Romook, ectoplasme bloguique

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mercredi 31 octobre 2007

Vente d'un bien en indivision et vente de la chose d'autrui

Le Monde.fr : Aux Pays-Bas, le père biologique d'un bébé vendu par sa mère est débouté

Le droit offre des problématiques complexes qu'il faut savoir expliciter. C'est pourquoi, en tant que Professeur Romook, je vais vous expliquer clairement une solution juridique pour le moins complexe. Heureusement, une application pratique sera donnée afin de permettre une parfaite compréhension des problématiques en présence. N'ayons pas peur des mots : je vais faire oeuvre de vulgarisation.

L'indivision est un état de la propriété par laquelle cette dernière se trouve être divisée en plusieurs parties, chaque partie étant considérée comme ayant pour propriétaire une personne différente (appelée alors "indivisaire"). Ces droits sont alors appelés "droit indivis". Bien souvent, cette situation d'indivision se crée par le biais d'une succession qui, d'un point de vue strictement juridique, correspond à la transmission du patrimoine d'une personne décédée à ses héritiers. D'autres situations sont envisageables et l'une d'entre elles, nouvelle à ma connaissance, sera explicitée dans l'application pratique.

Un problème de droit se trouve être posé par l'article 1599 du Code civil (français) : "La vente de la chose d'autrui est nulle : elle peut donner lieu à des dommages-intérêts lorsque l'acheteur a ignoré que la chose fût à autrui." Ainsi, le lecteur attentif me voit venir, que faire dans le cas où l'un des indivisaires vend la chose sur laquelle il possède une partie. Concrètement que faire si l'un des indivisaires d'un bien immobilier vend les droits portant sur la totalité de l'indivision à un tiers ? Peut- on dire qu'il y a vente de la chose d'autrui ?

En fait, celui qui agit dans le cadre d'une indivision doit obtenir l'accord de tous les indivisaires pour faire un acte portant sur celle-ci. Donc, dans notre exemple, il y a bien réellement vente de la chose d'autrui, c'est-à-dire vente des parts indivises n'appartenant pas à l'indivisaire fautif... Et bien, rassurez-vous chers lecteurs, la Cour de Cassation, dans un arrêt limpide de 1987, nous a donné la solution dans un attendu extrêmement explicite : " Vu l'article 883 du Code civil ;

Attendu qu'il résulte de ce texte que la cession d'un bien indivis par un seul des indivisaires n'est pas nulle ; qu'elle est seulement inopposable aux autres indivisaires et que son efficacité est subordonnée au résultat du partage ; (...)" (Cour de Cassation, 1ère Chambre civile, 7 juillet 1987, N° de pourvoi : 85-16968, publié au Bulletin Civile, I, n° 221).

Dans un souci de parfaite transparence, il me paraît indispensable de vous mettre l'article 883 du Code civil sous les yeux afin que vous puissiez bénéficier, en toute connaissance de cause, des éléments vous permettant de comprendre dans toute sa clarté la décision de la Cour de Cassation : "''Chaque cohéritier est censé avoir succédé seul et immédiatement à tous les effets compris dans son lot, ou à lui échus sur licitation, et n'avoir jamais eu la propriété des autres effets de la succession.

Il en est de même des biens qui lui sont advenus par tout autre acte ayant pour effet de faire cesser l'indivision. Il n'est pas distingué selon que l'acte fait cesser l'indivision en tout ou partie, à l'égard de certains biens ou de certains héritiers seulement.

Toutefois, les actes valablement accomplis soit en vertu d'un mandat des coïndivisaires, soit en vertu d'une autorisation judiciaire, conservent leurs effets quelle que soit, lors du partage, l'attribution des biens qui en ont fait l'objet.''"

Au vu de ce texte législatif, il me semble que l'attendu, que je rappelle : "Attendu qu'il résulte de ce texte que la cession d'un bien indivis par un seul des indivisaires n'est pas nulle ; qu'elle est seulement inopposable aux autres indivisaires et que son efficacité est subordonnée au résultat du partage ;", est on ne peut plus clair.

Ô joie du droit écrit français, dont la lumière tombe sur nous quand on te lit,
point d'explications ésotériques nécessaires pour comprendre dans toute clarté
Les solutions juridiques que la Cour de Cassation nous transmet à l'envie.

Bref. La notion importante à retenir de cet attendu est l'inopposabilité de la cession aux autres indivisaires. Qu'est-ce que l'inopposabilité me direz-vous ? Pour un non juriste, c'est une notion extrêmement simple à appréhender. N'importe quel juriste vous le confirmera sans doute... Oops! Je me suis trompé. Il ne fallait pas lire simple, mais complexe. Dans cet arrêt, l'inopposabilité signifie que, tant que le partage de l'indivision n'est pas réalisé, les autres indivisaires peuvent se considérer comme étant toujours indivisaires sur le bien. Mais, après le partage, si lors de cette opération on attribue le bien à l'indivisaire ayant vendu l'immeuble au tiers, alors la vente sera valable. Dans le cas contraire, la vente sera inopposable, ce qui veut dire en français de tous les jours nulle (et attention, hein, pas "nulle" au sens juridique, mais "nulle" au sens de "mal foutue").

