Romook, ectoplasme bloguique

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jeudi 24 janvier 2008

KaiYe - Larry

C'est un homme au physique tranquille, plein de bonhomie. Son air parfois sévère - et ces remarques qu'il sait rendre acerbes - n'est rien d'autre que son amour de l'autre et sa peur de n'être pas compris. Il frappe vite au coeur de son adversaire pour éviter d'être lui-même désarçonné. Il camoufle sous des airs parfois bourrus une profonde sensibilité. Kai Ye est un artiste. Toutefois, il n'a pas encore trouvé le chemin qui mène à lui-même : non pas que ce soit inaccessible, mais plutôt par ce qu'il n'a pas pris conscience qu'il est déjà sur ce chemin et croit encore qu'il faut aller le chercher ailleurs. Il touche du bout du doigt tout ce qu'il lui permettrait d'être ce "lui-même" qu'il voudrait être. Bref.

C'est aussi un humaniste, comme on en faisait au XVIIIème siècle, qui traverse le XXIème siècle en se demandant pourquoi les gens trouvent étrange de s'intéresser à plusieurs choses différentes, pourquoi les gens regardent avec suspicion quelqu'un qui n'a pas de fil conducteur apparent dans sa vie, pourquoi les gens sont aveugles alors qu'ils pensent avoir un oeil d'aigle, prenant pour maxime " la première impression est la bonne." Deux autres de ses interrogations : pourquoi faut-il avoir un bon "job"? Pourquoi faut-il avoir des enfants? C'est donc mon ami.

Pour conclure sur cet homme incompris dont l'intelligence et la sensibilité sont au-delà de l'entendement de ceux qui le "critiquent", je vous donnerais une image. Kai Ye est sur son vélo rose, une épée chinoise en bandoulière, en chantant "I'm a poor lonesome cow boy..." avançant droit vers le soleil couchant parce que les gens disent qu'il y a quelque chose d'intéressant à voir du côté où le soleil se lève...

Romook, coup de blues

lundi 21 janvier 2008

Demain, nulle part dans le monde

Une fois n'est pas coutume, je vais vous annoncer un changement dans ma vie personnelle. D'une part, parce que ce changement est automatique et je ne peux pas lutter contre l'inéluctable, je serai donc humble devant l'évènement : une fois n'est pas coutume. D'autre part, cette situation met fin à une période d'une année assez difficile sur le plan psychologique parce que ça ne tombait pas rond.

J'en vois déjà qui froncent les sourcils... Oui, oui, j'ai bien écrit "qui ne tombait pas rond". Le seul moyen pour que ça ne tombe pas rond, et bien c'est que ce soit un nombre premier... Voilà, vous commencez à comprendre? Je dois développer plus en détail ? Ok, je continue. Il y a à peu près un an, je passais d'un état de calme, de tranquilité et de sérénité à un nouvel état fait de "rien". Oui, car c'est que m'a fait la quasi-totalité de l'année 2007 puisque je n'ai jamais réussi à trouver correctement, du premier coup, la réponse à "quel âge as-tu?".

L'année dernière, j'ai eu 31 ans. Pendant un an, j'ai trouvé que cet âge n'avait pas d'allure. Quand on répond "j'ai 30 ans" et bien, dans le regards des autres, on débute la trentaine, on est installé dans la vie (plus ou moins). Bref, pas mal de rêve ne se réaliseront plus : on commence à être "réaliste et responsable" (c'est-à-dire que l'on adopte le pessimisme raisonnable des adultes qui n'ont plus vraiment envie que les choses changent car ils se sont installés dans leurs habitudes...). Dès lors, on inspire beaucoup plus le respect à ses aînés. En effet, à la différence d'eux, il y a encore l'espoir de réaliser une brillante carrière.

Mais, quand on a 31 ans, ce n'est pas pareil. Ca n'inspire rien à personne. Ni aux femmes, ni aux hommes. 31 ans, c'est l'âge fantôme. Celui où on a tout dit sur le jeune trentenaire de l'année précédente, mais qui n'est finalement pas assez installé dans la trentaine pour pouvoir être vraiment respectable. Bref, 31 ans, comme dirait ma grand-mère, "ça ne ressemble à rien."

J'oserai sur ce point la contredire, car s'il est un âge qui ressemble également à rien, c'est celui de 13 ans. Curieusement, il s'agit également d'un nombre premier. Plus étonnant encore, il est composé des mêmes chiffres que 31, à savoir 1 et 3 (He! Romook, faut pas prendre tes lecteurs pour des débiles!). Je pose donc le postulat suivant : "tout âge qui correspond à un nombre premier ne ressemble à rien." Vous connaissez ma pugnacité en matière de démonstration, nous allons donc essayer de démontrer ce postulat.

Tout d'abord, il faut agir avec méthode - l'épistémologie, la science noble de toutes les sciences, nous enseigne qu'il faut construire ses hypothèses de travail avec soins - le lecteur, tout à la fois attentif et soucieux de l'objectivité de ma proposition, aura d'emblée relevé que le postulat pourrait se formuler de la manière suivante : "tout âge composé des chiffres 1 et 3 ne ressemble à rien." Or, il n'y a que les âges de 13 ans, 31 ans, 113 ans et 131 ans qui sont visés. La catégorie est toute petite (dans un souci de simplication, contestable j'en ai bien conscience, on négligera les forces temporelles agissantes sur la personne au delà de 131 ans). Et surtout, il existe l'âge de 113 ans qui est très respectable.

On se limitera à étudier (délimitation du champ de recherche, méthode de l'entonnoir) les nombres qui correspondent à cette double limite : l'âge de 100 ans que l'on prendra comme limite acceptable et le fait que ce soit un nombre premier. Par ailleurs, on ne tiendra pas compte du sexe de la personne pour éviter de prendre en considération les résultats du Docteur Karen Weatherby qui ont permis de mettre en évidence le fait qu'un homme qui regarde la poitrine des femmes pendant trente minutes par jour (si elles sont bien garnies a priori) allongerait son espérance de vie (il s'agit d'une force négligeable). D'ailleurs, cette étude m'inquiète car je suis plutôt attirer par les fesses que je regarde régulièrement et

Ainsi, les nombres à considérer correspondent à cette liste :

2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47, 53, 59, 61, 67, 71, 73, 79, 83, 89, 97

On peut adopter un raisonnement par récurrence. Les conditions du raisonnement par récurrence sont, je le rappelle, tout d'abord, avoir un raisonnement sur une proposition. C'est bien le cas en l'espère. Ensuite, il faut qu'elle soit vraie pour l'entier le plus petit. Enfin, il faut démontrer que si on a une proposition vraie contenant un des entiers, automatiquement, par un raisonnement, on aboutit à la conclusion qu'elle est également vraie également pour l'entier suivant (méthode de l'induction, on parle aussi de raisonnement héréditaire). Dans ces conditions, le raisonnement est valable pour tous les entiers et tout est démontré. Allons-y.

