Romook, ectoplasme bloguique

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lundi 31 décembre 2007

Le vieux libraire (VIII)

Le premier épisode...

Une texture chaude et douce à la fois, molle mais ferme. Ses premières sensations sur les seins de Thérèse le surprenaient. Il se frottait le visage contre eux, les embrassait du bout des lèvres. Il s'enivrait d'elle au fur et à mesure que les secondes passaient et qu'elle se dévoilait. Son ventre qui semblait rebondir sous le flot de caresses intérieures, ses jambes qui s'ouvraient et se refermaient alternativement, comme un bateau mal amarré contre les vagues, tout concourait à la sensualité de sa partenaire. Il glissait sur elle, touchant tout, mêlant baisers et caresses.

Elle se redressa, coquinement souriante, et passa ses mains dans le dos de Jean. Le bout de ses ongles cherchait un chemin dans le creux de ses reins. Une vague de frisson sembla démarrer sous ses pieds et se propager jusqu'au sommet de son crâne. Il découvrait tout à la fois la sensualité de l'autre et la sienne. Elle releva ses mains et la chemise s'évanouit sur le sol. Ils se regardèrent en riant. Il n'éprouvait plus d'angoisse. Elle ne réfléchissait plus.

Leurs corps, bientôt entièrement dénudés, semblaient s'être déjà connus : tout était évident. Les mains étaient posées à la place juste, avec douceur et respect, et pourtant en conservant un aspect instinctif et animal. Chaque baiser était prolongé juste le temps nécessaire pour que la sensation physique enivre légèrement. Chaque caresse était un peu trop lente pour exacerber les instants de plaisir. Chaque ondulation du corps semblait sournoisement ralentie afin d'attiser le désir de l'autre.

Jean respirait ses cheveux, son parfum. Elle était belle. "Je crois que je découvre l'amour grâce à toi" lui chuchota-t-il. Il mordilla le lobe de son oreille. Elle sourit gravement. "Tu éprouves juste du désir, mais il ne m'en faut pas plus tu sais" lui répondit-elle sur le ton de la confidence. Elle posa ses mains sur ses fesses. Doucement. Fermement. Délicatement. Une impression de douceur infinie. Une chaleur légère. Une sensation de s'enfoncer. Il la prit dans ses bras, se blottit contre elle, au fond d'elle. Il posa sa tête près de la sienne et l'écouta respirer. Il ne bougeait plus. Elle lui caressait le dos sensuellement. La vie frissonnait au travers des amants.

Le sexe, comme la mort, est une rencontre paroxysmique entre l'existence et la vie. A nul autre instant, la sensation d'exister n'est si présente que celle où on est confronté à une jouissance extrême de son corps ou à la douleur de la mort. La douleur physique, en soi, ne produit pas les mêmes effets. Plus elle est aigüe, moins elle porte à la réflexion métaphysique. La jouissance sexuelle, quant à elle, porte naturellement à la méditation immédiatement après s'être produite, ne fût-ce que quelques instants.

Jean regardait le plafond. Il flottait dans le lit. Elle était accrochée à lui et lui caressait les cheveux. Ils souriaient en silence. "Pourquoi tu n'as pas essayé de me revoir après l'Ecole?" Il ne répondit pas. "Tu sais, déjà à l'époque, je ne comprenais pas que tu n'essaies pas d'aller plus loin avec moi... Je ne te plaisais pas?" Il tourna la tête et la regarda.

"Je n'en sais rien. Si, sûrement... J'ai regretté. Et puis, toutes mes recherches, ça m'a tellement passionné. Je n'y ai plus pensé après. Je n'ai jamais vraiment réussi à m'attacher aux personnes... Ou plutôt, je n'ai jamais vraiment réussi à leur dire que je les aimais. En même temps, je ne suis pas sûr de savoir ce qu'est l'amour. C'est quoi?

- Personne ne sait réellement. Il y a autant de définition qu'il y a d'être je pense. Il n'y a qu'à voir toute la littérature qui a été écrite sur ce thème... Pour moi, c'est quelque chose qui se manifeste comme étant un souci permanent de l'autre. Mais, pas quelque chose de négatif, plutôt une envie de donner du bonheur à l'autre, de le voir heureux, souriant. Je crois que c'est ça l'amour pour moi.

- Alors, je t'ai aimé.

- L'amour entre deux personnes de sexe opposé, l'amour avec un grand A, c'est un peu différent... Tu vois, pour moi, ça se traduit comme une envie irrépressible et permanente d'être touchée par l'autre, de faire l'amour avec lui. Je suis exclusive dans ce domaine. Je suis fidèle lorsque j'aime. Non pas par principe moral, mais simplement parce que physiquement je suis si liée à l'autre que tout désir pour un autre homme est impossible. C'est comme ça que je vois l'amour entre deux individus. Mais, je ne crois pas que ça puisse durer éternellement... malheureusement.

- Alors, je t'aime.

- Ne dis pas de bêtise, je crois que pour un homme c'est différent. Tu aimes faire l'amour avec moi, mais les hommes sont incapables d'amour. Ils sont limités à leurs seuls désirs. La femme est plus civilisée que l'homme, c'est une évidence. Quand on aura fait l'amour une dizaine de fois ensemble, on verra où en sera ton désir.

- Je pense que tu te trompes. Je te le prouverai.

- Serais-tu capable d'amour platonique ? Une femme le peut, mais un homme, combien de temps peut-il tenir ? Je suis sûre que ça ne dépend que de l'environnement féminin immédiat. Les hommes sont des animaux instinctifs, les femmes des intellectuelles intuitives. C'est une grande différence..."

Il la regarda. Elle était merveilleusement belle. Sa peau douce et sucrée. Ses cheveux lisses et fins. Il l'embrassa de nouveau. Il lui chuchota au creux de l'oreille : "Je relève le défi." Elle répondit : "Je crois que, de toute façon, c'est trop tard." Et la vie glissa à nouveau sur leurs deux corps réunis.

Romook, à suivre...

dimanche 30 décembre 2007

Courage : lisons Romook au boulot!

Certains de mes lecteurs m'ont indiqué offline qu'il était impossible de lire mon blog au bureau sans éveiller l'attention. En effet, difficile de faire passer Bob l'éponge pour un site d'information sur la physique quantique (quand bien même Schrödinger serait dans le titre) et encore moins pour un site d'information juridique (même si le billet s'appelle "biens en indivision").

Afin de faciliter la vie de mes lecteurs, je leur laisse donc la possibilité de choisir leur thème. Ainsi, plus rien à craindre d'un regard au-dessus de l'épaule. J'espère que cette initiative sera justement saluée par toutes les personnes qui m'en avaient fait la requête.

Ave.

Romook, à la pointe du progrès

samedi 29 décembre 2007

Le vieux libraire (VII)

Le premier épisode...

Sans un mot, il comprit qu'elle désirait qu'il la suive. Ils allèrent dans sa chambre. Il sentait monter en lui l'angoisse et l'excitation d'avancer vers l'inconnu. Il n'avait jamais connu de femme. A ce moment-là, chaque instant, chaque pas qu'il faisait entraîner une envie irrépressible de partir. Mais il restait et continuait à avancer. Elle ne disait rien, le tenait par la main et le regardait de temps à autre en coin, souriante. Il se demandait s'il devait lui avouer ou non sa virginité. Evidemment, il s'agissait d'un acte naturel et donc inné. Il ne risquait donc pas de se tromper. Mais il savait aussi que la civilisation avait poussé le raffinement érotique à un point tel que la sexualité n'avait que peu de rapport avec ce que pouvait vivre de simples animaux. Au stade de maturité où il en était, elle s'attendait probablement à ce qu'il n'en soit plus aux balbutiements charnels.