Ce que ne dit évidemment pas la Cour de Cassation car la distinction entre la vente nulle et la vente inopposable dans notre hypothèse juridique correspond simplement au fait que la vente nulle (au sens juridique cette fois) peut être invoquée par n'importe qui, alors que la vente inopposable peut être annulée par l'un des indivisaire à qui elle serait opposée. Encore que le terme "la vente peut être annulée par l'un des indivisaires" est encore incorrectement formulée car il faudrait simplement dire que la vente serait privée d'effet à son égard, mais resterait valable à l'égard de ceux qui ne la contesterait pas. Ainsi, on arrive à cette situation ubuesque, typique du droit français, où une vente ne serait pas possible à l'égard de l'acheteur car l'un des indivisaires s'y opposerait alors qu'elle serait parfaitement valable au regard des autres indivisaires. C'est clair ? Ce concept s'appelle l'inopposabilité. Mais ce n'est pas l'objet de mon propos d'aujourd'hui.

Concentrons-nous sur une application pratique évidente. Un individu donne les plans d'un objet à un tiers pour que ce dernier puisse construire celui-ci. Ils se mettent d'accord sur le transfert du bien réalisé par la suite. Après réalisation de l'objet, le "fabricant" vend l'objet à d'autres personnes. Celui qui a donné les plans conteste la vente en arguant de son droit sur l'objet fabriqué. Il est débouté.

Y a-t-il un problème de vente de la chose d'autrui qui rend nulle la cession ? Y a-t-il un problème d'indivision ? A voir comme ça, il paraîtrait que nous devions nous référer aux règles de la propriété intellectuelle pour nous en sortir. Rassurons-nous, l'objet en question est très simple : un bébé.

Le cas pratique est donc le suivant : un homme donne son sperme pour une insémination auprès d'une mère porteuse. Cette dernière déclare avoir fait une fausse couche. Mais, en fait, comme elle a le sens des affaires, elle vend son bébé au plus offrant (une belle somme : 15 000 euros, un peu moins cher que ma voiture, mais quand même). Le père, donneur de sperme, l'apprend et fait une procédure en revendication du bien... enfin du bébé. Il vient d'être débouté par le Tribunal d'Utrecht en Belgique.

Mettons un peu nos connaissances en pratique. S'agit-il de la vente du bien d'autrui ? Donc, d'une vente nulle au sens juridique du terme? Et bien non, comme tu l'as deviné, heureux lecteur, il ne s'agit pas d'une vente nulle. En effet, la mère est également propriétaire de l'enfant. Bien, c'était un petit piège pour se chauffer.

Il nous reste donc l'indivision qui semble parfaitement applicable. Le père donneur de sperme et la mère porteuse sont coindivisaires sur le bien indivis qu'est l'enfant. Ainsi, ils ont des droits concurrents sur ce bien. En droit français, la Cour de Cassation, au vu de l'arrêt que nous avons évoqué, proposerait comme solution juridique, l'inopposabilité de la cession du bien indivis (du bébé) au coindivisaire n'ayant pas participé à l'acte. Ainsi, la cession serait valable à l'égard de la mère, mais non à l'égard du père. Néanmoins, cette cession ne peut être appréciée qu'après le partage. Or, partage, il n'y eut point. Comment résoudre le dilemme ?

Et bien en fait, comme il y avait eu une convention antérieure à la réalisation de la production (la naissance de l'enfant) attribuant l'ensemble des droits au père, la solution correcte serait l'attribution préférentielle du bien au père. Ce n'est pourtant pas compliquée juridiquement. La question de l'indivision ne semble pas être importante ici puisque la mère a finalement cédé deux fois les mêmes droits qu'elle détenait sur le bien, enfin l'enfant. Elle pouvait les céder car elle était indivisaire potentielle, indivisaire future. La grande différence avec la vente de la chose d'autrui est qu'au départ, elle détient des droits sur le bien. Ha! Ha! Ca change tout... (Si! si! en droit français, il faut être précis).

Donc, le Tribunal d'Utrecht a rendu une décision pour le moins choquante, non respectueuse des règles juridiques de base : on ne peut céder plus de droit que l'on en détient. C'était le deuxième piège... J'espère bien qu'en juriste aguerri vous n'étiez pas tombé dedans.

Je suis donc choqué par cette décision belge. Inutile de développer davantage... Après les belges vont encore se plaindre que les français se moquent d'eux. Pfff! Y en a vraiment qui tendent le bâton pour se faire battre, non?

Romook, pédagogue

dimanche 28 octobre 2007

Tour de Babel : une conséquence

"Ô homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses." Epître de Paul aux Romains, Chapitre 2.

Bah quoi ? J'ai bien le droit de citer la Bible ? On est dimanche, non?

Dans le Nord de la France, on traduit ce passage par "L'bac y fini toudi par s'retourner su'l'pourchiau" (= le bac finit toujours par se retourner sur le cochon).

Romook, religieux

vendredi 26 octobre 2007

Appel au boy cott du tome 7 d'Harry Potter

Le Monde.fr : La révélation de l'homosexualité du directeur de l'école de sorcellerie d'Harry Potter agite le Web

Votre Romook préféré vient de saisir une information capitale pour l'histoire de l'humanité. Le directeur de la fameuse école de Sorcellerie d'Harry Potter serait homosexuel... A priori, ça s'emballe fort sur cette nouvelle polémique qui pourtant est tranchée par l'auteure de l'univers, à savoir J.K Rowling. Car c'est bien de ça qu'il s'agit, Dieu annonce que la mer est douée en math.