2 est un nombre premier. Est-ce que cet âge-là ressemble à rien ?

Il paraît indéniable que, du strict point de vue psychologique de l'enfant, la notion du temps n'étant pas parfaitement établie, il n'a pas conscience de ce que signifie avoir deux ans plutôt que quatre ou huit. Pour les parents, maintenant, qu'en est-il? Un enfant de deux ans a-t-il un poid supérieur dans leur coeur plutôt que s'il en avait dix ou vingt ans : assurément non! L'amour est un sentiment qui ne se réduit pas à l'âge et, de ce fait, 2 ans ne représentent pas plus, ou moins, d'amour que trois ou quatre dans les yeux des parents (en amour, on ne compte pas). Qu'en est-il du reste de la société ? Cette dernière diverge dans son appréciation puisqu'elle utilise à la fois l'expression 24 mois et celle de deux ans. Etant imprécise quant à la dénomination qu'elle entend utiliser, c'est bien la preuve qu'elle n'en a rien à faire. De tout ce qui précède, il paraît évident d'affirmer que pour le nombre premier 2, la proposition est vraie.

Plus difficile maintenant, il faut prouver que l'on avait un nombre premier (comme âge) qui, par hypothèse ne ressemblait à rien, entraîne automatiquement que l'âge (en nombre premier) suivant ne ressemble à rien lui aussi.

Tout d'abord, il faut remarquer que l'année pendant laquelle il y a un âge "sans goût, sans saveur", qui ne fait frémir personne, et rapidement suivi d'un âge qui va être respecté par soi ou par les tiers. J'en vois quelques enfants terribles qui me disent qu'il y a un contre-exemple... Mais non, dans le cas du passage de 2 à 3 ans, l'âge psychologique de l'enfant ne change rien et ce n'est qu'à quatre ans qu'il va commencer à exprimer sa satisfaction d'être grand ou petit par rapport aux autres, ce qui correspond très exactement à un âge qui ressemble à quelque chose. Ainsi, il paraît clair qu'entre deux âges qui ne ressemblent à rien, il existe toujours une période pendant laquelle les choses ont psychologiquement un poid que ce soit chez les uns ou chez les autres. Dans ces conditions, comment expliquer le craquement psychologique relatif à des nombres?

Tout d'abord notre système métrique basé sur le nombre dix en est responsable. En effet, avoir treize ans en base treize serait un grand moment puisqu'il correspondrait au passage de la dizaine dans notre système métrique. Comme quoi, tout est relatif... Par ailleurs, certains nombres correspondent à des étapes de la vie (14/15/16 ans : perte de la virginité, premier grand amour et autres trucs importants, 18 ans : majorité, 25 ans : Sainte Catherine...). Bref, tout autant de choses qui font que les moments sont vécus plus intensément dès lors que l'on se rapproche d'un âge où il va se passer quelque chose.

On peut donc en déduire que s'il existe bien une période pendant laquelle il se passe quelque chose dans la vie, entre deux âges en nombre premier, il faut bien qu'il y ait des temps de relaxation psychologique. Or, les nombres premiers sont des nombres sur lesquels on travaille peu, à moins de faire une carrière mathématique spécialisée dans ce domaine, ils constituent donc un choix idéal pour l'esprit qui, pour une fois, se retrouve dans un territoire numérique quasi-inconnu.

En conséquence, si un âge en nombre premier est bien un état de repos psychologique qui se traduit par un vague sentiment d'inutilité et de non-représentation, il apparaît clairement au vu de ce qui précède que l'âge immédiatement suivant en nombre premier induit le même sentiment.

De là, on peut en déduire que le postulat "tout âge qui correspond à un nombre premier ne ressemble à rien." étant vraie pour n=2 et que la proposition vraie pour n entraîne le fait que la proposition est vraie pour n' (n' étant le nombre qui suit immédiatement n dans la liste de notre champ de recherche), alors cette proposition est vraie pour tout nombre appartenant à la liste 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47, 53, 59, 61, 67, 71, 73, 79, 83, 89, 97.

CQFD.

Ainsi, il s'agit d'un théorème, démontré par récurrence. Reformulons le, "Pour tout âge inférieur à 100 ans, tout âge qui correspond à un nombre premier ne ressemble à rien." J'appelerai ce théorème, le théorème de Romook.

Pour qu'un théorème soit intéressant, il faut qu'il y ait des répercussions. Je propose donc qu'une loi soit passée pour qu'il y ait une prise en charge psychologique, remboursée par la Sécurité Sociale, pour toutes les personnes qui passeront le cap difficile de ces âges-là. Vous constaterez que j'oeuvre dans un état d'esprit désintéressé puisque demain, j'aurais 32 ans. Je serai installé dans la trentaine. Rien à voir avec l'âge de 31 ans.

Inutile de me demander de garder les pieds sur terre, demain ce ne sera pas possible. En effet, demain mon avion décollera de Beijing et arrivera en France vers 17h00 environ (heure française). Je passerai donc la majeure partie du temps les jambes et la tête en l'air, nulle part dans le monde. Je traverserai successivement les pays de Chine, Mongolie, Russie, Pologne, Allemagne, Belgique et le Nord-pas de calais avant d'atterrir à Paris. Quand on me demandera "où étais-tu pour ton anniversaire ? Je répondrai indifféremment : en transit ou nulle part, ce qui correspondra à la très exacte réalité des choses. C'est un privilège magnifique que j'ai là.

J'espère qu'Air France va me faire cadeau d'ailleurs, à l'occasion de mon anniversaire, de mon excédent de bagage.

Romook, bientôt sorti du tunnel

mercredi 16 janvier 2008

Paie ta facture et tais-toi!

Imaginons une situation tout à fait abracadabrantesque : un homme en Chine. Il doit payer sa facture d'un opérateur téléphonique coloré (je ne veux citer personne). Question : au bout de combien de temps et de combien de numéros pourra-t-il payer sa facture, sachant qu'il est munis d'une carte bleue, du montant et du numéro de la facture, ainsi que de tous les éléments relatifs à son état civil ?