La porte de la chambre s'ouvrit devant eux, sous l'action de va-et-vient de la clé magnétique qui déclencha une petite musique électronique. Elle introduisit la clé à son emplacement et la lumière apparut. La chambre était semi-spacieuse. Assez large pour pouvoir se sentir à l'aise seul, mais trop étroite pour être deux sans se gêner. Elle était bleue et sans chaleur, anonyme comme toutes les chambres d'hôtel. Il avait la sensation d'être planté dans l'entrée et de ne plus pouvoir bouger, tétanisé par l'inconnu. Elle s'était avancée dans la chambre et avait rangé quelques menus objets. Elle le regardait. Il ne bougeait pas.

Elle lui plaisait. Elle était brune, avec des petites taches de rousseur sur le visage, la silhouette athlétique. Vêtue d'un chemisier blanc assez léger, elle était cintrée finement au niveau de la taille par un pantalon noir qui laissait deviner de longues jambes fuselées. Ses yeux bleus, doux et rieurs, semblaient vouloir le transpercer. Il avait son coeur qui battait vite. Il était incapable de bouger.

Un silence sans pesanteur s'abattait sur la chambre. Tout devenait immobile : le temps, les personnes, les expressions, les sentiments. Ils ressemblaient à une photo vivante. Il était un peu à l'écart, près de la porte de la chambre. Elle était debout près du lit. A peine quelques mètres les séparaient, et pourtant tant d'années s'étaient écoulés. Le contraste entre l'instant présent, qui resurgissait pour eux deux directement d'un passé inexistant, et l'immobilité de la situation entraînait chez chacun des réactions totalement différentes. Il était paniqué. Elle était dans une attitude de contemplation.

Elle le voyait près de la porte. Elle se demandait si l'emmener dans la chambre avait été une bonne idée. Il était trop tard pour reculer. Il existe des situations dans lesquelles vous vous sentez inextricablement impliqué par l'une de vos actions. Elle en faisait l'expérience. Quoi qu'il en soit, elle ne regretterait rien. Elle savait trop bien ce qu'était la vie. Il valait mieux parfois aller trop loin que regretter de n'avoir rien réalisé. Elle provoquait ce qu'elle avait ardemment désiré dans son passé d'étudiante. Elle n'était plus trop sure maintenant de ce qu'elle voulait vraiment. Il est un fait qu'elle avait eu beaucoup de regrets à cette époque. Aujourd'hui, c'était de toute façon trop tard. Mais, dans son coeur, elle était toujours cette jeune femme d'une vingtaine d'années pour qui Jean représentait un aboutissement. A cette différence près, qu'aujourd'hui, en tant que femme, elle osait conduire un homme au pied de ses désirs.

Toutes ces pensées s'entrechoquaient dans son esprit. La confusion qui en résultait l'empêchait d'appréhender les choses telles qu'elles étaient réellement. Elle était face à un vieux désir, qui l'avait tenaillé ardemment pendant des nuits, des journées, des mois, des années. Ce désir, après être devenu comme une légère obsession, s'était sublimé en un phantasme. Sa rencontre, fortuite, avec Jean lui avait rappelé le goût d'une période étudiante, période de songerie et d'espoir où l'on continue à rêver sa vie avant de la mettre sur des rails. Période plaisante où l'on croit pouvoir trouver la pierre philosophale, la clé de l'âme, l'éternel retour... Ce souvenir, colorant toutes ses émotions, avait réveillé aussi son vieux désir. Ce dernier, inassouvi, semblait avoir veillé sur elle comme un prédateur sur sa proie. Après tant d'années, elle avait oublié que ses fondements étaient basés sur une volonté de construire avec un être particulier une vie future différente. Il ne restait que des cendres de ce désir et seules en étaient visibles ses manifestations les plus extérieures.

L'humanité, chaque jour, est mue par de vieux démons qui ressurgissent, dont les esclaves ont la possibilité de réaliser les rêves. Combien ont le courage de s'interroger sur l'actualité de ces désirs? Combien se demandent si la réalisation d'un souhait un jour formulé contribue réellement à leur bonheur? Combien de personnes vivent aujourd'hui ce qu'elles on voulu hier pour la raison qu'aujourd'hui il s'agit toujours d'une nécessité? Le bonheur manqué peut-il se rattraper? Le désir inassouvi peut-il se satisfaire d'un paiement en différé?

Thérèse était piégée par son désir. Ces actes avaient été réalisés sans réflexion, avec toute l'innocence et la naïveté de l'amour naissant. A cette différence près qu'il n'y avait plus d'amour naissant. Subsistait seulement un désir physique ravivé. Elle lui fit un petit signe de la tête, il s'approcha doucement jusqu'à elle. Elle prit ses mains et les posa autour de sa taille. Ils s'enlacèrent et commencèrent à se caresser. La chaleur du corps de Thérèse rassurait Jean. Les vêtements commencèrent à se froisser. Puis, tombèrent en silence, les uns après les autres, sur le sol, de manière désordonnée.

Romook, à suivre...

vendredi 28 décembre 2007

Le vieux libraire (VI)

Le premier épisode...

L'entrée dans l'hôtel fût sans surprise. L'accueil du personnel était royal. Les sourires pleuvaient sur chacun de leurs pas. Ils se dirigèrent vers un petit salon qui servait de lieu de détente. Une musique sans saveur se déversait comme l'eau d'une fontaine, sans objectif, sans passion. Elle prit un verre de vin. Il choisit un cocktail de jus de fruit. Ils se dévisagèrent avant de reprendre une discussion. Elle était souriante. Il était embarrassé.

"Jean, quelque chose ne va pas? Tu as l'air mal à l'aise...

- Sûrement cet endroit. Je n'ai pas l'habitude d'aller dans des lieux aussi luxueux que celui-ci. J'habite dans un petit quartier tranquille. C'est à mille lieux de l'atmosphère qui règne ici.

- Qu'est-ce que tu es venu chercher ici, en Chine?"

Il commença alors à raconter son périple intellectuel qui l'avait conduit à s'interroger sur l'intelligence artificielle. Cela le mena naturellement à évoquer les problèmes de linguistique, la Russie, donc la Chine. Il s'étonna lui-même de la clarté de ses propos et de la manière plaisante et synthétique qu'il avait utilisé pour résumer ce qui correspondait à plusieurs années de sa vie. C'était la première fois qu'il expliquait complètement sa démarche : il était en confiance.

"Tu ne m'as toujours pas expliqué ce qui t'a réellement amené en Chine. Alors?"

Jean était perplexe. Il ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire. Ca lui rappela les blagues de certains de ses collègues - masculins - de laboratoire qui avaient coutume de lancer qu'hormis les femmes, ils étaient capables de tout comprendre. Ca les faisait rire : il n'avait jamais compris pourquoi. A cet instant précis, alors qu'il venait d'expliquer clairement et avec sincérité ce qu'avait été son chemin de vie et sa réflexion le conduisant à apprendre le chinois, il se demanda où était le problème. A part réexpliquer tout depuis le début, il n'y avait pas d'autre réponse envisageable. Il était évidemment hors de question qu'il recommence son histoire : il sentait confusément qu'elle posait une autre question. Mais laquelle?