Par principe, on ne peut pas le vérifier, puisqu'aucun de nos sens ne peuvent contrôler l'information. De plus, ce n'est pas une information scientifique au sens popperien du terme puisqu'il n'est pas possible de mettre en place une expérience permettant de tester la théorie. <digression>Ca me fait d'ailleurs penser que cette information est à peu près aussi vérifiale que "Dieu existe", enfin, je voulais dire "Romook existe" (c'est pour un autre billet, ça vient). Amusant d'ailleurs que les associations catholiques américaines mettent au ban cette nouvelle (je parle de Dumbledore). Y a pas un truc à dire sur le foutre dans l'oeil?...</digression>

Par principe, et surtout dans les ouvrages de fiction pour enfant / adolescent, les personnages n'ont pas de sexualité anormale, c'est-à-dire non-ordinaire. Un petit baiser du Prince à la Princesse et puis c'est fini. Mais, aujourd'hui, on nous apprend que ces personnages ne sont pas pour autant dénués de préférences sexuelles a priori. J'imagine un peu l'effet de surprise si on nous apprenait que Blanche-Neige était en fait une fan de Gang Bang, Le Petit Chaperon Rouge adepte du SM, le Chat Botté fétichiste ou encore que la petite marchande d'allumettes était surtout une tailleuse de pipe hors pair.

Alors que je suis toujours enclin à polémiquer sur les sujets les plus étranges - et vous connaissez mon penchant secret et pervers pour ça - je m'insurge cette fois contre l'intrusion du monde adulte dans un univers féérique. Dans notre univers moderne dans lequel les repères disparaissent si vite, que restera-t-il à nos enfants pour rêver si on leur dévoile toute la misère du monde tout de suite ?

Ils n'auront même plus d'idéaux en grandissant. Ils seront habitués et résignés avant même d'avoir été révoltés. Ainsi, je considère que J.K Rowling est une criminelle, un ennemi du bien public car portant atteinte dans sa démarche à la moralité même de nos chers petits chérubins. Peu importe que le directeur soit homosexuel ou non, puisque, de toute façon, il ne l'exprime pas en public. Chacun a droit au respect de sa différence. Vous l'aurez compris, si je suis en colère, c'est bien parce que l'auteure n'a pas respecter le choix de Dumbledore de ne pas dévoiler son homosexualité si tel est le cas.

Si j'étais avocat, j'irai proposer à Dumbledore d'aller défendre son droit à la vie privée et de faire cracher les millions d'euros que va se faire sur son dos sa créatrice. Car, enfin de compte, un personnage à stature publique comme lui, directeur d'une école, mérite le droit au respect de sa sphère intime. S'il avait voulu que ça se sache, il l'aurait dit, nom de nom! Sans vouloir faire de parallèle trop audacieux, une telle révélation pourrait lui coûter son poste. Rappelons nous l'affaire de Garfield.

Soyons clair, J.K. Rowling, en donnant l'exemple à nos enfants que rien ne doit être tu, prône le déchirement familial, l'éclatement de la relation parentale, l'insubordination des étudiants à leur professeur, le non-respect des règles élémentaires du respect et de la courtoisie, la révolte contre l'ordre établi. Bref, en un mot comme en cent, le Chaos, l'Anarchie. Et je pèse mes mots, vous me connaissez.

L'immoralité de cette auteure devrait donc être mis en avant sur le débât de la place publique - alors que là le débât est biaisé. Je pense que le Président de la République serait bien inspiré de créer une cellule de crise avec des psychologues et des couvertures dorées pour les enfants qui ne manqueront pas d'être choqués par un tel manque de réserve sur la vie intime d'autrui. Sans compter que la sanction la plus adéquate serait évidemment la mise au pilori de tous les Harry Pother, ça faisait longtemps que l'on nous avait pas proposé un petit autodafé. Ca tomberait bien, le temps se rafraîchit en ce moment.

En conséquence, je prône le boycott pur et simple du tome 7 d'Harry Potter.

PS : Aujourd'hui je peux bien l'avouer, je me suis toujours demandé si Barbe Bleue n'était pas un super machiste qui ne supportait pas d'être un éjaculateur précoce. Ne riez pas, c'est très sérieux, on a déjà vu des tueurs en série pour moins que ça.

Romook, choqué (Hein?! Choqué?! 8-O )

mercredi 24 octobre 2007

These last days...

I was very tired these last days and I didn't find some little powers to write something interesting. I had just installed some new operating system on a new computer. Sometimes I think I was very strange in this way... I explained to all my friends "Linux is better than Windows" (in everyway than Windows Vista :-( ), and I spent many days to have a perfect operating system as linux (mandriva, the last version). But... But... How can I explain? After few days, I just noticed I can not write in chinese. So, I need to switch my Linux OS for the common one. And I think I lost my time for few days.

It was just to write something. In this way, you know I'm not dead. Notice I will go in Germany for the week-end, beginning friday. Unfortunately, you won't have new post for the week end I'm afraid of. More patient you will be, more interesting will be my future post. Hmmm... I hope so too.

Romook, tired mind

mercredi 17 octobre 2007

Sédentaire international

Je tenais à signaler qu'un ami (David pour ne pas le nommer, mais comme personne ne le connaît, même dans mes amis, et qu'en plus il ne sait même pas que j'ai un blog : je n'hésite pas à donner son vrai nom) m'a fait remarquer, il y a quelques années, que j'étais un "vieux croûton" âgé de 20 ans.