Allez, on réfléchit (oui, je sais, il y a des équations du second degré à résoudre, j'ai jamais dit que ce serait facile...)






Attention : il faut bien prendre en compte que c'est un client qui VEUT payer sa facture...





Service facturation par téléphone : le 0892699114 n'est pas accessible de chine... 16h02.

Je décide de prendre en main ma vie, je tape "opérateur colorée" dans les pages jaunes et j'obtiens le 0800830800. Bougez pas, j'appelle.

Bonjour, bienvenue chez un opérateur colorée, vous n'êtes pas client chez notre opérateur colorée et vous désirez ouvrir un nouveau compte, faites le 1... vous n'êtes pas client chez notre opérateur colorée et vous désirez commander un i-phone, faites le 2...etc... Plusieurs tentatives pour être sûr qu'il n'y a pas de solution... A un moment, sûrement une erreur du serveur vocal, j'obtiens un opérateur (très sympa), il me donne la solution : le 0825000706. 16h31

Je fais le numéro... Bienvenue chez un opérateur colorée, appuyez sur *... Si vous désirez des renseignements sur votre facture, faites le 1... Si vous désirez des renseignements sur nos offres commerciales, faîtes le 2, si vous désirez ouvrir un compte mobicarte, faites le 3... Pour réécouter ce message faîtes le 8...

?

Dans le doute, je fais le 2... J'obtiens une personne : je ne suis pas dans le bon service, il faut appeler le 0800101459... 16h37

Bienvenue chez un opérateur colorée, appuyez sur *... Si vous désirez des renseignements sur votre facture, faites le 1... Si vous désirez des renseignements sur nos offres commerciales, faîtes le 2, etc... Je choisis directement une option où on va me vendre des services (souvent ça répond plus vite et les gens sont plus sympas)... il faut rappeler le 0800101659... 16h46

Bienvenue chez un opérateur colorée - service professionnel, appuyez sur *... Si vous désirez des renseignements sur votre facture, faites le 1... Si vous désirez des renseignements sur nos offres commerciales, faîtes le 2, etc... Même stratégie qu'auparavant, je choisis l'option "une personne vivante a le droit de communiquer avec moi" : ça ne fait que 50 minutes que je suis en communication avec des ordinateurs, je suis hilare et, à chaque fois (je veux dire à chaque nouveau numéro), je crois que le personnel de l'hôtel va venir dans la chambre en me disant que c'était une caméra cachée...

Là, on me rassure, ce sera mon dernier numéro. Le service facturation est débordé, même en interne, ils ne peuvent pas me le passer : mais on me confirme que le numéro n'est effectivement peut-être pas accessible de Chine...

Conclusion : je ne peux pas payer ma facture. Je ne serai pas rentré de Chine avant mardi, soit une semaine après la date limite de paiement de la facture. Comme on vient de la recevoir en France (le jour de la date limite de paiement, il doit y avoir un problème dans le schmilblick). Au moins, on m'a sauvé des griffes de la ligne restreinte en "protégeant ma ligne" jusqu'à mon retour, merci à Caroline du service clientèle qui a su prendre en compte ma détresse du fin fond de la Chine enneigée. 17h02

Donc il faut au total 5 numéros de téléphone, une heure de patience pour ne pas pouvoir payer sa facture de téléphone. Pour 2008, promis, Ô grand opérateur colorée, j'opte pour le prélèvement automatique dès que j'ai changé de banque (c'est à dire dès que j'arrive en France).

Romook, les fous sont lâchés, Bidochon, Tome 9

dimanche 13 janvier 2008

La minute culturelle : l'interprétation de la musique chinoise

Constatant que mon billet sur le ErHu a totalement déchaîné les foules, j'en profite - dans un vilain esprit de rentabilité capitalistique en termes de retombées médiatiques potentielles - pour vous donner quelques informations complémentaires sur la musique chinoise.

Tout d'abord, lorsque l'on fait écouter de la musique classique (notre musique classique) à un chinois, sa réaction (sauf exception encore jamais rencontrée) est une totale insensibilité. Oui, oui : une totale insensibilité. Pourquoi ? Parce qu'il ne comprend pas notre musique donc il ne sait pas s'il aime ou non. Il ne comprend pas... Dans notre raisonnement purement occidental, on se demande comment on peut comprendre ou non la musique, puisqu'a priori, il suffit d'avoir des oreilles pour entendre et donc apprécier... Et bien non car le fondement musical n'est pas le même.

Apparté : Eh! Les malins au fond qui croient avoir compris, on se calme, vous faîtes fausse route : il ne s'agit pas du problème de la différence entre notre système harmonique tonal et celui de la gamme pentatonique (qui utilise aussi notre système tonal)... Ce serait trop simple si c'était aussi évident.

Un chinois n'écoute pas seulement la musique avec ses oreilles mais aussi avec son esprit. Chaque musique porte le nom d'un conte et raconte cette histoire musicalement, même pour les versions uniquement instrumentales. Je vous ai ainsi donné deux versions différentes de deux "morceaux de musique - conte" identiques.

Le premier conte s'appelle "Zhao Jun Chu Sai (昭君出赛)", c'est-à-dire "la dame Zhao Jun Chu". Voici donc deux morceaux de musique qu'un chinois reconnaîtrait comme identique. Ca s'appelle le décalage culturel. Je vous laisse savourer.

La première interprétation utilise le ErHu comme instrument solo :



L'histoire se passe, il y a très longtemps, dans la Chine ancienne. A cette époque, les provinces chinoises n'étaient pas encore un tout unifié et les combats entre les peuples étaient courants et meurtriers. C'était une époque sanglante où la guerre était le quotidien. Un peuple, appelé Xiong Lu, combattait avec violence le peuple Han (l'ethnie qui a pris le pouvoir ces derniers siècles et qui continue à "régner" aujourd'hui, 98% de la population chinoise sont des hans). A cette époque, une femme d'une beauté exceptionnelle était née en territoire Han, mais ses origines appartenaient au peuple Xiong Lu. Son nom était Zhao jun chu. Sa rare beauté la fit entrer au service du Roi des Han. Elle se fit rapidement remarquer, notamment par un courtisan qui désirait la prendre comme épouse. Une histoire d'amour débuta entre les deux.

