Elles sont là toutes les deux devant moi : l'une souffre et a encore les larmes qui coulent, l'autre me regarde d'un air de défi, le menton légèrement relevé avec une attitude insolente. La blonde, sur ma gauche, joue de tous ses charmes pour m'amener à comprendre l'injustice poignante dont elle est la victime. La brune, sur la droite, a ses petits yeux noirs qui brillent, une flamme amusée pointe, les cheveux en bataille.

Je me retrouve face à elle en tant que juge, et vais devoir prononcer la Loi. Il va falloir que je choisisse l'une d'entre elles et condamne l'autre. Cruel moment que celui du choix. Sur quels critères ? N'ayant rien d'autres comme éléments que ceux qui sont fournis par ces deux donzelles, je me retrouve à m'affronter moi-même dans la cruauté brute de mon unique ressenti.

La brune a soi-disant tiré les cheveux de la blonde. Les faits sont d'une étonnante simplicité. Drame épouvantable entre deux petites fillettes de 3 et 4 ans. Mais je n'ai rien vu. L'une pleure, l'autre dément formellement. Comment juger un tel conflit ?

Punir les deux et risquer d'ajouter à l'injustice de la punition d'un non-coupable, l'humiliation ? Ne rien dire, mais laisser une injustice impunie ouvre la porte à la prochaine... Punir la prétendue criminelle tireuse de cheveux, mais si c'était faux, créer un sentiment d'injustice terrible et, surtout, présumer de la culpabilité d'un être ?

Difficile d'être juge...

Romook, rêve de la nuit