Thérèse l'observait en souriant. Elle savait qu'elle avait tapé au coeur du problème, qu'elle allait enfin connaître la vérité. Elle n'était d'ailleurs pas très sure de vouloir entendre les choses. Mais, en tant que femme, elle était excitée à l'idée de jouer avec le feu, d'être en pleine partie de poker sentimentale. Il ne lui avait jamais fait de déclaration, mais elle avait toujours su qu'il avait des sentiments. Ils s'étaient perdus de vue, mais il semblait toujours célibataire. L'évidence sautait à ses yeux : s'il avait quitté l'Europe et s'était "enfui" en Chine, c'était forcément pour trouver un ailleurs pour vivre, ou plutôt pour fuir son mal-être intérieur. On ne part pas vivre dans un pays aussi étranger à sa culture sans avoir une bonne raison de vouloir quitter ce que l'on aime. Elle attendait donc une réponse sincère de sa part. Le silence réfléchi de Jean lui semblait être le gage d'une bonne compréhension de sa question. Evidemment, comme tous les hommes, il allait vouloir éluder la question pensait-elle.

"Je crois que je ne saisis pas bien le sens de ta question. Thérèse, qu'est-ce que tu veux savoir exactement ?"

Quelque soit le degré de culture et d'intelligence d'un homme, il reste finalement tous les mêmes, avec les mêmes phrases-types, les mêmes réflexions, les mêmes échappatoires. Elle se demandait comment réagir.

"Jean, on peut jouer au chat et à la souris pendant longtemps si tu veux. Mais nous savons tous les deux ce que je veux dire et tu sais très bien que je comprends pourquoi tu ne veux pas me répondre directement. Dis moi simplement les choses, on gagnera du temps."

Les choses étaient claires, il ne comprenait rien. Il s'enfonça dans son fauteuil, lança sa tête en arrière en soupirant. Elle comprit immédiatement qu'il n'arriverait pas à expliquer les choses simplement, il lui faudrait du temps. Elle serait douce et patiente. Elle aimait les hommes qui ont du mal à se dévoiler, qui conserve leur mystère malgré eux. C'était craquant.

Il était très contrarié. Il passait une bonne soirée. Mais, maintenant, il avait une boule dans la gorge. Ca le rendait infiniment triste cette question qu'il ne comprenait pas. Il était comme dans un étau intellectuel. Il savait qu'elle attendait quelque chose de lui. Il était revenu de nombreuses années en arrière en quelques minutes sans même s'en rendre compte.

Ils étaient encore étudiants, dans un café près du Panthéon. Elle le regardait intensément. Il parlait d'analyse linéaire. Elle le coupait et lui demandait pourquoi il se préoccupait tant des mathématiques, est-ce que la vie n'avait pas d'autres attraits pour lui ? Il se sentait mal à l'aise et bredouilla que les mathématiques étaient un reflet de la vie et que comprendre l'un, c'était percer une part des mystères de l'autre. Elle lui répondait alors que les êtres n'étaient pas construits sur les mathématiques et qu'il y avait des fois où l'incertitude n'était pas modélisable car c'était le propre de la vie. Il se voyait encore, interdit par cette réponse, ne sachant que dire, ne sachant que faire. Elle était belle. Elle lui souriait. Il se sentait bien et avait envie de la prendre dans ses bras. Il ne l'avait pas fait. Et puis, par la suite, aucune autre situation similaire ne se présenta.

Il sentit une main qui se posait derrière sa nuque. Il se redressa un peu. Elle s'était rapprochée. Elle le regardait avec beaucoup de douceur. Son regard était si intense qu'il dénoua sa gorge et noua son ventre. Elle s'approcha et posa ses lèvres sur les siennes. Elles étaient douces, chaudes et accueillantes. Il était pris de panique. Elle l'embrassait. Il ne comprenait toujours rien, mais c'était bon. Tout simplement.

Romook, à suivre...

dimanche 23 décembre 2007

Le vieux libraire (V)

Le premier épisode...

Il était en avance. Il choisit une table près de la grande vitre du restaurant qui donnait sur la rue. Une rue chinoise, classique, avec ses vendeurs de fruits, de brochettes en tous genres, le réparateur de vélo et un flux ininterrompu de vélos et de personnes. Il aurait toujours quelque chose à raconter comme ça. Au cas où. Il s'installa et observa. Les serveuses du restaurant, que ce soient celles de l'accueil ou de la salle, le regardaient d'un air amusé et complice. Ce que les européens interprétaient toujours comme étant une invitation à entrer en pourparler ne lui était jamais apparu sous autre chose que ce que c'était : un regard vers l'étranger qui intrigue, avec lequel on a envie de sympathiser...

Il voyait un étalage de livre de l'autre côté de la rue. Il repensait à son arrivée en Chine. Que de chemin parcouru en compréhension et en connaissance de la civilisation chinoise. Cela faisait maintenant sept mois qu'il était arrivé dans ce pays étrange. Il se sentait toujours étranger, mais en même temps, il se savait également étranger à la civillisation européenne; Il s'était installé comme un no man's land civilisationnel dans son esprit. Les codes de la culture européenne, qu'il n'avait jamais réellement intégré du fait de sa différence, lui semblait aujourd'hui tout aussi extérieur à lui que l'étaient ceux de la Chine. Et pourtant, ici, alors qu'il était ostensiblement exclu du monde qui l'environnait, il se sentait bien.

Il prenait conscience qu'en Europe, si une personne est différente, elle est rapidement mise à l'index. En Chine, tout européen est nécessairement différent et c'est pour cette raison que les chinois veulent le connaître. L'attitude de l'européen est d'abord celle de la méfiance, habitué à ce que rien ne soit gratuit. Puis, il découvre que rien d'autre que la curiosité de connaître l'autre ne pousse les chinois à aller vers les étrangers. Et tout devient simple.

L'ambiance qui régnait en tout endroit de ce pays était comme si le fleuve du temps s'écoulait de manière infini et ininterrompu, que rien ne pourrait le troubler. Les chinois semblent le savoir et ne cherchent pas à en prendre le contrôle. L'européen, en revanche, s'escrimait à vouloir prendre le contrôle de son existence à tout instant. La Chine le reposait.

Thérèse était en retard. Peut-être qu'elle ne viendrait pas. Peut-être qu'elle avait eu un problème. Il scrutait la rue. La nuit était en train de tomber. Le fourmillement de la rue ne cessait pas. Les odeurs de la cuisine lui arrivaient par bouffée, à chaque plat qui voyageait dans le restaurant. Il n'entendait plus le brouhaha chinois environnant depuis bien longtemps : il avait fini par s'habituer. Il s'inquiétait. Peut-être avait-elle eu un empêchement ? Il se demandait aussi par quoi il allait commencer ? Qu'est-ce qui l'intéresserait le plus?

A l'idée qu'elle vienne, son coeur se mettait à battre. Il avait le trac, comme pour ses premières conférences. C'était vraiment étrange. Plus le temps passait et moins son attention n'arrivait à se fixer sur quelque chose de son environnement. Les serveuses souriaient en le regardant. La vie dans la rue devenait chaotique. Les vélos croisaient les brochettes. On échangeait un regard contre des fruits. On parlait fort en fumant des livres. Sa concentration n'existait plus. Il ne comprenait plus rien à son environnement. Elle était en retard.

Dans le restaurant, de nouvelles personnes arrivaient en grand nombre. Il se sentait seul. Il se sentait au mauvaise endroit. Seul, environné de toutes ses tables de six ou de huit, sans boisson, ni plat devant lui, il ressemblait à un tableau que l'on aurait posé là. Il se sentait à la fois oublié et centre d'intérêt. Plus rien n'avait de sens. C'était commme s'il ressentait une honte intérieure. Il était là, seul, sans elle, à attendre. Elle était en retard.

En fait, ça lui paraissait maintenant évident : elle ne viendrait pas. Elle avait été choquée par ses propos au téléphone. Il l'avait blessée. On ne dit pas à un ami que l'on s'est trompé de numéro quand on l'appelle. Un tel comportement n'est pas pardonnable. Mais comment lui expliquer ? Si elle venait, il oserait lui dire les choses, exactement comme ça s'est produit. Mais, de toute façon, elle ne viendrait pas. Il hésitait maintenant. Il regarda sa montre une dernière fois et décida de partir.