La raison était simplement qu'il était impossible de me déplacer d'un endroit à un autre sans grand traumatisme pour moi, même en emmenant la moitié de ma bibliothèque. Sûrement une forme de TOC non répertoriée.

Quelques voyages plus tard (Sénégal, Pologne, Tchéquie, Japon, Chine, Angleterre, Pologne), beaucoup me voit comme quelqu'un qui a une grande faculté d'adaptation, capable d'aller vivre au bout du monde dans les pires conditions (manger des abeilles ou du serpent, me libérer de la tourista devant un sympathique public chinois, etc...). Bref, je suis un être hors du commun, international de surcroît (pour vous le prouver, je traduirai d'ailleurs ce billet en anglais et en chinois, peut-être même en polonais et en allemand).

C'est d'ailleurs ce que me faisait remarquer mon collègue lors de mon dernier séjour en Chine. Toujours prêt à remettre en question toutes les idées qui me concernent de près ou de loin. Je repense à cette phrase de David et je me dis que "les voyages forment la jeunesse". Bref, mon collègue semblait avoir raison.

Mais en y regardant d'un peu plus près, je m'aperçois qu'en fait je suis toujours le même. Je n'aime pas voyager. Je préfère être dans des endroits connus. Ainsi, lorsque je vais en Chine, je reste à Wuhan, dans le même hôtel à chaque fois. Je retourne dans les mêmes quartiers de Beijing que ceux où j'ai résidé. Lorsque je vais à Londres, idem. Si je vais à l'étranger dans un autre pays, mon réflexe est de retourner à l'endroit que je connais plutôt que d'aller découvrir d'autres lieux.

J'ai donc conservé mes réflexes de sédentaire, mais transposés à une échelle planétaire. Ainsi, on peut me définir comme étant un sédentaire international.

Romook, CQFD

lundi 15 octobre 2007

Individualité

Comment puis-je affirmer mon individualité si ce n'est à travers l'autre ?

Romook, alors?

dimanche 14 octobre 2007

Sujet d'examen en Chine

Enseigner à Chine provoque chez moi un plaisir que je ne peux pas camoufler. Il faut le reconnaître. Bien sûr parce que ça me donne l'occasion d'améliorer ma langue chinoise, mais aussi parce que la confrontation culturelle nécessite une adaptation profonde de la manière d'enseigner. Dans la mesure où l'on est soucieux d'être compris par les étudiants, ce qui est mon cas.

Sous ces aspects rigolo, Romook est aussi un être sensible et responsable. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, l'enseignement pour moi est une activité que je conçois dans un tout plus global. L'intérêt d'enseigner le droit est qu'il s'agit d'une réalité en lien avec la vie, tout en étant déconnectée de celle-ci.

Pour un français, c'est parfois difficile de le comprendre car les mots "bonnes moeurs" ou "contrat" sont des mots communs au langage français courant et au juridique. Car, là se pose la difficulté, apprendre à parler et comprendre une autre langue en utilisant le même vocabulaire. Certains français n'y arrivent pas. Pour ma part, les étrangers y arrivent assez facilement. Probablement parce que toute la dimension affective qui peut habiter une langue maternelle n'est pas présente.

Sujet d'examen clôturant un de mes cours, dissertation : "A votre avis, quel est le droit de l'homme le plus important?"

Voici la plus belle copie :

"Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la société et de leurs droits égaux et inaliénables contitue le fondement de la liberté et de la justice, la Déclaration Des droits de l'Homme est très importante. Je crois que l'article 11 est le plus important pour moi.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. Ce qui veut dire que tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions.

Si il n'y a pas de nouvelles pensées et opinions, il n'y a pas de progrès dans la société. L'objection est toujours une chose qui donne à penser.

La libre communication des pensées et des opinions est une manifestation de la démocratie. Cette liberté doit être protégée afin que la société maintienne l'harmonie, sinon l'indignation populaire s'accumule. C'est vraiment grave.

En France, les lois garantissent cette liberté. Mais, en Chine, cette liberté est une fausse apparence en réalité. Les Français font la grève chaque jour. Mais, en Chine, cest impossible les chinois doivent présenter une demande au gouvernement s'ils veulent faire une manifestation. C'est vraiment risible.

Bref, je crois que l'article 11 est le plus important. Cette déclaration émane de la France, mais elle peut contribuer à la Chine aussi. L'article 11 est notamment important pour la Chine."

L'étudiant(e) qui a rédigé cette copie étudie le français depuis deux ans. Pendant l'examen, il était possible de conserver certains documents de cours.

Au delà de la prouesse linguistique, il y a la prouesse culturelle. Pour un chinois, il n'est pas envisageable de critiquer un "supérieur hiérarchique", quelque soit la nature de cette hiérarchie : citoyen / Etat, étudiant / professeur, salarié / patron... Et normalement cette règle morale confucéenne s'applique en dehors même de la relation directe. Ainsi, un étudiant ne dira pas de mal de son professeur en public, que cet étudiant soit en présence de personne qui n'ont aucun lien avec l'enseignant n'aura aucune incidence... Ainsi est faite la mentalité de ce pays.

