Il y était une fois un jeune garçon. Il aimait la philosophie, mais ne trouvait pas ce qu'il cherchait. Comme la plupart des individus, il recherchait une philosophie de type "prête à porter". Mais, il pensait que l'impermanence des choses et des idées était une donnée fondamentale dans la vie. La philosophie occidentale qu'il avait éudié jusqu'alors l'avait charmé par l'élégance des raisonnements et, parfois, même par la profondeur des vues du monde qui l'entourait. Néanmoins, la cristallisation d'une pensée lui laissait un goût amer d'inachevé qui ne le satisfaisait pas. Les oppositions entrent les différents auteurs s'expliquaient toujours par les prémisses des raisonnements, mais quasiment tous les prémisses sont acceptables... Donc, toutes les idées étaient "justes" d'un point de vue logique. En en parlant avec son ami Daniel, celui-ci lui parla de la philosophie du Yin et du Yang, qui prônaient le mouvement de la vie, l'impermanence des choses et l'adaptation nécessaire des êtres à leur environnement... Il fut convaincu et se mis à étudier le livre fondateur de cette école de pensée : le Tao te King (Dao De Jing). Il fit ainsi connaissance avec un individu mythique, déjà rencontré dans sa jeunesse, Tintin et le Lotus Bleu, c'est-à-dire Lao-Tseu, ou encore Lao Zi.



Une première étape venait d'être franchie. C'est toujours le premier contact qui détermine les choses. Un peu comme s'il existait une physique mécanique du relationnel, l'impulsion du départ donnant une énergie cinétique à la volonté des êtres. Le contact peut être mutiple, c'est avec une idée qu'il avait eu lieu cette fois. La philosophie du mouvement, qui ne prône rien au niveau moral car étant au-dessus de la moral, voilà la découverte qu'il avait faite. Aucun jugement sur ce qui est ou ce qui n'est pas, simplement l'existence ou la non-existence sont admises comme des faits. Fort d'une telle découverte, ce jeune garçon, qui deviendrait plus tard Empereur, commença à s'intéresser à cette philosophie et à son environnement culturel et historique. Lao Zi a-t-il existé, voilà l'une des questions qui était posée. Par ailleurs, la répétition des notes des traducteurs sur l'intraductibilité du "Dao De Jing" creusait aussi un autre objet de recherche : comment un texte pouvait-il être intraduisible au point même que, pour les chinois, il s'agirait d'un texte difficile ?

La volonté d'apprendre le chinois se faisait progressivement jour et la philosophie du Tao devint un acquis intellectuel "naturel", qui se mettait en lien avec l'épistémologie des sciences, qui se retrouvait dans la philosophie de Nietszche, au fondement même de toute analyse psychologique contemporaine, dans les principes de la physique quantique et du chaos... Et les années passèrent.



Arrivé à BeiJing pour améliorer son chinois, il constata que la difficulté "mystique" de la traduction du "Tao Te King" ne tenait pas à des obstacles intellectuels où l'esprit serait impuissant à appréhender une réalité qui le dépasse, mais était liée à un problème linguistique tout simple. La langue utilisée est du "GuDai HanYu", c'est à dire de l'ancien chinois. Ainsi, la difficulté tient essentiellement dans une compréhension linguistique que ses propres enseignants ont su lever (pour certains) ayant étudié le GuDai HanYu. Dans ces conditions, il est effectivement délicat de se pencher sur l'étude de l'ancien chinois car les caractères ne se prononcent pas de la même façon, les règles grammaticales sont différentes, donc les concepts différents et le sens des caractères différents parfois. Evidemment, il est possible de lire le "Tao Te King" dans des versions modernes, un peu comme on lit Rabelais en version "remasterisée". Mais cette "traduction" en langage moderne confine soouvent aux commentaires et n'a rien d'attrayant au niveau intellectuel... Déception. Seule la vieille version conserve sa portée poétique, et la poésie est liée à une forme de magie...

Des circonstances professionnelles hasardeuses le conduisent à devenir enseignant dans une université chinoise, au milieu de la Chine, à WuHan (prononcez "wourane"). Au choix, une autre ville aurait été préférée. Le climat y est insupportable, la langue chinoise qui y est parlée est très "rustique" et pleine de régionalisme (ce serait un peu comme le ch'ti en version chinoise), peu de lieux touristiques... Bref, l'endroit où l'on ne rêve pas d'aller lorsque l'on va en Chine. Ainsi va la vie...



