Après avoir passé plus de vingt heures sur les autoroutes françaises, belges, allemandes, luxembourgeoises et polonaises ces deux dernières semaines, je m'interroge sur la notion de sécurité routière. Point n'est besoin de rappeler que les lois sont influencées par l'environnement social, ainsi que l'avait démontré Montesquieu dans l'Esprit des Lois.

La limitation de vitesse est l'un de ces facteurs que nous pouvons étudié, même s'il est évident que Montesquieu n'avait jamais pensé qu'un jour cela puisse être l'objet d'un débat dans l'Union Européenne.

- En France, les autoroutes sont limitées à 130 Km/h, parfois à 110 km/h. Les infrastructures permettent de rouler en général sans danger à 180/200 km/h (c'est-à-dire si l'on est seul sur la route)

- En Belgique, les autoroutes sont limitées à 120 Km/h, mais du fait de l'état des routes, quelques rares portions (3 voies) - permettent de rouler sereinement à 180 km/h (hypothèse où l'on est seul). La plupart du temps, que l'on soit seul ou non, 140/150 km/h restent la limite sécuritaire à ne pas franchir (chaussée déformée, trous, aquaplanning possible, pente entre 4 et 7 %)

- En Allemagne, les autoroutes ne sont pas limitées en théorie, certaines portions sont conseillées à 130 Km/h, d'autres limitées à 120 Km/ h ou 100 km/h. Le cas est donc très intéressants à étudier. Lorsque les portions sont sans limitations de vitesse, il s'agit d'une question évidemment de bon sens. Cela dépend essentiellement de sa voiture. Une Twingo qui roulerait à 180 km/h est évidemment un danger vu l'environnement automobile (grosse berline avec système de freinage très supérieur). L'état général des routes fait qu'une autoroute sans limitation permet de rouler sans problème (courbure des virages notamment) à 220 km/h, régulateur de vitesse enclenché, peut-être plus mais ma voiture ne me permet pas d'aller au-delà. Lorsque les portions sont limitées à 120 km/h, en général, les courbures des virages ne permettent pas d'aller au-delà de 160 km/h sans danger. Avec une limitation à 100 km/h, il vaut mieux rouler à 100 km/h. Outre les contrôles radar possibles, les courbures de virage ainsi que l'état des routes ou la géographie des lieux (fortes descentes entre 4 et 7 %) ne permettent pas de rouler vite (au-delà de 120 km/h) sans danger.

- Au Luxembourg, les autoroutes sont limitées à 120 km/h. Tout se passe bien à 160 km/h (si l'on est seul sur la route).

- En Pologne, l'autoroute que j'ai utilisée (Görlitz - Wroclaw) est un beau ruban à 2 voies où 180 km/h (si l'on est seul) est absolument sans danger.

Une fois cet état des lieux fait, on peut s'interroger sur la notion de limitation de vitesse. A priori, hormis le cas particulier de l'Allemagne où les limitations de vitesse sont véritablement conditionnées par l'état des routes, les limitations de vitesse semblent essentiellement conditionnées par un autre facteur. Lequel est-ce?

Tout d'abord, la limitation de vitesse, règle non modulable par définition, dépend du trafic routier présent. Si l'on est en présence d'une deux voies ou d'une trois voies, la question se pose donc en d'autres termes.

Je tiens d'ailleurs à faire remarquer que j'ai utilisé une autoroute allemande à deux voies, non limitée, sur laquelle le trafic était relativement faible (une voiture tous les cinq cents mètres, roulant généralement à 140 km/h), qui était un vrai danger. Fort de mes 1000 kilomètres d'analyses d'autoroutes allemandes, voyant la non limitation, je m'élance donc sans véritablement m'interroger sur la nécessité d'adapter une vitesse, confiant dans l'appréciation portée par le gouvernement sur cette portion d'autoroute. Or, il s'est avéré qu'après deux ou trois virages, la vitesse constante la plus adéquate était 160 km/h. Au-delà, il était dangereux de passer les virages sans mordre sur la voie d'à côté, ce qui n'est pas tolérable. Probablement une autoroute sur laquelle le gouvernement locale allemand (ou fédérale, je ne sais pas qui est compétent pour réguler la limitation sur les autoroutes) devrait mettre une limitation à 120 km/h. Bref.

Donc, cela dépend du trafic routier. Par principe, la régulation de la vitesse, si elle peut être adaptée par rapport au phénomène météorologique (en France, une autoroute limitée à 130 km/h est automatiquement limitée à 110 km/h en cas de pluie) ne peut pas s'adapter à l'état du trafic routier. Forte densité, une limitation inférieure, moindre densité, une limitation supérieure. Tout au moins, cela suppose des usagers une certaine discipline et une signalisation adaptée.