Je suis d'ailleurs parfois perçu comme un grossier personnage quand je critique un homme politique français au détours d'une conversation avec un chinois. C'est une grosse faute de goût. Je le sais, mais j'explique toujours qu'en France, si on parle de cette manière, ce n'est pas "réprimé" par les conventions sociales. Je bénéficie du doute laissé à l'étranger et au fait que je suis quelqu'un qui à d'autres égards est bien adapté à la culture chinoise et à ses conventions sociales (y compris celle-là à laquelle je me plie sans difficulté). Pas de place pour le nihiliste Romook en Chine.

Mis dans cette perspective, vous apprécierez d'autant mieux cette copie, dans laquelle je n'avais pas demandé de comparaison entre la France et la Chine... Cinq ou six étudiant(e)s se sont risqué(e)s à produire de telles copies. Signe que je suis toujours un catalyseur intellectuel pour les esprits. J'applique le principe de la fission nucléaire dans les cerveaux. Mais je ne sais pas si c'est une opération nuisible pour l'environnement. On verra sur le long terme, surtout vu les perspectives de carrière de mes étudiants...

Romook, agent transformateur de la société chinoise...

vendredi 12 octobre 2007

Koonsissime

Adjectif, psy. : Désigne une caractéristique pouvant opportunément être attribuée aux objets, lieux et personnes dont l’esthétique semble inspirée, bien qu’assortie d’une touche créative, par l’œuvre du célèbre artiste Jeff Koons.

Exemple : Pourrait être qualifié de « koonsissime » un bar situé dans un quartier branché d’une grande ville chinoise, à l’architecture semi-alsacienne / semi-tibétaine et dans lequel se produirait une star oubliée du clavier de nationalité allemande - contrefaçon parfaite de Charly Oleg - accompagnée par une chanteuse dont la braguette évoquerait l’œil d’un cyclope, et applaudie par une jeune femme de latex blanc vêtue. Secoué par une soudaine envie physique, vous suivez donc le serveur qui vous mène le long d’un couloir orné d’un jardin peint, dans le style de Mannet, vous menant droit au commodité où vous êtes alors accueilli par un portrait, imitation du style de Picasso. La pissotière, recouverte de belles feuilles synthétiques vertes, vous fait face et réclame son dû. Après avoir abreuvée cette dernière, vous vous dirigez vers l’endroit où vos mains vont recevoir la sainte ablution purificatrice, dans un bac en pierre, surmonté d’une reproduction d’un fragment de visage grec arraché à un temple grec antique, éclairé par un lustre Art déco. Bref, dans ce cas, vous pouvez gratifier le responsable des lieux d’un : « c’est koonsissime ici » qu’il sera heureux de recevoir comme un compliment pour son goût en terme d’aménagement intérieur.

Les lecteurs de ce blog sont invités à transmettre les meilleurs photos d'exemples d'application de ce terme qui seront publiées au sein de ce blog à des fins purement éducatives.

Romook, en poche

mercredi 10 octobre 2007

Toccata et Fugue

"Vertige. Je me sens aspirée comme dans un cauchemar. J'aime la vie et pourtant tout semble vouloir me la faire quitter. Je suis comme dans un tunnel sombre. Au fond brille une lumière douce et j'avance vers elle. J'avance toujours vers elle. Mais ce chemin n'a pas de fin. Et alors, je comprends que plus j'avance, plus la lumière recule.

- La lumière recule...

- Non. C'est le tunnel qui s'allonge sous mes pas. Le chemin est plus long que je ne le pensais au début. Non, en fait, c'est vraiment le tunnel qui s'allonge. Chaque pas que je fais m'en coûte un supplémentaire. Je n'y arriverai jamais.

- Pourquoi voulez-vous rejoindre la lumière ?

- Parce que je veux vivre : je ne veux pas mourir. Si je reste sur place, je vais mourir je le sais. En même temps, je sais que je ne bouge pas quand je marche. Enfin non, le tunnel s'allonge à chaque pas que je fais donc j'avance mais en ayant toujours la même distance à parcourir.

- Et derrière vous, qu'y a-t-il ?

- Je ne veux pas savoir. J'ai peur. Je sais que si je m'arrête je pourrais mourir. Je le sais bien.

- Vous êtes sûre ?

- Je ne veux pas mourir !! Je le sais bien. Je sens vraiment la mort me rôder autour vous savez docteur. Je la connais. Elle me suit depuis des années.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Depuis toute jeune, je pense au suicide. Je sens que la mort rôde autour de moi, elle me tente, elle me guette pour que je me suicide. Mais non, je tiens bon. Ah, ah! Je ne suis pas quelqu'un de faible, moi, non, ça non! Ah, ah! Le suicide. Non. Alors je marche. Vous comprenez docteur?

- Oui.

- Parce que si on ne la comprend pas, on peut se faire surprendre. C'est important de la connaître. Comme je sais qu'elle m'attend, je continue à marcher. Je continue vers la lumière. Elle n'aime pas la lumière alors je vais là où elle ne me suivra pas. Mais c'est elle qui fabrique le tunnel alors... Quoi?... Quoi?! Je sais ce que vous pensez, je le sais. Vous vous dîtes que je suis folle. Mais je sais bien que non. Si vous étiez dans le tunnel avec moi vous verriez que ce que je dis est vrai... N'est-ce pas ?

- Oui, tout à fait.