En cette période troublée, le roi Han, qui en avait assez de ces combats perpétuels, proposa de prendre une femme dans l'ethnie des Xiong Lu, pour apaiser les tensions. Les princesses du peuple Xiong Lu, qui étaient très fères, refusèrent toutes d'aller se marier avec le prince des Han. Il décida alors de proposer aux femmes de son royaume d'aller se marier avec le prince de ce peuple. Il fut décidé que seules les plus belles pourraient y aller. Zhao jun chu, qui était très remarquée à la cour du roi à cause de son extraordinaire beauté, se présenta pour devenir la princesse. Elle renonça à l'amour de l'homme qui voulait l'épouser pour faire profiter sa province d'une paix diplomatiquement arrangée par un mariage. La paix s'installa alors entre les deux peuples pendant plus de cinquante ans.

Comme vous le constatez, chers lecteurs, cette histoire peut à la fois être perçue comme très triste (renoncement à un amour) comme de manière très gaie (les combats cessent et la paix s'installe). Ceci explique notamment les différences musicales que l'on entend dans les deux interprétations.

La seconde interprétation utilise un instrument qui s'appelle "pipa", c'est-à-dire une sorte de luth chinois.

Le second morceau s'appelle "Ping hu qiu yue (平湖秋月)", c'est-à-dire "Lune d'automne sur un lac paisible". Cette fois, il ne s'agit pas vraiment d'une histoire, mais d'une image qui est décrite par la musique. Tout est dans le titre ;-) Il faut ajouter que si le thème musical peut être repris d'un même conte (ou image) à un (une) autre, il s'agit de musique traditionnelle tout de même. Le thème musical n'est pas vraiment fixé et a subit des variations au fil du temps et des interprètes, chacun y apportant sa petite graine à l'édifice. Ainsi, aujourd'hui, il existe à peut près autant de versions de chaque morceaux qu'il n'y a d'interprète. Il n'y a pas vraiment de transciption écrite de cette musique. Si elle existe, elle doit se comprendre comme une transcription équivalente à celle qui correspond à la musique baroque et des périodes précédentes (en dehors de la polyphonie flamande qui, elle, était rédigée avec précision, enfin je m'égare). Pour expliquer les choses correctement, il faudrait faire un parallèle avec la calligraphie. Je vous laisse lire mon écrit sur la question.

La première interprétation est réalisée par un ensemble instrumental avec une flûte appelée "Dizi".


Je tiens à préciser que d'après les recherches faites en musicologie, les chinois auraient trouvé notre système tonal (tel qu'existant depuis Bach, 1650 environ) bien avant nous. Ils auraient trouvé que ce n'était pas très mélodieux et ne l'auraient pas adopté de ce fait. Une autre raison me semble probable - mais c'est mon avis personnel - le chiffre 5 porte une signification particulière en chine où l'on parle des cinq sens, cinq couleurs, cinq sons... La symbolique a toujours été très présente dans l'histoire de la Chine. Le côté ésotérique des objets, des couleurs et des mots se retrouve partout en Chine, encore aujourd'hui.

Une autre exemple de non-universalité des choses est la couleur rouge qui correspond en Chine à la couleur du bonheur, de la joie et de la prospérité. Or, chez nous, elle correspond à la couleur de Satan, et partant de là, est devenue la couleur de l'interdiction. En Chine, il n'est pas imaginable qu'une femme se marie dans une couleur autre que la couleur rouge dans un mariage traditionnel (le blanc est tradionnellement considérée comme la couleur de la mort, la robe blanche de Ségolène avait d'ailleurs donné lieu à de vives critiques en tant que faute de goût diplomatique de sa part lorsqu'elle était venue en Chine). En revanche, dans la religion chrétienne, l'utilisation du rouge dans une cérémonie religieuse serait considérée comme un blasphème (quoique les époques changent). Ainsi, l'utilisation de la couleur rouge pour la signalisation routière, norme internationale, est perçue différemment ici. Enfin, disons que les chinois doivent s'adapter, ce n'est qu'une convention après tout. Convention culturelle, fallait-il le préciser.

La seconde interprétation musicale est réalisée avec un instrument appelé "GaoHu", qui doit sûrement être une flute avec un piston dedans.

Ainsi, toute musique, pour un chinois, raconte une histoire, a un sens... Rien à voir avec nos symphonies qui ne veulent rien dire et qui n'ont été écrites que dans le but d'être jolies. Mais, allez expliquez à un chinois qu'il doit écouter abstraitement la musique, sans référence à une histoire : et bien, il perd tellement ses repères qu'il est incapable de dire si la musique est agréable ou non. En fait, la notion de sentiment comme cause abstraite d'un comportement est aussi une donnée culturelle. Ici, on ne parle pas de Freund, ni de quoi que ce soit d'autres. Tout ça fait partie d'une culture occidentale où l'optique est la domestication de notre environnement. La psychologie n'existe pas telle que nous la concevons ici. A la place, on va chez l'acuponcteur qui rééquilibre nos énergies. Ainsi, la musique ne s'exprime pas en sentiment, catégorie abstraite psychologique susceptible dedescription, mais en ressenti face à une situation. Ca ressemble à des sentiments, mais la démarche est totalement différente. C'est un peu le même problème, pour nous, avec la peinture figurative ou abstraite, en fonction de notre culture graphique. Les difficultés sont du même ordre.

Ainsi, "la nuit transfigurée" de Schöenberg touche tout de suite un chinois (puisqu'il y a une histoire) alors que "la petite musique de nuit" de Mozart le laisse de marbre (musique qui ne veut rien dire). Ca s'appelle aussi le décalage culturel. Mais dans l'autre sens cette fois. On fait moins le malin avec l'universalité des sentiments musicaux, hein? ;-)

Romook, pas facile la musique chinoise...
PS : Pour ceux qui sont intéressés,j'avais déjà fait un billet où je développe cette question de la musique (entre autres).

samedi 12 janvier 2008

La minute culturelle : ErHu, instrument de musique chinois

Puisque je n'ai pas toujours pas beaucoup de temps pour écrire ce que je voudrais, je tiens quand même à vous informer que j'ai croisé un magasin de musique. Etant un ancien musicien à la retraite (comment est-ce seulement possible? N'est-ce pas un état, une qualité, que l'on conserve que l'on soit actif ou passif?), je suis évidemment intéressé...

