Romook, ectoplasme bloguique

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dimanche 21 janvier 2007

"Meetic" à la sauce chinoise

Bien, bien, bien... Aujourd'hui, re-visite à ZhongShan Gong Yuan. Si vous ne connaissez pas encore (espèce de mauvais lecteur! tu peux te rattrapper en cliquant tout de suite sur ce billet où quelques images te parleront plus que de longs discours), sachez qu'il s'agit de l'un des plus beaux parcs publics de Beijing à mon goût.

Etant à Beijing pour quelques jours, j'ai profité du soleil pour voler quelques clichés. Rien de bien exceptionnel, il faut bien l'avouer. Un endroit m'a fait un clin d'oeil, mais je n'avais pas l'objectif adapté pour éviter la poubelle d'un côté et l'arbre de l'autre. Il faudra revenir avec du meilleur matériel.



Aucun cliché mémorable, me disais-je donc, lorsque j'aperçois un attroupement. Que font tous ces chinois au milieu du parc? Ce n'est pas un "bel" endroit dans le parc comparé à tous les autres. Je décide de partir en excursion anthropologique. Je vois de loin des affiches et j'imagine tout de suite que c'est une exposition de callligraphie. Quoi de plus naturel dans un parc comme celui-là?

En m'approchant, j'ai l'agréable surprise de pouvoir comprendre la plupart des affiches exposées. Mais, cela ressemble à des rassemblements de personnes qui recherchent des disparues. Beaucoup de vieilles personnes se promènent avec une affiche sur elle sur laquelle on peut voir la photo d'une jeune fille, son nom, son âge, ses passions... Et puis, en en lisant un peu plus, je constate que, parfois, il est précisé que l'on recherche une personne du sexe opposé ayant entre tel et tel âge, mesurant telle taille, ayant une voiture...



A un endroit, c'est presque l'affolement autour d'une femme. Son fils semble être la coqueluche des parents qui l'entourent. Je prends donc quelques renseignements et j'apprends qu'à cet instant, les parents cherchent à former les couples idéaux pour leurs enfants. Sans que ceux-ci ne semblent être au courant. Mais, pas forcément. Décidement, la Chine n'a pas fini de m'étonner.

Ainsi, ZhongShan est l'ancêtre de "Meetic", à la différence près que ce sont les parents qui recherchent le partenaire idéal. Au moins, les futurs mariés ne seront pas aveuglés par la passion, ce sentiment qui détruit les choix raisonnables et obscurcit le jugement. Une fois que les parents ont rencontré le futur gendre - ou brue - idéal, les familles organisent une rencontre fortuite entre les deux individus. Et après, il y a soit des étincelles, soit pas. Pour certaines familles très pauvres, peu importe qu'il y ait des étincelles. Le mariage est avant tout l'institution par laquelle on PEUT faire les enfants en Chine.

Ainsi, j'ai encore choqué un chinois qui m'a demandé pourquoi, à mon âge, je n'étais toujours pas marié. J'ai répondu : parce que cela n'a aucun sens. Ce à quoi il a répondu que si on n'était pas marié, on ne pouvait pas avoir d'enfants. Ce à quoi j'ai évidemment répondu que ça n'avait aucun rapport : le mécanisme biologique de la reproduction n'est pas instutionnalisée dans le mariage.

Je crois que j'ai encore mis les pieds dans le plat. Mais, bon, là, c'était mérité :-)

Romook, anthropologue

Animalité, humanité...

"Je pose en principe un fait peu contestable: que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apporte pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme."

Georges Bataille, L'érotisme