- Faîtes pas semblant de me comprendre!! Je sais que vous mentez! Avec votre cravate, vos diplômes et tout ça... Je le vois bien que vous ne comprenez rien. Vous ne pouvez pas comprendre car elle ne vous a pas choisi. Ha, ha! Faut le mériter ça. Et y a pas de diplôme pour ça. Alors, vous pouvez toujours faire semblant de ne pas sourire. Mais moi, je la connaît mieux que vous. Je sais ce qu'elle veut, mais je lui donnerai pas...

- Donc vous marchez.

- Ouais je marche, ouais je marche. Toutes les nuits, je marche. Du noir vers la lumière. Droit devant. Et hop! Une, deux. Une, deux. Ha, ha! Faut voir ça comme je lui tiens tête. Mais je fais la fière, mais des fois, j'ai peur quand même parce que vous comprenez je peux mourir si je m'arrête. C'est pour ça que je veux plus dormir. Quand je dors, je suis trop fatigué. Vous avez déjà marché huit heures d'affilée?... Bah essayez voir un jour. Vous verrez. Et sans dormir en plus. Ah, ah! Je vous vois bien avec votre petit costume et vos lunettes, votre cravate en train de marcher dans le couloir avec la lumière au bout...

- Le couloir ?

- Bah oui, le couloir, le tunnel. Vous savez, il fait tellement sombre que je sais pas comment il faut l'appeler. Je crois plutôt que c'est un couloir d'ailleurs parce que c'est dans sa maison. En fait, j'essaie de sortir de sa maison. C'est pour ça qu'elle peut faire les dimensions du couloir qu'elle veut. Je suis prisonnière de son univers. Alors, dans ces cas-là, vous savez, tout est possible. Faut pas s'étonner. Mais, en tout cas, je veux plus des pilules pour dormir. Parce que ça me fout la trouille. D'accord docteur ? Parce que vous savez je marche pendant huit heures quand je dort alors je suis fatigué quand je me réveille et puis il faudrait que je me repose. Je me repose beaucoup plus quand je suis réveillé. Et puis les néons, j'en ai marre. J'aimerais bien voir le soleil à nouveau. Vous pensez que c'est possible.

- Pas encore maintenant. Peut-être que c'est trop tôt.

- Quand est-ce que je pourrai de nouveau me lever, docteur ? Vous savez, ça fait mal aux poignets à force. Et puis, si elle vient quand je ne dors pas. Qui va me protéger si vous n'êtes pas là ? Avec la vitre et les couette sur les murs, personne ne m'entend. Ce n'est pas drôle vous savez... Heureusement que j'ai la musique ça me détend. C'est joli, c'est de l'orgue.

- Vous pouvez me le chanter ?

- Oui, oh oui! Ca fait : Tigadagadatiiiiiiii, tigadagadaggaaaaaataaaaaa!

- Ah oui, je connais. C'est très connu.

- Oui, c'est Bach. Il a écrit ça pour orgue. J'ai entendu ce morceau dans l'église, vous savez.

- L'église où on vous a "trouvé", c'est bien ça.

- Oh oui! Oh oui! C'est là. Je n'oublierai jamais cette musique. C'était juste avant la musique que ça s'est produit. Vous savez quoi.

- Oui.

- Mais je marchais déjà avant. Je m'en rappelle bien. Je l'ai dit à mon avocat que c'était pour me protéger. C'était quelqu'un de bien. Il me posait tout le temps des questions. Il était attentif. Ca l'intéressait vraiment. Moi, j'étais prêt à tout raconter aux juges, mais j'ai vu les médecins avant. On m'a dit que je n'avais pas besoin de rester en prison parce que j'étais malade. Mais je le savais bien avant que je suis malade. Je le sens bien. C'est comme une fatigue qui ne me quitte pas. Je l'ai déjà dit, mais personne ne m'écoute. Il suffit de ne pas me laisser dormir et je vais être en forme. Sinon, ben je lutte. Et ben oui. Et après, et ben je suis malade. Ha, ha! Je ne suis pas bête. J'ai pas plein de diplôme mais je connais mon corps quand même. Alors, je vais aller voir le soleil bientôt?

- Oui. Bientôt.

- C'est marrant parce que je ne me rappelle plus que de mon petit frère. Plus de mes parents. Je crois que c'est la musique qui les a effacé? Pourquoi il ne vient pas me voir ? Ca me ferait plaisir de le voir un jour.

- Vous savez bien pourquoi il ne veut pas venir. On en a déjà parlé.

- Oui, mais ça fait longtemps maintenant je pense. Il a peut-être oublié. Moi j'ai bien oublié le visage de mes parents. Il sait peut-être même plus qu'il en a eu. Ce jour-là, je me rappelle bien qu'il était le seul à avoir l'air triste. Il savait qu'ils complotaient contre moi avec elle. Vous ne croyez pas?

- On a déjà parlé.

- Et bien on en reparle!! J'aime bien qu'on en reparle! Comme ça elle sait qu'elle ne m'aura pas. Elle a réussi à tourner la tête à mes parents mais moi je ne me suis pas laissé faire. Ah, ah! Après, j'ai été à l'église pour qu'elle ne me rattrappe pas. J'ai laissé mon petit frère tout seul parce qu'il ne craignait plus rien. Il devrait comprendre d'ailleurs. Si je pouvais utiliser un crayon, je lui écrirai. Je suis sûre que je ne peux pas vous faire confiance docteur. Vous me mentez toujours. Je le sais.