Il restait assis. Il sentait que l'espoir le clouait à sa table. Il voulait vraiment qu'elle vienne. Mais, il fallait se rendre à l'évidence. Elle avait vingt minutes de retard. Elle ne viendrait plus. Et puis, il se remémora qu'elle ne parlait pas chinois. Elle avait peut-être eu des problèmes avec son taxi. Et puis, il était dix huit heures trente. C'était l'heure des changements dans les taxis. L'heure où on n'en trouve plus. Peut-être qu'elle était toujours coincée à son hôtel ?

"Huanying! Huanying!" s'exclamèrent les serveuses. Et il vit Thérèse, le regard qui se perdait dans la salle. Elle était en train d'expliquer en anglais aux serveuses qu'elle avait un rendez-vous. Les serveuses, bien que ne comprenant pas la langue, lui montrait Jean du bout des mains. Ils se virent. Il était soulagé. Elle était arrivée.

"Désolée d'arriver en retard, il y a un trafic incroyable.

- Pas de problème, je m'en doutais. Je n'étais pas inquiet. Installe-toi. Je vais commander ce sera plus simple. J'ai acquis une certaine expérience dans ce domaine. Qu'est-ce que tu aimes ?"

La conversation démarra sans accroc. Il s'ensuivit une discussion animée où on sautait du coq à l'âne, sans s'en rendre compte. Ils ne parlèrent pas de leurs recherches respectives. Ils abordèrent que les sujets de la vie, les décalages culturels... C'était un moment simple où tout semblait évident pour chacun d'eux. Et puis, ils parlèrent du passé, de leurs études, de leurs camarades de promotion. Il se sentait bien et heureux. Elle avait l'air de s'amuser.

"Il est tard maintenant, il va falloir qu'on y aille. Il est un peu plus de vingt heures.

- Tu te couches avec les poules?

- Non, non, mais tu remarqueras que le restaurant est vide. En Chine, tout le monde a fini de manger maintenant. On peut aller prendre un verre dans un bar ou un thé dans un salon de thé, comme tu préfères.

- On pourrait rentrer prendre un verre au bar de mon hôtel. Ca te tente?

- Oui, oui, ça me paraît une excellente idée."

Dans le taxi qui les amenait à l'hôtel, un certain malaise s'installait, un malaise que Jean ne s'expliquait pas. Il se mit à discuter avec le chauffeur de taxi et entreprit de faire la traduction à Thérèse de l'échange. Cela la faisait rire. Paradoxalement, elle avait un air songeur et doux à la fois. Il n'y prêta pas attention. Le taxi arriva à l'hôtel rapidement.

Romook, à suivre...

vendredi 21 décembre 2007

Le vieux libraire (IV)

Le premier épisode...

Il se demanda pourquoi il avait raccroché. Ca n'avait aucun sens. Il avait une boule dans le ventre, comme si c'était de la peur. Il avait envie de l'appeler et, en même temps, pas envie de lui parler. Ou plutôt, il voulait la voir, la regarder, mais sans qu'elle puisse le remarquer. Il voulait être près d'elle. Tout ça était très bizarre. C'était la première fois qu'il ressentait ces étranges sensations et il n'arrivait pas à les déchiffrer. Ca n'avait tout simplement aucun sens.

Il regarda les livres qu'il avait inlassablement accumulé tout autour de lui, comme une fourmi prépare l'hiver. Il ne trouverait pas de réponse dedans. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Il décida de prendre l'air tout en jetant un dernier coup d'oeil sur le téléphone. On l'observait dans l'appartement. Tous les objets semblaient se moquer de lui. Le téléphone, effronté, semblait lui tendre un piège.

Il ouvrit la porte, mais la sonnerie du téléphone retentit. Une fois. Deux fois. Sortir ou répondre au téléphone ? Trois fois. Pourquoi ne pas répondre ? Quatre fois. Mais si c'était elle. Cinq fois. Il s'approcha du téléphone comme d'une bombe prête à exploser à chaque instant. Six fois. Il posa sa main sur le combiné et inspira profondément. Sept fois.

"Wei?

- Allo ?! C'est Jean ?

- Shi... oui, pardon Thérèse.

- Je n'ai pas compris ce que tu disais... Sûrement la ligne qui est mauvaise.

- Non, non, c'est parce qu'en chinois, on dit "wei" pour dire "Allo". C'est tout.

- Tu m'as appelé ?"

La question qu'il ne voulait pas entendre. Comment répondre ? Dire "oui" et devoir expliquer pourquoi il a raccroché. Dire "non" et se ridiculiser car il était évident qu'elle savait. "C'était une erreur." Panique. En prononçant ces mots, il sentait confusément qu'il donnait une réponse bien plus idiote que toutes celles qu'il avait cherché à éviter.

"Une erreur ? Qu'est-ce que tu veux dire par là?

- J'ai trouvé le numéro sur le papier qui était au fond de ma poche et je me demandais à quoi il correspondait. J'ai essayé. Et je me suis aperçu que c'était toi.

- Ah."

La voix de Thérèse venait de s'assombrir. Un voile recouvrait maintenant la conversation. Il sentit qu'une distance infinie venait de s'installer entre eux. Elle ne disait plus rien. Leur non-conversation était pesante. Il fallait faire quelque chose.

"Je ne me sens pas bien Thérèse. Ca ne va pas trop bien je crois.

- ...

- En fait, je voulais t'appeler, mais au moment où je t'ai entendue, j'ai pris peur et j'ai raccroché. Je ne sais pas ce qui se passe. C'est bizarre. Depuis que je t'ai recroisé. J'ai des sensations étranges. Je ne sais pas ce que ça veut dire.

- Des sensations étranges ?...

- Oui. J'ai envie de te voir, mais en même temps, ça m'inquiète. Je ne comprends rien. Je ne sais pas ce qui m'arrive. C'est la première fois que je vis une telle situation. Enfin, ça m'arrivait quand on était à l'Ecole, mais depuis non. Déjà à l'époque, je ne comprenais pas.

- Je vois. Et bien, je te propose que nous allions dîner ensemble et tu me raconteras tout ce que j'ai loupé pendant toutes ces années. Une chose est sûre, ce n'est pas en raccrochant ou en t'éloignant de moi que tu comprendras mieux. Ce soir, ça te va ? Tu sais, je pars bientôt. Alors?

- D'accord."

Ils fixèrent un rendez-vous dans un petit restaurant qu'il aimait bien. Un restaurant coréen. On y mange assis et les plats sont étonnants. Le restaurant était plus calme qu'un restaurant chinois. Il avait besoin de calme. Il se sentait mieux. Il était impatient. Il ne comprenait toujours rien, mais ça faisait du bien.

"...tu me raconteras tout ce que j'ai loupé pendant toutes ces années..." Cette phrase l'intriguait. Comment il allait pouvoir raconter toutes ses recherches au restaurant. Il aurait besoin de documments. Mais, il semblait y avoir un autre sens dans cette phrase. Jean était perplexe. Il regarda sa montre. Encore trois heures à attendre.

Romook, à suivre...

jeudi 20 décembre 2007

Le vieux libraire (III)

Le premier épisode...

"Bonjour Thérèse.

- Bonjour, tu vas bien ? Quelle drôle de surprise de te rencontrer ici.

- Oui, c'est vrai. Quelle drôle de surprise.

- Tu es en vacances ?

- Non, j'ai un poste dans une université ici.