Je vous avais déjà présenté le GuZheng qui est mon instrument préféré de la musique chinoise traditionnelle. Attention au terme employé "traditionnel" qui ne signifie pas pour autant "populaire". Le Guzheng est un instrument ancien qui était réservé à une classe d'élite. Lorsque j'étudiais le chinois à Beijing, j'avais en projet d'étudier cet instrument. Malheureusement, le problème de la langue, le manque de temps et l'absence de connaissance des caractères chinois m'avaient fait abandonné (mettre en veille?) ce projet... Je pénètre dans ce magasin et découvre que le prix de cet instrument est tout à fait abordable (450 euros pour les instruments de concert!). Je me renseigne un peu, il y a des cours et le transport par avion se fait sans souci a priori. Si je reste ici au mois de mai pendant plus de trois semaines, il est probable que je revienne avec cet instrument en France dans les bagages, après avoir pris de nombreuses heures de cours (on peut rêver...).

Juste à côté, dans le magasin, je vois un ErHu (musique que vous écoutez normalement en ce moment). Il s'agit d'un instrument à corde frottée avec deux cordes. A l'origine, c'était un instrument d'accompagnement. Il est devenu assez récemment, il y a environ une centaine d'année, un instrument solo.



Cet instrument a une sonorité que j'aime beaucoup. Demain, je vais prendre un cours de cet instrument, histoire de m'y tâter un peu. A Beijing, j'avais également envie d'apprendre. Toutefois, les seuls que j'avais vus étaient des instruments vendus au touriste qui n'avaient que peu de chose à voir avec les sonorités que produit cet instrument.



Peut-être que ce nouvel instrument va me redonner le goût de la composition musicale.

Affaire à suivre...

Romook

vendredi 11 janvier 2008

Trees

One of my reader asks me to help her to do something : find some pictures of trees to put in her work. Ania She told me some of my pictures are very nice, so, if I've no time to write something, I could show some pictures... So, have a look.



Greenwich Park, London.



Zhongshan park, Beijing.



Zhongshan park, Beijing.

Romook, no time to write...

jeudi 10 janvier 2008

Grosse fatigue

Me voici arrivé sur ma terre d'accueil, la Chine, depuis presqu'une semaine. Je suis épuisé. Physiquement, on s'entend. Chaque matin, je trouve la force et l'énergie pour donner mon cours. Quand midi arrive, je n'ai qu'une envie: aller dormir. Bien sûr, le décalage horaire de sept heures avec la France y est pour quelque chose. Mais, surtout, c'est parce que je conserve le même rythme professionnel qu'en France. Je ne suis pas en Chine en vacances, loin s'en faut. En fait, je fais la même chose qu'en France, ce à quoi s'ajoute trois heures de cours par jour et le temps de préparation, qui se case entre 0h et 5h du matin, heure française...

Je n'arrive pas à me reposer, ni à dégager du temps pour faire quoique ce soit. De plus, je dois ajouter cette difficulté supplémentaire de parler chinois. En soi, c'est un plaisir. Mais c'est aussi une fatigue qui vient en plus... L'effort de concentration, rechercher les mots oubliés, les expressions, retrouver le bon accent, essayer d'avoir de l'humour, etc... Tout ça est très difficile.

Quand il est 19h00 en France, il est 2h00 du matin ici. Ma ligne professionnelle a un renvoi sur mon portable français (que je garde allumer en Chine). Evidement, ça sonne plutôt en fin de soirée (française). Ca casse ma nuit... Donc, je sais quoi écrire pour "Le vieux libraire", le XII est en cours de rédaction, mais la fatigue rend l'écriture pauvre, sans relief. Hors de question que je vous donne quelque chose qui relâcherait la tension de ce texte. J'attends des jours meilleurs pour rédiger correctement, quelque chose de bon.

Ceci explique aussi pourquoi je ne suis pas très loquace alors qu'habituellement, en Chine, j'ai plutôt une poussée de blogorrée. J'ai une centaine de copies à corriger, un examen de rattrapage à fabriquer, un cours sur l'arbitrage international et le droit des contrats français à préparer en anglais. Rien de tout ça n'a pas été débuté car les impératifs professionnels en provenance de la France et de mes cours chinois (que je n'ai bien sûr pas eu le temps de préparer entièrement lorsque j'étais en France) me prennent mon temps libre au fur et à mesure qu'il apparaît. Ce week-end, j'espère bien réussir à me reposer un peu et trouver l'énergie pour tordre le coup à ses quelques dossiers en suspens(et d'autres amenés avec moi dans ma valise).

Hormis ces désagréments matériels, le moral est bon : je suis en Chine. C'est très agréable. Je me suis aperçu que plusieurs membres du personnel m'attendaient dans l'hôtel et guettaient ma venue. Je crois que je suis un peu un phénomène de foire ici. Je suis le seul étranger avec lequel ils peuvent réellement communiquer car ils ne sont pas obligés d'utiliser la langue anglaise. Tant mieux, je ne viens pas en Chine pour parler anglais. Une des serveuses du bar, qui fait d'aileurs un très bon bloody mary, m'a invité à son mariage le 26 janvier. Dommage, je ne mangerai pas les "xi tang", bonbons de la joie et du bonheur, je serai déjà rentré en France lorsqu'elle s'engagera. Avis à la population : Tu Ni Ni se marie, une jolie femme de moins disponible sur terre.

Romook, sur les rotules...

mardi 8 janvier 2008

Le vieux Libraire (XI)

Le premier épisode...

Arrivée à l'aéroport, le vague à l'âme se fit plus intense encore. Partir, ce n'était pas ce qu'elle désirait. Elle voulait rester. Mais elle sentait que la vie l'avait mise sur des rails et que le train poursuivait inexorablement sa route. Dans tous les cas, elle ne pouvait pas demeurer ici alors que toute sa vie l'attendait à Paris. Il fallait être raisonnable: elle avait écrit la lettre. S'il l'avait déjà lu, peut-être qu'elle ne pourrait même pas revenir vers lui... Il y a des mots, des phrases qu'on ne peut prononcer impunément sans conséquence. Sa lettre était un papillon qui pouvait entraîner la fin de ce qu'elle venait de vivre. "Les théories physiques, qui expliquent l'univers, expliquent aussi la vie en définitive.", pensa-t-elle.