Chemin faisant, il constate que le chemin est parsemé d'étape qui sont autant de tremplins pour d'autres choses. Des rencontres professionnelles intéressantes, des nouveaux amis, la découverte de beaucoup de choses dans la vie quotidienne des chinois. Il finit par prendre ses marques, s'acclimater au climat au point de trouver ShangHai "a little bit boring" par rapport à WuHan. Au détour d'une fenêtre du 14ème étages de son hotel wuhannais, l'envie lui prend d'aller sur une colline qui, à vol d'oiseau, doit être au plus à 4 ou 5 Km. Après s'être enquis des renseignements nécessaires auprès du staff de l'hôtel, il découvre qu'il s'agit de l'ancienne ville de WuHan. La ville où l'ethnie des "Chu" avait posé la capitale, il y a plus de 2500 ans... Sans faire de relation direct avec d'autres points de l'histoire, il se dit qu'une petite séance de photo pourrait lui aérer l'esprit d'un séjour qui est, encore une fois, éprouvant physiquement.

Le voici donc sorti, avec son appareil photo comme baton de pélerin, fermement décidé à ramener quelques beaux clichés afin d'agrémenter son journal bloguesque. Il était encore loin d'imaginer que cette aventure n'était rien d'autre qu'un retour à des origines dont il avait toujours ignoré l'existence...

En arrivant, une désagréable surprise, le taxi s'arrête au niveau d'une vieille chinoise qui commence à expliquer au chauffeur qu'elle peut proposer un "arrangement" si le chauffeur de taxi s'arrête là et explique qu'il ne peut pas aller plus loin et qu'on est obligé d'avoir un guide pour visiter la vieille ville. Qu'un américain comme ça, ça a plein d'argent et qu'à eux deux, ils peuvent se faire beaucoup d'argent, qu'elle lui donnera la moitié de ce qu'elle va gagner...

Le chauffeur de taxi hésite un instant, notre étranger intervient donc dans la conversation pour expliquer qu'il préfère se promener seul mais que c'est gentil de proposer de "l'aide". L'interlocutrice ne comprend visiblement pas ce qui vient d'être dit, mais le chauffeur de taxi se retourne et répond qu'il comprend bien. Il transmet donc l'information à l'interlocutrice qui insiste un instant lorsque "l'américain" à l'arrière du véhicule lui signifie dans un chinois un peu plus brutal qu'il n'est pas intéressé. Cette fois, elle comprend parfaitement qu'il parle en chinois. Visiblement, aucun problème d'interprétation des phrases n'est à relever. L'effet escompté est totalement réussi. Elle se déplace tout de suite vers un autre taxi qui vient d'arriver...

Le voici donc arrivé devant la première porte qui mène à la vieille ville. La colline lui semble familière et ce type de porte correspond tout à fait aux images qu'il a en tête sur la Chine. Il se sent chez lui et les fleurs qui l'accueillent tout autour de lui semblent être une fête chatoyante qui lui est dédiée. Un peu plus loin, se dresse devant lui un morceau de muraille, reste ancien probablement d'un édifice plus grand. La lumière de fin d'après midi est idéal pour les photos.



Après avoir contourné la muraille et emprunté un vieil escalier oublié, le voici sur la muraille. Et au loin, il aperçoit un édifice qui surnage au dessus de la forêt. Il est simple, majestueux, pas très grand, semble seul au milieu de nulle part. On ne lui avait pas menti : la vieille ville promettait d'être un "trésor". Cet édifice, dont il ne sut jamais si c'était un temple ou une tour de garde, constituait en soi un motif suffisant pour venir visiter cette petite partie de la ville, perdu au milieu de la partie Est du Lac.

Quelques pas le conduisirent à s'avancer vers une sorte de tourelle d'où il dominait le lac et le rempart. La hauteur de l'édifice le conduit à imaginer les combats qui existaient pendant une période de l'histoire chinoise, où les seigneurs se faisaient des guerres continuellement entre eux avant que la Chine ne soit réunifiée par un empereur... Période de l'histoire formidablement retracée par le film "Hero". Bien avant, le peuple des Chu avait acquis une connaissance du bronze qui est restée inégalée dans l'histoire. Aujourd'hui encore des équipes de recherche travaillent sur des outils, des instruments fabriqués en bronze à cette période pour tenter de comprendre comment, avec les moyens de l'époque, de tels chefs d'oeuvre étaient produits.