- Ah. Et... Quoi de neuf ?

- Rien de particulier. J'enseigne les Mathématiques."

Confusément, il sentait que rien ne se passait correctement. Les mots ne venaient pas. Il se sentait tout aussi bête que quelques années auparavant. Il avait envie de parler avec elle, mais ne trouvait rien à dire. Elle attendait visiblement un échange, échange qui ne produisait pas. Il avait le coeur qui s'emballait, tout à la fois d'envies troubles qu'il n'arrivait pas à analyser et d'une colère contre lui-même qui montait, colère due à son incapacité à se comporter normalement.

"Je suis toujours à Paris. Je fais de la recherche pour le CNRS... des mathématiques appliquées. C'est intéressant. Je suis ici pour un colloque. Je repars à la fin de la semaine. On pourrait éventuellement dîner ensemble si tu veux. Comme ça, on pourra se raconter des souvenirs de cours... ça sera sûrement rasoir, ça te tente ?" dit-elle d'une voix enjouée et en faisant un clin d'oeil. - Oui. Pourquoi pas ? Dis moi à quel hôtel tu es et je passerai te prendre un soir."

Après qu'il eût pris les renseignement, ils poursuivèrent la visite ensemble pendant une demi-heure. Elle tentait de créer une conversation légère. Il restait dans une attitude fermée. Ils se quittèrent sans chaleur.

Pourtant, intérieurement, il était submergé d'émotions diverses. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Probablement le fait que, durant toutes ces années, seule une femme lui avait semblé être vraiment proche et qu'il venait de la croiser à nouveau. Malgré son âge, il s'aperçut qu'il n'avait jamais eu d'expérience amoureuse. Cela lui provoqua une gêne et une honte.

Il était chez lui et tournait en rond. Il s'interrogeait. Il pouvait ne pas la revoir. De toute façon, elle ne savait pas où il logeait. Et puis, cela faisait des années qu'ils ne s'étaient pas donnés de nouvelles. Et puis, en plus, elle avait sûrement une vie bien réglée, tout comme lui. Voilà la solution : il sufisait de ne pas l'appeler. Et elle comprendrait sûrement qu'il avait trop de travail. Même si c'est vrai qu'en ce moment, l'algorithme étant formalisé, il n'y avait que des petites étapes techniques à rédiger. Rien de très prenant ou de très difficile. Mais bon, voilà, le plus simple, c'était de ne pas la revoir. Il s'assit sur le bord de son lit. Dans sa cuisine, sa table lui présentait une odieuse assiette qui semblait être un reproche à son manque de courage.

Il se rappela alors qu'il auraît aimé être accompagné dans ces recherches. Avoir un interlocuteur pour parler de sa compréhension du vide dans le bouddhisme. Et puis, pouvoir raconter ce jour où il avait demandé des cotons-tiges dans un supermarché en Chine et où le vendeur l'avait conduit dans le rayon des protections féminines. Le soleil couchant, en buvant le thé, en écoutant le Guzheng, près de la cité interdite... Et... Et... L'assiette le regardait toujours, fixement. Silencieusement insolente.

Alors il alla chercher le numéro de téléphone de l'hôtel de Thérèse. C'est vrai que la solitude était pesante. Mais, plus lourde encore était la sensation de ne jamais pouvoir en sortir. Il avait un métier étrange. Il le savait. Le monde aussi. Quelqu'un qui avait le même métier le comprendrait peut-être. Sûrement.

"Vous faîtes quoi au juste ? Chercheur en Mathématiques, ça existe ça? Vraiment? Vous inventez des problèmes de math pour les étudiants, c'est ça??

- Non, non... Ce n'est pas ça, je cherche à résoudre des problèmes.

- Ah bon, vous faîtes les corrigés des problèmes de math alors.

- Non plus. Je cherche à expliquer les choses qui sont encore irrésolues.

- Ah ?! Et c'est intéressant ? Ca sert à quoi? Enfin, vous savez, ce n'est pas la peine de m'expliquer en fait car je n'ai jamais rien compris au math. Sinon, vous avez des enfants?"

Il composa le numéro. La sonnerie se fit entendre dans le combiné. Son coeur battait de plus en plus vite. Il se demandait ce qui pouvait le troubler à ce point. C'est vrai qu'il n'avait jamais appelé une femme pour lui proposer d'aller dîner ensemble. Et s'il se trompait. Si elle n'avait été que polie, qu'elle n'avait en fait pas envie de le revoir, qu'elle n'avait proposé ça que par jeu et puis c'est vrai qu'ils n'avaient vraiment rien à se dire, d'ailleurs...

"Allo? Allo?"

Il comprit que ce n'était pas la réception de l'hôtel. C'était elle. C'était le numéro de téléphone de sa chambre. Il raccrocha.

Romook, à suivre...

lundi 17 décembre 2007

Le vieux libraire (II)

Le premier épisode...

Il partit s'établir à Moscou où il avait trouvé un poste d'enseignant en mathématiques. Parallélement à cette activité, il apprenait le russe et le chinois. Ses recherches en matière d'intelligence artificielle furent naturellement mises en veilleuse... Il consignait dans des carnets de note toutes les difficultés qu'il rencontrait pour apprendre ces langues. Il espérait ainsi pouvoir formaliser un recueil des problèmes qui lui permettrait de conceptualiser les processus d'apprentissage.

Au bout de cinq ans, étant toujours sans aucune attache, il décidé de partir pour la Chine. La direction de l'Université de RenMin avait accepté qu'il vienne enseigner l'informatique. C'est le coeur plein d'allégresse qu'il quittait sa vie russe, espérant trouver en Chine ce qu'il cherchait depuis des années. La réponse à sa question : le jugement synthétique a priori était-il possible pour un ordinateur ? L'apprentissage du chinois lui avait permis de beaucoup avancer sur ce problème. Il attendait évidemment une réponse de son futur séjour en Chine.

Ses bagages déposés dans sa chambre, un sentiment d'impuissance l'envahit. Sa vie avait-elle un sens ? Brusquement, cette question venait de jaillir dans son esprit. A aucun moment dans son existence, il ne s'était interrogé sur sa vie. Il avait enseigné un peu partout, était un spécialiste reconnu dans son domaine mathématico-informatique, mais était profondément seul. Au fur et à mesure de son évolution intellectuelle, il s'était progressivement détaché de la plupart de ses amis. Ces derniers avaient une vie dans laquelle les enfants avaient une place croissante, ce qui était assez éloigné de ses centres d'intérêts. Il avait peu de loisirs et jamais eu de compagne. Son métier de chercheur étant une véritable passion, il n'avait jamais réussi à faire autre chose que de réfléchir sur ses recherches intellectuelles.

Il jouïssait d'une notoriété certaine dans ses domaines de recherche. Mais, au-delà de son travail de chercheur, il n'y avait rien. Il s'assit sur son lit, se prit la tête entre les mains et réfléchit un long moment. Il n'avait nulle part où il pouvait se sentir chez lui sur terre, hormis dans ses livres. Et quels livres ? Des livres essentiellement techniques : mathématiques, informatiques ou sur l'épistémologie. Le reste de sa culture, il le devait à sa volonté de comprendre des choses. Mais, en soi, cela ne l'intéressait pas. Il fût pris d'un vertige. Vertige essentiellement intellectuel. Une sensation de chute. Sa vie n'avait eu aucun sens jusqu'à aujourd'hui.