En allemagne, au Luxembourg et en Pologne, la signalisation se fait beaucoup par l'utilisation de panneaux lumineux. Ainsi, du fait de la vidéo surveillance des autoroutes, la vitesse se module en fonction de l'état du trafic routier. Evidement, cela est mieux respecté en Alemagne. Pourquoi ? Tout simplement parce que si l'on vous limite alors que vous aviez la possibilité de rouler à une vitesse de 200 km/h, c'est qu'il y a une bonne raison. En France, si la vitesse passe de 130 km/h à 110 km/h par panneau lumineux, or le cas d'une pluie qui oblige à un ralentissement, cela provoque plutôt de l'énervement chez la plupart des conducteurs. "Déjà que ça n'avance pas, pourquoi il nous oblige encore à ralentir ? On est quand même assez grand pour savoir adapter notre vitesse tout seul."

Ainsi, l'adaptation aux variations du flux routier va être culturellement perçu d'une manière différente. Un autre point est à mettre en exergue, pour avoir rencontré diverses nationalités sur toutes ses autoroutes. La pire que j'ai rencontrée en terme de comportement autoroutier : les néerlandais.

Que signifie le comportement auroutier dans le cadre de ma présente étude ? Tout simplement, l'ensemble des comportements récurrents qui permettent d'anticiper a priori les comportements au volant rien qu'à la reconnaissance de la plaque d'immatriculation. Bien entendu, il s'agit de caricature et de description générale. Comme pour tout, on trouve tous les styles de conduites.

Les belges, d'une manière générale, sont bon enfant. Ils doublent relativement vite, n'encombrent pas les voies inutilement et ont une allure modérée à rapide (entre la limite permise jusqu'à 40 km/h au-dessus de la vitesse autorisée). Aucun comportement dangereux n'a été relevée sur aucune de ces cinq autoroutes avec un conducteur belge - que ce soit par la vitesse supérieure autorisée ou une vitesse plus lente.

Les luxembourgeois roulent généralement vite (entre 140 et 180 km/h environ) et semblent impatients (se collent derrière les voitures pour "mettre la pression" sur le gêneur), sauf avec un autre luxembourgeois. Ils se montrent généralement très courtois avec ceux qui adoptent le même style de conduite d'une autre nationalité. Méfiance donc si on est dans la norme (respect des limitations de vitesse de manière imperturbable).

Les polonais conduisent sur l'autoroute comme sur les routes : il n'y a pas de limitations de vitesse. Le plus rapide et le plus gros moteur a priorité sur les autres véhicules. Il n'y a pas de comportements dangereux en soi puisque ces règles non écrites sont bien établies.En revanche, le respect des limitations de vitesse (et des voies!) rend la route dangereuse pour tout le monde. En effet, ces normes non écrites, socialement acquises, sont respectées sans discussion. Ainsi, le polonais qui arrive à 180 km/h sur l'auroute lorsque vous roulez à 130 km/h risque de vous rentrer dedans si vous ne vous rangez pas. Il ne rétrograde pas puisqu'il sait que vous allez lui laisser le passage vide. Sauf lorsqu'il s'aperçoit que vous n'êtes pas polonais. Sur les routes étrangères à la Pologne, le principe de la vitesse reste acquis jusqu'en France. Dans notre pays, le respect des limitations de vitesse se fait naturellement par ces étrangers. Je ne me l'explique pas encore. Le polonais sur la route belge est à 180 km/h (limitation à 120 km/h sur des routes dangereuses en terme de sécurité), il passe la frontière française et roule à 130 km/h alors que l'état des routes est incomparablement meilleur. Comme dirait Pierre Desproges dans la minute de Monsieur Cyclopède...

Les allemands sont disciplinés, prudents, attentifs et courtois. Disciplinés car le respect des limitations de vitesse est fort bien répandu, encore plus à l'étranger qu'en Allemagne. Prudents car ils adaptent leur vitesse à toutes les circonstances. Attentifs car ils voient devant et derrière leur véhicule. Courtois car ils laissent naturellement la place aux véhicules plus rapides, aux plus gros moteurs et attendent avant de doubller lorsqu'ils voient arriver un bolide. Il est vrai que l'on rencontre plus de Porsches à plus de 240 km/h en Allemagne que dans les autres pays, les autoroutes n'y étant pas pour peu de choses.

Les néerlandais sont normés à l'extrême, avec une inadaptation patente qui les rend dangereux sur certaines routes (je ne parle pas des caravanes dont les problématiques sont différentes). Si la route est limitée à 120 km/h, ils roulent à 120 km/h. Ils doublent à 120 km/. Ils déboitent sans se préoccuper des voitures derrières et bloquent les files tant qu'ils n'ont pas fini de doubler, même si en se rangeant - en maintenant leur vitesse constante de 120 km/h - ils pourraient laisser passer deux ou trois véhicules derrière eux. Sur les autoroutes allemandes, sans limitation de vitesse, ils doublaient généralement à 160 km/h sur la troisième voie. Généralement, la répartition se fait de la manière suivante, première voie : véhicule avec une vitesse comprise entre 120 et 150 km/h (principalement 150km/h), deuxième voie : véhicule entre 140 et 170 km/h, troisième voie : doublement de la deuxième voie et véhicule au-dessus de 180 km/h en permanence. Ainsi, dans les rares cas où j'ai vu un néerlandais doubler sur une troisième voies allemande, à cahque fois j'ai cru qu'il y allait avoir un accident. Lorsqu' un conducteur roule à 200 km/h ou plus, l'anticipation sur tous les évènements de la route est évidemment extrêmement importante. Avec un conducteur allemand qui met son clignotant pour doubler, tut le monde sait avec certitude qu'il a vu le véhicule derrière lui, a évalué sa vitesse et le laissera passer s'il sait que cette vitesse ne permet pas un ralentissement rapide. Le néerlandais met son clignotant et une seconde plus tard déboite, sans se soucier de ce qu'il se passe derrière lui. Evidemment, ce comportement surprend car il est dangereux autant pour celui qui déboite que pour celui qui arrive...

