviter d'être lui-même désarçonné. Il camoufle sous des airs parfois bourrus une profonde sensibilité. Kai Ye est un artiste. Toutefois, il n'a pas encore trouvé le chemin qui mène à lui-même : non pas que ce soit inaccessible, mais plutôt par ce qu'il n'a pas pris conscience qu'il est déjà sur ce chemin et croit encore qu'il faut aller le chercher ailleurs. Il touche du bout du doigt tout ce qu'il lui permettrait d'être ce "lui-même" qu'il voudrait être. Bref.

C'est aussi un humaniste, comme on en faisait au XVIIIème siècle, qui traverse le XXIème siècle en se demandant pourquoi les gens trouvent étrange de s'intéresser à plusieurs choses différentes, pourquoi les gens regardent avec suspicion quelqu'un qui n'a pas de fil conducteur apparent dans sa vie, pourquoi les gens sont aveugles alors qu'ils pensent avoir un oeil d'aigle, prenant pour maxime " la première impression est la bonne." Deux autres de ses interrogations : pourquoi faut-il avoir un bon "job"? Pourquoi faut-il avoir des enfants? C'est donc mon ami.

Pour conclure sur cet homme incompris dont l'intelligence et la sensibilité sont au-delà de l'entendement de ceux qui le "critiquent", je vous donnerais une image. Kai Ye est sur son vélo rose, une épée chinoise en bandoulière, en chantant "I'm a poor lonesome cow boy..." avançant droit vers le soleil couchant parce que les gens disent qu'il y a quelque chose d'intéressant à voir du côté où le soleil se lève...

Romook, coup de blues