- Pourquoi vous dîtes ça ?

- Si je vous pose une question, vous répondez toujours par une question ou alors vous essayez de me faire parler. Je le sais. Je vous connais. J'en ai vu des médecins vous savez. Vous travaillez ici pour combien de temps ?

- En général, les médecins restent en moyenne cinq ans, je crois, dans cet établissement. Pourquoi ?

- Ben, j'en ai connu au moins sept je pense. Vous devez être le huitième, c'est ça?

- Peut-être, je ne sais pas.

- Et mon petit frère a quel âge ?

- Je ne sais pas.

- Trente-cinq ans. Je le sais. C'est comme la musique, je n'oublie pas.

- Avant que ça ne se produise, vous faisiez déjà le rêve.

- Docteur, je vous l'ai déjà dit. Ce n'est pas un rêve. C'est vrai. Je marche vraiment. Mais pour répondre à votre question, ça a commencé ce jour-là. Mais je sentais sa présence avant. Partout. Je la reconnaissais, elle se cachait dans les personnes. Mais, les yeux, ça trompe pas. Vous pouvez savoir qu'elle est là ou non. Je l'ai bien vu dans les yeux de mes parents. Les pauvres. Fallait pas qu'ils se laissent faire. Au moins, je les ai libérés.

- Mais vous m'avez dit qu'avant que ça ne se produise vous marchiez déjà. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Les docteurs, vous êtes tous fatiguants. On a beau vous expliquez, vous ne comprenez jamais rien. Avant je marchais aussi. Dès que je la sentais s'approcher, je partais.

- Vous alliez où ?

- Ailleurs que chez moi. Je ne voulais pas qu'elle me trouve. Mes parents m'appelaient même la petite fugueuse. Et ben n'empêche que quand je partais, il ne m'arrivait rien. La fois où je suis resté, ça s'est produit. Des fois je regrette d'être restée. Je savais bien que je devais partir. Mais mon père m'avait dit que si un jour je partais encore il me tuerait. Alors voilà. Vous croyez que je vais revoir le soleil un jour ?

- Oui. Bien sûr. Là, il faut que je parte. Je reviens bientôt.

- Au revoir docteur.

- Au revoir."

Le médecin sortit de la cellule. Il écrivit en haut de son dossier : TOC à TA et fugues = schizophrénie paranoïde à bouffée délirante? Patient dangereux.

Il se dirigea vers le bureau des infirmières, posa son dossier et se servit un café. L'une des iinfirmières lui demanda : "TOC à TA, ça veut dire quoi ?

- Trouble obsessionnel Compulsif à Tentative d'Autolyse. C'est une forme de TOC où le patient a peur de se suicider. C'est aussi un morceau de musique. L'ironie du sort veut que notre patiente du 107 chante la Toccata et fugue de Bach. C'est ce qui m'a donné l'idée de faire des recherches sur son diagnostic."

Romook, une histoire de fou...

dimanche 7 octobre 2007

Le bonheur : présentation d'un concept sans substance

Le bonheur vient-il de ces deux mots : la bonne heure? Cela voudrait-il dire qu'il vient toujours à la bonne heure? Le bonheur est-il ponctuel? En voilà un drôle de mot... Tout d'abord, faisons un tour rapide du propriétaire :

- Happiness en anglais
- Glück en allemand
- Szczęście en polonais
- 幸福 (xing4 fu2) en chinois

Pour les non-linguistes, et dans un souci évident de pédagogie, je vais proposer une traduction en français des termes désignant notre notion de bonheur.

Pour les anglais, le bonheur, c'est l'heureusité.
Pour les allemand, c'est la chançosité.
Pour les polonais, c'est l'heureuchançosité.
Et, enfin, pour les chinois, c'est l'honorosité et l'abondancité matérielle réunis.

Bon, force est de constater que nous sommes en pleine exception française. Encore une fois. Le Bonheur, sous la forme de bon - heur est typiquement français. Pas de goodhour en anglais (happy hour ne serait-il pas plus parlant déjà ;-) ) et autre gutstunde, dobragodzina, voire un 好时... D'après mes connaissances linguistiques, les autres pays ne connaissent pas le bonheur. Nous sommes les seuls, français, à pouvoir revendiquer l'usage du bonheur. Et les raisons en sont profondes, comme toujours.

D'abord, il me paraît évident d'expliquer que c'est parce que nous sommes le pays de Ronsard et que le temps est compté pour aller cueillir la rose des jeunes filles en fleur. En effet, même si l'enfer, c'est les autres, force est de constater que les autres sont aussi une source de plaisir incroyable, surtout lorsqu'ils sont de sexe opposée. Et pour que ce plaisir soit maximum - puisque l'on traite du bonheur, on doit évidemment supposer que l'on recherche le maximum de plaisir - il faut que Autrui soit dans une tranche d'âge dans laquelle les relations sexuelles amoureuses soient optimales, au regard du plaisir de l'objectif recherché. C'est du moins la thèse que propose Ronsard. Encore de nos jours, elle continue d'ailleurs à faire ses adeptes, comme l'actualité nous l'a encore démontré très récemment, confirmé par l'intéressée elle-même ce jour.

