Et bien oui, je le confesse. Ce soir, j'ai eu envie d'un Bloody Mary, breuvage requinquant par excellence. Je vais donc dans le hall de mon hôtel. Je commande à la charmante et toute jeunette serveuse, 18 ans maximum (donc sûrement 23 : en effet, avec une chinoise il faut lui ajouter au moins 5 ans par rapport à ce qu'un européen lui donnerait comme âge pour ne pas être trop loin de la vérité), l'elixir requis pour répondre à mon appétit cocktaillique.

Elle revient, quelques instants après, m'annoncer que ce sera un Martini Dry car ils n'ont pas de Bloody Mary. Je ris. Je lui dis : "Et bien il faut en faire soi-même!". Elle me dit que ce n'est pas possible, il n'y en a pas.

Bien, bien... Je lui explique que ce n'est pas comme le Martini Dry et qu'il faut le faire soi-même. Elle retourne au bar, discute quelques instants avec la seconde serveuse (16 ans ? Donc 21 !?). Ca glousse, ça glousse.

Elle revient et me dit que ce n'est pas possible car il manque un ingrédient. Là, dans ces conditions, je me lève. Je me dirige vers le bar. Et je demande à voir la recette. Evidemment, tout est en chinois. Passe l'assistant-manager : l'homme qui résout les problèmes dans l'hôtel. Il me demande ce qui se passe. Je lui explique, parce que je suis un cafteur, qu'elles mettent de la mauvaise volonté à me faire un Bloody Mary - mais comme je dis ça en chinois, la traduction est celle-ci : Je ne peux pas boire un Bloody Mary, il n'y a pas une chose.

Alors, il demande à voir la recette. Et là, je m'aperçois que les trois chinois ensemble ne savent pas lire la recette. Du coup, il écrit le caractère chinois dans son téléphone pour avoir la prononciation. Et les filles lui disent : "On veut pas le faire. On lui dit qu'il n'y a pas l'ingrédient ?". Dommage, j'ai compris ce que vous avez dit mes biquettes. Mes quatre voyages dans l'hôtel ont créé des liens avec l'assistant-manager : il ne va pas se laisser démonter par deux caractères qu'il ne sait pas lire. Je commence à expliquer en anglais la recette et ce qu'il faut mettre dedans pour gagner du temps. Les filles ne sont pas d'accord avec moi car je ne veux pas mettre de sel, ni de citron. Pendant ce temps, l'assistant-manager a téléphoné au chef-cuisinier de l'hôtel qui arrive. J'en profite pour téléphoner à une amie chinoise qui peut tout me traduire en français. La chef de la salle restauration vient d'arriver. Je passe le combiné au chef cuisinier qui explique à mon amie pendant que l'assistant-manager explique aux deux filles ce que sont les deux caractères qu'ils ne comprenaient pas. On me rend le combiné et mon amie me dit qu'elle n'a rien compris à l'ingrédient qui manque. Je raccroche et j'explique que si on m'apporte mes ingrédients, je vais me le faire moi-même. Et c'est là que trois serveurs de la salle de restauration, ameutés par le bruit - probablement - sont venus prendre connaissance de la situation. Tout va bien, nous sommes 9 au total pour faire un Bloody Mary que je vais me préparer moi-même...

On va me chercher des tomates fraîches qui sont tout de suite passées au mixeur. Je mets la vodka dans le checker sous l'oeil ahuri de l'assitance - et là, je comprends que j'ai bien fait de me le faire moi-même sinon il n'y aurait pas eu de goût. Les serveurs se disent entre eux que je sais faire un cocktail (par définition un étranger ne sait pas faire grand chose en Chine) pendant que l'assistant-manager m'abandonne considérant que sa mission est finie. Les deux jeunes serveurses gloussent et finissent par ce battre pour pouvoir secouer le checker... Y a pas à dire, c'est du jeune...

Enfin, on me demande de payer évidemment.

Avec l'aide de 9 chinois, il m'aura fallut presque 20 minutes pour me faire un Bloody Mary. Conclusion : avec des tomates fraîches, c'est pas terrible.

Romook, Bloody Mariac