Il se leva et sortit quelques instants dans la rue. Le brouhaha de la rue chinoise, les odeurs des barbecues, les vélos qui semblaient sortir de nulle part en direction d'un ailleurs hésitant, les invectives des marchands, tout semblait être dans un univers sans saveur. Un jeune enfant le regardait en souriant et lui lançant un hello gratuit et amusé. Il répondit d'un geste de la main. Il s'apercevait qu'il était en Chine et que sa quête sur le jugement synthétique a priori n'avait aucun sens, sauf pour une poignée de scientifique répartit à travers le monde. Il aspirait à autre chose. Mais quoi?

Il se mit à marcher dans la rue et croisa un étalage plein de livres. Tout était rédigé en chinois. Evidemment. Il se sentit impuissant et dépassé par sa folie. A tout hasard, il regarda les titres. L'un d'entre eux était intitulé Parole de Bouddha. Il avait toujours considéré les religions comme un moyen de réguler la société dans un temps où la notion d'Etat n'existait pas. Il s'aperçut qu'en fait, il ne connaissait pas le contenu des religions, hormis la religion catholique dans laquelle son éducation puisait ses fondements. Il acheta le livre. Le marchand lui dit quelques paroles, mais il ne comprit pas. Il prit conscience du fait qu'il était également un étranger. Evidemment.

Etranger à la nationalité chinoise, mais aussi étranger à la culture qu'il l'environnait, étranger vis-à-vis de la langue parlée autour de lui... Il était également étranger à la société occidentale, à sa famille... Il était différent et évoluait dans un univers hors du temps dans lequel il ne s'était jamais soucié de son intégration. Il était Autrui face au Monde. Ce fût un second choc. Et il rentra chez lui.

Il s'allongea sur son lit et lut. Pendant plusieurs heures, il restait ainsi à déchiffrer cette nouvelle façon de penser avec l'incertitude qu'il ne comprenait peut-être pas bien ce qui était écrit. Le déchiffrage des caractères allié à cette nouvelle forme de pensée rendait les choses très difficile. Il comprit qu'il avait vécu dans une projection de la réalité, mais que la vie lui avait toujours été étrangère. Il sortit pour dîner.

Dans le restaurant proche de chez lui, il découvrit son incapacité à se nourrir malgré l'usage qu'il avait de la langue chinoise. Il ne comprenait rien aux noms des plats et dut s'en remettre à l'expérience des serveuses pour obtenir un repas conforme à ce qu'il aimait. Il comprit alors qu'il venait de faire l'expérience d'un jugement synthétique a priori.

En tentant d'expliquer ce qu'il préférait manger à la serveuse chinoise, il était dans le domaine de l'expérience, de ses sensations, c'est-à-dire de l'a posteriori kantien. La serveuse, dans sa compréhension de ce qu'il disait, était elle-même renvoyée à ce type d'expérience. Toutefois, leur communication était basée sur des expériences dissemblables, teintées d'une culture très différente. Ainsi, chacun d'entre eux pensait être compris de l'autre. Toutefois, objectivement, leur communication était dans le domaine de l'a priori car chaque expérience restait unique et dissociable de l'autre, ne se recoupant pas. La compréhension mutuelle ne pouvait se faire qu'en oeuvrant dans le domaine des concepts purs.

L'explication de ses désirs afin de les faire correspondre à des goûts connus et appréciés étaient un jugement synthétique. Ainsi, il venait de faire l'expérience d'un jugement synthétique a priori. Il était arrivé en Chine depuis quelques heures seulement, mais il avait la sensation d'avoir vécu plus intensément ces moments que le reste de son existence... Les plats arrivèrent à table. Il s'aperçut que si le jugement synthétique a priori était une expérience intellectuelle intéressante, elle avait peine à prendre forme agréable dans la pratique, surtout dans l'assiette...

Après quelques mois à approfondir ce sujet, il finit par conceptualiser un algorithme permettant de faire parler un ordinateur avec un humain, en chinois, sans que l'interlocuteur de chair ne puisse soupçonner qu'il conversait avec un cerveau électronique. Il avait résolu la question. Il était heureux. Il se sentait détendu.

En marchant dans la rue, il s'aperçut que le soleil avait des couleurs glaciales. Le mois de janvier à Beijing connaît une luminosité particulière propre à tenter les consciences de goûter à la méditation. Il s'était orienté intellectuellement vers une forme Chan du Bouddhisme, qui correspond au zen japonais. Il en retirait un plaisir inégalé. L'étude des textes, allié à une pratique quotidienne de la méditation, l'avait enraciné dans la réalité d'une manière qu'il n'avait jamais connu auparavant. Il déambulait dans la Cité Interdite, au milieu de nombreux touristes, comme un être désincarné, sans désir, porté par le vent. Il était absent.

Au fond de lui, un écho résonnait. Son nom, c'est son nom qu'il entendait. Son nom ? Personne ne connaissait son nom français ici et pourtant, il entendait bien... Jean! Jean!. Ses yeux s'ouvrirent à la réalité et devant lui se trouvait Thérèse. Elle était belle et n'avait rien perdu de sa fraîcheur malgré les années qui s'étaient écoulées. Elle le regardait mi-amusée, mi-interrogatrice.

Romook, à suivre...

dimanche 16 décembre 2007

Les étudiants de Schrödinger : une application vécue de la théorie d'Everett


Le chat d'Erwin Schrödinger est l'une des plus belles expériences scientifiques imaginées de l'histoire. Bien entendu, je pourrais tout de suite partir dans le vif du sujet mais, comme je suppose que certains de mes lecteurs n'ont pas une connaissance approfondie de ce qu'est la physique quantique, je vais esquisser les grands traits de cette expérience pour leur permettre de suivre l'expérience qu'il m'a été donnée de vivre ce samedi matin, en cours, avec mes étudiants.

Dans le domaine de la physique quantique, qui traite exclusivement des particules subatomiques (protons, neutrons et électrons), on cherche à observer une réalité afin d'en faire des commentaires. L'un des postulats de la physique quantique est que n'est réel que ce qui est observable. Pour faire simple, je suis dans mon appartement en train d'écrire sur mon blog. Je suis seul. Je n'entends que le bruit des voitures dans la rue (et de très loin). Je suis donc, conformément aux règles (extrapolées) de la physique quantique, seul au monde. En effet, je n'observe personne d'autres, ce qui signifie très clairement que personne d'autre que moi n'existe. Evidemment, vu comme ça, ça peut paraître ridicule, mais tous les enfants ont fait cette expérience un jour de venir surprendre l'univers en ouvrant une porte pour voir si le monde continue d'exister lorsqu'ils ne sont pas présents. En tout cas, je me rappelle l'avoir fait quand j'avais environ sept ans. Ce que je ne savais pas, c'est que j'étais déjà à l'époque, sans le savoir, dans l'attitude du chercheur en physique quantique. Peut-être une vocation loupée. Je peux toujours reprendre mes études (il n'est d'ailleurs pas dit que je ne reparte pas faire des études de mathématiques un jour). Ainsi, le fait d'être seul au monde n'est pas ridicule puisque la vérité sortant toujours de la bouche des enfants, on peut aussi imaginer que leurs préoccupations métaphysiques sont un point de départ de réflexion intéressant.