Le taxi venait de se garer dans la rue. Il se sentait oppressé. Il rentra rapidement chez lui. Il alluma les lumières. Son appartement était vide. Le désespoir le gagnait. Il avait mal au ventre. Il posa la lettre sur son bureau, comme il faisait machinalement avec les dossiers qu'il ramenait le soir du laboratoire. Il se fit un thé. L'eau commençait à chauffer. La question l'attendait. C'était la première fois qu'une femme lui écrivait. C'était la première fois qu'il connaissait une appréhension à l'égard d'une lettre. Quelle étrange sensation que celle de ne pas savoir alors que les choses sont écrites... Le chemin de la vie a été fixé par autrui. Il est définitif. Et pourtant, tant qu'on ne le connaît pas, on reste dans sa propre voie. Il ne ressentait aucune impatience à lire la lettre.

Ses collègues échangeaient leurs impressions sur la Chine. Le salon de thé surplombait l'entrée en zone internationale. Elle ne participait pas à leur conversation. Elle faisait semblant d'écouter, poliment. Elle se laissait absorber par le flot initerrompu de voyageurs qui partaient à l'étranger. Jamais elle n'avait ressenti de douleur aussi vive. Elle sentait qu'elle s'éveillait à une conscience nouvelle de ce qu'était l'amour. Elle avait toujours fait fausse route. L'amour n'était pas qu'une pulsion sexuelle plus forte qu'une autre. Sa poitrine semblait prête à exploser. Elle ne pouvait prononcer aucune parole sans risquer d'éclater en pleurs. Elle voulait se lever et hurler au monde son désespoir. Elle brûlait de crier sa rage. Tous se trompaient, personne ne connaissait vraiment la vie... Ses prunelles étaient enflammées. Elle restait assise, impassible.

L'eau frémissait. Il était temps. Il se rendit dans sa cuisine. Il coupa le feu. Il versa l'eau dans la théière. Puis, il vida cette dernière dans la casserole. Il jeta une poignée de feuilles de thé dans le fond de la théière. Il prit la casserole et versa juste un filet d'eau suffisant pour mouiller les feuilles et leur permettre de se déplier. Il aimait voir les feuilles se dérouler, s'étendre, prendre leur aise dans la théière. Pour la première fois, il trouva ce moment érotique. Ces feuilles semblaient s'étirer lascivement comme Thérèse dans le lit. Il sourit à cette pensée. L'eau commençait à se troubler de la couleur verte du thé. Il versa le reste de la casserole dans la théière. Il ne restait plus qu'à attendre trois minutes.

"Tu ne m'as pas raconté comment ça s'est passé avec ton ami?" Thérèse tourna la tête. Elle était totalement absourdie. Elle avait complètement oublié qu'elle en avait parlé à son collègue. Rien n'allait plus. La situation allait être encore plus difficile à gérer.

"Oh rien. On ne s'est pas vu finalement.

- Ah?! Il n'était pas disponible ?

- Oui.

- D'une certaine manière, ça tombe bien. Sinon, tu aurais été débordée...

- Pourquoi tu dis ça?

- A cause de tes affaires urgentes...

- Ah oui. Finalement, ça s'est bien arrangé du coup. De toute façon, on n'avait probablement plus rien à se dire."

Sa voix s'était cassée, les larmes venaient. Elle tourna la tête. Son collègue reprit la discussion avec les autres personnes. De temps à autre, son collègue la regardait, avec un sourire tout à la fois complice et compréhensif. Elle n'arriverait pas à garder ça pour elle. Mais elle ne pouvait pas en parler à son collègue. C'était un homme simple, vivant dans son univers scientifique, comme Jean, la sensibilité en moins. Il n'avait personne dans sa vie. Il ne dégageait aucun charme particulier. Leur rapport n'avait été que professionnel. Il devait le rester. Maintenant, elle avait besoin d'un véritable ami. Mais, comment tenir dans cet état pendant encore dix heures d'avion? Comment gérer la situation en arrivant à Paris ? L'ordre du monde devait être conservé.

Aller à Paris, il n'y avait que ça comme solution. Trouver un poste ne devrait pas être difficile. Ils pourraient vivre ensemble. Il savait qu'ils ne rattraperaient pas le temps passé. Peu importe, ce qui était important, c'était qu'ils aient fini par se retrouver... Tout en rêvassant, il se fit la réflexion qu'ils n'avaient jamais envisagé l'avenir de leur relation. Pour être précis, il s'était projeté, mais elle avait fait des réflexions qui marquaient son manque de confiance dans la sincérité de ses sentiments. De toute façon, elle serait forcément rassurée par son attitude dans le temps. Finalement, il n'avait jamais aimé qu'une femme dans sa vie et c'était Thérèse. Il saisit la théière et remplit sa tasse. Le thé dégageait dans l'atmosphère des volutes de vapeur parfumées. Il ferma sa tasse avec son couvercle. Il prit l'enveloppe en main et l'ouvrit.

Romook, A suivre...

samedi 5 janvier 2008

Le vieux Libraire (X)

Le premier épisode...

Les deux taxis s'étaient infiltrés dans le fleuve aux petites lumières rouges et tentaient de se frayer un chemin. L'ambiance était plutôt chaleureuse et bon enfant, même si l'on sentait en filigrane l'atmosphère lourde, chargée de fatigue, des voyages courts à l'autre bout du monde. Pour des raisons de commodité, l'organisateur du colloque avait réuni tous les participants au colloque en deux taxis pour l'aéroport. Thérèse était dans le même taxi qu'un de ses collègues parisiens. Elle l'avait délaissé ses deux derniers jours. Il la regardait d'un air soucieux et entretenait la conversation avec un chercheur de Cambridge.

Jean,

Normalement quand tu liras cette lettre, je serai déjà en voyage vers Paris, peut-être même que je serai arrivée si tu as retardé sa lecture. Si ce n'est pas le cas, c'est que j'ai choisi de rester près de toi mais alors il est plus probable que je t'aurais tout dit de vive voix. C'est une lettre mystérieuse car elle est sans destinataire. Je ne savais pas si je devais écrire mon nom, le tien ou rien. J'ai choisi le point d'interrogation, ça la personnalise un peu plus et reflète mieux mon état d'esprit. Il y a bien des moyens de se libérer du poids des choses, l'un d'entre eux est l'écriture. Ecrire une lettre, s'adresser à l'autre, c'est toujours un moyen de se retrouver en face de soi-même. J'en ai besoin, Jean, pour tout t'avouer.

