Le premier épisode...

Une texture chaude et douce à la fois, molle mais ferme. Ses premières sensations sur les seins de Thérèse le surprenaient. Il se frottait le visage contre eux, les embrassait du bout des lèvres. Il s'enivrait d'elle au fur et à mesure que les secondes passaient et qu'elle se dévoilait. Son ventre qui semblait rebondir sous le flot de caresses intérieures, ses jambes qui s'ouvraient et se refermaient alternativement, comme un bateau mal amarré contre les vagues, tout concourait à la sensualité de sa partenaire. Il glissait sur elle, touchant tout, mêlant baisers et caresses.

Elle se redressa, coquinement souriante, et passa ses mains dans le dos de Jean. Le bout de ses ongles cherchait un chemin dans le creux de ses reins. Une vague de frisson sembla démarrer sous ses pieds et se propager jusqu'au sommet de son crâne. Il découvrait tout à la fois la sensualité de l'autre et la sienne. Elle releva ses mains et la chemise s'évanouit sur le sol. Ils se regardèrent en riant. Il n'éprouvait plus d'angoisse. Elle ne réfléchissait plus.

Leurs corps, bientôt entièrement dénudés, semblaient s'être déjà connus : tout était évident. Les mains étaient posées à la place juste, avec douceur et respect, et pourtant en conservant un aspect instinctif et animal. Chaque baiser était prolongé juste le temps nécessaire pour que la sensation physique enivre légèrement. Chaque caresse était un peu trop lente pour exacerber les instants de plaisir. Chaque ondulation du corps semblait sournoisement ralentie afin d'attiser le désir de l'autre.

Jean respirait ses cheveux, son parfum. Elle était belle. "Je crois que je découvre l'amour grâce à toi" lui chuchota-t-il. Il mordilla le lobe de son oreille. Elle sourit gravement. "Tu éprouves juste du désir, mais il ne m'en faut pas plus tu sais" lui répondit-elle sur le ton de la confidence. Elle posa ses mains sur ses fesses. Doucement. Fermement. Délicatement. Une impression de douceur infinie. Une chaleur légère. Une sensation de s'enfoncer. Il la prit dans ses bras, se blottit contre elle, au fond d'elle. Il posa sa tête près de la sienne et l'écouta respirer. Il ne bougeait plus. Elle lui caressait le dos sensuellement. La vie frissonnait au travers des amants.

Le sexe, comme la mort, est une rencontre paroxysmique entre l'existence et la vie. A nul autre instant, la sensation d'exister n'est si présente que celle où on est confronté à une jouissance extrême de son corps ou à la douleur de la mort. La douleur physique, en soi, ne produit pas les mêmes effets. Plus elle est aigüe, moins elle porte à la réflexion métaphysique. La jouissance sexuelle, quant à elle, porte naturellement à la méditation immédiatement après s'être produite, ne fût-ce que quelques instants.

Jean regardait le plafond. Il flottait dans le lit. Elle était accrochée à lui et lui caressait les cheveux. Ils souriaient en silence. "Pourquoi tu n'as pas essayé de me revoir après l'Ecole?" Il ne répondit pas. "Tu sais, déjà à l'époque, je ne comprenais pas que tu n'essaies pas d'aller plus loin avec moi... Je ne te plaisais pas?" Il tourna la tête et la regarda.

"Je n'en sais rien. Si, sûrement... J'ai regretté. Et puis, toutes mes recherches, ça m'a tellement passionné. Je n'y ai plus pensé après. Je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher aux personnes... Ou plutôt, je n'ai jamais vraiment réussi à leur dire que je les aimais. En même temps, je ne suis pas sûr de savoir ce qu'est l'amour. C'est quoi?

- Personne ne sait réellement. Il y a autant de définition qu'il y a d'être je pense. Il n'y a qu'à voir toute la littérature qui a été écrite sur ce thème... Pour moi, c'est quelque chose qui se manifeste comme étant un souci permanent de l'autre. Mais, pas quelque chose de négatif, plutôt une envie de donner du bonheur à l'autre, de le voir heureux, souriant. Je crois que c'est ça l'amour pour moi.

- Alors, je t'ai aimé.

- L'amour entre deux personnes de sexe opposé, l'amour avec un grand A, c'est un peu différent... Tu vois, pour moi, ça se traduit comme une envie irrépressible et permanente d'être touchée par l'autre, de faire l'amour avec lui. Je suis exclusive dans ce domaine. Je suis fidèle lorsque j'aime. Non pas par principe moral, mais simplement parce que physiquement je suis si liée à l'autre que tout désir pour un autre homme est impossible. C'est comme ça que je vois l'amour entre deux individus. Mais, je ne crois pas que ça puisse durer éternellement... malheureusement.

- Alors, je t'aime.

- Ne dis pas de bêtise, je crois que pour un homme c'est différent. Tu aimes faire l'amour avec moi, mais les hommes sont incapables d'amour. Ils sont limités à leurs seuls désirs. La femme est plus civilisée que l'homme, c'est une évidence. Quand on aura fait l'amour une dizaine de fois ensemble, on verra où en sera ton désir.

- Je pense que tu te trompes. Je te le prouverai.

- Serais-tu capable d'amour platonique ? Une femme le peut, mais un homme, combien de temps peut-il tenir ? Je suis sûre que ça ne dépend que de l'environnement féminin immédiat. Les hommes sont des animaux instinctifs, les femmes des intellectuelles intuitives. C'est une grande différence..."

Il la regarda. Elle était merveilleusement belle. Sa peau douce et sucrée. Ses cheveux lisses et fins. Il l'embrassa de nouveau. Il lui chuchota au creux de l'oreille : "Je relève le défi." Elle répondit : "Je crois que, de toute façon, c'est trop tard." Et la vie glissa à nouveau sur leurs deux corps réunis.

Romook, à suivre...