Comme c'est la période des fêtes, je vais vous faire un petit cadeau. Voici un passage de l'introduction du remarquable ouvrage de John Gribbin, "Le Chat de Schrödinger", paru chez Champs-Flammarion (environ 12 euros de bonheur total) :

"Dans le monde de la mécanique quantique, les lois physiques qui nous sont familières d'un point de vue quotidien deviennent caduques. Les évènements se conforment au contraire à des probabilités. Ainsi un atome radioactif se désintègrera-t-il, ou non, en émettant un électron. Il est possible de préparer une exéprience de manière à ce qu'il y ait exactement cinquante pour cent de chances que l'un des atomes d'un matériau radioactif se désintègre en un temps donné et qu'un détecteur enregistre ce phénomène s'il se produit. Schrödinger, aussi troublé qu'Einsitein par les implications de la théorie quantique, tenta d'en démontrer l'absurdité en imaginant de procéder à une telle expérience dans un endroit clos, ou dans une boîte, qui contiendrait un chat vivant et une fiole de poison, disposés de façon à ce que le flacon se brise et que le chat meure au cas où la désintégration radioactive interviendrait. Dans le monde quotidien, il y a cinquante pour cent de chances que le chat soit tué, et sans regarder à l'intérieur de la boîte, nous pouvons avancer sans risque que le chat est soit mort soit vivant. Mais nous nous trouvons maintenant confrontés à l'étrangeté du monde quantique. Selon la théorie, aucune des deux possibilités offertes au matériel radioactif, n'est réelle à moins d'avoir été observée. La désintégration atomique n'est ni intervenue, ni non intervenue, le chat n'est ni tué ni non tué, jusqu'à ce que nous regardions à l'intérieur de la boîte pour voir ce qu'il en est. Les théoriciens qui acceptent la version intégrale de la mécanique quantique disent que le chat existe dans un état indéterminé, ni mort ni vivant, tant qu'un observateur n'a pas regardé à l'intérieur de la boîte pour constater l'évolution de la situation. Seul ce qui a été observé est réel."

Voilà de quoi alimenter des discussions lors du repas de noël... Le chat est-il mort ou vivant ? Le chat est-il non-mort et/ou non-vivant ? Bref, qu'en est-il de cet état. Un physicien du nom d'Everett nous donne une explication qui est très intéressante : l'existence des mondes multiples. Pour ce physicien, la coexistence des deux états du chat (vivant et mort à la fois) ne peut s'expliquer que parce que l'univers se subdivise en deux mondes simultanés où dans l'un le chat est vivant et où dans l'autre le chat est mort. Nous avons donc une dissociation de nos mois qui chacun d'eux, avec leur conscience propre, vive leur propre expérience, dans laquelle soit le chat est vivant, soit le chat est mort. Ainsi, notre expérience de l'univers, qui semble irréductible et unique, serait en permanence des subdivisions d'une expérience particulière dans différentes dimensions et ceci serait vrai pour l'existence de chacune des choses existantes dans l'Univers. L'univers serait donc, dans tous les domaines, en pleine expansion.

Je dois avouer que cette théorie scientifique, qui m'amusa beaucoup lorsque je la découvris, me laissait tout de même dubitatif sur un point. Il m'était simplement impossible d'imaginer 100 milliards d'autres Romook, vivant dans des univers séparés. Il est évident que je suis unique et inclonable, même si des tentatives ont été faites par Ania il y a quelques mois, ce que Yogi Tougoudou avait relevé. D'un autre côté, je n'ai toujours pas encore prouvé l'unicité de Romook (mais c'est en cours d'élaboration). Pourtant, j'ai fait l'expérience d'avoir été projeté dans un monde simultané ce samedi matin à l'Université. C'était très troublant.

Je donne un exercice à faire à mes étudiants (un cas pratique portant sur des notions pas étudiés afin de les familiariser avec la méthode de recherche juridique propre aux juristes de droit français : l'utilisation des codes). Sachant qu'il sont de nationalité étrangère et qu'ils vont prendre du temps pour faire ses exercices, j'en profite pour aller à la Bibliothèque pour rendre des ouvrages. Je reviens. J'entre dans la salle et là, surprise. La salle est sombre, plus d'affaires d'étudiants, plus personne. Juste mes affaires et rien d'écrit au tableau. Pas de doute, c'est bien ma salle pourtant: E216. Je me demande s'ils sont partis prendre un café ou quelque chose comme ça. Je sors de la salle et vais jusqu'à la machine à café (200 mètres à pied). Personne : je décide de retourner à la salle. J'entre : la lumière est allumée, mes étudiants sont tous assis en train de travailler. Choc.

Je rentre dans la salle. Personne ne lève la tête. "Vous avez fini? - Oui." Bon, et bien allons-y pour la correction. Alors là, je réfléchis et leur demande s'ils sont sortis de la salle. "Non." Alors je les regarde. Pas de sourire en coin. Rien ne trahit quoi que ce soit. Je suis un individu rationnel. Je suis face à une application de la théorie d'Everett sur les univers simultanés. Je me suis juste trompé de dimension quand je suis entré dans la salle la première fois. Il s'agit d'une extrapolation, en quelque sorte, de l'expérience du chat de Schrödinger qui est mort/vivant. Ici, il s'agit d'une expérience que je qualifierai d'étudiants de Schrödinger qui sont présents / non présents en fonction de la dimension et de l'effondrement relatif de la réalité. A un moment, j'ai juste changé de dimension. Evidemment, pour les étudiants, je ne suis pas rentré dans la salle la première fois, puisqu'étant dans une autre dimension, il ne pouvait pas me rencontrer. J'ai fait l'expérience d'une théorie scientifique, celle d'Everett. Ô joie de la recherche scientifique.

Je leur explique donc l'expérience du Chat de Schrödinger, la physique quantique, la subdivision permanente de l'univers en univers multiple et que donc je viens de faire l'expérience des étudiants de Schrödinger confirmant la théorie d'Everett. Bien entendu, cela les fait rire. Forcément, dans leur univers, je ne suis pas entré dans la salle auparavant, donc ça paraît ridicule. Je ne peux pas leur en vouloir d'avoir une telle incompréhension des théories de la physique quantique : ils ne sont que juristes après tout.

"Professeur, on vous a fait une plaisanterie : on s'était caché."

Drame. Déception. Les étudiants ne respectent plus rien, même les théories scientifiques les plus pointues. Où va le monde?

Romook, à la recherche de la preuve d'univers multiples
PS : sur une musique de Györgi Ligeti, tiré de "Clear and Cloudy", Coffret de 4 cd chez Deutsche Grammophon, Sonate pour violoncelle, Matt Haimovitz

vendredi 14 décembre 2007

Le vieux libraire (I)

Assis derrière son comptoir, avec son livre, il vit. Dans le quartier de Greenwich, sa petite rue relie l'avenue principale, et sa librairie est au coin. On y trouve que des livres d'occasion. Que des bons titres. Et il les a tous lu. Lorsqu'on lui parle, ses yeux s'illuminent et, la voix tremblante, il répond au visiteur avec la peur de déranger par des propos inadaptés. Il y a bien des chemins pour finir dans cette partie de Londres, seul, au milieu de vieux bouquins. Et son chemin a été sinueux, bien entendu.

Français d'origine, il avait débuté sa vie intellectuelle à la fin du siècle dernier par faire des études de mathématiques, de brillantes études qui l'avaient mené jusqu'à un poste de chercheur au MIT. Il y avait enseigné l'algèbre. Son départ aux Etats-Unis avait été pour lui une forme de reconnaissance qui récompensait la solitude de son début d'existence.

Issu d'une famille où il était enfant unique, sans cousin, sans oncle ni tante, il n'avait jamais réussi à se sentir accepté par ses parents qui l'avaient toujours trouvé un peu tordu à force de vouloir se couper les cheveux en quatre. Ses amis du lycée avaient fini par le trouver terne et trop sérieux. En tant que taupe, il n'avait rencontré personne, à part un certain Thierry qui avait quitté la prépa pour devenir un obscur mongueur...

Son intégration à l'ENS avait changé quelque chose. Une rencontre avec une certaine Thérèse l'avait changé. Quelques phrases s'étaient échangées avec cette jeune mathématicienne, transfuge de l'Université. Une jolie femme, l'esprit vif et libre, peut être trop libre. Bien qu'ouverte, il n'avait pas su créer un climat autre que celui d'une conversation, entre étudiants, relative aux différents aspects des corps quadratiques... Elle s'était envolée. Il pensait encore à elle aujourd'hui, dans sa boutique de Greenwich.