Jean regardait l'enveloppe, dubitativement. Il ne savait pas s'il allait la lire maintenant ou profiter de ce moment un peu plus tard. Il n'avait plus envie de rien faire. Aucune recherche intellectuelle ne le piquait de curiosité. Aucune lecture ne retenait son attention. Il faisait nuit. Le vent sec et froid battait son visage. Il se mit à marcher. Il remontait l'avenue qui mène à la Cité Interdite. Il savait qu'à un moment, il faudrait prendre un taxi. Mais, il retardait le moment du retour chez lui, signe ostensible de son retour à une réalité quotidienne qui l'oppressait par sa monotonie et la future absence de Thérèse. L'amoureux transi, dès qu'il est privé de l'autre, devient de facto un handicapé social.

"Pourquoi tu n'es pas venue avec nous hier? Tu n'étais pas bien?

- Si, si, mais j'avais des choses à régler.

- C'était si urgent que ça?! Ce n'est pas tous les jours que l'on est en Chine et que l'on peut visiter la Grande Muraille...

- Tu sais bien que la notion de temps est relative, n'est-ce pas? Alors, dans ma théorie de la relativité restreinte à mon tout petit univers, j'ai considéré que, parmi toutes les choses du passé, la plus importante n'était pas la plus ancienne. J'ai donc mis de côté la Grande Muraille.

- Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire. Tu as des ennuis?

- Pas vraiment, ou peut-être pas encore. J'en sais rien. Et puis, j'avais besoin de me retrouver un peu seul. J'ai été visité la Palais d'Eté. Y a pas beaucoup de touristes en cette saison : c'était très bien."

Lorsque nous étions à Normale, tu me plaisais beaucoup. Ton attitude réservée, ta manière de détourner toutes les conversations sur les mathématiques afin d'éviter tous les sujets plus personnels. J'ai tout de suite sentie que tu étais très sensible, peut-être même hypersensible. Je sais que tu m'aimais. Ca se voyait dans tes manières gauches de m'aborder. J'adorais ça. Je n'étais peut-être pas amoureuse. Peut-être que oui. Les années ont passé et aujourd'hui il ne reste que des impressions. Tout comme le parfum d'une histoire ou une sensation incertaine de sentiment, il est impossible de donner un contenu précis à ce que j'ai vécu. C'est exactement comme un mot que l'on recherche, dont on connaît l'existence, mais que l'on ne retrouve pas, perdu sur le bout de la langue... Je suppose que c'est pareil pour tout le monde, y compris pour toi, Jean l'intellectuel. Lorsque je t'ai revu, j'étais heureuse mais je croyais sincèrement que tout ça faisait partie du passé. D'un passé révolu pour être franche et sincère.

Ses yeux pleuraient de manière continue et presqu'automatique. Il n'était pas raisonnable de continuer comme ça. Mais, s'arrêter, c'était aussi renoncer à prolonger son histoire quelques instants supplémentaires. Il baissait la tête et continuait à marcher. Beaucoup de questions lui venaient en tête. La principale était le moyen de quitter la Chine pour retourner en Europe, et surtout à Paris. De toute façon, le projet pouvait être finalisé sans lui maintenant. L'impulsion avait été donnée, il ne restait plus qu'à appliquer la méthode qu'il avait mise en place, langue par langue, à partir de son algorithme fondamental. Ce n'était plus qu'un problème de linguistique pure: l'équipe se débrouillerait très bien sans lui.

Dans le taxi, ils ne se parlaient plus. Thérèse voyait défiler sous ses yeux le spectable d'un Pékin qui disparaissait, une vieille ville qui s'ensevelissait vivante sous des buildings modernes. Elle ne reviendrait pas ici, sauf obligation professionnelle. Tout au moins, tant qu'il serait là. C'était trop risqué. Et elle faisait partie de ses femmes qui aiment cristalliser ses souvenirs avec des lieux, des musiques, des parfums afin de les conserver intacts. Elle ne voulait pas oublier. Au contraire, elle voulait garder de tout ce séjour une image nette et précise. Elle avait la gorge nouée : elle n'avait pas le droit de pleurer.

Au début, je ne t'ai pas reconnu. Tu semblais différent, presque dérangé par ma présence. Peut-être est-ce le lot de toutes les rencontres fortuites de personnes que la vie a éloigné trop longtemps? Et puis, c'est vrai que je n'ai jamais cherché à te recontacter. J'aurais dû le faire, je le sais. Je m'en suis souvent fait le reproche - et peut-être même encore plus depuis que je t'écris ces lignes. A la Cité Interdite, j'ai essayé de recréer notre atmosphère passée, mais j'avais la sensation que tu étais ailleurs. Je ne pensais pas que tu me rappellerais. Je n'étais pas moi-même très sûre d'avoir envie de te revoir après cette fin de visite un peu particulière... C'était tout au moins ce que je croyais avant ton appel. Je ne regrette pas de t'avoir rappelé, enfin pas encore.

Le taxi venait de démarrer. Cela devenait physiquement insupportable de rester dans cette grande avenue ouverte à tous les vents. Il n'aurait que dix minutes de taxi à cette heure-ci avant d'arriver chez lui. Il tâtonnait l'enveloppe dans sa poche, un peu comme on jauge un ennemi avant un combat. Cette lettre l'intriguait. Il lui semblait qu'elle n'allait pas lui annoncer que des bonnes nouvelles. Il trouvait que l'attitude de Thérèse avait été étrange dans la chambre, au moment du départ. Pourquoi un point d'interrogation sur l'enveloppe ? Pourquoi n'avait-elle pas tout simplement écrit son nom? Cette lettre était-elle qu'une question ?

Romook, à suivre...

Bien arrivé...

Chers lecteurs impatients, je vous informe, presque minute par minute, de l'évolution de ma vie grâce à ce blog international.

Je vous avais promis de vous livrer un petit morceau du libraire avant ce soir minuit (de votre heure locale bien sûr). Hier soir (enfin mon hier soir, pour vous, c'est toujours votre aujourd'hui), après un repas rapide, je décidais que j'étais trop fatigué pour rédiger quelque chose de correct et suis allé me coucher. Mais maintenant, voilà, je suis réveillé et je travaille sur le "vieux libraire". Donc, probablement, ce soir (de votre aujourd'hui qui est aujourd'hui mon demain, mais je peux aussi dire aujourd'hui car c'est vrai aussi, mais le matin), avant minuit (de votre minuit, sinon j'aurais dit demain, de votre demain c'est-à-dire de mon aujourd'hui), vous en aurez un morceau...

Pour vous faire patienter, un intermède photographique : Aurore sur la Mongolie enneigée.