Nul doute que cette ère du bronze a pu donner au peuple Chu une avancée technique significative en terme de civilisation. En effet, avec des outils plus performants, il était probablement muni d'instrument de guerre beaucoup plus efficaces que les autres peuples. Dans cette perspective, et vu le contexte historico-culturel de l'époque, des armes efficaces permettaient de se défendre, ou d'attaquer d'autres peuples afin d'étendre sa domination, tout en envisageant son développement interne sereinement. Le bronze a constitué une révolution en son temps qui peut être comparée à notre révolution industrielle ou encore celle d'internet. Ces changements techniques influent sur les structures de pensées, les organisations sociales et le mode de vie de ceux qui les vivent...



Quittant la muraille, il arrive aux portes de la vieille ville proprement dite. Inutile d'ajouter que cela a été transformé en un village artisanale touristique dans lequel le badeau trouvera tout, de la cabine où l'on tire à l'arbalète sur des ballons jusqu'au robe traditionnelle chinoise de la région... Quelques cartes postales pourraient, bien entendu, agrémentées votre sac... En traversant ce petit village où quelques phrases de chinois permettent de faire comprendre à l'entourage commerçant qu'il est inutile d'insister, le touriste n'est pas "traditionnel".

La visite se poursuit donc, tranquillement, chaque photo pouvant être prise sans désagrément. L'architecture de bois est simple, élégante et beaucoup de détail ne rentre pas dans l'objectif. Peu de photo possible, mais une bonne sensation. Le voyage dans le temps se fait sans encombre. 'Veuillez attacher votre ceinture, le temps s'est arrêté. Vous êtes dans un monde sans âge maintenant'...



Une fois la vieille ville quittait. La recherche vers ce bel édifice au milieu de la forêt va pouvoir débuter. A peine quelques centaines de mètres dans un sentier de forêt sinueux et semblant perdu au milieu de nulle part conduit au chemmin conduisant à ce dernier. Encadré de deux Phénix, ce sentier est une invitation mystique au voyage. Comment pourrait-il en être autrement ? Le phénix, renaissant de ces cendres, n'est-il pas le symbole même de la vie psychologique ? N'y a -t-il pas un être nouveau qui ressort de toutes les épreuves qui l'ont abattu ? Surmonter une épreuves, n'est-ce pas supprimer en soi des parties mortes qui ont été remplacées par des nouvelles forces, des énergies nouvelles ? La vitalité de la vie n'est-elle pas dans le principe même du renouvellement de son origine ?





Suivant un chemin sinueux, la vie se trouve toujours un chemin et on ne peut aller contre sa volonté. Attirés comme une aiguille par un aimant, les êtres sont guidés par elle vers leur destin. A chacun son chemin, celui de notre ancien jeune garçon de seize ans était aujourd'hui sous les arbres. Dans un lieu dont il n'avait jamais imaginé l'existence il y a quatorze ans... Et, à ce moment-là, celui précisément où chacun de ses pas semblait être un effort surhumain du fait des 40°C à l'ombre qu'il subissait, il se remémorait le chemin qui l'avait conduit à poser les pieds sur chacune de ses marches.

Une rencontre avec un homme qui lui fait découvrir la philosophie du Yin et Yang, un ami qui lui assure que la langue chinoise va lui ouvrir des portes intellectuelles qu'il ne soupçonne pas, ses débuts d'apprentissage de la langue, confortée par une justification historico-économique qui permet d'en faire un outil de développement professionnel, un recrutement dans une université par un heureux concours de circonstance lié à l'informatique, des personnes qui lui font confiance, l'arrivée dans une université pour un premier "cours" qui se transforme en coopération à long terme, un métier qui lui permet de trouver dans ce type de voyage des opportunités de développement, un regard par une fenêtre et une envie de faire des photos. Si le déterminisme inconscient était à l'oeuvre, on aurait pu dire qu'il recevait - encore une fois - sa consécration ce jour-là.



La vie est jalonnée de petits riens qui, mis bouts à bouts, construisent de grandes choses. Certains diraient, avec un pessimisme et une philosophie protestantiste sous-jacente, que "rien n'arrive par hasard" et que l' "on n'a rien sans rien". Avait-il seulement prévu ou mérité le fait de gravir les marches ? Rien ne permet de l'affirmer. En véritable taoïste, il a toujours fait les choses parce qu'elles étaient belles, plaisantes, mais jamais pour parvenir à tel ou tel autre objectif. Les justifications apparaissent toujours a posteriori, lorsque l'on doit justifier ses actes auprès du juge Autrui, impitoyable dans une société libérale économique où les clés des raisonnements sont l'investissement, la rentabilité...