Pendant son séjour aux Etats-Unis, une application particulière de la théorie des noeuds avait orienté sa carrière vers la cryptographie car il démontra que deux noeuds identiques pouvaient être codés de plusieurs manières différentes. Ainsi, lorsqu'un programme informatique réalisait une suite donnée d'instructions, l'ordinateur était incapable lui-même de déterminer si, oui ou non, les deux résultats identiques auxquels il parvenait, provenaient en fait d'un même calcul dont les opérations, globalement équivalentes, étaient organisées différemment. Cette découverte révolutionna la cryptanalyse, et il fut accueilli à Paris. Il intégrait le laboratoire de l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm. De retour à son école, il enseignait et faisait toujours de la recherche dans la cryptographie, mais, comme satisfait de lui-même, il se tourna vers un nouveau champ de recherche : l'intelligence artificielle.

L'idée était simple : résoudre la question que Kant avait posé dans la Critique de la Raison Pure. Comment un jugement synthétique a priori est-il possible ? La distinction a priori et a posteriori dans l'oeuvre kantienne lui paraissait évidente : c'était la distinction entre théorique et concret. De même, la distinction entre jugement analytique et synthétique semblait claire. L'un naissait de la déduction tandis que l'autre naissait par association d'idées n'étant pas déductibles les unes des autres.

Par exemple, un carré a quatre côtés est un jugement analytique. Ce type de jugement était simple à manipuler pour les ordinateurs. Le jugement synthétique a posteriori correspondait à la phrase "Le ciel est gris" qui, directement tiré de l'expérience, ne pouvait trouver de solution en l'état actuel de la science : il faudrait que la machine soit pourvue de sens pour pouvoir évaluer son environnement. L'état de la technique permettait de supposer sa réalisation un jour, mais pour le moment, inutile de travailler dessus. En revanche, ce fameux jugement synthétique a priori posait problème. Et la clé de cette question pourrait bien être la clé de toutes les recherches sur l'intelligence artificielle, voire même du fonctionnement de l'esprit humain.

Alors que ces confrères travaillaient sur la logique des concepts et la notion de système, il posa l'hypothèse que le langage dans lequel on exprime sa pensée conditionne celle-ci. Il entreprit d'apprendre le russe et le chinois. Ainsi, parlant déjà l'anglais et le français, il pouvait mettre à l'épreuve de son expérience l'usage qu'il ferait de ces deux nouvelles langues. Le choix de ces dernières n'était pas anodin. La première était pour développer une réflexion concernant l'influence de la grammaire sur la structuration des processus cognitifs. La seconde, tout simplement car on lui avait dit que la langue chinoise était une langue qui utilisait directement les concepts avec une grammaire réduite.

A travers son apprentissage linguistique, il pensait pouvoir appréhender le fonctionnement du cerveau humain, prélude nécessaire à la formalisation de toute opération en terme d'intelligence artificielle. Répondre à la question du jugement synthétique a priori était tout simplement un problème équivalent à celui de faire converser un ordinateur avec un être humain. A la différence près que la notion de sens devrait échapper, en toute logique, à la machine. Pour réaliser ça, il fallait d'abord s'imprégner de ce qu'était le langage. Une fois compris cet élément, il pourrait apprendre à parler à un ordinateur.

Pour tout chercheur, la première question à résoudre face à un problème est un problème épistémologique. Il devait donc déterminer la méthode qui lui permettrait de comprendre le fonctionnement du langage afin qu'il puisse le transmettre à une machine. La question de la méthode étant trop difficile, il résolut de se mettre en situation afin d'étudier son propre comportement d'étudiant. L'intérêt d'apprendre le russe et le chinois était l'impossibilité de rattacher l'une de ses deux langues à des signes connus, tant par la graphie que par les sons, ou encore à des structures grammaticales connues. Evidemment, il entreprit de connaître la culture de la Russie et de la Chine. Parler une langue sans connaître la culture du peuple qui l'a vu naître est comme réciter une poésie sans en comprendre le sens se répétait-il intérieurement inlassablement.

Romook, à suivre...

jeudi 13 décembre 2007

En bref et pour faire court... Stockhausen et Cie

Karlheinz Stockhausen, l'un des plus grands compositeurs de la musique contemporaine, nous a quitté ce 5 décembre. En ce moment, outre ce décès, j'ai beaucoup de soucis avec une banque qui me fait des misères, le Crédit Mutuel pour ne pas la nommer, alors que depuis plus de 18 ans nous vivions une relation presque sans heurt, même s'il y a eu des passages difficiles où j'avais alors trouvé un soutien qui me fait défaut aujourd'hui. Ainsi, les profonds changements professionnels de ma vie n'étant quasiment pas accompagnés, j'ai peu de temps (et de coeur) à donner à mon blog qui est donc délaissé quelque peu. Un prochain voyage en Chine (du 3 janvier au 22 janvier (retour qui est également la date de mon anniversaire)) devrait réparer cette absence bloguesque.

Je prends toutefois mon clavier sous les mains pour vous livrer un extrait de "Stimmung", une oeuvre vocale de Karlheinz Stockhausen où il a réalisé l'une des premières oeuvres vocales occidentales reprenant la technique du chant harmonique propre aux tibétains. Vous découvrirez ainsi le style de musique qui me plaît le plus : la musique contemporaine... ce qui a inévitablement pour conséquence de m'attirer des regards suspects de la part de mon entourage - surtout de mes voisins. Pas de snobisme ou d'intellectualisme dans ma démarche, je trouve ça beau, détendant, original et me permet de rêver sans pistes préconçues par un chanteur et un texte qui contraignent mon imagination à adopter une situation ou un sentiment particulier.

Attention, toutes les musiques de Stockhausen ne sont pas aussi "faciles" à écouter. Voici donc un extrait de cette oeuvre chantée a capella, avec un travail sur les voyelles que vous remarquerez aisément :


"Stimmung", extrait interprété par le SingCircle, avec Gregory Rose à la direction, CD disponible chez Hyperion.


Je tiens à préciser qu'il ne faut voir aucun lien avec les blogborygmes musicaux que l'on peut trouver sur le blog du même nom.

Amicalement vôtre,

Romook

dimanche 2 décembre 2007

Lawyers against the Law

In his book "Talk to the Snail", Stephen Clarke has written one chapter about the secret french habits. he began it by "In France, things are done on a 'don't need to know' basis. Unless forced to do otherwise, no one will tell you anything."

This book is very funny because you have some french habits which are caught by the author with ironical writting or black humour. I'm taken one part of this chapter to notice how comic it is.

"French court lawyers all look like abstract sculptors who have been practising on their own hair. They are often interviewed on TV about a case as their client enters or emerges from the courtroom, and they all look like the last person you would want to defend you in a court of law. Unshaven, vaguely psychopathic, totally untrustworthy.
But in fact they are often very astute operators, because they are experts at manipulating French secrecy.
In the British legal system, solicitors are officers of the court and as such are duty-bound to produce any relevant documents in their possession, even if they are harmful to their client. But French lawyers have no such obligation. So what if their client filmed himself hacking his business partner to death? No one else knows about the home slasher movie, so they can plead not guilty. At the same time, these lawyers are more than happy to review all the evidence into a forest of TV and radio mics and then claim that their client cannot possibly get a fair trial because the media keep reporting the case. The moral is, what better person to defend you than someone capable of such beautiful hypocrisy ?"

I'm very pleased to read it. I nod.

Romook, no time to write these last days