Voilà, j'espère que j'ai été clair.

Romook, La fuite du temps

vendredi 4 janvier 2008

Warning : Official informations

Yesterday, I was ill. And, in the same time, I needed to check my travel in China. Today is the day of my departure. I will arrive in Beijing saturday at 18h (your time). From the airport to my hotel, if I can go inside china... Oops, I have to explain this. There is a litle problem with my passport : my picture is not really fixed. Last travel, I've to prove I was me without other card identity... French customs agents explained to me it was some proof about my passport is true because all the french passport of 2003 have this kind of problem. But, it's difficult to explain it in chinese. Of course, more difficult if someone thinks you've a false passport... To avoid this problem, I decided to switch to an another new, but I haven't time to do it. Unfortunately.

So, from the airport to my hotel, if I can enter in china, I will spend about 2 hours. Go to eat (one hour) and come back and write. Maybe, you'll have my next post "Le vieux libraire", tomorrow around midnight (your local time). If there is no particular problem...

I told you that I was ill yesterday. Maybe, in my flight, I continue to be ill (now, it seems ok). In this respect, perhaps some other people could become ill too. It's very contagious. After few persons sick with me, the airline pilot and the crew could be also not very well. And it could be an explanation if my airplane is crashed. So, I request you if you listen at the TV news an airplane is crashed tomorrow in Beijing, could you inform the police the explanation is certainty because one of the passenger has an gastro-enteritis? Thanks.

In this case, I will stop to write on my blog. I apologize for the inconveniences.

Have a nice day.

Romook, preparing his travel...

jeudi 3 janvier 2008

Le vieux libraire (IX)

Le premier épisode...

Le palais d'Eté, Yiheyuan (颐和园) a cette particularité que si, au printemps, il est un feu d'artifice de fleurs, les autres saisons ne sont pas moins attrayantes. Le grand lac, les petites constructions lointaines à l'architecture chinoise, les peintures des galeries... Tout concourt à la beauté du site et à lui donner un aspect intemporel. Loin de l'écoulement des saisons, chaque recoin cache un nouvel horizon à découvrir. L'immensité du parc donne la sensation de l'infini. Chaque nouvelle perspective fait redécouvrir le lieu.

Pour sa dernière journée, Jean avait décidé d'emmener Thérèse se promener dans cet endroit où la poésie était propre à les rapprocher plus encore que les moments qui venaient de s'écouler. Sans le savoir, Jean appuyait sur le point sensible de la femme : le rêve. Comme une expérience chimique qui se passe mal, le rêve, chez la femme, mélangé à un peu de sentiments et de sensualité, précipite rapidement dans l'esprit et cristallise les phantasmes. Littérairement nommé le romantisme, ce phénomène a induit des concepts tels que "femme de la vie", "homme de la vie" et autres idées saugrenues qui ont ruiné psychologiquement des cohortes d'amoureux éconduits. Il fallait s'y attendre : Thérèse tomba amoureuse.

Tout était sourire, complicité, silence ému, regards langoureux, petits mots presqu'étouffés chuchotés dans le cou... Et la journée passa plus vite que le temps nécessaire pour la voir s'écouler. Déjà le retour à l'hôtel. Puis les dernières embrassades dans la chambre. Un baiser. Non, deux. Et il fallut se quitter. Le taxi attendait. Encore un. Les autres conférenciers aussi. Un dernier. Il voulu l'accompagner. Elle refusa. "Jusqu'au taxi ?", non vraiment elle n'aimait pas les adieux. Elle lui donna une petite enveloppe qu'il posa sur le lit. Il allait la rejoindre à Paris. Elle le regarda, grave et heureuse. Elle se dégagea de ses bras.

Elle tourna les talons, prit sa valise et partit en laissant la porte ouverte. Il resta là, à regarder dans le vide quelques instants. Il entendait le bruit des roulettes de la valise qui s'éloignait. Elle était partie. C'était vrai. Elle n'allait pas rester là. Pas en Chine. Elle travaillait à Paris. Et oui. Et lui il restait là. Pas à Paris. Il se redressa et courut jusqu'à l'ascenseur. Les portes étaient déjà fermées. Impossible de trouver des escaliers. Il fallait qu'il attende la remontée de l'engin. Une remontée très très lente.

Le temps est un de ces concepts caoutchouteux qui a pour leitmotiv d'être inversement proportionnel au désir de celui qui en est le prisonnier. Il s'étire quand la personne le voudrait court. Il se rétrécit lorqu'elle préférerait qu'il s'allonge. Jean, devant cet ascenseur qui n'en finissait pas de remonter, en faisait la douloureuse expérience. Il imaginait Thérèse en train de monter dans le taxi. Il avait oublié l'enveloppe dans la chambre. Il courut. Il entendit la sonnette de l'ascenseur. Il s'arrêta. Que faire? Il courut vers la chambre. Vite, la clé électronique. Non, dans l'autre sens. "Deng yi xia!" Ils vont attendre. La porte s'ouvre. L'enveloppe, sur le lit. Vite, la lumière. Là. On ferme la porte. La clé à l'intérieur?! Tant pis. "Wo lai le! Lai le!"

L'ascenseur avait repris sa course inexorable vers les étages supérieurs. Il ne la reverrait jamais. C'était sûr maintenant. De toute façon, même si la réception la retenait un peu pour le paiement des frais de la chambre... Et puis, de toute façon, elle était invitée. Elle n'avait même pas besoin de se soucier de ces détails financiers. Elle était déjà dans le taxi. L'aéroport n'était pas très loin, à peine à une heure trente de taxi. Il décida de retourner la voir à Paris. C'était ce qu'il y avait de plus simple.

Il regarda l'enveloppe. Il y avait juste un point d'interrogation qui trônait dessus. L'enveloppe était assez épaisse. Il semblait y avoir beaucoup de feuilles. Ding!! L'ascenseur venait d'arriver. Il monta et appuya sur "1", le rez-de-chaussée. Il sourit à l'idée que les chinois numérotaient le rez-de-chaussée "1". C'était plus logique en fin de compte. "0" en mathématiques, c'est rien. Or, s'il y a quelque chose, c'est qu'il y a déjà "1". Et le rez-de-chaussée est un niveau, d'où "1".

L'ascenseur atterrit enfin. Dans le hall, Thérèse rayonnait d'absence. Il était soudain seul en Chine. Et une enveloppe lui posait une question. Rien n'allait plus dans cet univers.

Romook, à suivre...