N'avait-il pas évoqué la possibilité, à une période de partir faire de l'apiculture en Chine ? Juste parce qu'il voulait vivre un peu en Chine et que seules ses compétences dans ce domaine permettaient d'envisager un séjour de longue durée sur place (en excluant l'autofinancement) ? Projet avorté pour d'obscures raisons économiques et rationnelles...



L'éifice se dressait, enfin, devant lui, trônant royalement au bout du chemin. Encore quelques pas, pour pouvoir savourer le plaisir d'être arrivé, pour pouvoir peut-être se rafraîchir de la température que la longue ascension des marches a rendu insupportable. Pas un souffle d'air ne vient adoucir cette chaleur accablante. La boisson fraîche acheté quelques vingt minutes auparavant s'est mise à transpirer également... Elle n'est maintenant qu'une boisson à température ambiante. Chaque gorgée n'est plus un rafraîchissement, ni un plaisir, simplement un acte dicté par le bon sens...



Des marches, il y en avait encore... Après être arrivé au pied de l'édifice, notre individu s'est aperçu que son cerveau fonctionnait au ralenti puisqu'il n'avait pas encore pris conscience que pour, surplomber la forêt, cet immeuble était nécessairement haut. Grimpe, voyageur, grimpe vers l'inconnu et les découvertes qui t'attendent.

Après avoir pénétré dans l'atmosphère rafraîchissante, plusieurs pièces sombres se présentaient à lui. L'une était déoré d'instrument de musique, l'autre de parure folklorique... Et des étages à grimper, encore. La question surgit : pourquoi faire tous ces efforts alors que ce qui est à l'intérieur est moins intéressant que l'extérieur. Mû par une énergie sourde et inconsciente, notre voyageur laisse ses jambes le porter vers les étages supérieurs...

Arrivé à l'avant-dernier étage, il est accueilli par des statues de cire habillés avec des vêtements folkloriques. Et des "vrais" chinois, c'est-à-dire vivants, au milieu de ces personnages, qui posent dans des habits traditionnels pour des photos. La scène est cocasse. L'incompréhension submerge le visiteur qui reste étranger à la scène, sur tous les plans. Et, sur le côté, deux hommes trônent l'un à côté de l'autre.






Aimant à connaître ses interlocuteurs, l'ancien jeune homme interroge un militaire présent sur place, juste à côté. Ce dernier commence à tenter une réponse en anglais, mais, s'apercevant que le "lao wai" s'est adressé à lui en chinois, il se met à sourire et entame une petite discussion en chinois. (Pour des raisons techniques et informatiques, nous ne retranscrirons ici que la traduction française des propos) :

Le Garde : Ah, mais vous parlez chinois ?!

Lao Wai : Non, non, comme ci comme ça.

Le Garde : Ah! Ah! Comme ci, comme ça. Votre chinois est vraiment très bon (Les autres chinois se mettent à rire en entendant 马马虎虎, enfin, "comme ci comme ça"...). Et bien, il suffit de regarder les écriteaux tout est expliqué. Mais peut-être vous ne savez pas lire le chinois.

Lao Wai : Vraiment comme ci comme ça...

La Garde : Votre chinois est vraiment excellent. Je vais vous lire ce qui est écrit.




Lao Wai, lisant le premier écriteau qu'il n'avait pas remarqué auparavant : Mais, c'est Lao zi Et l'autre, c'est Zhuang Zi
Le Garde : Oui. C'est ça. Vous savez lire le chinois ?
Lao Wai : Juste un peu. Ca alors, Lao Zi et Zhuang Zi. Que font-ils là ?
Le Garde : Lao Zi est Chu. Regardez, c'est écrit là. En fait, il krrrr... krrr.. La voie du Dao... krrr... et krrr... et Krrr... Zhuang Zi, bien après... philosophie... krr... écrire des livres... krrr... Temps anciens. C'est pour ça.
Lao Wai (tout à son émerveillement) : J'ai commencé à apprendre le chinois pour pouvoir traduire le Dao De Jing.
Le Garde : Vous connaissez le Dao De Jing ?