Par ailleurs, toujours chez les français, Bergson nous apprend à mieux percevoir le temps qui s'écoule à travers son ouvrage "l'essai sur les données immédiate de la conscience". Et à inclure dans ce temps qui s'écoule, le Rire. Ainsi, le bonheur immédiat et instantanné né de l'humour est inclus dans le temps. Personne n'explique la chute d'une blague, car ça ne fait jamais rire. Le rire est l'étincelle qui fait la lumière sur celui qui comprend une blague, un peu comme le satori à partir d'un koan.

Bref. Est-il nécessaire de disserter plus longtemps sur ce concept temporel qu'est le bonheur pour comprendre que ce dernier est relatif? Il a fait son temps, c'est clair. Dans les autres pays, on est heureux ou chanceux, voire riche, quand on nage dans le bonheur. Chez nous, les français, à force de le chercher dans le temps, on est sans arrêt à la recherche du temps perdu et on constate que le bonheur, dans la société de consommation, se réduit comme une peau de chagrin et on nous projette dans l'ère du vide.

J'en viens à penser que d'évoquer le bonheur est devenu criminel aujourd'hui car la course au bonheur finit par tuer le bonheur. Ainsi en est-il du site de rencontre MSN que j'avais déjà analysé en ce sens. D'une certaine manière, on peut conclure sur le fait que le bonheur incluant la notion de durée rend le concept sans susbtance.

Pour qu'il y ait susbtance, il faut nécessairement qu'il y ait permanence. Or, si la notion de bonheur est lié à la notion de l'écoulement du temps, dans ces conditions, il s'agissait d'une notion fugitive qui s'évanouit à l'instant même où l'on croit la saisir. Ainsi, le bonheur est insaisissable. Une amie me demandait de traduire cette phrase en chinois un jour : "Le bnheur est comme un papillon, l'ombre de la main qui s'avance pour l'attrapper le fait s'échapper." Impossible à traduire sous la même forme en chinois. En partie parce que la notion de bonheur ne se traduit pas de la même façon et aussi parce que la grammaire chinoise ne permet pas de mettre en parallèle deux idées de cette manière.

Ainsi, si on constate l'inefficacité du concept de bonheur en français (et a fortiori en France devrait-on en conclure) car il est lié étroitement à la notion de temps, on en déduit fort logiquement que nous sommes le seul pays à être sans bonheur. En fait, le non-usage du bonheur par les autres nations les rendent plus capables que nous d'être heureuses, paradoxalement. Ainsi, en France, nous courrons derrière le bonheur en étant dans l'incapacité conceptuelle de pouvoir le vivre, contrairement aux autres, qui ne courrent pas après mais qui sont - ou ne sont pas - dans un état d'heureusité ou de chançosité.

En bref, pour trouver le bonheur, je préconise l'expatriation pour les français. Pour les étrangers qui auraient eu le désir de venir trouver en france leur bonheur, je leur conseille de le faire sous l'extrême réserve de conserver l'usage de leur langue natale... CQFD

Sablier proposé par Samantdi

Romook

Dédicace pour Ania

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Romook, ça méritait bien un billet

vendredi 5 octobre 2007

Blogoïte aigüe en voie de guérison...

Il n'aura pas échappé au lecteur attentif et habituel du présent blog que je suis légèrement absent... Mon voyage en Chine s'est bien passé, mais comme d'habitude, le temps m'a filé entre les doigts pour de multiples raisons que j'aurai la décence de taire (ces raisons n'étant pas exclusivement féminines je tiens à le préciser).

Ce n'est pas non plus car je n'ai rien à dire, car, des choses à dire, il y en a. C'est tout simplement que ma vie professionnelle prend un nouveau virage et qu'il faut donc du temps pour préparer celui-ci. Par ailleurs, il faut que je détermine quelles sont mes priorités. Et un blog, ça prend du temps, beaucoup de temps.

Tout blogueur qui se respecte connaît cette période pendant laquelle il est atteint de blogoïte aigüe, terme médical ignoré par la plupart des généralistes, mais dont la signification n'échappera à personne. Cette maladie se manifeste par une propension très forte à bloguer, plus que nécessaire... En conséquence, la vie sociale se déstructure progressivement, les activités sportives diminuent et le blogueur devient pâle et bougon.

En fait, la blogoïte aigüe rend la vie du blogueur qui en est atteint difficile à vivre, notamment à cause de la publication des billets. Il peut écrire 2, 3 ou 4 billets par jour en plein crise. Il n'est pas rare de le voir publier ses billets le jour même, sans même se préoccuper de la lecture effective de ceux-ci par ses lecteurs. On appelle cet état la "blogorrhée".

Dans ce cas, inutile de lui demander une forme de patience quelconque, l'absence de commentaire, la non-lecture de ses billets le rend frénétique et totalement irrascible : personne ne le lit alors que, lui, il publie à tout va! Quel affront suprême!! Enfin, alors que, dans cet état, il pourrait produire des billets de telle manière que ceux-ci comblent l'éventuel vide d'un jour sans inspiration, il ne peut se retenir de les publier de manière acharnée et immédiate, transformant son blog artisanal en véritable industrie de production de billets...

Pour ma part, aujourd'hui, je suis en état de non-crise, ce qui rend mon blog presqu'anormalement vide. Pourtant, il faut savoir que tout bon blogueur - et j'en fais partie - a quelques billets en réserve, en attente de publication... Mais, les miens sont non-terminés. Donc, non-publiables. Par manque de temps et non pas d'inspiration, je tiens à le préciser...

Romook, mise au point