Par ailleurs, le respect des limitations de vitesse connaît en France une tolérance particulière concernant le doublement qui - en toute subjectivité - est de 20 km/h à la vitesse du véhicule que l'on double.

D'après l'article R414-4 du Code de la Route :

"I. - Avant de dépasser, tout conducteur dit s'assurer qu'il peut le faire sans danger.
II. - Il ne peut entreprendre le dépassement d'un véhicule que si :

1° Il a la possibilité de reprendre sa place dans le courant normal de la circulation sans gêner celle-ci;
2° La vitesse relative des deux véhicules permettra d'effectuer le dépassement dans un temps suffisament bref;
3° Il n'est pas lui-même sur le point d'être dépassé.
III. - Il doit, en outre, avertir de son intention l'usager qu'il veut dépasser. (...)"

L'application de cet article est donc une sorte de fait justificatif légal de dépassement de la vitesse autorisée. Evidemment, il s'agit d'un dépassement et non pas d'un dépassement généralisé et permanent de tous les véhicules qui dès lors est simplement un dépassement de la vitesse autorisée... Toutefois, force est de constater que les néerlandais ne respecte pas notre code de la route lorsqu'il dépasse à 125 km/h sur une autoroute une voiture qi rule à 119 km/h. Le temps de dépassement est relativement long surtout s'il y a trois ou quatre véhicules qui roulent à cette vitesse. Par rapport aux autorooutes allemandes, le 3° n'es jamais respecté non plus. Je ne sais pas s'il s'agit d'une règle légale allemande, mais elle me semble dictée par le bon sens. En tout état de cause, peut-être que les Pay-Bas ne connaissent pas d'exception sur ce point et que, de ce fait, les conducteurs néerlandais appliquent strictement une règle en vigeur chez eux. En tout cas, méfiance lorsque l'on en rencontre un sur la route.

Les français, quant à eux, sont bipolaires. Il y a deux types de conducteurs. Il y a ceux qui adoptent le comportement allemand, avec une adaptation totale à l'environnement automobile, que ce soit en Pologne ou en Allemagne (puisque ce sont les pays les plus exotiques en termes de comportement autoroutier par rapport à la France). Et puis, il y a les pseudo- justiciers de la route à tendance néerlandaise. Qui sont-ils ? Ce sont ceux qui font respecter le Code de la Route aux autres. Au mépris souvent des règles élémentaires de sécurité et du Code de la Route (article R414-16 du Code de la Route). Ainsi, vous avez un français qui va déboiter au dernier moment où il va être doublé - ou va accélérer sa vitesse pour empêcher le dépassement - et se mettre à bloquer la voie juste à la vitesse maximale autorisée pendant un temps qui sera indéfini. Le dépassement sur la gauche étant interdit, les bons conducteurs derrière lui resteront sur la file de droite en attendant le dégagement de l'individu. Bien sûr, certains véhicules dépasseront sur la gauche, ce qui peut conduire, dans certains cas extrêmes, à avoir le premier véhicule se déplace de telle manière à être à cheval sur les deux voies (!), afin d'empêcher le dépassement des deux côtés à la fois.

Ainsi, je ne sais pas si ce sont les règles de circulations autoroutières qui induisent les comportements ou les mentalités qui obligent les hommes politiques à réglementer la circulation de cette manière. En général, ce n'est pas induit par la structures des routes (on parle bien d'autoroute).

Je me suis interrogé sur la possibilité de créer des autoroutes sans limitation de vitesse en France. Et finalement, je me suis dit que ce n'était pas possible du fait de la seconde catégorie française de conducteur. Par ailleurs, les français sont généralement des citoyens qui raisonnent en terme de "droit à". Ainsi, il y a fort à penser que s'il existait des autoroutes sans limitation de vitesse en France, il y aurait des accidents à cause de la non discipline naturelle des français. Les uns considérant qu'ils ont le droit de rouler à 200 km/h sans personne qui devrait les en empêcher sur la route. Les autres condirant que c'est une vitesse excessive et qu'ils ont tout autant le droit de rouler à 160 km/h sur la troisième voie. Evidemment, c'est sans compter sur certains conducteurs qui n'ont aucun respect des règles de sécurité.

Kant, dans sa Doctrine du Droit écrivait que les règles de droit étaient nécessaires parce que les citoyens n'étaient pas assez vertueux - c'est-à-dire ne savaient pas raisonner en sachant faire taire leur intérêt privé par raport à l'intérêt collectif.

Romook, conducteur sociologue