Lao Wai : oui, oui. Mais, Lao Zi a existé ?
Le Garde : Bien sûr. Il est devant vous. Il était né dans cette ville. Il vient de WuHan en quelque sorte. Pourquoi croyez-vous qu'il n'a pas existé ?
Lao Wai : En Europe, on ne croit pas avec certitude qu'il a existé.
Le Garde : Quelle drôle d'idée.
Lao Wai : Oui. Quelle drôle d'idée.
Il sortit un peu sur le balcon qui surplombait le lac et la forêt. Une petite brise légère soufflait et le soleil se couchait, avec ses teintes si particulières que la Nature semble devenir enchantée. Pour lui, en tout cas, elle l'était. Et la vie avec.



Le Garde : Je suis capitaine. Mon unité est au nord du Krrr..., près de la Corée. Je suis en détachement ici.
Lao Wai : Ah oui ?!
Le Garde : Il n'y a pas beaucoup de personnes qui viennent ici. Votre chinois est vraiment excellent. Je vois des étrangers. Ils disent qu'ils parlent chinois, mais on ne comprend pas ce qu'ils disent. Ils ne comprennent d'ailleurs pas lorsque ... krr... donc votre niveau est vraiment excellent.
Lao Wai : Parfois, je ne comprends pas vous savez. Mon niveau est vraiment insuffisant. Je dois travailler beaucoup pour seulement parler mal.
Le Garde : Non, non. Je vous assure. Et là, ...krrr... la route mène à un autre ...krrr.. ("devant nous, c'est le lac Est" était le début de la phrase vient de comprendre le Lao Wai) ...krrr... déjà allé ?
Lao Wai : Euh... ("à un autre 'édifice?', y êtes vous déjà allé ?" est probablement ce qu'il vient de dire...) non, pas encore.
Le Garde : C'est un bel endroit. Vous êtes français (Faguo ren)?
FaGuo Ren : Oui. Comment vous le savez ?
Le Garde : Il y a beaucoup de français à WuHan. Souvent, les étrangers sont des français ici...

Le français en exil pris congé de cet homme sympathique. Toute la maison savait qu'il parlait chinois. A chaque étage, quelqu'un lui adressait un mot gentil sur le fait qu'il parlait couramment ou très bien ou de manière excellente le chinois, ce qui signifie clairement, pour un chinois, que vous parlez moyennement le chinois. Lorsqu'un chinois n'essaie pas de parler en anglais à un étranger et lui répond uniquement en chinois, sans le complimenter plus d'une fois sur le niveau de son interlocuteur, là se trouve le vrai compliment. "Mon niveau baisse", songea donc notre français...

Juste à la sortie, une boutique à touriste, pleine de livres. Evidemment, il acheta sa quatrième version du Dao De Jing en chinois, pour compléter ses cinq versions françaises et une anglaise, qu'il ne lit jamais bien évidemment... Mais, c'est le lot des livres qui sont passionnément aimés, qui ont déjà été lus, relus, rerelus... S'y ajoutèrent naturellement quelques autres volumes jugés indispensables par la petite vendeuse. Avec pas moins d'une vingtaine de livres en chinois, notre apprenti lecteur du chinois en a pour une vie de lecture...



Laissant derrière lui ses émotions, ses rêves d'adolescent, de Chine, de philosophie lui revinrent en mémoire. C'était effectivement ce climat qu'il avait imaginé, bien des années auparavant. Et le chemin du retour se fit tranquillement. A mi chemin entre les rêveries et la réalité. Voici donc la muraille qu'a connu Lao Zi... Peut-être a-t-il joué sur les bords de ce lac lorsqu'il était enfant. N'est-ce pas le cours du lac, la proximité du Yang Tsé qui ont inspiré sa philosophie ? Des milliers de pensées s'entrechoquaient dans une impression de sérénité totale...

Avant de quitter définitivement les lieux, il leva les yeux, une dernière fois, sur le panneau indicateur du nom de la ville. "Cheng Chu", lisa-t-il. Indication écrite dans l'autre sens, GuDai HanYu oblige.



"Chu" signifie le peuple Chu. "Cheng" signifie la ville, la muraille. Normalement, il aurait du être écrit "Chu Cheng", pensa-t-il. Mais non, qui définissait dans quel ordre devait-on lire les caractères ? Pour un chinois, c'est évident que ça se lit dans le sens inverse du sens habituel... Le temps passe.

Les souvenirs accompagnent l'existence comme des amis fidèles. Ils étaient nombreux, ce jour-là, à l'accompagner dans sa visite impromptue. Et il retourna au monde moderne.

Romook